CovidCampus #3 : les 3 lois de la pédagogie pour passer à un cours en ligne

Ce thibillet fait partie d’une série de réflexions sur la crise du Corona virus et le passage immédiat de mes cours en présentiel à une version en ligne.

Passer aux cours en ligne = changer aussi de costume…

Voici le compte rendu de quelques expérimentations que j’ai déjà réalisées, avec les liens correspondants. Pour reprendre l’idée de Nord magnétique que j’ai évoquée précédemment, je me suis appliqué l’équivalent des 3 lois de la robotique d’Isaac Asimov. Pour mes lecteurs qui ne connaissent pas, ce sont 3 lois qui sont emboîtées :

  • la première loi est celle qui a le plus de force ;
  • la 2e loi a une priorité légèrement moindre, et elle n’est appliquée que dans la mesure où elle ne contrevient pas à la première loi ;
  • la 3e loi à la priorité la plus faible : elle n’est appliquée que si elle ne contrevient pas à la première ou à la 2e loi.

J’ai donc établi mes 3 lois pédagogiques en suivant ce schéma.

  1. La première loi est : « prendre soin de mes étudiants » ;
  2. la 2e loi est « accepter que les cours sont en mode dégradé » ;
  3. la 3e loi est « utiliser l’intelligence collective ».
  • Première loi (prioritaire sur les autres) : prendre soin de mes étudiants.
    • Communiquer régulièrement. Suite à l’annonce d’un passage en stade 3, j’ai envoyé plusieurs mails collectifs à mes étudiants. Conformément à ce que j’ai dit dans le thibillet sur la communication, la principale idée était de rassurer mes étudiants sur le fait qu’ils avaient un interlocuteur disponible en cas de besoin.
    • Faire un sondage. Je me suis rendu compte très vite que les solutions technologiques évoquées par mon école (notamment l’équipe digitale), ou sur Internet (particulièrement sur Twitter, avec le hashtag #CovidCampus) étaient des solutions qui supposaient que les étudiants disposent d’un environnement numérique avancé. Or, entre la fermeture des locaux de l’école – où il y a du Wifi partout et des espaces de travail aménagé – et les retours dans leur pays d’origine, j’avais besoin de savoir quel était l’environnement de travail de mes étudiants. Je leur ai donc proposé un sondage en ligne pour en apprendre plus sur leur configuration matérielle + Internet, pour savoir s’ils avaient déjà eu des cours en ligne, et connaître leurs besoins éventuels concernant les prochaines séances. Heureusement (merci à la 3e loi), j’ai pu récupérer un sondage en ligne qu’une Professeure américaine avait conçu et partagé (le lien est ici, pour ceux que ça intéresse). C’est aussi intéressant à titre statistique : pour les étudiants que j’avais déjà eu en cours, il y a un peu moins de 50 % des étudiants qui ont répondu au sondage, et seulement 20 % ont répondu aux questions qui nécessitaient des réponses un peu plus détaillées (par exemple, l’expression de leurs besoins personnels) ; en revanche, pour les cours dans lesquels je n’avais pas encore rencontré les étudiants, on tombe à un taux de réponse inférieur à 25 %. Même si l’échantillon n’est pas significatif statistiquement, on peut penser que le fait d’avoir eu des cours face à face augmente l’engagement numérique quand on passe à un cours en ligne.
    • Réagir rapidement. Dans les besoins exprimés par mes étudiants, il y avait des inquiétudes sur différents points du cours : y aurait-il une vérification de la présence ou de l’absence en ligne ? Comment s’organiser pour les travaux à rendre en groupe ? Comment poser des questions lors d’un cours en ligne ? Était-il possible d’éviter d’utiliser le tableau de la salle de cours, car ce n’était pas lisible en vidéo (c’était avant l’annonce de confinement total) ? Pour toutes ces questions générales, j’ai envoyé des mails avec les nouvelles règles assouplies. Pour les demandes particulières, j’ai recouru à des mails individuels.
    • Faire preuve d’adaptabilité et d’imagination. Voici un exemple qui m’a amusé : plusieurs étudiants se sont inquiétés de la mauvaise qualité du travail qu’ils auraient à rendre pour lundi. En effet, ils ne pouvaient pas communiquer facilement avec leur groupe de travail, et ils étaient donc angoissés sur la mauvaise note éventuelle qu’ils pourraient obtenir. Ma première réponse a été de dire que ce travail ne serait finalement pas noté, car le plus important n’était pas d’obtenir une note, mais d’apprendre… Puis j’ai pensé au cas inverse : un groupe d’étudiants qui aurait travaillé depuis des semaines pour rendre un travail de qualité professionnelle. Comment ces étudiants prendraient-ils l’annonce de dernière minute que leur travail ne serait pas noté, et leurs efforts non rémunérés ? J’ai donc opté pour une proposition légèrement plus complexe : tous les groupes devaient rendre leur travail avant la date limite, quel que soit le niveau de complétude, mais chaque groupe avait la possibilité de demander à titre individuel que son cas ne soit pas noté (même si je m’engageais à leur donner un feed-back détaillé). On peut aller très loin dans l’imagination de tous les scénarios possibles. Supposons qu’un groupe ait demandé à être noté, et qu’il obtienne une mauvaise note : comment traiter ce cas par rapport à un groupe qui n’aurait pas été noté, et dont la moyenne n’aurait donc pas été dégradée ? La réponse tient à l’application de la 2e loi : éviter de compliquer les choses, traiter chaque situation au moment où elle arrive, au lieu d’essayer de tout prévoir au début (théorie des contrats incomplets)…
  • 2e loi à appliquer (uniquement si elle ne contrevient pas à la première) : accepter que le cours se fera en mode dégradé.
    • KISS (keep it simple and stupid). Le fait de me dire que le cours en ligne ne pourra pas être aussi intéressant qu’un cours en face à face est finalement assez libérateur : il ne s’agit pas de rechercher la perfection, mais de viser à un minimum d’efficacité. Cela peut être décliné en quelques démarches très simples.
    • M’appuyer sur les outils que je connais déjà. Plutôt que d’investir du temps de veille et de formation à des nouveaux outils, je préfère capitaliser sur les solutions et les environnements que je connais déjà. Si possible, en jouant sur une frugalité technologique : tous les étudiants n’ont pas forcément accès à une webcam ou à une connexion haut débit qui permet le transfert de vidéo. Aussi, envisager d’enregistrer une présentation PowerPoint avec un commentaire audio permet d’avoir une version dégradée d’un cours magistral qui a l’avantage d’être très légère à transférer (même si c’est probablement épouvantablement ennuyeux à suivre…)
    • Raisonner en termes d’empilement de briques. En suivant une logique de pyramide de Maslow, ce n’est qu’une fois que les besoins primordiaux sont satisfaits (ici, pouvoir passer des diapositives avec un commentaire oral) que l’on peut se préoccuper de rajouter des choses supplémentaires. Voici à titre indicatif mon empilement à ce jour, en partant de la base et en ne passant à l’étage du dessus que lorsque l’étage précédent est sécurisé :
      1. faire défiler des diapositives avec un commentaire oral
      2. donner la possibilité aux étudiants de poser leurs questions en direct (par exemple, par écrit dans un document Google drive partagé ou bien – plus complexe – un utilitaire de tchat ou encore – plus complexe – une interruption orale)
      3. avoir une solution de tableau blanc en ligne pour pouvoir dessiner ou taper du texte
      4. Permettre aux étudiants de voter en direct sur des questions (par exemple avec Wooclap ou Klaxoon).
      5. Permettre aux étudiants de se regrouper de temps en temps en petites salles de travail virtuel avant de revenir dans “l’amphithéâtre” numérique collectif.
    • Revenir à l’essentiel. Pour moi, la question séminale est pédagogique, et non technologique. Il s’agit d’identifier très rapidement les messages clés que l’on veut absolument faire passer lors d’une session de cours. Le passage à un cours en ligne va nécessiter d’adapter les ressources pour être sûr que ces message clés passent effectivement. En d’autres termes, on est dans la logique de Mies van der Rohe, less is more.
  • La 3e loi (uniquement dans la mesure où elle ne contredit pas les 2 premières) : utiliser l’intelligence collective.
    • Je vois 3 sources d’intelligence collective : mes collègues ; mes étudiants ; Internet.
    • Mes collègues. Le département digital de mon école a mis en place à toute vitesse des formations en présentiel d’une part, et en distanciel d’autre part. Cela a énormément aidé à diffuser la connaissance sur nos outils numériques. En parallèle, nous avons échangé beaucoup de mails sur la mailing liste de tous les professeurs. Cela m’a permis de constater qu’il y a énormément de profils avec énormément de besoins pédagogiques différents au sein de l’école (école au sens large, puisque nous avons plusieurs milliers d’intervenants extérieurs…) Face à cette grande diversité de questionnements, il m’a semblé très vite que le fait de faire appel à l’intelligence collective allait la plupart du temps contredire la 2e loi (aller au plus simple).
    • Mes étudiants. Avec le sondage mis en place, j’ai pu collecter quelques avis, mais pas vraiment de conseils. À part un étudiant qui m’a suggéré de faire les cours avec une tablette tactile, je n’ai reçu que des contributions axées sur des questions, et non des suggestions de solutions. J’ai aussi ouvert une feuille Google drive partagée avec tous pour que les étudiants puissent poser leurs questions avant le cours. A ce jour, aucune question n’a été posée. J’en déduis que là aussi, il ne faut pas forcément attendre énormément en termes d’intelligence collective. Cela méritera, à terme, de revenir sur les rôles respectifs des uns et des autres, et sur l’engagement. Je résume ma pensée en exagérant volontairement le discours : dans un cours extrêmement contrôlant, où le professeur annonce des règles du jeu et un cadre stricts, il ne suffit pas d’une crise du Coronavirus et d’un message d’empowerment (« n’hésitez pas à vous emparer des sujets et à organiser des solutions collectives entre vous ») pour changer les comportements établis depuis le début du semestre. Notre économie de l’attention devient très facilement une économie de la passivité.
    • Internet. Gloire soit rendue à Twitter, qui a permis de fédérer les efforts individuels de centaines de professeurs d’enseignement supérieur à travers le monde. L’utilisation des hashtags #CovidCampus, #CovidCampusFr, #PivotToOnline ou #PivotOnline m’a permis de gagner un temps précieux en lisant les conseils postés par des professeurs qui étaient confrontés aux mêmes questionnements que les miens. Cela m’a permis aussi de mesurer qu’il fallait vraiment garder le cap de la 2e loi : en effet, portés par leur enthousiasme pédagogique, et le plus souvent, par des années d’investissement dans la mise en place de cours en ligne, la plupart des enseignants postent des démarches et des solutions qui nécessiteraient plusieurs semaines – voire plusieurs mois – de conception et d’autoformation avant de pouvoir assurer une séance de cours en ligne. Il faut aussi tenir compte du fait que toutes les universités n’ont pas fait les mêmes choix technologiques :Moodle ou Blackboard, Microsoft Teams ou Collaborate, Google drive ou Dropbox…
    • En résumé, les ressources disponibles en ligne m’ont permis de m’informer très rapidement sur les options possibles, mais c’est le filtre de la 2e loi qui m’a permis de ne pas me noyer dans la mise en place de solutions trop coûteuses en temps et en énergie. Encore une fois, la quête pédagogique doit passer avant les outils technologiques. C’est pour cela que, paradoxalement, j’ai choisi de mettre l’intelligence collective en 3e priorité…

Voilà où j’en suis à ce jour. Et vous, avez-vous des conseils ou des commentaires ?

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CovidCampus #2 : Communication (ENG)

This blog post is part of a series of reflections on the Corona virus crisis and the immediate transition from my face-to-face courses to online classes.

It has been announced yesterday night: France has just reached stage 3 of the Coronavirus pandemic. After the announcement by my school of the closure of the premises for all students (all courses are now switched online), we are now moving to a situation of national containment.

When shift hits the fan…

This means even more social distancing, and that justifies a post on the adaptation of communication. As with the previous post, I am interested in any reactions or suggestions.

In this situation of social confinement, communication is going to be very much through e-mail. So here are the few solutions and rules I have put in place in the last 48 hours. Most of these solutions are inspired by my “e-mail management” course.

  • Manage the incoming flow. I have set up an automatic reply message to any email I receive. Here is this message, if you ever want to use/edit it for your own purpose:
    • Considering the Coronavirus crisis and the  closure of ESCP Business School campuses for students, I am working on switching all my courses online. This extra workload is huge.
    • As a consequence, please note that I will not answer all my emails, and if I do, this will be with longer delays than normal.
  • Manage the backlog. It was necessary to take into account all the people who had sent me e-mails in the last days or weeks, and to whom I had not yet replied. So I wrote a message based on the concept of e-mail bankruptcy. Here is this message, if you ever want to use/edit it for your own purpose:
    • This is a generic message in response to an email you sent me in the last few days/weeks.
    • The situation is now going to be complicated for me, since due to the Coronavirus crisis, ESCP Business School is closed to students starting Monday morning. So I have to transform all my courses into an online equivalent – with all the additional investment that this represents, and all the losses in quality that can be expected. This means that in an already very busy schedule, I have to prioritise the fact that the course hours are guaranteed, but in a totally different format. In other words, I’ve gone into “crisis management” mode.
    • If your request was important and can’t wait (you are the sole judge), do not hesitate to send me a new email with your precise request. Otherwise, please contact me again when the situation is stabilized. NB: I do not wish to break off the communication. If you want to contact me, do not hesitate, but please note that I will not be able to answer all messages.
  • Keep in touch with my students. In reference to what I have previously called my first magnetic north on my moral compass, I try to send one message per day to my students, in order to partly compensate for social distancing and to maintain a group spirit around our school values. As regards substance, these messages are mostly informative, to indicate the progression of my reflections and the decisions I have been led to make in the past hours. In terms of form, I always try to include 3 elements in my messages:
    • A positive state of mind, which I summed up with the slogan “Keep Calm and Carry On”, whose story I have always found fascinating. As far as I am concerned, and given my personality type (MBTI/Enneagram), this state of mind includes humour and empathy, based on our common values.
    • Every time I announce a change in the rules of the course, it always goes in the same direction: alleviate the pressure. For example, extending the deadline for submitting a case; what was compulsory being now optional; reducing the expectations on a given assignment; announcing that a case will not be graded in the end, but that each student will get feedback.
    • Finally, as far as possible, I indicate that I am open to any requests or concerns, and that students can contact me at any time.

What about yourself? Would you have any advice on the topic of communication in times of confinement?


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CovidCampus #2 : Communication (FR)

Ce thibillet fait partie d’une série de réflexions sur la crise du Corona virus et le passage immédiat de mes cours en présentiel à une version en ligne.

C’est annoncé : la France vient de passer en stade 3 de l’épidémie de Coronavirus. Après l’annonce par mon école de la fermeture de l’établissement pour tous les étudiants (tous les cours étant désormais basculés en ligne), nous passons désormais à une situation de confinement national.

Un seul F vous manque, et tout est dépeuplé…

Cela signifie encore plus de distanciation sociale, et cela justifie un thibillet sur l’adaptation de ma communication. Comme pour le précédent billet, je suis intéressé par toute réaction ou suggestion.

Dans cette situation de confinement social, la communication va énormément passer par l’e-mail. Voici donc les quelques solutions et règles que j’ai mises en place dans les dernières 48 heures. La plupart de ces solutions s’inspirent de mon cours de « gestion des e-mails ».

  • Gérer le flux entrant. J’ai mis en place un message de réponse automatique à tout e-mail reçu, en français et en anglais. Voici ce message, si jamais vous souhaitez vous en inspirer :
    • Compte-tenu de la crise du Coronavirus et de la fermeture d’ESCP Business School pour les étudiant(e)s, je travaille à la mise en ligne de tous mes cours. Cette charge de travail supplémentaire est énorme.
    • En conséquence, merci de noter que je ne répondrai pas à tous les mails, ou alors avec des délais de réponse supérieurs à la normale.
  • Gérer le stock. Il fallait aussi tenir compte de toutes les personnes qui m’avaient écrit dans les derniers jours ou dernières semaines, et auxquelles je n’avais pas encore répondu. J’ai donc rédigé un message qui s’inspire de la notion de banqueroute d’e-mail (e-mail bankruptcy). Voici mon message, si jamais vous souhaitez vous en inspirer :
    • Ceci est un message générique en réponse à un mail que vous m’avez envoyé dans les derniers jours / semaines.
    • La situation va désormais être compliquée pour moi, étant donné qu’à cause de la crise du Coronavirus, l’ESCP Business School est fermée aux étudiants à partir de lundi matin. Je dois donc transformer tous mes cours en un équivalent en ligne – avec tout l’investissement additionnel que cela représente, et toutes les déperditions de qualité auxquelles on peut s’attendre. Cela veut dire que dans un agenda déjà très chargé, je dois faire passer en priorité le fait que les heures de cours soient assurées, mais sous un format totalement différent. En d’autre termes, je suis passé en mode « gestion de crise ».
    • Si votre demande était importante et ne peut attendre (c’est vous qui êtes seul(e) juge), n’hésitez pas à me renvoyer un mail en indiquant votre demande précise. Sinon, merci de me recontacter quand la situation sera stabilisée. NB : je ne souhaite pas rompre la communication. Si vous voulez me contacter, n’hésitez pas, mais sachez que je ne pourrai pas répondre à tous les messages.
  • Maintenir le contact avec mes étudiant(e)s. En référence à ce que j’ai appelé mon premier nord magnétique dans ma boussole morale, j’essaie d’envoyer un message par jour à mes étudiants, dans le but de compenser pour partie la distanciation sociale et de maintenir un esprit de groupe rassemblé autour de notre école. Sur le fond, ces messages sont la plupart du temps informatifs, pour indiquer la progression de mes réflexions et les décisions que j’ai été amené à prendre dans le cadre du cours. En terme de forme, j’essaie d’inclure toujours 3 éléments dans mes messages :
    • Un état d’esprit positif, que j’ai résumé par le slogan”Keep Calm and Carry On”, dont j’ai toujours trouvé l’histoire passionnante. En ce qui me concerne, et compte tenu de ma personnalité, cet état d’esprit passe notamment par de l’humour et de l’empathie, fondés sur nos valeurs communes.
    • À chaque fois que j’annonce un changement de règles concernant le cours, cela va toujours dans le même sens : alléger la contrainte. Par exemple, rallonger le délai de remise d’un cas ; rendre optionnel ce qui était obligatoire ; réduire les attentes sur un travail donné ; annoncer qu’un travail ne sera finalement pas noté, mais que chaque étudiant aura un feed-back.
    • Enfin, autant que possible, j’indique que je reste à l’écoute de toute demande ou toute inquiétude, et que les étudiants peuvent me contacter à tout moment.

Et vous, avez-vous des conseils sur la communication en période de confinement ?

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CovidCampus: how to move quickly to 100% online courses? #1

Well, how to put those ideas back in my head ?

Today I am starting a sequence of reflections on e-learning, following the Coronavirus crisis. Indeed, even if to date the French government has not yet taken a position on the shutting out of universities and grandes écoles, I prefer to anticipate, even if only mentally, on how I am going to move my face-to-face courses to online classes.
I will use these posts to document, like a log book of a journey, the progress of my thoughts.
Context is extremely important here: it is not a reflection carried out in advance to design a future distant course. We are in the middle of a crisis, my school may close overnight, and I would have to transform all my face-to-face courses into a 100% online equivalent with 24 hours notice… Thus I wish to share my reflections as a work in progress, and I hope to receive suggestions, comments, and sharing of experiences on this subject.

Before talking about the practicalities, it seems important to me to define a few fundamental principles that will serve to guide my choices.

In the moral compass that I set for myself, there will be a double magnetic north:

  • My top priority will be to take (even greater) care of my students. This crisis is extremely difficult for them, knowing that the majority of my students are non-French. We have a lot of Italian, Chinese, Indian, German students, and so on. These students are far from their families, they are housed in Paris or the surrounding area, in (basic) student accommodation. In a normal situation, they are already very often in need of advice and support (and it is an important part of my profession to answer those questions). If my school were to close and their only contact became the online courses they would have to take, it would require even more listening, understanding and adaptability from my part.
  • The 2nd magnetic north that will guide me is the conviction that a rapid transition from a face-to-face class to an online course can only result in degraded conditions. My current courses were not designed to be taught online, and if some people think that it is enough to have a film shooting of themselves teaching, they clearly demonstrate their incompetence on the subject of online courses. IMHO, the mistake comes from the vocabulary used: I see a lot of business schools talking about immediately switching to online classes. If I had to find an image, it wouldn’t be the image of the switch, which makes it seem as if you just flip a button to change the modalities, but rather the image of the machine translation. A machine translation allows us to quickly get a text in another language, but the speed has a negative counterpart: the product that is delivered is a (very?) degraded version of the original text. This can be used to understand the general meaning, but without the quality and subtleties of the original text.

Before moving on, I would like to specify 2 personal things:

  • As far as online teaching is concerned, I was not born yesterday. I have designed several courses that were intended from the very beginning to be 100% online, some of them even being totally self-supported (i.e. my role was limited to moderating the discussion forums, answering students’ questions by e-mail, and grading the final exam – zero hours in teaching). I also had the chance to collaborate in writing pedagogical videos, I lead a pedagogy seminar in the school’s doctoral program, and for more than 2 years, I have participated with pleasure in pedagogy co-development groups, where we regularly work on online teaching issues in different programs. So it’s not like I’m discovering the subject today (even though there are people who are far experienced on this topic…) But I persist: switching overnight to a 100% online course will automatically result in a downgraded product.
  • On the other hand, all this thinking and planning comes as an unexpected addition to a rather busy agenda. I have 2 books I’m working on for my publisher, a research article to modify, a magazine to publish, one or 2 conferences to organize, a son in internship and a daughter who is going to take the French Baccalaureate… So my posts will probably be short and badly written 🙂 (remember : it’s a log book).

Now let’s get to the subject: where to start?
I started with the most urgent: my next course sessions, which were originally planned to be held face to face in an amphitheatre, and could be converted into online sessions. For me, the first thing to do is to make a typology of each session. Indeed, not all course sessions are the same: some sessions consist in correcting a case previously handed in by students; other sessions incorporate activities that the students have to carry out, followed by a discussion; others consist of a more controlled course, where I show concepts and ask questions. It is therefore necessary to measure the characteristics of a given session in order to see what can be done in terms of distance learning.
For instructors / lecturers / professors who might be interested, I am sharing with you my first draft of a basic typology. It’s a tentative list of the main characteristics of what will happen during the lesson (to be improved):

  • Distribution of speaking time or activity time: my students x% vs. myself y%
  • Is the course delivered by several instructors (on different sessions, within the same session, invitated professionals…)
  • What percentage of the course is devoted to students’ questions?
  • What is the percentage of the session that I devote to the different media: slides %; writing or drawing on white board %; work on the computer with projection (Excel); video %…
  • What percentage of my session is dedicated to student reflective work? How do the students give me/hand me back their reflections?
  • How do I interact with the students? Do I choose who I ask the question to, or do I wait for someone to answer?
  • Do I have focus more on a one-to-one style (I show my students that I recognise their individuality) or a more universal style (it doesn’t matter who asks the question, or who answers it, as long as it’s interesting)?
  • Do I have a lot of students coming to see me at break time or at the end of the course? Do they ask the same questions they might have asked during class, or do they come at these times because they have a particular request they don’t want to make in front of everyone?
  • To what extent do I feed on interactions or reactions? (even if only nods from the audience)

I’m sure the list can be expanded to provide a more accurate mapping of what the lecturer expects from a given session before it begins. While perusing this list of questions, you probably saw the value of doing such a mapping: it helps to know what is (more or less) transposable to an online class.
As a matter of fact, I put those class activities into 3 categories:

  • Activities that can happen in more or less the same way whether it’s a face-to-face course or an online course. For example, displaying slides and commenting on them. This doesn’t challenge my idea of degradation: staring at your computer with a slide on it while you hear the teacher’s voice on the speaker is not the same as being in a classroom with the same experience – just because it is NOT the same experience.
  • Other activities are not transposable as they are. They will require to find an “automatic translator”: how to replace writing on a whiteboard? How to question students online in order to create a dynamic? How to deal with individualities?
  • Finally, there is a third category: activities that cannot be transposed online. Example: instantaneously capturing subtle reactions, or dealing with chatter (which indicates either a loss of interest in the class, or, on the contrary, a renewed interest in the subject that requires an exchange with classmates). In this 3rd category of things that cannot be put in an online class, what should be done? Should we reinforce the first 2 categories, at the risk of losing part of the wealth of the 3rd? Or should we be looking for shortcuts or innovations to meet the needs of the 3rd category, at the risk of spending a lot of time there, considering this is an emergency, last-minute situation? Once again, we have to accept that the course will be degraded.

That’s where I’m at right now. What are your thoughts on these subjects?

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CovidCampus : comment passer rapidement à des cours 100% en ligne ? #1

Bon, comment faire pour remettre
ces icones dans ma tête ?

Je démarre aujourd’hui une séquence de réflexions sur l’enseignement en ligne, suite à la crise du Coronavirus. En effet, même si à ce jour le gouvernement français n’a toujours pas pris position sur la fermeture des universités et des grandes écoles, je préfère prendre mes dispositions à l’avance et commencer à planifier, ne serait-ce que mentalement, comment je vais faire passer mes cours en présentiel en cours à distance.
Ces différents thibillets vont me servir à documenter, comme un journal de route, l’état de mes réflexions.
Le contexte est extrêmement important : il ne s’agit pas d’une réflexion menée à l’avance pour concevoir un cours à distance. Nous sommes au milieu d’une crise, mon école peut fermer du jour au lendemain, et je peux donc être amené à devoir transformer tous mes cours présentiels en un équivalent 100 % en ligne avec 24h de préavis… Je souhaite donc partager mes réflexions comme un chantier en cours, et j’espère recevoir des suggestions, des commentaires, des partages d’expériences sur ce sujet.

Avant de parler des modalités pratiques, cela me semble important de définir quelques principes fondamentaux qui serviront à orienter mes choix.

Dans la boussole morale que je me fixe, il y aura un double nord magnétique :

  • Ma priorité absolue sera de prendre (encore plus) soin de mes étudiants. Cette crise est extrêmement difficile à vivre pour eux, sachant que la majorité de mes étudiants sont non français. Nous avons beaucoup d’Italiens, de Chinois, d’Indiens, d’Allemands, etc. Ces étudiants sont loin de leur famille, ils sont logés à Paris ou alentours, dans des logements d’étudiants. Déjà, dans une situation normale, ils sont très souvent en demande de conseils et de soutien (parce que c’est une partie importante du métier de professeur). Si mon école venait à fermer et que leur seul contact devenait les cours en ligne qu’ils auraient à suivre, cela nécessiterait encore plus d’écoute, de compréhension et d’adaptabilité.
  • Le 2e nord magnétique qui va me guider, c’est la conviction qu’un passage rapide d’une classe en présentiel à un cours en ligne ne peut se faire que dans des conditions dégradées. Mes cours actuels n’ont pas été conçus pour être enseignés en ligne, et s’il y a des personnes qui pensent qu’il suffit de se filmer en train de faire cours, cela prouve l’étendue de leur incompétence sur le sujet des cours en ligne. L’erreur vient au départ du vocabulaire qui est employé : je vois quantité de business schools qui parlent de faire basculer immédiatement tous leurs cours en ligne (immediately switch to online classes). Si je devais trouver une image, ce ne serait pas celle de l’interrupteur ou du basculement (switch), qui fait croire qu’il suffit de pousser un bouton pour changer de modalités : ce serait plutôt l’image de la traduction automatique. Une traduction automatique nous permet d’obtenir rapidement un texte dans une autre langue, mais la rapidité se paie pour partie, car la version livrée est une version dégradée, voire très dégradée, du texte initial. Cela peut servir à comprendre le sens général, mais sans la finesse du texte original.

Je précise enfin 2 choses plus personnelles :

  • D’une part, en termes d’enseignement en ligne, je ne suis pas un perdreau de l’année. J’ai déjà conçu plusieurs cours qui étaient destinés dès le départ à être 100 % en ligne, certains d’entre eux étant même totalement auto supportés (c’est-à-dire que mon rôle se bornait uniquement à animer les forums de discussion, à répondre aux questions des étudiants par e-mail, et à corriger l’examen final – zéro heure en enseignement). J’ai aussi eu la chance de collaborer à l’écriture de vidéos pédagogiques, j’anime un séminaire de pédagogie dans le programme doctoral de l’école, et depuis plus de 2 ans, je participe avec plaisir à des groupes de codéveloppement en pédagogie, où l’on travaille régulièrement sur les problématiques d’enseignement en ligne dans différents programmes. Ce n’est donc pas comme si je découvrais le sujet aujourd’hui… Mais je persiste : un passage rapide à un cours 100 % en ligne aboutira automatiquement à un produit dégradé, soyons-en conscients.
  • D’autre part, toute cette réflexion – et tout ce que je commence déjà à mettre en place – viennent en supplément non prévu dans un agenda assez chargé. J’ai 2 livres sur lesquels je travaille pour mon éditeur, un article de recherche à modifier, un magazine à sortir, une ou 2 conférences à organiser, un fils en stage et une fille qui va passer le Baccalauréat… Aussi, mes thibillets seront probablement courts et mal écrits 🙂

Abordons maintenant le sujet : par quoi commencer la réflexion ?
J’ai commencé par le plus urgent : mes prochaines séances de cours, prévues pour être assurées en face à face dans un amphithéâtre, et qui pourraient se retrouver converties en sessions en ligne. Pour moi, il faut d’abord procéder à une typologie de chaque séance. En effet, toutes les séances de cours ne se ressemblent pas : certaines séances consistent à corriger un cas rendu précédemment par les étudiants ; d’autres séances incorporent les activités que les étudiants doivent réaliser, suivies par une discussion ; d’autres encore consistent en un cours plus contrôlant, où je montre des concepts et je pose des questions. Il faut donc déjà mesurer les caractéristiques d’une séance donnée pour voir ce qu’elle pourra donner en distanciel.
Pour les enseignants qui seraient intéressés, je vous partage ma première ébauche d’une grille typologique. Il s’agit de lister les caractéristiques principales de ce qui va se passer pendant le cours. Voici ma première liste (à améliorer) :

  • Répartition du temps de parole ou d’activité : mes étudiants x% vs. moi-même y%
  • Est-ce que le cours est assuré par plusieurs personnes ? (répartition des séance, voire double animation, invitation de professionnels…)
  • Quel est le pourcentage de la séance consacré aux questions des étudiants ?
  • Quel est le pourcentage de la séance que je consacre aux différents supports : diapositives % ; écriture ou dessin sur tableau blanc % ; travail sur l’ordinateur avec projection (Excel) ; vidéo %…
  • Quel pourcentage de la séance est dédié à des travaux de réflexion des étudiants ? Comment les étudiants restituent-ils leur réflexion ?
  • Comment est-ce que j’interagis avec les étudiants ? Est-ce que je choisis à qui je pose la question, ou j’attends que quelqu’un réponde ?
  • Est-ce que j’ai un style plutôt personnalisé (je montre à mes étudiants que je sais reconnaître leur individualité) ou un style plutôt universel (peu importe qui pose la question, ou qui apporte la réponse, du moment que c’est intéressant)
  • Est-ce que j’ai beaucoup d’étudiants qui viennent me voir à la pause ou à la fin du cours ? Posent-ils les mêmes questions qu’ils auraient pu poser en cours, ou est-ce qu’ils viennent à ces moments car ils ont une demande particulière qu’ils ne veulent pas formuler devant tout le monde ?
  • Dans quelle mesure est-ce que je me nourris des interactions ou des réactions ? (ne serait-ce que les hochements de tête)

Je suis sûr que l’on peut allonger la liste pour obtenir une cartographie plus précise de ce que le professeur attend d’une séance de cours donnée avant qu’elle ne commence. En lisant cette liste de questions, vous avez probablement compris l’intérêt de procéder à une telle cartographie : savoir ce qui est plus ou moins facilement transposable en ligne.
De fait, je classe grossièrement les activités d’un cours en 3 catégories :

  • Certaines activités peuvent avoir lieu à peu près de la même manière que ce soit en cours face à face ou en cours à distance. Par exemple, faire défiler des diapos et les commenter. Cela ne remet pas en cause mon idée de dégradation : regarder fixement son ordinateur sur lequel se trouve une diapo tandis qu’on entend dans le haut-parleur la voix du professeur anonner un commentaire, ce n’est pas la même chose que de se retrouver dans une salle en face à face avec les mêmes conditions.
  • D’autres activités ne sont pas transposables telles quelles. Elles vont nécessiter de trouver un “traducteur automatique” : comment remplacer l’écriture sur un tableau blanc ? Comment interroger les étudiants pour créer une dynamique ? Comment traiter les individualités ?
  • Enfin, il y a une 3ème catégorie : les activités qui ne peuvent pas être transposées en ligne. Exemple : capter instantanément les réactions subtiles, les bavardages (indiquant soit qu’il y a une perte d’intérêt, soit au contraire qu’il y a un regain d’intérêt sur le sujet qui nécessite d’échanger avec les camarades). Dans cette 3ème catégorie, il s’agit alors de décider : vaut-il mieux renforcer les 2 premières catégories, au risque de perdre une partie de la richesse de la 3ème ? Ou faut-il chercher des raccourcis ou des innovations pour répondre aux besoins de la 3ème catégorie, au risque d’y passer beaucoup de temps alors même qu’on est en situation d’urgence ? Encore une fois, il faut accepter que le cours sera dégradé.

Voilà où j’en suis pour l’instant. Et vous, quels sont vos réflexions sur ces sujets ?

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Game of Thrones et types de personnalité : quelles certitudes pour quel personnage ?

The Imp / Le Gnome (El Tyrion Lannisterio)

La sortie de la saison 8 de Game of Thrones est l’occasion de jouer à un jeu répandu parmi les adeptes des typologies de personnalités, c’est-à-dire reconnaître dans les personnages marquants de la série un type de personnalité marqué, en utilisant par exemple le modèle du MBTI ou celui de l’Ennéagramme, la Process Com’, le DISC… Évidemment, cette démarche de typage fonctionne aussi très bien avec les romans Le Trône de Fer d’où sont issues les premières saisons de la série.

Je me suis donc prêté au jeu, à travers le prisme de l’Ennéagramme, modèle complexe et très riche des motivations humaines. Attention, spoiler alert : si vous ne connaissez pas les premières saisons de Game of Thrones ET que vous souhaitez vous y mettre un jour, ne lisez pas la suite. Ce n’est pas tant que je vais dévoiler des éléments majeurs de l’intrigue, mais je connais le plaisir qu’il y a à aborder un livre / un film / une série sans rien savoir de ce qu’on va y trouver, donc vous êtes prévenu(e)s.

Et en fait, ceci n’est pas un typage des personnages, plutôt une réflexion sur « pourquoi certaines certitudes sur un personnage peuvent en fait prêter à discussion ».

El Hombre Macho
(Macho menos ?)

Commençons par un exemple de personnage de la saison 1. Khal Drogo, du fier peuple des Dothrakis. Je ne sais pas pour vous, mais en Ennéagramme, ça me rappelle furieusement une base 8 : il évite à tout prix la faiblesse, se positionne en tant que protecteur et défenseur, il utilise son énergie instinctive à tout moment, on pourrait presque dire qu’il pense et qu’il parle par ses actes. Oh le beau 8, pourrait-on se dire, et on aurait probablement raison, mais… Mais Khal Drogo est un Dothraki, élevé dans une culture extrêmement codifiée pour donner des guerriers forts, évitant la faiblesse, et habitués à porter leur marque sur le monde. Ce processus tribal ressemble à une sélection darwinienne : les moins adaptés à cet environnement sont éliminés à coups de duels officiels ou de rixes officieuses. Il ne se passe pas une journée sans que deux hommes aient le sentiment que l’autre a bafoué leur honneur, et la journée n’est pas terminée qu’un des deux est passé de vie à trépas. Donc Khal Drogo n’est peut-être pas un 8, au sens de l’Ennéagramme, il est juste un personnage qui a réussi à survivre dans une société dont les valeurs dominantes ressemblent à celles d’un type 8. On pourrait ainsi comparer le Khal Drogo en public, en tant que chef de tribu, et le Khal Drogo intime, qui est, sinon amadoué, du moins attendri (comme on attendrit une viande coriace) par son amour, sa Khaleesi. N’est-ce pas dans ce deuxième environnement qu’il montre ses vrais traits de caractère ?

Ce fardeau, cette existence…

Continuons avec les Stark. Le chef de clan, l’homme sans tache, c’est Ned Stark. Hautes valeurs morales, volonté de toujours faire bien, avec une quête à peine compulsive de perfectionnisme, il est droit, mais tourmenté, avec une colère qui explose parfois – et qu’il se reproche. Les fans d’Ennéagramme entendent probablement un type 1 derrière ces éléments. Et il se peut en effet que Ned Stark soit un 1, et en même temps… Il est chef de famille, responsable non seulement de ses proches, mais littéralement, de tous les sujets du Nord. En tant que Gardien du Nord, il est obligé d’être le bourreau de tout contrevenant, c’est une tradition, mais c’est aussi un poids énorme : c’est lui qui brandit l’épée, après avoir pris la décision de mise à mort. Ajoutons à cela que nous sommes dans le Nord : une erreur, un oubli, un peu trop d’insouciance, et les loups vous dévorent, ou vous périssez gelé, ou égorgé par les maraudeurs ou un sauvageon loin de ses bases. Mon propos est le suivant : et si, comme Khal Drogo, Ned Stark était le produit de son environnement ? Et si, comme Khal Drogo, son véritable caractère disparaissait sous le poids écrasant d’un titre, d’un poste, d’un rôle ? Pour nourrir cette hypothèse, il n’y a qu’à voir les discussions privées que Ned a avec son roi : appelé à devenir la Main du Roi, il va accepter (parce que bien obligé), tout en avouant qu’il aurait préféré rester seul dans son Nord chéri, loin de toute obligation. Mais il y va, contraint et loyal.

Don’t mess with the Boss

Dernier exemple, pour ne pas en faire un thibillet trop long : les Lannister. Quelle belle bande de méchants, ceux-là, entre le père Tywin qui joue la statue du Commandeur, Cersei et Jaime qui sont complexes, sans états d’âme apparents vis-à-vis des extérieurs à leur famille, et puis le petit sympa, le Gnome / Lutin jouisseur et qui manie beaucoup la raison et l’intelligence (oui, ça sent bien la base 7). Mais plutôt que d’essayer de typer chaque personnage individuellement, regardons la maison Lannister dans son ensemble, notamment à travers les discours du père au gant de fer. Lors de plusieurs discussions musclées avec l’un ou l’autre de ses enfants, Tywin Lannister donne sa vision du monde : lui n’est rien ; ses enfants ne sont rien ; personne ne doit se lamenter, ou réclamer d’être aimé, ou compris, ou pardonné ; la seule chose qui compte, c’est la maison Lannister, et le nom de la famille ; tout effort doit être entrepris pour que cette maison, et ce nom, perdurent pendant des générations et des générations. C’est pour cela que Tywin n’a pas tué Tyrion à la naissance : c’était un Lannister, et un Lannister ne tue pas un autre Lannister, aussi difforme soit-il. C’est probablement aussi ce qui conduit certains membres de la famille à créer une descendance qui soit du pur Lannister… 😉 La perpétuation du nom, la dynastie, la famille. Tous ceux qui sont de ce nom ou de cette famille doivent être protégés, quelles que soient leurs fautes ; et le reste du monde peut mourir, car il n’est rien, s’il n’est pas Lannister. Une fois que cela est posé, et bien posé, par le père tyran (lui-même l’ayant probablement hérité à coups de trique de la part de ses parents), quelle est la latitude d’un des enfants pour exprimer son vrai caractère ? Prenons Cersei : mazette, quel personnage complexe dans ses passions et ses frustrations, protectrice comme une louve pour ses enfants, méprisante de son mari, rabaissée par son père, « coriace comme un steak à 10 cents », comme dirait Frank Underwood dans House of Cards. Qui est la vraie Cersei derrière ces actes ?

J’arrête là cette réflexion, qui pourrait être généralisée à d’autres familles (les Martell de Dorne, les Tyrell de Hautjardin) ou groupements (je pense par exemple aux sauvageons et à leur culture survivaliste, assez proche de celle des Dothrakis), et dont je n’ai livré que quelques exemples ci-dessus. On pourrait poursuivre l’investigation de la question (« est-ce que l’environnement conduit à masquer l’expression de certaines personnalités ») en prenant des exemples de personnages dont on connaît moins, voire pas du tout, le milieu familial.

Saignant, le steak

Les frères Clegane (le Limier / The Hound vs. La Montagne / The Mountain that rides), par exemple : pratiquant apparemment la même violence brutale, ils diffèrent sur beaucoup de points… et se détestent. Le Limier est plus réfléchi, plus loyal, plus humain (par exemple dans sa protection de Sansa) tandis que la Montagne est visiblement une brute qui tranche tout par la force.

9, sous-type conservation

Enfin, j’aime bien Samwell Tarly. Éjecté de son environnement familial, condamné par son père à une vie qui ne lui convient pas, il est un beau type 9, qui arrive à exprimer ce que je prends pour son propre caractère, malgré tout un environnement qui aurait pu le condamner à la dissimulation. Ce n’est pas un personnage majeur peut-être, mais c’est probablement l’un des plus avancés sur le chemin de la connaissance de lui-même.

(discussion à suivre… Tout commentaire est le bienvenu !)

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BuJo IV – fournitures et quelques conseils ultimes

Ceci clôture ma description de la pratique du BuJo au quotidien, pour le suivi de mes journées et de mes projets. Je termine par ce qui est en même temps accessoire, mais qui paradoxalement déclenche souvent des envies d’écrire un journal intime ou un carnet de pensées : les fournitures. Puis je donnerai quelques conseils basiques issus de ma pratique.

Mon carnet v. 1.0

Mon premier BuJo a été un carnet Moleskine. La marque est prestigieuse – ou plutôt, son marketing est très bien fait, puisque la marque fait référence à des auteurs classiques célèbres (Saint Exupéry, Hemingway…) alors même que le carnet Moleskine n’existe que depuis 1998, et il présente deux avantages : un élastique qui permet de maintenir le carnet bien fermé, et un marque-page en tissu pour ouvrir le carnet à la bonne page.

J’avais opté pour un carnet souple, taille B5 (moitié de A4), à petits points (dotted). Une page à points est un compromis ergonomique entre la page lignée (qui force à dimensionner son écriture et ses dessins à la hauteur des lignes imprimées) et la page vierge (où mon écriture ne reste jamais horizontale bien longtemps. Les points peuvent servir de points de repère pour les lignes, mais aussi pour tracer des dessins, des plans, des cases…

Les inconvénients du carnet Moleskine :

  1. la faible épaisseur de ses pages : l’encre de mon feutre (pourtant fin, 0,7mm) se voyait par transparence sur l’autre côté de la page. Et c’était encore pire pour les zones encrées (ex : titres encadrés). Cela me forçait à utiliser un stylo-bille (moins agréable pour l’écriture et l’esthétique) ou un crayon à papier (ingérable dans le temps, les notes s’effacent après quelques années).
  2. Les pages n’étaient pas numérotées. Certes, c’est une gymnastique plaisante de commencer chaque nouvelle double-page par une numérotation des coins, cela peut même renforcer l’aspect « je fais ce que je veux de mon carnet, il est versatile », mais je cherchais un côté plus pratique.

Mon carnet v. 1.1

Pour un prix légèrement inférieur au Moleskine, j’ai trouvé un carnet qui répondait à tous mes critères : le Leuchtturm 1917. Pages numérotées, papier épais, double marque-page coloré, étiquettes autocollantes fournies (y compris pour la tranche), et couverture dans un grand choix de couleurs vives ou sobres, c’est le carnet conçu pour un exercice joyeux et quotidien du BuJo.

J’ai pu y utiliser mon feutre gel 0,7mm pour prendre des notes et faire des dessins (… des gribouillages plutôt) sans craindre de transpercer le papier. J’ai eu plusieurs de ces carnets, dans différentes couleurs, et cela reste ma référence pratique pour le BuJo.

Les inconvénients du carnet Leuchtturm 1917 :

  • Il faut acheter un petit passant élastique autocollant pour pouvoir insérer son feutre / stylo, de telle sorte que le BuJo soit toujours accompagné de son stylo (mais il faut débourser de 5 à 8€ de plus pour cet autocollant).
  • Moleskine propose un stylo bille qui peut se pincer dans la couverture, c’est bien aussi, mais c’est un stylo-bille (donc moins agréable pour écrire + problème des recharges) et le côté pincé dans les couverture n’est pas hyper pratique à l’usage, car le stylo dépasse de la couverture, donc il s’accroche partout.

Mon carnet v. 2.0

Je pratiquais depuis quelques années l’appli CamScanner, qui permet de « scanner » rapidement une page de livre ou un article (en fait, c’est une photo qui est intelligemment recadrée et retouchée avant d’être sauvegardée au format PDF ou jpeg). Or, avec un BuJo papier, on peut avoir envie de transporter une page sans le carnet entier (par exemple, une page d’un BuJo qu’on a terminé il y a un mois, mais la page est toujours d’actualité). J’ai donc eu l’œil attiré par un carnet Leuchtturm aux pages pré-formattées (technologie whitelines) avec des petites icônes dans les coins pour faciliter la numérisation et le détramage avec une appli fournie. En théorie, c’est génial, puisque ça permet de scanner rapidement une page depuis son téléphone et de l’emporter partout, il y a même la possibilité de cocher une case prédéfinie sur la page papier pour un envoi automatique par mail ou dans une appli du cloud (Dropbox, Evernote…) Dans ma pratique, l’appli fonctionnait plutôt moins bien que CamScanner… et de toute façon, j’ai dû utiliser au maximum deux fois la fonction de scanner (pour un carnet de 160 pages…). En conclusion : mon BuJo est de toute façon toujours avec moi, et quand il ne l’est pas, soit j’ai accès à des pages que j’ai scannées sur un bon vieux scanner et sauvées dans le Cloud, soit je me passe du BuJo pendant une journée, ce n’est pas non plus une drogue 😀

Pour celles et ceux qui aiment les très beaux objets, il existe un carnet, le Thibierge (un de mes cousins…) qui propose un très beau carnet, des reliures aimantées permettant de changer de bloc de feuilles facilement, et une appli de numérisation. L’objet est superbe, mais pas à la portée de toutes les bourses… 😉

Mon carnet v. 3.0

C’est ma version actuelle. Marque française (LeMome), il est (encore) un peu moins cher que le Leuchtturm 1917 ou le Moleskine, avec une épaisseur de papier analogue à celle du Leuchtturm. Il offre le plaisir de couleurs variées, le confort de DEUX marques-pages tissu (bien pratique : un marque-page pour la page courante, et un autre pour l’Index), et il présente l’avantage d’avoir un porte-stylo élastique déjà cousu dans la couverture. Un plus : les 8 dernières pages du carnet sont détachables selon des pointillés, ce qui permet de noter et de donner le résultat à l’interlocuteur.

J’ai opté pour un LeMome bicolore, qui vient avec des accessoires dont je ne me sers pas (petite règle, autocollants smileys…) mais qui font la joie de certain(e)s ados…

Le stylo

Vous aurez compris que je n’aime pas le stylo-bille. Je préfère faire glisser une plume que de faire rouler une bille qui écrase le papier et marque le verso. Mais le stylo-plume a lui-même ses contraintes : il peut baver (ex : trajets en avion), et l’encre peut mettre un peu de temps à sécher sur le papier, conduisant à des bavures si le doigt vient à effleurer les mots, ou à des pattes de mouche quand on referme le BuJo trop rapidement.

La solution qui m’a duré des années était un feutre-gel 0,7mm de chez Muji. Petit, léger, rechargeable, il était simplissime et suffisait parfaitement à mes besoins. Son seul inconvénient était la disponibilité des recharges de gel : uniquement accessibles au flagship Muji du Forum des Halles (1h30 aller-retour minimum) et non disponibles en ligne, ces satanées recharges me contraignaient à planifier mes réapprovisionnements pour plusieurs mois à chaque fois que j’y allais. Et dans les derniers mois, les recharges avaient tendance à ne plus être suivies, ou seulement en noir. Ça sentait la fin de série.

Et puis grâce à un article d’un excellent Blog, j’ai trouvé la solution idéale : un stylo-bille (roller) à cartouches d’encre de stylo-plume. Ce Schneider vaut 3 francs 6 sous, il fonctionne sur des cartouches d’encre standard de la grande distribution, et son seul inconvénient est que son marché-cible correspond aux enfants de 8-10 ans, donc j’ai un peu galéré avant de trouver un motif qui ne soit pas Transformers ou Winx… (ce qui pourrait faire un effet intéressant lors de certains ComEx).

Les accessoires

Je n’utilise aucun des accessoires vendus « pour la pratique du BuJo », comme des pochoirs métalliques ou des guide-lettres. Pour moi, ces accessoires s’apparentent plus à du scrap-booking ou de la calligraphie qu’à la tenue d’un BuJo fonctionnel et pratique. La petite poche dans le rabat intérieur à la fin du BuJo peut être bien pratique, la boucle élastique pour le stylo et l’élastique de maintien du carnet, ça me suffit comme accessoires « built-in ».

En revanche, mon péché mignon consiste à aller rôder sur Pinterest pour apprendre quelques dessins extrêmement basiques (ce sont plus des icônes ou des festons que des dessins) pour aérer mon BuJo avec quelques graphismes… sans passer 15mn sur un croquis.

Quelques conseils issus de ma pratique

Au fil des années (je suis en train de terminer mon 7ème BuJo), je me suis prescrit des conseils à moi-même que je partage avec vous, au cas où cela intéresserait des aficionados :

  • Le BuJo est avant tout pragmatique et simple. Ne jamais oublier que c’est sa simplicité qui fait sa versatilité : dessins, fioritures, notes à la va-vite, todo listes ou brain dumps, pages de projets… Et c’est l’Index qui rassemble tout cela en un tout exploitable.
  • Ne pas succomber à la pratique du quotidien 1. On n’est pas obligé de tenir un journal de toutes les journées passées. Au fil des années, je constate que je peux avoir des trous de 2 jours ou plus dans la prise de notes… Qu’à cela ne tienne : quand je reprends le BuJo, je ne fais pas un compte-rendu de toutes ces journées non notées, et je re-démarre là où j’en suis, tant pis pour le trou temporel. S’il y a des choses à noter, elles me reviendront bien assez tôt.
  • Ne pas succomber à la pratique du quotidien 2. Idem quand je démarre la matinée par une réunion ou une idée qui risque de disparaître : je note directement ce qui se passe, quitte à ce que la ligne de temps ne soit pas tout à fait linéaire, il sera toujours temps de raccorder les points après coup (ou pas).

Voilà la fin de la cette série sur le BuJo et ma pratique d’icelui. Je serai intéressé par vos commentaires et remarques sur votre propre expérience 🙂

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BuJo 3 – critiques

Ceci est donc mon 3ème thibillet sur le Bullet Journal. Après la présentation et mes modifications au concept initial, passons à la troisième partie : les limites ou critiques. Nous garderons le quatrième thibillet pour la logistique (quel matériel).

Les limites du BuJo

Cet article mordant sur le “Boulet Journal” (“le journal de ceux qui méritent une balle“), en plus d’être très drôle (comme souvent sur ce blog) est aussi très bien vu (bis), et son humour vient pour une grande partie de l’exagération (ter). Il n’empêche, derrière la satire, il y a une vraie observation fine des travers du BuJo. Je vous cite quelques idées, mais la lecture de l’ensemble en vaut vraiment la peine.

  • Première critique, la plus importante : le côté “je démarre en fanfare et j’abandonne tout au bout d’un mois”

“Le Bujo est […] un peu aux travailleurs de septembre ce que l’abonnement à la salle du sport est aux motivés du mois de janvier : une manne de pognon tirée des illusions annuelles d’autrui.”

dans l’article sus-cité

C’est un travers que j’ai déjà mentionné à propos de la méthode GTD ou de toute autre méthode de développement personnel, et je vous livre ci-dessous mon analyse de la relation amoureuse qui s’instaure pour un système, telle que j’ai pu la voir chez quantité de personnes adeptes de la productivité personnelle. Prenons l’exemple de Robert pour illustrer cette courbe, et je vous ai fait un petit schéma qu’on pourrait appeler “Le cycle amoureux d’un système de productivité personnelle”.

  1. Dans la première phase (début de la flèche verte), enthousiasme ! Robert s’ébaubit devant ce système qui correspond enfin au système absolu qu’il cherchait depuis toujours et qui va changer sa vie, résoudre ses problèmes, déboucher son évier et repriser ses chaussettes. Il s’y met donc comme un furieux, le plus souvent en migrant dans ce système tout ce qu’il avait éparpillé dans le système précédent – forcément discutable, puisque Robert n’en était plus vraiment satisfait.
  2. En parallèle, prosélytisme ! Robert en parle partout, à tout le monde, il convainc, évangélise des amis et collègues qui ne lui ont rien demandé, et il les supplie de passer à ce nouveau système, parce que c’est pour leur bien. C’est une phase où certain(e)s peuvent atteindre des sommets d’enthousiasme communicatif, et je connais plus d’une personne qui a pu être mesmérisée par cette stratégie, Robert agissant tel un Bill Graham ou un Tony Robbins (démonstration vivante de la PNL), en utilisant une communication dont l’effet est d’autant plus fort qu’il ne dure pas longtemps dans le temps.
  3. Ensuite (flèche jaune), idéation ! En fait, le système s’auto-entretient, parce que Robert passe plus de temps à gérer son système… qu’à accomplir des choses. Il peaufine, il indexe, il classifie, et surtout, il ordonne ses priorités. Et puis il les réordonne. Et puis il peaufine son système de gestion des priorités. Et puis Robert en parle : “tu as vu, sur ces 18 tâches à faire, j’ai choisi quelles étaient les plus importantes, je vais te montrer”. Et pendant tout ce temps, un humble tâcheron sans méthode aurait probablement accompli les 18 tâches, sans ordre, mais avec la satisfaction de faire les choses au lieu de les planifier. Et voici donc un paradoxe : on peut traduire “faire les choses” par Getting Things Done, mais ce système GTD peut conduire les personnes à passer plus de temps à planifier qu’à faire effectivement. C’est une procrastination particulièrement redoutable, car elle donne l’impression qu’on est productif, alors qu’on ne travaille qu’à la périphérie des tâches. C’est peut-être pour ça que certaines personnes ont créé l’odieux néologisme prioriser : en transformant un processus (établir un ordre des priorités) en verbe, elles se donnent peut-être l’illusion d’être dans l’action, alors qu’elles ne sont que dans la prévision des actions. Par analogie, en Ennéagramme, certaines personnes narcotisent sur le développement personnel, c’est-à-dire qu’elles lisent tous les livres sur le sujet et apprennent toutes les variantes des caractères, ce qui est une manière très efficace de dépenser beaucoup d’énergie… pour éviter de travailler sur son propre développement personnel ! 🙂
  4. Tout de même, le système marche (ou Robert se convainc qu’il marche) et toute la vie de Robert se réoriente autour… jusqu’à ce que l’on arrive à la croisée des chemins :
    1. Dans un cas, le temps passe, et le système devient trop lourd à gérer. Robert l’abandonne progressivement, et l’oublie… C’est la phase de Lassitude. Et puis un jour, inopinément, dans une page de blog ou dans un livre de développement personnel, un nouveau système apparaît dans le radar de Robert, et on retourne à l’étape 1. du cycle amoureux. Le cercle amoureux – et vicieux – est bouclé (flèche rouge).
    2. Mais notez que la phase 3. ne conduit pas automatiquement à un éternel retour vers la phase 1., car (heureusement pour nous) il y a des relations amoureuses qui se stabilisent et qui durent, durent, durent… Dans ce cas, que je souhaite à tous les Robert du monde, le système devient vraiment intégré, et donc utile : il remplit humblement sa fonction et cela peut durer des années (flèche bleue).

Comme on l’aura compris, c’est une vraie critique, généralisable à tout changement d’existence : la capacité à tenir dans la durée. Certains abordent ce sujet par l’établissement de routines, qui demandent du temps pour devenir des automatismes. D’autres rappellent une idée fondamentale : rien ne se fait sans envie, et rien ne se continue sans motivation. L’erreur souvent commise est de se tromper de motivation, c’est-à-dire ne pas arriver à identifier la motivation fondamentale qui nous anime. Du coup, il y a un effet papillonnage, voire comme le dit l’école de Palo Alto “faire encore un peu plus de ce qui ne marche pas”. Cela me semble important de le mentionner ici, car la “gestion du temps” est un des grands fantasmes vendeurs en Occident, au même rang que les régimes minceur, les techniques sexuelles ou la remise en forme… Le schéma ci-dessus pourrait en fait s’appliquer à quantité de domaines.

  • Deuxième critique sur le BuJo : “il faut tout faire soi-même”.

Vous voulez dire qu’un outil présenté pour améliorer sa productivité est un outil qui va nécessiter plus de temps qu’avec un simple agenda pour s’organiser ? Et donc, que vous allez perdre en productivité ? […] Pour votre information, un agenda pré-rémpli, ça coûte aux environs de 5€.

dans le même article

C’est vrai que cette mode du BuJo donne un peu l’impression de réinventer la roue : “Allez, les gars, on va vous apprendre à vous organiser, première étape : noter ce que vous devez faire…” (comme dirait Aymeric, “c’est ça, prends-moi pour un jambon”).

Mais j’en ai déjà parlé, c’est justement l’avantage du concept de BuJo : sa versatilité. Là où Simon-Pierre va écrire au fil des pages, façon journal, Zachée va créer systématiquement des pages “Projet” tandis que Magdalena ne jurera que par l’utilisation des plannings mensuels. Et c’est justement parce que les pages sont vierges que chacun(e) est libre de trouver son système. Tout carnet papier est un BuJo en puissance, puisque le BuJo, avant d’être un objet physique, est avant tout un système mental (pour ceux qui pratiquent la méthode GTD, on retrouve la même idée : peu importe l’organisation matérielle, tant qu’on respecte les règles). C’est notamment cela qui m’a permis de faire mon propre ménage, en enlevant ce qui ne me plaisait pas, ou en ajoutant ce qui me manquait. Comparativement, essayez de faire ça avec un agenda du commerce vendu à 5€ : arrachez les pages d’éphémérides, ou les mappemondes en couleur, supprimez les sections qui ne servent pas. Bonne chance…

  • Troisième critique : les dessins et coloriage.

[…] qu’on s’organise sur papier, par téléphone ou ordinateur, chacun est libre de faire ce qu’il veut. Mais si quelqu’un confond boulot et atelier coloriage, cela mérite de lui renverser son bureau sur le coin de la truffe.

dans l’article très drôle sur le Boulet Journal
Cette rosace…

C’est vrai que j’ai déjà mentionné ce paradoxe : un carnet qui est vendu comme un système de productivité devient souvent un bel objet de scrapbooking ou de calligraphie – ce qui prend littéralement des heures. Si ça me prend 30 minutes pour dessiner la page du jour avec des belles lettres et des festons, c’est sûr que je vais avoir des problèmes de temps… 😉

La tache libère de la tâche

Pour éviter la tentation esthétique, dès le début, j’ai essayé de “salir” mon premier BuJo. Pour moi, une trace de tasse à café ou des gouttes de thé qui ont délayé certaines lettres, ça fait automatiquement passer le BuJo de “objet esthétique qu’on ne doit toucher qu’avec des gants, en ayant longuement médité avant d’écrire” en “objet du quotidien qu’on utilise, qu’on corne et qui se prend des gnons”. Et cela évite de retenir sa respiration ou de tirer la langue en transpirant dès qu’on trace la date du jour ou une liste de tâches… (Et ce processus de salissure assumée correspond, pour les archéologues de ce blog – les archéoblogues, donc – à la Batana que j’avais appelée Raflure).

Cela étant dit, je pratique un peu de coloriage dans mon BuJo, de façon très light, c’est-à-dire en deux occasions uniquement :

  • Coloriage “priorités”. Quand je suis confronté à une longue liste, généralement obtenue par un Brain Dump (cf. deuxième thibillet sur le BuJo), cela m’aide de fixer mes priorités à l’aide de couleurs (un petit cercle autour de la case à cocher, donc c’est plus une touche de couleur qu’un coloriage) :
    • tâche en rouge : prioritaire.
    • tâche en orange : degré d’importance / urgence en peu en deça (en gros, quand les tâches rouges sont faites).
    • tâche en vert : pas urgent (mais peut-être important), donc à noter pour ne pas oublier.
    • et toutes les autres tâches, sans couleur. Le but n’est pas d’affecter un code couleur à toute les tâches de la liste, mais de décider quelle sera la ration du jour ou de la semaine, et les autres attendront…
    • Ce coloriage a aussi un mérite : éviter la déprime face à un Brain Dump de deux pages qu’on assimilerait trop vite à “ToDo list de deux pages” – donc insurmontable, et déprimante à lire. Le fait de ne regarder que les tâches de couleur permet d’alléger la contrainte, en identifiant les bouchées du jour, sans culpabiliser sur toutes les autres tâches restant à faire.
  • Coloriage “détente”. Cela arrive le plus souvent le week-end, ou plus rarement, pendant une période de pause dans mon bureau, je reviens sur une dizaine de pages et je mets quelques touches de couleurs sur les cartouches de dates ou des titres, ou au coin de certaines pages, pour égayer un peu l’ensemble et quitter le noir et blanc. Cela arrive toujours après coup, et c’est une phase de détente, un peu comme Jung qui dessinait des mandalas. Cela permet aussi de relire et de faire le point, soit pour faire surgir de nouvelles idées ou encore, pour réaligner ses priorités. Je le vois vraiment comment une respiration nécessaire et une prise de recul. Stephen Covey insiste sur la différence entre la Production et l’entretien de la Capacité de production. Or, le BuJo peut devenir très orienté “Production” uniquement, car ce n’est après tout qu’une énorme ToDo list. La phase de coloriage “détente” permet aussi de se poser, de respirer, et de consacrer un temps non productif à la prise de recul.

Ou pour citer Richard Branson,

Quite often you will only do 50 per cent of things on to-do lists because, on reflection, only 50 per cent are worth doing. But by putting things on lists it will help clarify what’s worth doing and what’s worth dropping.

https://www.virgin.com/richard-branson/doing-your-do-lists

Voilà pour aujourd’hui. Il me restera un quatrième (et probablement dernier) thibillet à écrire sur le sujet du BuJo, avec mes essais et erreurs sur le matériel à utiliser, et mes ultimes idées sur le “système BuJo”. D’ici là, vos idées et contributions sont les bienvenues.

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Paperasse administrative hero

The Boss qui bosse…

Ma découverte du jour pour faire de la paperasserie et de l’administratif (un 27 décembre… et dieu sait si ça fait des années que j’écris sur la procrastination), c’est un concert Live.

Un oeil sur l’écran, un autre sur les papiers à classer / scanner / passer au broyeur. Merci Mr. Springsteen… C’est sur Netflix actuellement, mais le Live à Dublin, un de mes préférés, est en DVD 😉

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BuJo 2 – ajouts, modifications, retraits

Voici la suite de mon expérience sur le Bullet Journal (BuJo). Dans un premier thibillet, j’ai expliqué ce que c’est, et comment et pourquoi j’y suis venu. Voici maintenant comment j’ai adapté l’idée originale du BuJo, avec notamment ce que j’ai gardé du concept, et ce que j’ai abandonné.

Qu’est-ce que j’ai gardé du BuJo original ? Less is more…

En fait, j’ai gardé très peu de choses ! Le BuJo original sert en même temps d’agenda et de carnet d’organisation, et le côté agenda papier ne m’arrangeait pas. Je préfère avoir plusieurs agendas en ligne (perso, pro…) synchronisés avec mon smartphone, et je ne vois pas pourquoi je ré-écrirais à la main des dates et des plannings alors que des outils numériques me les fournissent automatiquement, avec la portabilité qui va avec. J’ai donc supprimé les pages « mois » dans mon BuJo, ainsi que tout ce qui faisait référence à des plannings.

Pendant un certain temps, j’ai tenu des pages de métriques. C’était intéressant, car je choisissais ce que je souhaitais suivre : combien de méditations j’avais faites dans le mois, combien de fois j’étais allé courir, combien d’heures de cours chaque semaine, combien d’heures de coaching, combien de restaus, combien de jours sans alcool… J’avais même une métrique hebdomadaire sur le nombre de mails dans la boîte de réception et dans la boîte d’envoi. Mais en fait, cela représentait plus de contraintes que d’avantages : le temps que j’y passais toutes les semaines était plus fastidieux et consommateur de temps (car il faut noter, revenir en arrière pour compter…) que l’avantage que j’aurais éventuellement pu retirer de ces statistiques mensuelles – et je n’ai pas eu la patience de continuer cet enregistrement sur plusieurs mois, donc je ne suis pas arrivé au point de pouvoir exploiter des statistiques d’évolutions ou de tendances.

Enfin, je constate que pour beaucoup de personnes, le BuJo devient un petit objet d’art : ils/elles mettent du temps à dessiner les titres, se forment à la calligraphie, ajoutent des guirlandes de festons ou de la washi tape, des couleurs… Une recherche sur Qwant Images donne une idée, cliquez sur ce qui vous attire l’œil, et imaginez le temps passé… 😉

J’en vois bien l’avantage : du plaisir, de la personnalisation d’un objet qui est en fait un compagnon du quotidien, et donc des très jolies pages bien léchées. Pour ma part, je fais le strict minimum :

  • un peu de crayon de couleur pour égayer toutes ces pages d’écriture, et surtout repérer les encadrés de notes ;
  • quelques images stylisées (je suis plus Keith Haring que Delacroix) ;
  • quelques emojis de base ;
  • et c’est tout.

À une époque, j’avais réalisé un marque-page supplémentaire (pour pouvoir en même temps marquer l’Index, et la page courante), mais mes BuJo récents ont désormais deux marques-pages inclus dès l’usine. Voilà pour la personnalisation 🙂

Qu’est-ce que j’ai ajouté ou amélioré par rapport au concept original ?

Trois points : la signalétique, l’Index, les Brain Dumps.

La Signalétique

C’est visiblement une signalétique qui plait à Ryder Carroll, le concepteur du BuJo original, mais pour ma part, je suis habitué depuis des années à noter une chose à faire sous forme d’une case que je pourrai cocher plus tard (c’est visuellement beaucoup plus facile de voir ce qui reste à faire, plutôt que de traquer des points…) Or, au fil des années où je notais ces cases, mon trait s’est arrondi, et maintenant je fais des cercles, c’est plus rapide et plus harmonieux. Donc voici ma signalétique :

Comme on peut le voir, c’est la pratique qui conduit à des choix personnels.

L’Index

L’index est pour moi la grande force du BuJo. L’utilité des pages numérotées, c’est de pouvoir retrouver facilement que les réunion sur le projet Beta sont consignées dans les pages 8 à 13 et 35-36. Mais l’index du BuJo original est trop simple à mon goût : on le remplit au fur et à mesure qu’on remplit les pages. C’est donc un Index chronologique. Cela va donc donner, par exemple :

Notez que les entrées d’index suivent les numéros de pages. C’est donc facile à remplir au fur et à mesure, mais pour retrouver une entrée d’index donnée, il faut balayer tout l’index, puisque l’entrée des rubriques se fait au fil du temps, au fur et à mesure qu’on remplit les pages du BuJo. Je suis donc passé pour ma part à un Index alphabétique : quand je démarre un nouveau BuJo, je consacre les 3 premières pages à préparer l’Index, avec les lettres A-F réparties sur la première page, G-M sur la deuxième page et N-Z sur la troisième. Cela prend littéralement 5mn. Puis je remplis au fur et à mesure mon BuJo en reportant les pages dans l’Index, et avec l’habitude, j’ai souvent les mêmes entrées qui reviennent. Au bout de quelques semaines, cela donne quelque chose comme suit :

C’est donc plus conforme à un Index de livre. Et en cas de doute sur le libellé à inscrire, je fais un renvoi. Par exemple, pour des vacances en Ecosse, je vais inscrire

  • “Vacances : 45-57” à la lettre V
  • “Ecosse, voir Vacances” à la lettre E

Ma pratique est que ces renvois sont finalement assez rares. Cela dépend clairement de la taille souhaitée pour une rubrique d’Index, et ça vient avec la pratique. Par exemple, mes cours ne sont pas classés dans une rubrique fourre-tout “Cours”, car elle aurait trop de pages de référence sans lien clair entre elles. Mes cours sont donc identifiés dans l’Index par programme ou nom de cours (AnaF, EMIB, MBA…), c’est bien plus simple.

Les Brain Dumps

Initialement conçu par David Allen dans sa méthode GTD, le brain dump consiste à marquer tout ce qu’on a en tête (c’est-à-dire, toutes les tâches à faire) au fur et à mesure qu’on y pense. Littéralement, c’est donc un “vidage de cerveau” qui consiste à mettre toutes ses préoccupations sur le papier. Dans le cadre du BuJo, voici ma manière (simple) de procéder :

  • à un moment donné, j’ai besoin d’avoir une méga todo list sous les yeux. J’ouvre donc une nouvelle page que j’intitule Brain Dump, et je liste, sous forme de tâches, tout ce qui me passe par la tête. Souvent, le fait de noter une chose fait penser à un autre projet, donc la liste se remplit vite et sans effort de réflexion. Cela prend facilement 10-15 minutes. C’est la phase de vidage du cerveau.
  • Je vérifie alors si je n’ai pas des tâches non encore faites (donc restées marquées O ) dans les pages du BuJo et je les rajoute au Brain Dump. C’est la phase de vérification (tout collecter).
  • Puis vient la phase d’organisation. Le but est de transformer une liste longue, donc déprimante, en un ensemble de tâches à accomplir dans les prochains heures ou semaines. Chacun(e) a sa méthode de priorités, pour ma part j’utilise 3 crayons de couleur, et j’applique bêtement la Matrice d’Eisenhower (Urgent vs. Important, que j’avais raffinée avec une troisième dimension) sans passer des heures à raffiner les priorités : le but est de faire ressortir les 3-4 choses à faire en premier, et le reste viendra après.

Voilà en quelques idées comment j’ai adapté les idées originales (et bien utiles) du BuJo pour répondre à mes besoins. Et vous, avez-vous fait des modifications à la méthode de Carroll Ryder ?

Dans un prochain (et dernier) thibillet sur le thème du BuJo, j’indiquerai les chausses-trapes et difficultés du quotidien avec un BuJo, les critiques du système, et comment j’ai trouvé mes méthodes de résolution de ces problèmes.

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