CovidCampus #9 – la combinaison ultime pour enseigner à distance

Mon assistant pédagogique

Ce thibillet fait partie d’une série de réflexions sur la crise du Corona virus et le passage d’une partie de mes cours en présentiel à une version en ligne.

Cher.es collègues enseignant.e.s, ne cherchez plus : voici la combinaison ultime (à mon avis) pour enseigner en ligne depuis son ordinateur. Pour un coût inférieur à une centaine d’euros (voir le détail budgétaire ci-dessous), vous pouvez retrouver une grande partie de la fluidité de la salle de cours en présentiel, tout en continuant à profiter des avantages du cours à distance.

Les avantages du cours en présentiel, on les connaît :

  • une meilleure interaction avec les étudiant.e.s, grâce à une plus grande proximité.
  • une plus grande fluidité dans le changement de medium de communication (Powerpoint, questions-réponses, tableau blanc…) Dans un précédent thibillet, puis un autre, je montrais qu’une simple situation en salle de cours (répondre à une question en se mettant à écrire au tableau blanc) correspond, dans le monde en ligne, à une succession d’au moins une demi-douzaine d’actions séquentielles – avec les temps morts correspondants.

Mais on a tendance à oublier que les cours à distance ont aussi des avantages. En effet, ce ne sont pas que des versions dégradées des cours en présentiel.

Quelques avantages des cours en ligne sur leur équivalent en présentiel :

“Sam, peux-tu brancher ton micro ?”
  • Le cours en ligne est fait sur un ordinateur connecté à Internet. Il permet donc d’utiliser quantité d’outils ou de plate-formes collaboratives, par exemple :
    • des documents partagés sur lesquels les étudiant.e.s peuvent travailler collectivement et en temps réel (Google Docs, ou Padlet, par exemple), avec la possibilité de récupérer tout le document à la fin de la session. Comparativement, en salle de cours, certains étudiants prennent des photos du tableau blanc, ce qui est moins pratique et moins “portable” (au sens de : facilement réintégrable dans un autre support).
    • la possibilité d’accéder à toutes sortes de ressources comme des vidéos ou des images de manière beaucoup plus rapide qu’en salle de classe. En effet, dans la salle, le professeur est avant tout un être humain : s’il veut montrer une vidéo, il doit aller à l’ordinateur, charger la page, vérifier que le son est retransmis dans la salle, etc. Par opposition, en ligne, la professeure est dans un exosquelette, qui est son ordinateur. Tout passe par l’ordinateur : l’image de l’enseignante, sa voix, mais aussi toutes les autres images et autres sons. Il n’y donc qu’un seul canal d’enseignement : vidéo+son. De la même manière qu’une voie ferrée peut transporter aussi bien des voyageurs que de l’hélium ou des vaches, ici, l’ordinateur permet de transmettre aussi bien les messages du professeur que d’autres ressources.
    • des outils dédiés permettent de dynamiser et d’accélérer certaines séquences. L’exemple le plus parlant est probablement celui des votes avec résultat instantané (Klaxoon, Wooclap) ou des quizz (Kahoot). Dans une salle de cours, il faut demander de lever la main, compter les votes, tenir compte des réticences à voter (syndrôme de l’imposteur). Toutes ces limitations sont levées en ligne, ce qui donne des résultats plus rapides et plus exhaustifs.

Les deux inconvénients majeurs du cours à distance

Le manque de fluidité

Quiconque a essayé de partager un document sous Zoom comprendra ce que je veux dire par “manque de fluidité”. Il y a toujours un temps de latence, et cela est amplifié quand on doit jongler entre plusieurs documents. Par exemple, sous Zoom, cela arrive souvent qu’on doive alterner entre une présentation Powerpoint et le tableau blanc de Zoom – notamment pour illustrer des concepts. Si on rajoute un troisième document (ex : un texte, une feuille de calculs), chaque changement réduira encore la fluidité. Sans parler des questions, qui obligent à revenir à un document précédent : annuler le partage actuel + partager l’ancien document = beaucoup de temps en manipulations.

La déshumanisation

“Tu fais quoi ?”

Du côté des étudiant.e.s, beaucoup laissent leur caméra éteinte, ce qui nous confronte à des écrans noirs. Mais du côté des professeurs, ce n’est pas non plus très humain, quand les étudiants ne voient qu’un diaporama avec une “voix off” qui commente de loin. Mettons à la place de ces jeunes : je défie mes collègues de rester attentifs face à une diapo qui ne bouge pas pendant 10 minutes, tandis qu’une bande-son (sans voir le visage) commente les points importants, avant de passer à une autre diapositive et d’enchaîner un autre commentaire. Ce problème se conjugue avec le premier problème de fluidité : pour restituer un minimum de dynamisme, il faudrait pouvoir changer rapidement de support. Mais la manipulation de partage d’écran ne permet pas de faire des allers-retours rapides entre documents, à cause de la séquence d’actions à réaliser.

La combinaison ultime : un logiciel de diffusion + une deuxième webcam

J’ai eu la chance de découvrir cet article en janvier 2021 sur The Conversation France, et depuis, j’ai pu raffiner la méthode décrite à l’astuce n°1. Mais le mieux est voir cela sous forme de vidéo (je l’ai faite rapidement, veuillez excuser le côté “mal léché”) :

Une courte vidéo présentant Open Broadcast Studio

Le budget = 99€

Studio à la maison

La caméra coûte 74€ ; je compte 4 feutres de couleur à 5€ ; il reste donc 20€ pour contribuer au projet OBS en restant en dessous de 100€. En effet, c’est un projet open source dont le produit (le programme Open Broadcast Studio) est gratuit et sans publicité. Dans ce cas, cela me semble légitime de leur verser une contribution financière sur cette page, qui permet de verser soit pour le projet, soit pour Jim, le développeur / contributeur à plein temps. Cela me semblerait même juste que des institutions (universités, écoles d’enseignement supérieur…) contribuent elles aussi, étant donné le grand intérêt d’OBS.

Comme d’habitude, vos commentaires sont les bienvenus !

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