Variations sur Matrix

RedPillBluePillOn ne présente (probablement) plus Matrix, le film des frères Wachowski.

J’en ai parlé plus d’une fois, à propos des tournants de (ma) vie, ou de Maître Yoda, et en fait, les questions que soulève Matrix sont existentielles.

Mais il y a quelque chose qui me chiffonne sévère.

Voilà, dans la scène de la pilule bleue / pilule rouge, Neo est confronté à un choix assez scénaristique :

  • soit il prend la pilule bleue, et comme lui dit Morpheus, « l’histoire s’arrête là. Tu te réveilleras dans ton lit, et tu croiras ce que tu voudras croire ».
  • soit il prend la pilule rouge, et dans ce cas « tu restes au Pays des merveilles, et je te montre jusqu’où va le terrier du lapin ».

Nous savons tous (sauf ceux qui ont vécu dans le coma pendant 14 ans) que Neo choisit la pilule rouge, et qu’il se retrouve alors lecrâne rasé, avec des boulons plein la tête et le pull de Pierre Mortez dans Le Père Noël est une ordure. Même si j’applaudis au choix scénaristique (on aurait été déçus de le voir se réveiller dans son lit), quelques idées me chagrinent.

D’abord, le plus courageux des deux choix n’est pas celui qu’on pense. D’un côté, on dit « prends la pilule rouge, et laisse-toi guider dans un monde de vapes », dans l’autre, c’est « prends la pilule bleue et bâtis ta propre vérité ».
Quand c’est dit comme ça, la pilule rouge apparaît quand même comme une sacrée fuite devant ses responsabilités.

Ce qui m’amène au point central qui me démange. Qu’est-ce que Neo répond à la question « Pourquoi ne crois-tu pas au Destin ? » : il dit « Parce que je n’aime pas l’idée que je ne sois pas en contrôle de ma vie« .
Et ce gars-là, qui veut rester en contrôle de sa vie, choisit de ne pas se faire confiance, de ne pas prendre sa vie telle qu’elle est (pilule bleue : je me réveille et je te bouscule, tu ne te réveille pas, et je commence à bâtir ce à quoi je peux croire), il préfère confier aveuglément sa vie, sans contrôle, à un gars qui ne lui promet finalement « que la vérité ».

Ce paradoxe m’embête. J’aurais bien aimé un Neo qui dise :
« Morpheus, OK, belle tirade, et ton imper et tes lunettes de soleil en pleine nuit, nan, sérieux, mec, je t’adore, t’es Twilight avant Twilight, je kiffe à mort. Mais là tu vois, tu me demandes de prendre une pilule – dont je ne sais même pas si elle a reçu une Autorisation de Mise sur le Marché – pour partir dans ton trip des Chevaliers du Zodiaque ? Mais bon sang, ouvre les yeux, c’est ici que ça se passe. Ok, mon job sent le moisi et j’aime pas mettre une cravate, mais enfin, si je m’enfuis, comment est-ce que je règle mes problèmes ? Alors non, je ne marche pas. Tu te prends ta pilule rouge en suppo, et même la bleue si ça passe mieux, parce que moi je rentre, à pied, sous la pluie. Merci, Morpheus, de m’avoir fait voir que c’était à moi, tout seul de changer la réalité de ce que je vivais. Je t’en serre cinq. »

Et là il s’en va, Trinity prend un Kleenex, on revient vraiment aux fondamentaux.

En fait, il fait pas ça dans le film.

En fait, Neo est un béni oui-oui.

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2 réponses à Variations sur Matrix

  1. Cyrille dit :

    Ah, ah… Je ris. Moi je dis il prend la rouge parce que les frères Wachowski lui ont dit « si tu prends la bleue, on n’a plus de boulot, donc tu fais pas ch… tu suis le scénar ».
    Ce qui revient au même, Néo est un employé, il fait ce qu’on lui demande de faire ! Ca c’est du management… me rappelle plus trop quel cours !

  2. Docthib dit :

    Oui, c’est bien l’idée, en fait Neo c’est un gros velléitaire qui ne fait que ce qu’on lui dit. Ça se voit qu’il a pas l’esprit entreprenour, il n’a pas fait un MBA, lui 🙂

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