Ma lettre à un journaliste…

Monsieur,
vous m’avez sollicité dans l’urgence (le jour-même de la remise de votre article), ainsi que des économistes, pour avoir mon opinion sur la remontée récente des marchés boursiers.
Bien qu’en vacances, j’ai pris sur mon temps pour vous répondre. À la parution de votre article, je constate que ni mon nom ni celui d’aucun économiste n’est cité. Je conçois parfaitement qu’un journaliste ne soit pas pointu dans un domaine, et qu’il ait besoin de se renseigner. Que cela se fasse dans l’urgence, cela peut se comprendre aussi, à cause de l’actualité. En revanche, le fait qu’il ne cite aucune des personnes qui lui ont donné des idées introduit à mon avis plusieurs réflexions :
– je rappelle que nous, les soi-disant experts, ne sommes jamais payés pour répondre dans l’urgence à ce genre de demande. Si nous ne sommes pas cités nommément, alors ni nos institutions de rattachement, ni nos éditeurs ne bénéficient de reconnaissance, alors même que nous avons accompli un travail pour vous, sans qu’il ne vous en coûte rien.
– en synthétisant (souvent mal, mais c’est un autre débat) nos contributions, vous donnez à penser que vous seul avez produit l’information (la Bourse monte) ET l’analyse (pourquoi la Bourse monte-t-elle). C’est extrêmement trompeur sur la nature du travail que vous avez réellement fait (prendre des contacts, des opinions et des analyses, puis les mettre en forme tant bien que mal).
– dans nos milieux académiques, il est permis de ne pas avoir d’idées originales (après tout, tout le monde n’est pas Einstein), mais en revanche, il est très mal vu de reprendre les idées des autres sans les citer. Ce crime intellectuel est une imposture.
– Vous pouvez jouer ce jeu (j’ai déjà eu l’expérience d’autres journalistes faisant la même chose), car un expert échaudé par ce genre de pratique va rarement prendre le temps de réagir, ou sa réponse sera noyée, et vous trouverez donc toujours d’autres personnes prêtes à vous répondre… une fois. J’espère que ce mail (que je poste aussi sur mon blog, sur Facebook et en commentaire à votre article) contribuera à faire cesser ce genre de comportements limites en terme d’éthique
C. Thibierge

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