Combien gagnent les artistes : musique en ligne contre ventes de CD

je suis en train de mettre à jour une Master Class pour le MBA Executive de mon école (rappel : 1er mondial en terme progression de carrière, 3ème mondial en terme de contenu international des cours, 15ème mondial tous critères confondus), et cela me permet de répondre à une question qui me turlupinait.

La question : est-ce que les artistes (musique) touchent plus d’argent avec la vente de musique en ligne (iTunes, téléchargement Amazon ou Fnac.com) ou avec la vente de CDs ?

Réponse intuitive : étant donné la dématérialisation des supports, la musique en ligne devrait présenter moins de coûts logistiques (transport, mise en bacs, distribution…), donc rapporter plus d’argent aux artistes. Raison à cela : il n’y a plus de coûts de production du CD, et plus de coûts de gestion physique du CD (déplacement, stockage, réassort…), donc ces coûts ne peuvent plus être refacturés et ne vont plus réduire la marge de l’artiste.

Réponse contre-intuitive (parce que le monde n’est pas rationnel) : la marge des artistes n’aura pas augmenté, car les producteurs de musique diront, soit en mode soft “nous avons dû nous adapter terriblement à ces nouvelles conditions, ça nous a traumatisés, alors on prend un peu plus de marge” (i.e. on récupère l’intégralité des économies réalisées par la dématérialisation), soit en mode hard “coco, si t’es pas content de tes royalties, on t’explique, on a un contrat signé de ton sang, alors tu nous intente un procès quand tu veux”.

Pour satisfaire tout le monde, j’ai trouvé deux réponses contradictoires, même si l’une des deux est clairement plus adaptée au paysage que nous connaissons.

Selon Information is Beautiful, la vente de CDs est plus profitable pour les artistes ayant bien négocié leurs droits (i.e. les plus célèbres, ceux qui peuvent modifier les contrats signés en lettres de sang), car ils touchent 10% du prix de vente, contre 9,4% du prix de vente d’un album en ligne. En revanche, pour les artistes n’ayant pas la capacité à négocier leurs droits, la relation s’inverse : les CDs physique rapportent 3% de leur prix de vente aux artistes, tandis que dans la musique en ligne, les artistes touchent toujours 9,4% du prix vendu. En bref, pour la majorité des artistes, les CDs rapportent 3 fois moins que les téléchargements d’albums en ligne. (Je ne traite pas des ventes au morceau, allez voir l’article original pour plus de détail).
 Donc dans ce cas, c’est la réponse intuitive qui est correcte.

Mais selon l’Ordinateur Individuel (n° de Novembre 2010, en vente physique dans tous les bons kiosques – mais je crois qu’il y a aussi une version numérique), les chiffres ne sont pas les mêmes. Un artiste touche 4% du prix TTC d’un CD vendu en France, mais seulement 2,8% du prix d’un album acheté et téléchargé en ligne. Je cite une partie de l’article : “les majors, qui jouent souvent le rôle de producteur et de label sur le circuit physique, récupèrent environ 21% du prix TTC d’un CD, mais près de 67% de celui d’un morceau acheté sur Internet vu qu’elles sont en plus distributeur. Une part multipliée par trois alors que celle de l’artiste est, sur Internet…, divisée par deux” (ibid, p. 51).

Personnellement, je tends à croire plutôt la deuxième analyse : plus récente, plus précise, car prenant en compte les caractéristiques du système français. Donc la musique en ligne est un mauvais deal pour les artistes dans les conditions actuellement négociées.

Et qu’est-ce que cela sera censé illustrer dans ma Master class ? Je vais faire voter les participants, en disant “à votre avis, est-ce que les artistes gagnent plus d’argent ou moins d’argent sur les ventes en ligne par rapport aux CDs ?”
Je pense que j’aurai une majorité de votes pour la réponse intuitive. Ce qui me permettra d’illustrer l’heuristique de disponibilité : plus on entend parler d’une chose, plus on surestime sa probabilité (exemple typique : la phobie des attaques de requins, comparée aux chiffres – bien inférieurs, mais très peu connus – des attaques effectivement recensées).

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