Livre lu – Digital Fortress, de Dan Brown et pensée romanesque

Je viens de lire “Digital fortress“, de Dan Brown : le hasard d’une location de vacances m’a mis ce livre dans les mains, et le début était tellement prometteur que je l’ai acheté. Sirènes du marketing, ou comment soigner ses premiers chapitres : après, ça devient moins bien.
La pensée du jour, pour tous les romanciers en herbe : n’essayez pas d’avoir l’air modernes, le monde bouge trop vite. Imaginez que vous preniez un roman écrit il y a 12 ans (c’est le cas de Digital fortress), et que vous y lisiez un passage sur les ordinateurs personnels. Vous y découvririez des perles du genre

“Il décida d’envoyer un e-mail. C’était une technologie révolutionnaire, qui allait bientôt supplanter la télécopie. A peine avait-il cliqué send que son interlocuteur, comme par magie, recevait le message”

(j’invente ce passage, mais cela donne la tonalité)
Ou encore, dans un livre de Maurice G. Dantec, La sirène rouge, je crois, il y a avait un passage du type :

“C’était un ordinateur portable dernier cri, avec processeur 486 et 2 mégas de RAM”

(encore une fois j’invente).
En résumé : si vous voulez que votre roman dure, ne mentionnez pas les dernières perles de la technologie de votre temps : elles seront pratiquement obsolètes au jour de la publication, et probablement périmées quand vous commencerez à percer. Faites plutôt comme Dantec (à nouveau, cette fois dans Les racines du mal) : inventez des ordinateurs qui n’existent pas encore. Vous serez au mieux un visionnaire, au pire, un fictionnaire.
Et finalement, rappelons une évidence : ce qui fait la durée d’un roman dans son lectorat, c’est son caractère intemporel. Il y a donc deux types de romans : les produits de grande consommation, les romans de l’année, destinés à être des consommables, et les romans de référence, ceux qui sont destinés à rester, bref, les investissements.
Les premiers se fondent sur une nouveauté éphémère, l’actualité, un mouvement de mode. Les seconds se focalisent sur les êtres humains et leurs relations.

Ce contenu a été publié dans Livres. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

4 réponses à Livre lu – Digital Fortress, de Dan Brown et pensée romanesque

  1. Lao Che dit :

    "Qui veut vivre à tout prix avec son temps mourra avec son époque."

    En substance, c’est ce que j’ai lu ce matin sur un autre blog.
    Et c’est ce que j’écrirais pour conclure mes lectures électroniques aujourd’hui.

    Du recul, toujours du recul…

  2. Docthib dit :

    Jolie citation, je la note. De qui est-elle ?

  3. Yann dit :

    Quelle horreur Digital Fortress! (et Dan Brown en general)

    Je lisais recemment un interview du realisateur de Scott Pilgrim vs The World ou il dit "The only way to keep a film from becoming dated is to make it dated." D’ou l’utilisation de references plus ou moins vieille pour un film sortant en 2010 ( AOL, vieux son Windows, DS etc..)

  4. Docthib dit :

    Hello Yann, aïbegtoudiffeur, wizoldiourispekt. Perso, je n’aime pas les références datées, pour moi, ça fait ringard. Je préfère l’option alternative, qui est celle de Minority Report par exemple : un futur qui montre des choses qui n’existeront peut-être jamais, mais qui tranchent nettement avec notre technologie. Autre exemple : Iron Man et ses écrans virtuels, ses objets en 3D modélisés. Ou bien, plus ancien, tous les films avec des robots : ce qui a vieilli, ce n’est pas tant la technologie (après tout, 50 ans après, nous n’en sommes toujours pas à avoir des robots véritablement serviteurs), mais notre perception de la relation homme-robot. Bref, encore une fois, c’est l’humain qui est au centre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.