Mes gestes pour l'environnement (sans être trop rasoir)

Cela a commencé il y a quelques mois. J’en avais marre d’utiliser des bombes de mousse à raser, un peu comme le gars qui se lasserait d’appuyer tout le temps sur le tube de mayonnaise et qui rêverait de se faire une bonne vieille sauce maison. Je suis donc revenu à mes (très) anciennes amours, et j’ai (r)acheté un blaireau et du savon à barbe. Pas l’odieuse pte en tube, non, le bol de savon où l’on fait mousser le blaireau.
J’étais content, c’était un premier pas.
Mais autant dire qu’à côté de ces nouveaux objets, mes rasoirs jetables faisaient grise mine. Des bouts de plastique bleus, sans poids, jetables comme des kleenex. Alors en juin, j’ai sauté le pas. Je suis allé chez Planète Rasoir, et après une bonne demi-heure de discussion avec l’excellent propriétaire, j’en suis ressorti avec

  • un rasoir (sabre, ou coupe-chou) affûté comme le regard d’un trader cocaïnomane
  • un bol de savon à barbe qui sentait bon les effluves de l’échoppe de barbier au fond du wisconsin en 1908
  • un cuir pour aiguiser le rasoir
  • une pierre d’alun pour les coupures
  • de la pte pour mettre sur le-cuir-à-aiguiser-le-fil-du-rasoir

Puis, pendant plusieurs jours, je n’ai touché à rien. Le propriétaire-vendeur m’avait dit : commencez doucement, n’essayez pas un matin où vous êtes fatigué, ou bien si vous avez la gueule de bois, bref, j’ai attendu plusieurs jours.
Mon dieu. Les premières fois, je me suis bien tailladé, c’était le mariage de Frankenstein et Massacre à la tronçonneuse.
Et puis les jours ont passé. Je m’entraînais le week-end, et j’y passais 30 à 40 mn. Puis j’ai commencé à me couper moins souvent, moins profond. J’ai réappris la forme complexe de mon visage, et l’implantation névrotique de mes poils de barbe. Chaque semaine, je progresse un peu : je ne me coupe quasiment plus ; quand je me coupe, ça ne se voit plus ; je me rase de plus en plus vite (même s’il me faut encore facilement 10-15 mn).
J’en retire quantité de satisfactions :

  1. Je suis revenu au geste antique. Le fait de se raser, c’est le fait de se couper du monde. Si l’on n’est pas coupé du monde, on se coupe. Avec ce genre de rasoir, on ne peut pas le faire à la va-vite, du genre “j’ai que 2 minutes et je suis à la bourre”. Le temps qu’il faut prendre, et donc planifier par avance, c’est du temps de qualité : je suis face à moi-même, pleinement dans l’instant présent, centré.
  2. Je ne jette plus rien. Mon rasoir me durera des années, donc exeunt les petits rasoirs en plastique jetables qui allaient remplir mes poubelles puis les incinérateurs. Exeunt les bombes à raser dont je ne sais pas si elles étaient effectivement recyclées ou pas. Exeunt les bombes de déodorant (car la pierre d’alun est un bactéricide et un déodorant naturel) dont je ne sais pas si elles étaient effectivement recyclées ou pas. Je suis un citoyen responsable.
  3. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, je ne l’ai pas fait par souci d’économie. Mais le gain financier existe. Rasoirs jetables : 2 € les 10, soit 10 € par an ; déodorant 4 € soit 40 € par an ; mousse à raser 3 € soit 30 € par an. Mes précédentes habitudes déplorables me coûtaient donc 80 € par an (et encore, vous remarquerez que je prends les prix de la grande distribution, pas les tarifs l’Oréal). Or, rien qu’avec l’achat du rasoir, j’en suis à -70 €. Sans compter la pierre d’alun, le savon à barbe, le cuir à aiguiser… Allez, mettons un coût d’investissement à -150 €. Calcul d’actualisation à 6% : l’achat est rentabilisé en 3 ans. En fait, un peu plus, car je consomme du savon à barbe et de la pte à aiguiser le cuir pour assouplir le rasoir du fil. Si je garde ce rasoir 10 ans, valeur actuelle nette : gain de 439 €, en euros d’aujourd’hui.

L’étape suivante consistera à me débarrasser de ma crème hydratante et de la troquer pour un plant d’Aloe Vera. J’ai mis mes fleuristes sur l’affaire, mais ils ont du mal à me dégoter un plant de taille suffisante pour que je puisse couper une feuille de temps en temps. En plus, il paraît que les cactées absorbent les ondes radio-électriques. De la même manière que ma pierre d’alun soigne les coupures et sert de déodorant, mon Aloe Vera servira d’hydratant visage et partira en croisade contre les antennes-relais et le bombardement wifi.
Mais petit inconvénient de ce retour aux sources : pas question d’emmener ma trousse de toilette dans un bagage-cabine… Les rasoirs coupe-chou, c’est comme les caniches : ça voyage en soute.

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6 réponses à Mes gestes pour l'environnement (sans être trop rasoir)

  1. Kate dit :

    Inutile de torturer d’innocents fleuristes, le gel pur d’Aloe Vera se trouve (difficilement), mais parce que c’est vous je veux bien vous livrer le secret : le meilleur, concentré à 99% est celui de Lily of the Desert (ça ne s’invente pas, convenez-en), en épicerie bio, ou à commander en ligne.
    http://www.beaute-test.com/gel_a...

    Y ajouter une ou deux gouttes d’huile d’argan (Melvita, petit flacon, ou chez Codina http://www.codina.net/ si vous décidiez d’en faire une consommation intensive), parce que passé 40 ans, hydrater ne suffit plus, si vous voyez où je veux en venir.

    Sinon le khol c’est bio aussi (poudres minérales), même Johnny Depp en porte, et pas que dans Pirates des Caraïbes.

  2. Docthib dit :

    121 € le litre !!! Presque aussi cher que des crèmes hydratantes pour homme !
    Merci pour ces tuyaux pour Onassis richissime, mais j’ai réussi – sans torturage de fleuriste – à trouver une filière beaucoup plus bio et marrante. Cela donnera lieu à un prochain thibillet, une fois que j’aurai cicatrisé de ma MEGA coupure de rasoir (et voilà, il suffit que je dise que je ne me coupe plus pour que Tchac ! je ressemble à Scarface).
    Tout le monde me demande si je me suis battu, je n’ose pas dire que j’étais seul quand c’est arrivé…

  3. Kate dit :

    Scarface, hein ?
    Mais rien ne fait peur à l’Aloe Vera. Puisqu’on est revenus au gore (vieille habitude), figurez-vous que moi j’ai eu la varicelle à 35 ans (merci les mouflettes), le truc apocalyptique, le baron Harkonnen dans le film Dune de Lynch, c’était un top model à côté de moi (suspenseurs en moins faut pas non plus déconner), genre quand le médecin te regarde, tu lis dans ses yeux "ma pauvre fille, là, à part tout brûler au napalm avant de tenter la greffe de peau, tu peux tout de suite aller demander la nationalité afghane, la burqa est offerte", bref.
    Mais il en faut plus que ça pour me décourager (…), je suis devenue grands comptes chez Lily of the Desert et Codina, et ?
    (A ce stade, vous êtes prié de vous exclamer "Inouï ! Extraordinaire ! On ne le croirait jamais, à vous voir !", etc etc – me faire passer la facture.)

    Alors une toute petite éraflure de rien du tout, ça devrait être réglé en 48h.

    Cela dit je ne comprends pas pourquoi vous devez attendre d’avoir cicatrisé pour poster le billet ?
    Vous vous rasez les doigts en fait ?

  4. Docthib dit :

    @ Kate :

    1. Inouï ! Extraordinaire ! On ne le croirait jamais, à vous voir ! Comme quoi, je note : la varicelle donne un teint de pêche.

    2. Ma “toute petite éraflure” évolue depuis maintenant 96h, en virant du violacé-saignant au rose-tissu-cicatriciel. C’est mon côté pirate des caraïbes à moi (tendance caraïbes sur seine, hélas)

    3. j’avoue que je ne comprends pas tout moi-même. Mais dans mon esprit-qui-a-sa-propre-logique-que-je-la-comprends-pas-tout-le-temps, je ne peux poster un billet sur l’aloe vera qu’à partir du moment où je serai en état (physique) de démontrer qu’elle est bonne pour moi. Cherchez pas, moi-même je ne sais pas ce que je dis. C’est un métier, je le rappelle.

  5. nerik dit :

    Longtemps que j’étais pas venu, ca a bien occupé mon apres midi 😉 6% de wacc, plutôt gentil… t’es pas leveragé ?

  6. Docthib dit :

    Hello Nerik, welcome back ! Si tu te souvenais de tes cours de finance, tu saurais que (1) depuis 1961, on sait que la dette n’a qu’une influence minimale sur le wacc (2) et quand bien même, le wacc *baisserait* avec de la dette. Dis, ton diplôme, tu l’as eu où ? 😉 Cela dit, pour répondre à ta question, j’ai pris un taux sans risque + 2%, genre, un prof de finance, ça a une forte aversion au risque. Mais je ne suis pas sûr que le calcul en serait grandement affecté (dit-il en réfléchissant et en faisant crisser ses poils de barbe).

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