Sérendipité (ou Livre lu : Changements)

Cela m’arrive souvent, et m’avait même inspiré un Ubuntu : lire des pages d’un livre le matin, et tomber sur un sujet identique plus tard dans la journée.
Mon aéropage du jour concerne le livre Changements, de Watzlawick, Weakland et Fisch.
Je viens de terminer le livre ce matin, et je tombe ce midi sur un billet de blog qui traite des mêmes thèmes, mais différemment.
Résumé très très très succint du livre : il y a des situations de blocage, par exemple entre deux êtres humains, qui ne semblent pas pouvoir se résoudre. La solution “de bon sens” pour résoudre le blocage contribue, paradoxalement, à renforcer ce blocage. Exemple : un parano pense que tout le monde lui en veut. Solution de bon sens : lui dire que c’est faux, que tout le monde l’apprécie. Et lui de répondre : “Ha ! C’est une preuve de plus de ton hypocrisie !” Donc situation bloquée. Le livre traite des changements, et comment certaines tentatives de changement ne contribuent en fait qu’à maintenir une situation dans son blocage. J’ai trouvé cela passionnant, car illustré par une abondance de cas réels. (Il est vrai qu’il faut attendre les derniers chapitres pour avoir ces cas, et “récolter” le fruit des efforts de compréhension qu’on a faits sur les premiers chapitres).
Dans le billet de blog, l’auteur parle du pouvoir de suggestion de notre cerveau : si l’on se convainc que quelqu’un nous en veut, on interprétera chacun de ses actes d’une manière différente, et cela tendra à valider notre première impression. Pour s’en sortir, selon l’auteur, “il suffit” (facile à dire) de se convaincre du contraire. Tandis que le livre, lui, propose une intervention extérieure pour aider la personne à sortir de son cadre de pensée. Cette intervention extérieure, le plus souvent, apparaît comme étant contraire au bon sens, et c’est justement par ce fait qu’elle aide à “recadrer” le sujet. Le billet de blog cite Einstein, et je cherche l’origine précise de la citation : €œWe can’t solve problems by using the same kind of thinking we used when we created them.€ Ce qui renvoie à une autre citation d’Einstein (j’en recherche aussi l’origine précise) : “If at first, the idea is not absurd, there is no hope for it.”

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8 réponses à Sérendipité (ou Livre lu : Changements)

  1. Atchoum dit :

    Cette idée à laquelle tu fais référence me rappelle fortement la méthode Erickson…
    La légende veut que le papa du petit Milton H. Erickson voulait faire rentrer un ne dans son écurie. Hélas, il avait beau tirer le plus fort possible sur le licou de l’animal, rien à faire ; celui-ci reculait et renclait de plus belle. Le jeune Erickson eut alors l’idée de tirer non pas sur la bride, mais sur la queue de l’ne, qui rentra dans sa stalle sans coup férir.

    Honnêtement, j’ignore si cette anecdote est vraie ; le fait est que Milton H. Erickson a ensuite développé une partie de sa théorie sur ce thème, autrement dit : tirer dans le sens contraire de celui où on veut faire avancer quelqu’un. Aller dans l’illogisme pour mieux démontrer l’absurdité d’un comportement.

    Par exemple : votre enfant écoute de la musique trop fort ? Au lieu d’entrer dans un d’affrontement et de hurler "Baisse le son !", entrez dans la chambre et montez au contraire le son en hurlant : "c’est génial ! J’adore !" Assez rapidement, l’intéressé se rendra compte de lui-même que monter le son à ce point est absurde, et ce d’autant plus que ce sera vous qui avez augmenté le volume…

    Alexandre Jardin fait référence à cette méthode dans "Autobiographie d’un amour". Il cite Erikson :
    "Les gens n’ont pas de problèmes parce qu’ils raisonnent froidement,
    intelligemment, logiquement. Ils ont des problèmes parce qu’ils sont déraisonnables et illogiques. Par conséquent, si vous voulez les aider, vous devez les rencontrer sur leur
    terrain, le terrain de l’illogisme."

    Je peux t’assurer que pour l’éducation des enfants, cette méthode donne des résultats spectaculaires dans pas mal de situations ! Je l’utilise avec bonheur quand j’arrive à prendre le recul suffisant.

  2. Docthib dit :

    J’adore le “quand j’arrive à prendre le recul suffisant”, qui en dit long ! 🙂 Même si je souscris (et pour cause, tu vas dans le sens de mon thibillet), je veux souligner que, tel que c’est présenté dans Changements, ce n’est pas si évident. Cela ne consiste pas à dire “Faites l’inverse de ce que vous faites” (car on retomberait dans un autre automatisme), mais plutôt “vous croyez être rationnels, or vous devez découvrir une autre rationalité (que, par construction, vous ne connaissez pas actuellement)”. C’est ce que dit Jardin, en fait, mais ça souligne bien le côté “il va falloir que je fasse un effort pour sortir de mes schémas de pensée”. Ce qui n’est jamais facile…

  3. Atchoum dit :

    Oui, en fait il y a plein de moments où tu es juste dans l’opposition, le rapport de forces classique, si on veut, et tu n’y penses même pas. Il faut savoir prendre du recul pour utiliser Erickson à bon escient.

    L’autre aspect de ton Thibillet, c’est l’idée qu’on se fait de ce que pense autrui. et là, force est de reconnaître :
    – qu’on est très souvent à côté de la plaque (cf. chanson de Bénabar "Pas du tout", assez bien vue dans le genre)
    – qu’en dépit de cela, on peut parfois induire un comportement chez l’autre, rien qu’en lançant des affirmations dans le vide.

    Par exemple :
    "Reconnais-le, tu t’intéresses à cette fille"
    "Pas du tout !" (le type ne l’a même jamais regardée)
    "Mais si, je t’ai vu, ne nie pas l’évidence, tu la dévorais des yeux !"
    Et là d’un seul coup, le type remarque la fille en question, et peut-être s’intéressera-t-il réellement à elle, ce qui ne serait jamais arrivé sans l’agression initiale.

    Ainsi les jaloux maladifs finissent souvent par être effectivement trompés, même si leur conjoint était fidèle au départ ; ainsi les paranoïaques induisent la trahison, réalisant au sens propre du terme ce qui n’est au départ qu’un produit de leur fantasme.

  4. Docthib dit :

    ce que tu évoques est extrêmement intéressant : en fait, le jaloux ou le paranoïaque provoquent leur propre perte. Leur comportement déclenche des réactions, mais ces réactions valident parfaitement leur vision du monde. De même que l’ami dira après “c’est moi qui ai vu tout de suite qu’il était intéressé par elle”. En fait, il confond cause et effet, mais on ne peut plus le savoir à la fin, car la prédiction s’est réalisée. Dans le cas du jaloux ou du paranoïaque, c’est encore pire, car cela valide leur vision du monde (évidemment, ils ne se rendent pas compte que c’est leur comportement qui a été *la cause*) et ils disent “vous voyez bien que j’avais raison !” De là à penser qu’ils s’infligent une auto-punition (je vais la rendre folle pour qu’elle me quitte pour que je puisse dire que j’avais raison, donc que je ne remette pas en cause mon système), il n’y a qu’un pas. Merci pour cet éclairage, ô psychologue subtil ! 😉

  5. Kate dit :

    Illustrations parfaites de deux notions clés en Analyse Transactionnelle :
    – les méconnaissances
    http://www.analysetransactionnel...
    – et les jeux psychologiques (Games People Play, pour citer Eric Berne)
    http://www.analysetransactionnel...

    Le site de Jérôme et sa rubrique "Concepts" est à mon avis le meilleur pour comprendre rapidement les concepts de base, ensuite il faut quand même lire Eric Berne (je n’imagine pas qu’il ne trône pas en bonne place à la bibliothèque de de l’école, sinon… me faire signe.)

  6. Docthib dit :

    Passionnant. Un monde s’ouvre à moi.
    En même temps, rah, n’écrirai-je jamais rien d’original ? Je me sens comme le gars qui arrive et qui dit "ouah, les gars, j’ai lu un livre, il paraîtrait que la Terre n’est pas plate ! Dingue, non ? Mais j’y crois, moi, je vais d’ailleurs y aller de quelques idées sur ce thème…"
    La honte, quoi.

  7. Kate dit :

    Ce jeu-là s’appelle "Fishing for Compliments" 🙂

    Et aussi Economie des Signes de Reconnaissance, basée sur une croyance de pénurie, qui génère 5 règles, que vous trouverez dans les Concepts du site… ça pourrait vous intéresser, aussi.

  8. Docthib dit :

    Je ne pourrai pas dire que je ne l’ai pas vu arriver. C’était un éléphant dans un corridor, vous n’alliez pas rater ça, hein, sadique sanguinaire… Bon, ok, il a réponse à tout, votre eric berne (comment un gars qui s’appelle berne peut-il inspirer la confiance ?!), je vais lire d’abord, et après je reviendrai et ma vengeance sera terrible. Mine de rien, je serais un brin manipulateur, je découvrirais de la nitroglycérine dans ce site…

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