En vrac

Lancement d’une nouvelle catégorie, en hommage à Tristan Nitot, qui pratique la chose depuis longtemps. Pour ma part, je le vois plus comme un Twitter personnel, nous verrons bien.

  • A tout seigneur tout honneur : l’excellent Tristan Nitot, au détour d’une phrase de ce billet, dit “Quasiment tout le monde a peur de perdre son boulot et fait ce que demande l’actionnaire (produire plus, vendre plus…)”. Ce n’est pas une attaque ad hominem, car je respecte le personnage, et c’est juste l’exemple d’un glissement de langage désormais commun. Le problème est que cela véhicule aussi un glissement de sens. Reprenons : dans une entreprise, il y a les salariés, les clients, les fournisseurs, les dirigeants, les banquiers, les actionnaires (et d’autres). On appelle tout cela les stakeholders (parties prenantes), par opposition aux seuls shareholders (actionnaires). Je veux bien qu’on parle des exigences des actionnaires – car ils en ont, et pas toujours justifiées – mais qu’on n’oublie pas que tous les autres cherchent aussi à tirer leur épingle du jeu. Alors, tout mettre sur le dos du méchant actionnaire, c’est simpliste. Et le méchant dirigeant qui trafique les comptes et licencie ? Et le méchant banquier qui déclenche des crises et des faillites ? Et le méchant salarié qui déclenche des grèves ? Et le méchant client qui pressure les prix ? Et le méchant fournisseur qui n’est pas consciencieux ? J’ai l’impression qu’on a mis dans l’Actionnaire une figure symbolique, une poupée vaudou, qu’on invoque à tout bout de champ, l’Ogre d’Euronext. Ce qui est amusant, en conclusion, c’est que le dirigeant, il est méchant, on le licencie, voire on le juge (mais il ne reste pas longtemps en prison, et il garde la majeure partie de son argent), mais après on l’oublie, il a disparu. Alors que l’Actionnaire, rah, il est toujours présent, infecte vermine qu’il est !
  • Dématérialisation. Tout se dématérialise, les billets électroniques, les photos numériques, les livres. Je me demandais juste si ça nous poussait à devenir moins matérialistes. Je vois mes CDs : depuis qu’ils sont encodés, je ne les utilise plus, j’envisage même de m’en débarrasser. Je vois deux niveaux du matérialisme : l’accumulation d’objets matériels ; l’accumulation, quelle qu’elle soit. Se débarrasser des objets physiques ne signifie pas que je suis moins matérialiste, si je tiens à mon iPod comme à la prunelle de mes yeux. Mais je vois une amélioration : entre mes caisses de photos argentiques que je ne regarde jamais, et mes photos numériques, ces dernières sont dépoussiérées / visualisées sur une base plus régulière. Idem pour l’encodage de mes CDs, qui me permet (mix de morceaux) de redécouvrir des pépites au fond d’un obscur CD. Il n’empêche, il reste, de plus en plus, la volonté d’accumuler. Un jour viendra (il est déjà présent), où en plus des Shurgard qui nous proposent de nous louer un garage pour loger nos objets, on aura des loueurs de serveurs pour engranger notre bordel numérique qui ne tient plus dans l’espace de nos disques durs.
  • Idée de startup, en lien avec l’idée de la phrase précédente : un logiciel / un service qui permette de se sortir de la hiérarchisation / du classement des documents, fichiers, dossiers. Un utilitaire de recherche qui permette de retrouver tout sans souci. Sans avoir à faire un taggage fastidieux. Sans arborescence complexe. (vous verriez, pour accéder à mes cours du MBA, je dois ouvrir successivement 8 dossiers…). Bref, un truc du genre de Spotlight sous Mac.
  • Marrant : suite à mon thibillet Voeux, j’ai eu un commentaire en ligne, et deux commentaires Off. Les trois par des femmes. Un peu tôt pour en tirer une modélisation statistique…
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3 réponses à En vrac

  1. PA...si vite! ;-) dit :

    Bonne année mon Doc!!

    En 2009, j’aime toujours autant tes phrases du genre :

    – "J’ai l’impression qu’on a mis dans l’Actionnaire une figure symbolique, une poupée vaudou."

    – "Tout se dématérialise… Je me demandais juste si ça nous poussait à devenir moins matérialistes."

    (Pour l’accumulation compulsive, ça s’appelle l’"hybris", appris récemment et étalé comme la confiture et comme il se doit ;-)…

    Happy New everything my Thib!!

    PA

  2. Yves Duel dit :

    dites donc, caro Professore Dottore, excellentissime excellence pédagogique, vous auriez pu prendre la peine de répondre à mon désagréable commentaire sur vos vaticinations médiatiques (brillantes) à propos du prix des avions.
    c’était la dessous
    https://www.blogthib.com/index.ph...

    et ça tombe bien vis à vis de votre PRUDENCE vis à vis de lactionnaire-suceur-de-sang

    Comme vous l’avez remarqué, plusieurs compagnies chinoises sont en train d’annuler leurs commandes d’Airbus-super-de-luxe : n’est-ce point une preuve qu’il n’y a de marché que tant qu’il y a des clients ? Quand vous faisiez rire vos étudiants sur le fait que les valorisations en Bourse de telle ou telle grande compagnie étaient inférieures aux actifs de l’entreprise vendus « à la casse », et donc que c’était « du n’importe quoi », n’oublites-vous point cette règle basique ? Les avions ne valent « plus rien » tant qu’il n’y a pas des compagnies pour les acheter… Et il y en aura à nouveau (peut être ?) un de ces jours, mais temporairement, il n’y en a pas : donc par extension cet « actif » de l’entreprise (Air France et son stock d’avions) ne vaut pas grand-chosesauf quand ils volent dans des conditions à peu près rentables…

    Non, je ne joue pas le donneur de leçon : je me dis simplement que l’un des défauts majeurs des financiers est de croire (c’est une croyance) à la valeur comptable des Trucs et des Machins dont ils parlent. Il suffit d’un incident de marché pour la valeur des Trucs en question varie énormément. Donc comment on fait dans ces cas la ? Même chose en pire pour des Trucs aussi insaisissables que les Good Will et autres.

    Mais surtout, il me semble que l’enjeu est culturel : au début d’une crise inconnue, on continue de penser avec de vielles catégories, et on a peine à croire à ce phénomène de contamination : de la sphère des évaluations financières vers la sphère de l’économie réelle, celle ou on vend et achète des outils de travail…

    Il y avait un très joli texte de JK Galbraith (que je n’arrive pas à retrouver) sur les célèbres tulipes, dont je retenais son propre étonnement. Que des bourgeois raisonnables et cultivés de la sage province de Hollande soient capables de tomber fous amoureux de tulipes au point d’y laisser des fortunes ; il ne comprenait tout simplement pas. Et concluait d’ailleurs qu’il était logique que les crises financières apparaissent tous les 20 ans : c’est le temps qu’il faut pour oublier !

    Donc que l’on ruine de temps à autres des actionnaires qui se seront comportés comme des amoureux des tulipes ne me choque pas : ils ont tant abusé de leur pouvoir entre temps !

  3. Docthib dit :

    Hello Yves,
    j’avais répondu, mais comme je ne comprenais pas tout…
    Reprenons.
    Il y a deux valeurs : la valeur à l’achat, et la valeur économique. Le fait que des chinois n’achètent plus des avions neufs ne signifie pas que des avions dans un bilan n’ont plus aucune valeur. En finance, la valeur d’un bien se mesure à sa capacité à assurer un service. Des avions qui "volent dans des conditions à peu près rentables" ont une valeur. Ce qui fait que si Air France faisait faillite, il se trouverait très probablement un repreneur qui accepterait de racheter ces avions – peut-être pas à leur valeur de bilan, OK – parce qu’en temps qu’actifs, ils représentent la valeur d’un service économique.
    Ensuite : je ne suis pas un financier, je suis un enseignant. Et si je crois à des choses, ce ne sera certainement pas à la comptabilité. Vous vous plaignez que les "financiers" soient aveugles et ne voient que la valeur comptable des biens au bilan. C’est leur prêter peu d’intelligence, mais pourquoi pas. Mais alors, les fameuses normes IFRS auraient dû changer tout ça, puisque, justement, elles ont été conçues pour donner un aperçu des fluctuations de la "vraie" valeur. Mais ça n’a pas l’air d’empêcher les crises… Quant au Goodwill, ça n’est quand même pas si insaisissable que ça, vous grossissez le trait.
    Enfin, les rapports entre une sphère théorique et une sphère réelle, je les connais, étant plutôt – viscéralement – du côté de la sphère réelle. D’où mes exemples sur Danone ou le champagne…
    Là où nous nous rejoignons : ceux qui ne sont pas éduqués un minimum ne devraient pas aller jouer aux courses, à la roulette, ou en Bourse…

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