Marathon d'Athènes – la course revisitée

Hier, je voulais annoncer les résultats de mon marathon d’Athènes, et j’ai déjà pris pas mal de temps. Du coup, je suis passé à côté de l’aspect “vécu”, comme je l’avais traité par exemple pour Madrid, Berlin ou Turin.
C’est ce que je vais faire dans ce thibillet, qui me sert beaucoup plus de point d’étape personnel que de dazibao à destination de la communauté. Néanmoins, ceux qui veulent, restez, on va se pousser sur les coussins.

Chœur antique : tout commence par le projet d’un ami, Laurent, qui fait partie, comme moi et beaucoup d’autres, du projet 5 marathons sur 5 campus. Un jour, probablement pendant un jogging commun, il me dit comme ça “il y a quand même un marathon mythique que j’aimerais courir, c’est celui d’Athènes, c’est-à-dire le marathon originel, qui part de la ville de Marathon.” A l’époque, j’avais dû dire un truc du genre “T’es louf, t’en as pas marre de te faire péter les rotules ? Maso, va !” Et puis le temps a passé, et un jour je lui ai dit “Où tu iras, je te suivrai”.
Nous voilà donc partis à 5 : un couple maudit, un satyre, Laurent et votre serviteur. Ou comme le dit Laurent : Madame Invisible, Monsieur Elastique, La Chose, La Torche et Doc Fatalis (les amateurs auront reconnu les 4 fantastiques et un de leurs arch-ennemis).

Le matin avant le marathon

  • Réveil 5h (heure locale, soit 4h heure de Paris), Laurent et moi secouons La Chose, mais rien à faire : il est sorti en boite jusqu’à 3h du matin, les bouteilles de champagne ont coulé à flots, il déclare forfait (il n’était pas chaud de toute façon, lui il était venu pour être avec nous et rigoler, le reste, souffrir, avec l’intérieur des cuisses qui irrite, très peu pour lui…). Nous nous préparons donc en le bchant abondamment, et en ingurgitant des trucs immondes (bananes, biscuits aux céréales à goût d’aggloméré, eau plate). Tenue sobre mais élégante : maillot bleu nuit aux couleurs des Williams, chaussures Spira, et toute l’électronique qui va bien (cardio-fréquencemètre, accéléromètre, walkman, casque spécial course) + une petite pochette où mettre nos gels au glucose.
  • 6h, nous quittons l’hôtel habillés de nos coupe-vents en caoutchouc, les poches remplies de nourriture, boisson, appareil-photo, huile de massage, pastilles pour la gorge… Il fait nuit, nous sommes dimanche à peine à l’aube, et pourtant la mini-chapelle en face de l’hôtel est déjà ouverte et les fidèles chantent la messe. Cette vision me fait chaud au coeur, pour un peu, je me faufilerais à l’intérieur. Mais la Route nous attend, alors nous remontons vers Syntagma Square.
  • Nous retrouvons Jorge (Monsieur Elastique) à l’arrêt de tramway, et il nous emmène dans un petit tour non prévu : on va trop loin, on reprend un tram dans l’autre sens, bref, on passe le temps agréablement (que faire d’autre en pleine nuit au milieu d’Athènes ?).
  • Nous arrivons au Stade Olympique, celui qui a été bti pour les jeux de 1896, des superbes gradins en marbre ouverts sur l’avenue. Nous ne sommes pas seuls : des chiens errants qui se battent, des coureurs encapuchonnés, des organisateurs qui font maneuvrer les bus dans la nuit bleue et froide.
  • 6h30, Nous embarquons dans un des bus, et comme tous les autres coureurs, nous nous endormons vite, engoncés dans nos coupe-vents.
  • Nous émergeons plus tard, le soleil se lève, il est temps de prendre quelques bananes et de se frictionner les jambes avec de l’huile de massage.
  • Arrivée vers 7h30… pour un départ à 9h 🙁
  • Il fait froid, on se caille dans le vent, même en se mettant au soleil. Quand nous allons enfin vers la ligne de départ, nous nous rendons compte de notre erreur : la majorité était restée sur le parking, comme nous, tandis qu’une minorité s’était avancée jusqu’à la zone de départ, là où l’on était bien mieux protégé du vent.

Le marathon

  • Nous sommes 4 500, c’est un petit marathon, et comme nous étions en train de nous cailler, nous arrivons parmi les premiers dans le peloton groupé à la ligne de départ. Même dans ce peloton, on a froid et on sent le vent. Heureusement, le temps passe vite, on écoute vaguement le speaker et c’est le départ.
  • Laurent nous quitte vite pour aller essayer de battre son record, je reste avec Jorge pendant quelques kilomètres, puis quand il accélère, je le laisse partir, me cantonant à mes 6′ au kilomètre qui sont la garantie de ma survie.
  • Le soleil commence à chauffer un peu l’asphalte, il est tôt mais quelques petites vieilles grecques nous encouragent depuis le bord de la route.
  • Le parcours n’est pas très joli : c’est une Nationale bordée d’immeubles bas, de stations services, avec quelques trouées vers la verdure. Mais il faut imaginer ce qu’il y a derrière, et laisser porter le regard : il y a des rochers, des pins, nous sommes souvent encadrés par des collines. La végétation est composée de pins, mais le plus souvent, ce sont des buissons, des épineux. J’imagine Phidippidès qui courait là-dedans, suivant des sentiers poudreux dans la chaleur de midi, s’égratignant, grimpant des talus, dévalant des pentes sableuses, l’oeil fixé vers son objectif lointain. 
  • Les 6-7 premiers kilomètres me servent à caler l’allure, je vais un peu vite (5’45”), je réduis l’allure.
  • Vers le KM 7, première méchante surprise : le parcours était prétendument plat jusqu’au KM 18, eh ben non, ça monte dès le 7. Mauvaise surprise, vraiment, parce que j’avais prévu 12 km de côte (ce qui n’est déjà pas une sinécure), et non pas 25 km…
  • Alternance de montées, de petites descentes, de plats : rien pour caler une allure, je commence à m’inquiéter pour mes réserves de glycogène. Heureusement, à un ravitaillement, ils distribuent des gels au glucose, j’en prends un, ça me fera donc un total de 7 gels, que je vais prendre comme suit : KM 10, 15, 20, 25, 30, 35, 40.
  • Quelques scènes pittoresques :
    • Un vieux chypriote (en tout cas, il a un maillot marqué Cyprus) court pieds nus, les chaussures à la main ;
    • Trois petits chiots sont au milieu de la route, posés sur leur arrière-train, et les coureurs les évitent à la dernière minute. Ils ont l’air tout perdus, alors une coureuse s’arrête, les porte sur le bord de la route, et repart.
  • Les ravitaillements en eau sont postés tous les 2,5 km (un luxe !) et je bois à chacun, mais sans m’arrêter de courir. Habituellement, je marche à chaque ravitaillement, mais là, je ne le fais qu’à partir du KM 30. 
  • Je prends toujours le même plaisir à détourner ma course pour aller taper dans les mains des enfants sur le côté, ça me regonfle à chaque fois.
  • A partir du semi (21,1 km), je coiffe le casque du walkman et je lance la musique. Clapton, Chris de Burgh, JJ Cale, Seal, Springsteen, la BO de Rocky, tout est bon.
  • La côte de 12 km est longue, sous le soleil, et je suis la voie de la raison plutôt que celle de la performance : on m’avait conseillé de prendre 15-20 secondes de plus par kilomètre quand j’étais en montée, mais là, je suis plutôt à prendre 40-50 secondes de plus. Tant pis, je préfère mille fois faire un moins bon temps plutôt que de revivre les fins infernales de Turin ou Madrid.
  • J’arrive au KM 31,5 avec soulagement : c’est la fin de la grande côte, à partir de là ça descend. Je sais que les kms qui restent ne permettront pas de compenser le temps que j’ai abandonné dans la côte, mais je ne vais pas chercher la rapidité à tout prix, mes jambes me font mal, et il y a encore 10 km.
  • Je me focalise sur les 3 mètres de macadam devant moi, et je ne reg
    arde rien d’autre. Le walkman me distille ses morceaux, je prends tout, j’ai des très bon moments sur certaines musiques. J’en viens à ne pas voir certaines bornes kilométriques, et à découvrir, à la borne suivante, que je suis plus avancé que je ne pensais.

L’arrivée

  • KM 40, dernier gel, il y a un peu plus de foule, mais ce n’est pas l’ambiance survoltée de Madrid.
  • KM 41, nous tournons à gauche et descendons une longue avenue qui longe le parc, il y a des arches gonflables sous lesquelles nous passons, la rue descend, le rythme est bon, j’enlève mon casque de walkman et coupe la musique, je veux vivre cela à plein. 
  • Cela tourne encore à gauche, la route n’est plus qu’un entonnoir, il y a de la foule de chaque côté, pour un peu, les coureurs se cogneraient les uns aux autres. Des barrières de métal, de la foule, des coureurs devant, et soudain.
  • Le stade. Immensité de marbre, gradins peuplés, vers lesquels nous débouchons en accélérant. Je crie “Phidippidès, Phidippidès !” à la foule sur les côtés.
  • La piste du stade, dernière ligne droite. J’allonge la foulée, ce n’est pas un sprint époumonné, c’est une course de plus en plus grande amplitude, sans essouflement, au contraire, avec un souffle profond. Devant moi, deux coureurs, avec la même tenue, courent côte à côte, leurs poignets liés par une cordelette : j’ai déjà vu cela plusieurs fois, cela veut dire que l’un des deux est aveugle et que l’autre lui sert de guide sur toute la distance.
  • Je ne les dépasse pas, ils ont accéléré aussi, et je n’ai pas envie de leur griller leur victoire. Je continue à accélérer avec ampleur, eux aussi, la ligne arrive, je lève les bras, et je passe la ligne en criant “Phidippidès !”, mon cri de guerre,  mon exutoire.
    (regardez la vidéo là, on me voit et on m’entend).
  • C’est fait, pour la sixième fois, je suis marathonien, et pour la première fois, je reviens de Marathon.

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4 réponses à Marathon d'Athènes – la course revisitée

  1. julien dit :

    waouh, c’est juste dingue !
    Et maintenant, j’ai l’impression d’avoir mal aux jambes aussi ^^

  2. Nene (Dossard (rose) 2845) dit :

    Petit bonjour à un des innombrables compagnons (inconnus) de course.
    En lisant votre commentaire, j’ai revécu certains passages de mon propre périple Athénien.
    Pour le parcours, fallait pas dormir dans le bus.
    Vous auriez pu apprécier le bonus de dénivelé qui nous avait été caché sur le site du Marathon d’Athènes. Mes collègues et moi étions plus silencieux en arrivant à Marathon qu’au départ du vieux Stade Olympique. Mais quel réconfort à l’arrivée d’avoir foulé une grande partie du trajet qu’un de nos ancêtres a tracé !!!!
    A bientôt sur d’autres sentes et routes…

  3. Philou dit :

    Je fais le tout premier marathon de ma vie dans 9 semaines, à Athènes aussi. Merci pour le partage du vécu, ça met dans l’ambiance.

  4. Docthib dit :

    Bonne chance, Philou ! Une bonne nouvelle, une mauvaise nouvelle : la bonne, c’est que c’est un “petit” marathon (2-3000 coureurs), donc on démarre pas loin des champions ; la mauvaise, c’est la longue côte qui casse les pattes. Mais l’arrivée finale dans le stade olympique est *magique*.

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