Proxy for Love Reloaded

Voici l’ultime thibillet sur le sujet.
Pour ceux qui n’auraient pas suivi, ou qui arriveraient ici par hasard, voici la question résumée : y aurait-il des variables observables de l’amour ?
En plus détaillé, la question était : comment dissocier les mariages d’intérêt des mariages d’amour ?

Pour plus d’informations, vous pouvez vous référer à la discussion, qui a commencé ici (lisez notamment les commentaires) et s’est poursuivie (commentaires inclus).

Les erreurs les plus souvent commises :

hors sujet : Lili s’insurge contre le mariage, qu’elle qualifie de tue-l’amour. On s’en fout, Lili, la question n’était pas “le mariage est-il une preuve d’amour ?” ou “être marié rend-t-il moins amoureux ?” (on écrit rend-t-il ou rend-il ? En tout cas, c’est pas beau…). Je me souviens d’une discussion nourrie avec un amie assez catégoriquement contre le mariage, mais elle a changé d’avis quand son compagnon l’a demandée en mariage. Mais je ne veux pas vous ennuyer avec mes histoires d’amies de connaissances de passions de souvenirs.
mal lu le sujet : Nerik, on demandait des variables observables (sous-entendu : par un chercheur externe), donc proposer comme variable la distance entre les deux corps dans le lit conjugal, c’est vicieux. (et puis, il faudrait prendre comme variable de contrôle la température dans la pièce. On peut se marier par intérêt pour le pognon du conjoint, ou pour sa température corporelle. J’aurais aussi beaucoup de choses à dire là-dessus, mais je ne veux pas vous ennuyer avec mes histoires de glaçons bouillottes femmes.)
– une erreur qui n’en est pas une, disons plutôt une attitude d’esprit, a été identifiée récemment par Atchoum. Je demande des variables mesurant le mariage d’amour. La plupart d’entre vous s’est focalisée sur les variables indiquant le mariage d’intérêt. L’un dans l’autre, on s’y retrouve : identifier l’un, c’est identifier l’autre. Mais je suis chagriné de voir que vous n’avez pas voulu vous attaquer directement à l’amour.

Voici donc mes deux cents de réflexion sur le sujet :

Quand un couple se marie, comment peut-on identifier (avec des variables observables, publiques) si c’est plutôt par amour, ou plutôt par intérêt ?

  • Les différences de taille, de poids, même d’origine, peuvent être une piste. Quand on se marie par intérêt, c’est souvent entre semblables. Mais cela ne me paraît pas très probant. La différence d’ge, mentionnée par plusieurs d’entre vous, peut donner une piste. Quand un homme de 50 ans épouse une femme de 20 ans, cela a de fortes chances d’être un mariage intéressé (tu me donne ta chair, je te donne mon héritage). Rien de sûr à 100%, on est dans le domaine de la recherche sociale : je suis sûr qu’il existe de véritables amoureux avec une grande différence d’ge, et je les salue affectueusement, bonjour Mémé, arrête de draguer les jeunôts.
  • Comme le mentionne notamment Atchoum, si le couple se connaissait depuis longtemps avant le mariage, c’est un indice d’amour. Certes, il y a des mariages coup de foudre (ah bon, il y en a ?), mais je me méfierais a priori d’un mariage entre un yakuza de Tokyo et la fille d’un gros ponte de Macao si les deux se rencontrent pour la première fois un mois avant la cérémonie.
  • En parlant de Macao, cherchez aussi l’intérêt des parties. Si l’héritier d’un groupe de télévision se marie à la fille du président de la république (qui se trouve, par hasard, être celui qui décide des attributions de fréquences, et du renouvellement de concessions de chaines), y a pas de doute, c’est de l’amour pur et virginal.
  • On s’aime aussi parce qu’on partage la même culture (d’où l’ge), les mêmes idées, et qu’on a probablement le même niveau d’études. Moi j’aime bien les jeunettes piercées, mais franchement, me taper des soirées entières à regarder la StarAc, je ne pourrais pas ! (même sil y a des gens très bien qui aiment ça, tiens, à propos, salut Cécile). Ils sont tous les deux diplômés de la même université (et pas à 20 ans de distance…) ? Ils se sont rencontrés au Rallye du Jockey Bio ? Ou sur le marché des Philatélistes, cherchant fiévreusement le 10 cents de Mogador (dont les rognures sont inégales sur fond de sinople et d’azur) ? Pas de doute, c’est de l’amour, ils iront bien ensemble, à coller des petits timbres dans des grands albums, et je leur souhaite bien du plaisir.
  • Quand on s’aime, on aime bien passer du temps ensemble. Alors si Monsieur part en vacances au Gorgonzola tandis que Madame joue au mini-golf à Trouville, c’est plus de l’amour, ce sont des Frequent Flyer Miles. OK, c’est pas très observable, ou alors, il faut lire la presse people, et ne se focaliser que sur les couples célèbres. Mais y a-t-il des couples célèbres amoureux ? Regardez, Brad Pitt et Jennifer Aniston, si même ce couple-là s’est écroulé, on ne peut plus mettre son espoir dans rien. Rien.

Voilà, ça y est, j’ai fait le boulot.

Disclaimer : bien sûr, tout est discutable, rien n’est sûr, pourquoi donc croyez-vous que j’aime la recherche ? Parce que personne ne peut vous river votre clou définitivement, la recherche, c’est pas pour les catégoriques, c’est pour les gens qui doutent.
Et à propos : m’aimes-tu ?

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0 réponse à Proxy for Love Reloaded

  1. Atchoum dit :

    Compliqué. Ultra-compliqué, en fait ! Car un certain nombre de ces critères peuvent être pris dans les deux sens. Par exemple, examinons les différences d’âge (ou de beauté physique), de milieu social et les différences culturelles. Il faut pratiquement les regarder ensemble, ou deux à deux.

    Jean-Michel, la quarantaine bien tassée, financièrement très à l’aise, épouse Tatiana, Biéolrusse de 22 ans. On croit percevoir le mariage d’intérêt, car il y a cumul de 3 critères. Là, c’est le cas facile.

    Wahid, palestinien de confession musulmane, épouse Rebecca, juive de Tel-Aviv. Quelle que soit leur différence d’âge ou de fortune, il y a de fortes chances que ces deux-là s’aiment vraiment ! Et bon courage à eux.

    Un beau garçon épouse une fille repoussante : à conditions sociales équivalentes, c’est sans doute de l’amour. Si la fille est à papa, haha ! C’est louche.

    Un monsieur gé et pauvre épouse une belle plante pleine aux as : c’est pas de l’amour ?

    Ca me rappelle une histoire de Coluche ; un type va au mariage d’un de ses amis. Il voit la mariée pour la première fois, peu de temps avant la cérémonie, et il la trouve hideuse. Discrètement il s’approche de son ami, et chuchote, un peu gêné :
    – Heu, dis-moi, ta future… femme, elle doit être riche ?
    – Non…
    – Ah bon ?
    – Non…
    – Ben alors, tu vas quand même pas épouser ce tréteau ? Elle louche, elle a un poireau comme ça sur le pif, elle a une jambe plus courte que l’autre, des dents épouvantables, je te parle même pas de sa coiffure, ni du reste, enfin c’est pas possible…
    – Ah, mais tu sais, tu peux parler plus fort, elle est sourde !

    Tout ça pour dire que si un mariage semble irrationnel, selon les critères physiques / de milieu social / de culture, ALORS on peut raisonnablement supposer la présence d’amour.

    Malheureusement, la réciproque n’est pas vraie. Prenons deux individus, du même ge, du même milieu, de même culture, genre : "nous nous sommes rencontrés à l’ESCP" (original, comme péché, non ?). Comme tu le dis, Doc, tous ces points communs forment un terreau favorable pour la naissance d’un amour. Alors, qui dit points communs dit amour vrai ? Pas si sûr !

    Prenez les rallyes. Vous savez, ces soirées BC-BG pour adolescents friqués… voilà un bon moyen pour des parents soucieux de l’avenir de leur progéniture, d’assurer une survie de l’espèce en milieu protégé. Alors, si l’une de ces demoiselles en robe du soir convole avec ce jeune homme si charmant dans son costume griffé, c’est quoi ? Un mariage arrangé par les parents, ou par Cupidon, ou les deux, mon Général ?

    Comme quoi, c’est compliqué, je vous dis…

  2. Docthib dit :

    Hello Atchoum,
    tu l’as compris, et parfaitement résumé (quoique… long, le résumé…) : l’amour a une caractéristique : il frappe indistinctement, et ce ne sont pas quelques variables froides qui vont pouvoir résumer cela. C’était, je te l’avoue, l’objectif de cette séquence de thibillets. J’aurais beaucoup de choses à dire là-dessus, et sur le mariage, et sur les différences (nombreuses) entre deux personnes, par exemple un homme et une femme. Mais ce ne sera pas maintenant, pas ici, pas avec vous. I am… what I am.

  3. Yves Duel dit :

    L’exemple des rallyes est typique : c’est une stratégie qui consiste tout juste à réduire l’incertitude. En gros : les rencontres entre candidats "appariables" (?) étant peu nombreuses, mieux vaut pré-filtrer pour cumuler les critères de rapprochement efficace…

    D’ou proposition de protocole pour les observations que vous proposez : déconnecter d’un coté les éléments "objectifs" de rapprochement (les grandes vont avec les grands ; les bourges ont le même langage codé ; etc.) ; et de l’autre, les éléments magiques : observation de roucoulements discrets, de regards complices, de mains frôlées et autres indices…

    c’est modeste comme proposition !

    Tiens, ça me rappelle un appel au peuple paru récemment dans un truc plus ou moins scientifique : pour une recherche ethnologique sur le bonheur, on cherche des gens heureux. J’avais vraiment envie de répondre (Ah, une jeune et sémillante scientifique venant m’interroger sur MON bonheur ! Quel bonheur !). Et puis la paresse et tout ça…

  4. Lili pas d'accord! dit :

    Monsieur,
    de deux choses l’une : ou bien être semblables veut dire se ressembler ( même age, même culture, même sexe ou bien , cher désagrégè de la finance et de l’amour , vous vous prenez les pieds dans la corbeille …
    Si on considére votre magistrale "Quand on se marie par intérêt, c’est souvent entre semblables.(…) . Quand un homme de 50 ans épouse une femme de 20 ans, cela a de fortes chances d’être un mariage intéressé " euh..y’aurait pas comme une contradiction ?
    (non vraiment Doc, vous n’êtes pas trés clair!)

  5. Docthib dit :

    @ Yves Duel : oui, je savais que j’allais me prendre les pieds dans le tapis avec les rallyes : c’est en effet un vaste mélange de mariage arrangé et de vraies passions, me semble-t-il. La question "se sont-ils rencontrés dans un rallye" ne donnerait pas forcément de bon résultats discriminants.

    @ Lili : certes, c’est là le problème avec les mots. Par être semblables, j’entendais essentiellement "de la même origine". Je pensais notamment à certains pays, ou certaines catégories de population, qui tolèrent mal un "étranger". Pour moi (mais je peux me tromper, ça n’est pas grave tant qu’on ne me le reproche pas trop violemment), si dans une famille traditionnelle de ces pays, on constate un mariage entre personnes de couleurs de peau différentes, je pense que ce sera la marque de l’amour, l’enfant de la famille allant clairement contre les contraintes sociales de son milieu.

  6. Yves Duel dit :

    Vu de Chicago ou je trainasse pendant 2 jours, la réponse est claire : vous aurez statistiquement beaucoup moins d’occasions de rencontrer des "étrangers" que des membres de votre "tribu". J’ai descendu hier Boadway sur des Kilomètres, et j’ai traversé successivement le village Thai, le village vietnamien, puis Little Bangkok, puis gays, puis lesbiens, noirs, noirs jamaïque, etc, etc : la distance sociale qui se cumule avec la distance physique induit que pour marier un étranger, faut vraiment l’aimer vu les emmerdes prévisibles !

  7. Docthib dit :

    Oui. C’est assez triste tout cela, parce que ce n’est pas en restant fermé sur son monde… que l’on s’ouvre l’esprit ! Quelle belle ville, Chicago. (dommage qu’on s’y pèle les boulettes en hiver…)

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