Magnolia Express – 2ème partie – # 20

Wells Fargo Inc.
 
Quand nous sommes arrivés au taxi, il y a eu un moment de flottement, flottement de la chemise d’Eileen dans le vent, flottement de sa crinière dans la nuit sombre, elle était l’étendard de notre indécision.
 
– Passe-moi les clés, je vais te relayer, a-t-elle dit à Conrad.
 
Il y a eu un petit moment de silence, c’était compréhensible, je n’avais jamais vu personne avoir le droit de conduire le taxi de Conrad, il était comme ces conducteurs de diligence qui fouettent et jurent et conduisent leur attelage dans les plaines désolées de l’Ouest en sacrant comme des beaux diables, mais qui jamais jamais ne laisseraient leur fouet à un pied tendre, une corne verte, ils sont nés sur la route, ont été bercés sur les cahots des chemins poussiéreux et c’est leur Mission à eux que de maintenir un lien entre les Hommes perdus à l’horizon.
Conrad s’est tourné à demi vers Eileen, elle le regardait en tendant la main, il n’avait qu’un effort à faire. Il mâchonnait son tuyau de pipe, regardait Eileen, se passait la patte dans les cheveux, marmonnait. On a entendu des grommellements du genre « Mmmfffboite de vitesses… pas facile… liquide de refroidissemfff… d’mande du doigté… Mmmf … doigté… » et puis il a plongé la main dans sa poche de jean, a tendu les clés qui brillaient dans la nuit bleue. Passation de commandement.
Conrad s’est juché sur le siège du passager, Aline et moi étions à l’arrière, curieux de voir ce qui allait se passer. Eileen est montée sur le siège du conducteur, a desserré les freins, a fouetté l’attelage en criant « Hoahey, Giddyap ! », Conrad a ouvert la bouche, aucun son n’est sorti, il l’a refermée avec un air renfrogné. La diligence a pris de la vitesse dans la rue principale, s’est arrêtée au bar-étable où Eileen a récupéré son sac de voyage, et puis les chevaux sont partis au galop sur la piste poudreuse, balisée par les cactus chandeliers, pour notre étape de nuit.

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Le roman, dans l’ordre, est
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