Magnolia Express – 2ème partie – # 18

Eileen
 
Elle a dû sentir que je soulevais un chapeau imaginaire, car elle s’est détendue un peu, a souri, j’ai eu l’impression de voir un poulain gambader dans l’herbe verte.
– Laisse, dit Conrad-le-rêveur-fumeur-de-pipe, ce sont les amis dont je t’ai parlé…
Elle m’a reposé sur le tabouret, j’étais content d’être à nouveau assis, elle se pencha par dessus la table, tendit la main à Aline :
– Eileen (air sérieux, regard volontaire).
– Aline (air espiègle, regard-sourire). Ne me l’abîmez pas, il peut encore servir.
Puis elle me tendit la main :
– Eileen. Excuse-moi, il y a tellement de malotrus qui abusent d’une faible femme…
– …
Elle s’assit sur mes genoux et recommença à parler avec Conrad, je regardais Aline d’un air effaré (ce n’est point ma faute), il fallait tout de même reprendre la situation en main…
Eileen demandait à Conrad : “Alors tu ne veux pas m’expliquer pourquoi vous faites le taxi de nuit tous les trois à 300 miles de ton port ?”
Conrad hochait la tête, le regard un peu vague. Et je répondis :
– il ne peut pas le dire, parce qu’il ne le sait pas. De nous trois, il n’y a que moi qui sache.
Eileen me regarda, ça y est, j’existais, je n’étais plus simplement un coussin pour boire de la bière. Conrad me regardait en tirant une ou deux bouffées de sa pipe de maïs. Et Aline me regardait aussi, l’air interrogateur. Les yeux d’Eileen trottèrent de mon visage à celui de Conrad, firent un détour par Aline, revinrent sur moi.
– Alors ?
– Je ne sais pas si je peux te le dire, tu comprends, on ne te connaît pas vraiment…
Je jouais le jeu, il fallait bien qu’elle comprenne l’Enjeu. Elle me regarda en fermant un œil, allait-elle me tire-bouchonner à nouveau le col de chemise, me soulever de ce tabouret reposant, allait-elle me faire subir un interrogatoire troisième degré ? Elle racla du sabot sous la table. Allez, elle avait l’air vivante après tout, je pouvais bien lui en parler, même si je ne savais pas encore ce que j’allais dire. Je respirai et puis :
– Nous sommes des Pèlerins allant vers la Frontière.
C’est notre Mission, c’est notre Vœu. A tous les trois.
Silence.
Et puis Conrad se racla la gorge, réfléchit, et dit “Oui, c’est bien ça, le petit a raison”. Aline ne dit rien mais Aline n’a jamais besoin de parler, c’est sa magie à elle.

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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l’ordre, est
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