Aïeuh

Il y a deux types de personnes dans la vie : ceux qui ont déjà couru un marathon, et les autres ; il y a aussi ceux qui ont déjà eu une crise de calculs (rénaux, hein, pas financiers) et ceux qui ne savent pas ce que c’est ; il y a aussi ceux qui ont déjà eu un lumbago, et les autres. Je fais partie de ce Grand Chelem tant envié, de connaître / avoir connu les 3 situations.
Les points communs, évidemment, sont :

  • la douleur
  • l’impotence / l’incapacité à se mouvoir
  • la douleur
  • l’impression que ça n’en finira jamais
  • avoir mal à des endroits qu’on oubliait tous les jours, qu’on savait même pas qu’il y avait des veines des artères des globules qui pulsaient dans ces coins-là du corps

(et ai-je mentionné la douleur ?)
Je me disais “chic, chic, je suis comme Gurney Halleck dans Dune, jamais à court d’une citation appropriée” et paf, je me rends compte que j’ai prêté Echine (de Philippe Djian) et que je n’ai donc pas accès à ce passage sur le lumbago du narrateur.
Le plus marrant (oui, je suis joueur), c’est l’ensemble des postures :

  1. allongé sur le canapé, 112 coussins sous les jambes, ça va, royal, sauf quand il faut changer le CD
  2. pivotation tel le cloporte moyen, jambes repliées, basculer sur le côté
  3. instant délicat où on reste à l’affût de son corps, tout en se disant “faut pas que je reste trop longtemps dans cette position”. Le grand paradoxe. Par exemple, ce matin, j’ai eu droit 4 fois au Glong, ça mériterait une batana, mais c’est trop compliqué à expliquer.
  4. se relever raide comme une planche à pain inclinée à 20°
  5. marcher comme un petit (vraiment petit) vieux (vraiment vieux)
  6. de temps en temps je croise mon reflet dans un miroir, j’hésite entre m’apitoyer et me foutre de ma gueule. Mais si je rigole de moi, ça va me déprimer, ou me reprimer, je ne sais plus. Paradoxe de nouveau.

Glong : n.m. lors d’un lumbago, sentir tout à coup un muscle dans le bas du dos qui se déplace brutalement (idéalement, en laissant une sensation de brûlure), et ressentir comme si une corde à piano avait donné un bon coup dans la vertèbre S2. Vivre un moment qui semble éternel, une infinité de temps compactée en un seul atome. Avoir le sentiment que si on éternue, les vertèbres vont dégringoler sur le plancher. Illusion d’être un squelette de Brachyosaure dans la Grande Galerie du Jardin des Plantes.
Se fendre d’un “Ayeuh” propitiatoire (à défaut d’adopter une attitude hiératique, j’essaie d’attendrir les dieux avec quelques rites).

Et puis tout ça, c’est sauter de la poële pour retomber dans le feu : je vais enfin avoir le temps de répondre à mes mails (plus de 260 au compteur), ayeuh, et de mettre à jour le livre numéro 1 (ayeuh), en attendant de m’attaquer au passage du livre numéro 2, vingt pages, une paille (ayeuh), une payayeuh.

‘Reusement que j’avais eu une frénésie d’achat de CDs : Chris Réa, Arthur H, Higelin, Bill Deraime, les Notting Hillbillies, Jamiroquai (bon, pas tout, il est un peu énervant), Paul Personne, Coco Robicheaux…

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0 réponse à Aïeuh

  1. Lili dit :

    Doc, je ne vous savais pas pianiste…
    vous pourriez pas plutôt nous écrire un prélude avec les cordes de vos lombaires ?
    (je compatis , une camomille?)

  2. Peu de personnes connaissent Coco Robicheau. Un grand bonhomme qui délirait sec en concert et qui buvait du tabasco pur.

    Surtout ne ris pas devant ton allure de (très) vieux pantin déglingué. Tu mettrais en jeu ton dos, et ça n’est pas vraiment le moment.

  3. L'inconnu du troisième étage dit :

    J’en arrive parfois à espérer une petite maladie (genre bonne grosse grippe qui tue sa race et qui vous maintient au lit / à la maison) histoire d’avoir le temps de faire le point sur où je vais et dans quel état et de faire (dans la douleur) ce que je n’ai pas eu le temps de faire depuis trois ans…..

    D’un autre coté, la moindre narine bouchée me met dans un état second…..

    PS : en passant et si vertèbres accepter, pars vite et reviens tard sort mercredi

  4. Yves Duel dit :

    sincère, je compatis. En connaissant 2 sur les 3 (m’agiter pendant des Kms, ça va pas non ?). C’est y pas Socrate qui expliquant dans son blog que ce n’était même pas la peine d’essayer d’en parler avec quelqu’un qui n’avait pas connu la morsure du serpent ?

    En plus, si je me souviens bien la dernière, ça rend stupide ; donc même pas question de rattraper des retards de ceci ou de cela…..

    Bon courage.

  5. camille dit :

    lumbago, déjà essayé (ça m’a pas plu !), calculs rénaux non, marathon pas essayé… j’ai accouché deux fois, ça compte ?
    bon enfin tout ça pour dire que je compatis, moi aussi !
    "tout ça, c’est sauter de la poële pour retomber dans le feu", je la note… 🙂

  6. Docthib dit :

    Vous êtes chous, tous. (choutouss ?)

    @ Lili : vous êtes une harpie. De harpe, évidemment. Il y avait déjà “Constipation Blues”, superbe morceau de Screaming Jay Hawkins, je ne vais peut-être pas en rajouter… Un jour, sur ce blog, je posterai une de mes compositions : Grizzly Bear Blues. Tout un programme. Par ailleurs, je ne carbure pas à la camomille. Jamais. J’oscille entre Verveine et Whisky. Avec des effets opposés, comme vous pouvez l’imaginer.

    @ La grande Loulou : j’ai vérifié : il n’est pas mort le coco (humour), donc ton passé n’est pas de mise. Un grand bonhomme. En hommage à ton commentaire, je fais hurler son album Spiritland, vieil album, récente acquisition. Ce bonhomme a des accents rauques de Tom Waits. C’est dire si c’est un compliment. J’ai aussi envie de ré-écouter du Calvin Russell, voir si je m’y suis fait.
    PS : le rire est le propre de l’homme, comme disait le grand Alcofribas, et l’homme est un terme générique qui embrasse la femme, (attribué à Gérard de Rohan-Chabot, mais sait-on jamais avec les citations).

    @ L’inconnu du 3ème étage : vous savez bien que c’est un leurre. Les discours du genre “ah, si seulement j’étais malade, quel boulot j’abattrais !” ne sont que l’ignorance de ce que c’est, que d’être cloitré claustré cloué. D’autant plus que, comme vous le soulignez nasalement, en règle générale, quand on est cloué, on n’est pas au mieux.
    Pars vite et reviens tard : je parlais de José Garcia hier à mon osthéo (devinez donc pourquoi), et j’irais bien voir son dernier film. En attendant “Sa Majesté Minor”, le Jean-Jacques Annaud. Cela m’embêtera juste de voir incarner le commissaire Adamsberg. Autant dans la BD (que vous m’aviez recommandée, si je ne m’abuse), il était conforme à ce que j’en pensais, j’ai peur de ce que donnera le film. Mais j’irai probablement 🙂

    @ Yves Duel : comment, un jeunôt comme vous, vous avez déjà eu des lumbagos ? Alala, monde de merde.
    Ecoutez, je vais vous confier un secret, juste entre vous et moi (de toute façon, il n’y a que nous deux en ligne aujourd’hui) : malgré mon état décrépit, je suis hyper-lucide. Et, ce qui est encore plus trouant, je suis hyper motivé. Moi qui étais raplapla et triste que vous pouvez même pas imaginer, je me suis fait mettre à plat (littéralement) par ce lumbago, et je me sens prêt à péter des murs de brique avec la tête (bon, pas encore avec le coccyx, mais ça viendra). De deux choses l’une : soit je suis un méchant maso (hypothèse la plus probable), soit cette douche froide a été salutaire, genre priorités et autres projets. Pour un peu, j’irais voir Rocky Balboa au cinéma. (mais bon, j’aimerais bien voir les autres avant).

  7. Docthib dit :

    @ Camille : si c’est sous péridurale, ça compte pas, hinhin. Bon, OK, je sais, nous les mecs on est des chochottes. Le praticien qui m’a ausculté m’a annoncé que les douleurs des calculs rénaux, c’était ce qui se rapprochait le plus des douleurs de l’enfantement. Moi je dis chapeau. Heureusement qu’il y a les parts fiscales. Mais il faut faire le 3ème : ça vaut une part fiscale entière ! Allez, un effort… (dit-il, vautré telle la truite des sables moyenne au sommet d’une dune d’Arrakis).

  8. Lili dit :

    Euh..Doc , si votre praticien est un homme que sait-il des douleurs de l’enfantement ?
    même mon gynéco aprés vingt ans dde métier n’en sait strictement rien contrairement à ce qu’il dit sauf à me prouver qu’il a bien accouché un jour, d’autres choses qu’une théorie à la noix,….non, mais!

  9. Monsieur Jean dit :

    Doc, on guette le bulletin de santé avec attention, vous savez… on a même le stock de bougies à aller poser devant l’hopital le cas échéant (et on imprime les portraits en 4×3 pour les grilles). Bref, un mot de vous. Et si vous mot c’est trop, un gémissement suffira.

  10. Docthib dit :

    Me mangerais bien une choucroute, tiens.
    Non, je vais dormir. Merci pour votre sollicitude, je penserai à vous depuis mon hamac 🙂

  11. Un concert à Lille entre 1996 et 1999. On lui a piqué sa bouteille de tabasco. Je sais, c’est pas gentil. Mais nous avions pensé à son pancréas.
    Justement, je me disais qu’il fallait que je fasse écouter Constipation blues au bouchon. A mon avis, elle devrait aimer. Je dois l’avoir sur un mini-disc quelque part (une compilation de beaucoup de morceaux de blues)

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