Livre lu Laurent Gaudé : Eldorado

Toujours plus loinJ’avais vu que Joséphine et Monsieur Jean lisaient au même moment Eldorado, et comme je suis un vieil ours rabougri sur ses livres de poche achetés d’occasion et ses monomanies littéraires, je me suis dit « sortons de l’ornière et goûtons à un livre fraîchement publié ». Chez le libraire, j’ai hésité devant « La mélancolie Zidane » de Jean-Philippe Toussaint, écrivain que je goûte fort, mais j’ai tenu bon, et j’ai acheté Eldorado (Laurent Gaudé, Eldorado, Actes Sud, 2006, 238 p.). Un peu à cause de la couverture, beaucoup à cause du titre, essentiellement grce à Joséphine et Monsieur Jean. Et puis aussi, Actes Sud, c’est Paul Auster, c’est cette typographie, cette mise en page et ce papier, un vrai plaisir de lecture, aussi intact que lors de la première fois, quand ma tante m’avait dit : lis ça, c’est un jeune auteur américain assez étonnant. C’était Moon Palace.

Revenons à Eldorado. C’est un bon livre, que j’ai aimé. L’Eldorado, et la fuite, sont de toute façon des thèmes qui me sont très chers. (Je vous avais dit que j’avais essayé de traduire le poème d’Edgar Allan Poe ? Ben je vous le dis… Je le lisais à mes étudiants dans le cours de méthodologie de la recherche).

Correspondances : c’est un livre qui a des résonances fortes avec les écrits d’Erri De Luca. Même capacité à distiller des phrases qui sonnent comme des aphorismes humains, même chant de l’exil (des exils), même sensation de cotoyer des gens qui peuvent être des abîmes, tout en étant d’autant plus humains. Des abîmes d’humanité. Les phrases, elles sont enfoncées une à une comme des chevilles dans du bois tendre, chacune prend sa place, il n’y en a pas une de trop, tout cela sent la belle ouvrage, et l’écrivain qui a du métier.

Et puis il y a quelques correspondances avec des sentiments que j’avais à la lecture, que j’ai encore souvent :

… il était obligé de constater qu’il se détachait peu à peu de sa vie. Ces hommes, si familiers autrefois, lui étaient maintenant comme étrangers. Il les côtoyait avec distance. Il n’arrivait plus à rire avec eux, ne parvenait plus à s’intéresser vraiment à eux. […] Combien de fois s’était-il senti comme quelqu’un qui vient de faire un pas en arrière de sa vie et constate que le monde continue sans lui, que son absence n’est même pas notée ? Oui, c’était cela. Il n’était plus tout à fait en lui, comme s’il se décollait de sa vie.

Laurent Gaudé, Eldorado, Actes Sud, 2006, p. 104.

Et question perso : à votre avis, pour moi, ça s’applique à qui ? A mes étudiants ? A mes collègues ? A mes amis ? A ma famille ?

Maitenant, à la lumière du commentaire de Christian, je mets de l’eau dans mon vin, ou plutôt, je comprends ce qu’il veut dire, mais je n’ai pas les mêmes mots. Facilité d’écriture ? Je dirais plutôt, écriture fluide, le livre est court (238 pages) et se lit vite. Intrigue convenue et prévisible ? Non, mais c’est vrai qu’une partie de la fin se laisse deviner par avance. Écriture cinématographique ? Certes, mais c’est un point très positif pour moi. Platitude ? Non, certainement pas.
Mais je comprends l’opinion de Christian, j’en vois les racines dans ce roman, même si je n’arrive pas à mettre les bons mots dessus. Des phrases peut-être trop polies, trop travaillées dans leur simplicité. Des sentiments forts, humains, mais sans grande surprise. Une petite impression de dilution. Je m’arrête, je n’en sais rien, c’est ténu.
D’autant plus qu’une autre correspondance, venue pourtant de bien loin en terme de style, me fait penser à Koltès (par exemple Quai Ouest). Et comparer un écrivain à Koltès, c’est quand même lui reconnaître un sens du langage et du travail des phrases.

Et puis, en note de fin : ce roman m’a donné envie de lancer l’impulsion pour le projet Magnolia. Je ne sais pas si cela apparaîtra sur ce blog avant fin décembre, ou s’il faudra attendre janvier, mais pour des raisons symboliques, j’aimerais que la nouvelle année, et le premier anniversaire de ce blog, ne passent pas sans que Magnolia n’aie commencé à paraître.

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0 réponse à Livre lu Laurent Gaudé : Eldorado

  1. magnolilia dit :

    Magnolia…magnolia…vous allez faire un remake de la vie de Cloclo?ou est-ce que j’ai loupé un épisode?ou bien un effet d’annonce?
    (je voudrais pas vous contredire, mais un peu quand même, je ne connais pas d’auteur de la veine de Erri de Luca, qui est quand même un auteur à part des sommets… littéraires )

  2. Christian dit :

    Peut-être que finalement mes petites critiques (qui s’appliquait au Soleil des Scorta) peuvent se résumer à ce mot ambigu de naïveté… à la fois moqueur et en même temps qui s’adresse à notre meilleure partie (non pas celle-là), le reliquat de notre me d’enfant…

  3. Docthib dit :

    @ Magnolilia : effet d’annonce, indubitablement. Quand à Erri De Luca, je parle de correspondance, pas d’identité. “ça me fait penser à…” J’essaie juste de répondre à mon propre besoin : si j’aime tel auteur, quel autre aurai-je des chances d’aimer ?

    @ Christian : tu n’avais lu que le Soleil des Scorta, je n’ai lu qu’Eldorado, donc j’essayais de généraliser à l’oeuvre. Naïveté me va bien, même si je pense que cet auteur va plus loin que ça, il touche à l’humain. Mais on est d’accord sur le fait qu’on n’est pas d’accord 😉

  4. laury dit :

    combien de temps dure le livre ?!

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