Google, la petite chaine qui monte…

Dans un journal peu apprécié de Renaud, car trop bobo, je lisais une comparaison entre TF1 et M6. Et je me suis dit “c’est Microsoft face à Google”.
Certes, la comparaison est facile, mais pas tant que ça.
Microsoft-Apple, OK.
Microsoft-Linux, pourquoi pas.
Microsoft-Sun, là ça commence à chercher plus loin.

On y va donc ensemble, j’ai toute la nuit devant moi.

Au début était le gros, le leader, celui qui connaissait son marché, parce qu’il l’avait inventé. TF1 ramassait de la publicité avec des émissions juste assez commerciales, et c’était bien, le cours de l’action TF1 s’envolait. Microsoft ramassait des royalties sur des trucs impalpables, mais essentiels, et faisait de la pub sur les prochaines versions, que demain on raserait vraiment gratis.
Puis est venu le petit, dans une niche : M6 a dit “je vais faire de la série TV, de la musique et des émissions pour ados”. Google a dit “je vais fait du moteur de recherche, qui recherche comme devrait chercher un moteur de recherche”.
Les gros étaient occupés à enfourner du cash-flow dans leurs granges, ils ont dit “Allez jouer, les petits”, en se disant à part soi que ce n’était pas en se comportant comme un jeune rookie qu’on pouvait faire fortune.

Les années ont passé. Les petits ont commencé à engranger une première chose, qu’on a appelé l’audience. Et puis est venue une seconde chose, qu’on a appelé le business model. M6 a copié TF1 qui a copié M6 qui a copié TF1. Or, on le sait bien dans l’enseignement : quand deux élèves se copient mutuellement, même s’il y en avait un bon et un mauvais au début, ça fait baisser la qualité des deux copies à la fin.

Aujourd’hui, où en est-on ? M6 dispute à TF1 les matchs de football, les deux ont leurs séries TV américaines de grande audience, la télé-réalité avance désormais de façon moins évidente, et on a du pipol sur tous les plateaux. Par ailleurs, attrape-moi si tu peux, les deux chaines se sont développées dans la communication mobile. Certes, on est loin du succès des skyblogs, mais les émissions sont déclinées sur des sites web, des téléphones mobiles, il y a même des faux sites de fausse moquerie d’émissions (starhack) du genre “on sait bien rire de nous-mêmes, riez avec nous en appelant ce numéro surtaxé”.
Donc, en résumé : un petit qui arrive dans une niche, il a une audience, il se développe vers les marchés juteux du gros, chacun cherche des puces à l’autre, compétition frontale, même si les deux élargissent le champ de bataille, ils en sont toujours à la conquête de terrain.

Et puis il y a la comparaison Microsoft-Google. Une stratégie à la M6 aurait été de dire : nous allons développer un autre système d’exploitation, des logiciels concurrents, et à nous le terrain des PCs de bureau. Choc frontal, explication au sommet, beaucoup de pertes d’argent. Au lieu de cela, que voit-on apparaître ? Beaucoup de versions bêtas de services que Google propose. Désormais, on n’a plus besoin sur son disque dur que d’un mini système d’exploitation, et d’un navigateur internet. Les mails ? en ligne. Les rendez-vous ? en ligne. Les textes à rédiger ? en ligne. Les feuilles de tableur ? en ligne.
Je dois avouer que ce sont ces dernières applications qui me bluffent. Pouvoir rédiger directement des textes en ligne, les exporter dans tous les formats possibles (Microsoft, Open Document, PDF, HTML), ou travailler de manière collaborative sur une feuille de tableur à distance, cela signifie que la valeur s’est déplacée. Certes, ces applications en ligne ne contiennent peut-être que 20% des fonctions des logiciels correspondants (Microsoft Word ou OpenOffice Write, Microsoft Excel ou OpenOffice Calc), mais dans 90% des cas, on n’utilise que ces 20% de fonctions. Depuis MS Word 3.0 pour DOS (1986 ?), un texte peut être souligné, mis en italique ou en gras, et justifié à droite et à gauche. Que demande le peuple ?
On peut imaginer un avenir où les logiciels seront situés à deux niveaux :

  • un niveau professionnel, pour production, abrité dans les entreprises : on achètera la licence d’un tableur pour pouvoir faire des feuilles consolidées de 65 000 lignes avec des macros en Basic. Mais seuls certains départements auront besoin de cette technicité.
  • un niveau communautaire, où les applications en ligne serviront à traiter, gratuitement et rapidement, 90% des besoins bureautiques ou informatiques.

L’objection qui est faite habituellement porte sur la nécessité de garder les données confidentielles, ce qu’un site ne permet pas de faire. Cela prouve probablement que nous n’avons pas encore assez évolué pour nous mettre au niveau des inventions récentes (par analogie, je pense par exemple que nous n’avons pas encore intégré la manière d’utiliser correctement les voitures). Je veux dire par là : qu’est-ce qui est le plus facile, aller récupérer des informations confidentielles sur un site web, ou crocheter une boite aux lettres ou une serrure d’appartement ? Programmer un algorithme créateur de codes Cartes Bleues, ou pirater des conversations téléphoniques avec un petit matériel en vente libre ? L’insécurité est partout, elle est surtout dans les yeux de celui qui regarde.

Google semble continuer à aller dans la voie de la mutualisation des services : depuis mai 2006, la société met à la disposition publique un système de programmation (le Google Web Kit) qui permet de développer des applications “qui marchent dans un navigateur” (quel qu’il soit). Pour moi, c’est ça, le Web 2.0 : avant d’être un ensemble de sites communautaires où les internautes se ré-approprient l’information et sa gestion, c’est avant tout un ensemble d’applications auxquelles je peux accéder depuis mon navigateur, sans rien installer sur mon disque dur.
Le rêve ultime serait d’avoir un ordinateur sans système d’exploitation, celui-ci étant en ligne. C’est délirant, car pour se connecter à Internet, il faut un système d’exploitation. Et pourtant, certains y réfléchissent.
Microsoft proposait d’avoir un “bureau”, avec Google, on me propose de ne plus rien avoir sur mon bureau. Tentant, non ?

Edit : sur le blog de Benoît Descary, mention d’une feuille de synthèse sur tous les services Google + des astuces de recherche. Une vraie petite boite à outils en 2 pages (auteur original : Eazy Rhymez).

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0 réponse à Google, la petite chaine qui monte…

  1. Monsieur Jean dit :

    Tiens, je lisais justement récemment (enfin, il y a moins de deux mois…) "The Search: How Google and Its Rivals Rewrote the Rules of Business and Transformed Our Culture" de John Battelle et il faut que je le confesse, j’ai trouvé ça passionnant. Enfin, j’vous l’dis à vous passque zavez l’air de pouvoir me comprendre, mais ça reste entre nous, hein ? Non, parce que sinon, "L’oeuvre au noir" de Marguerite Yourcenar, c’est vraiment très bien écrit…

  2. Yann dit :

    C’est intéressant, mais je ne suis pas aussi fan de Google et de son modèle. J’essaierais de donner mon point de vue dès que je trouve le temps.

    Au contraire en ce moment, je regarde avec attention ce que fait Microsoft, qui pour moi est en train de changer de façon importante sa culture et son business model. Quand on sait ce que cela peut représenter pour un groupe de cette taille, je serais presque admiratif.

    D’ailleurs le nouvel IE gagne pour moi la bataille de l’esthétique sur Firefox 2.0 (pas eu le temps de tester plus en avant les 2).

  3. julient dit :

    Petit aparté : je me disais l’autre jour que le plus gros avantage de TF1 par rapport aux autres chaînes, c’est le numéro 1. Quand on allume sa télé, on choisit quel numéro ? Le 1, non ? Alors on tombe sur TF1 avec un gros programme à la con et on ne fait plus rien comme des grosmanches.

    Un petit peu comme le portail Wanadoo, premier site visité en France. Wanadoo a plus de 15 millions d’abonnés. Parmi eux, très peu changent la page d’acceuil par défaut de Wanadoo… Facile, non ?

    Sinon, pour les applications tout en ligne, c’est très bien, j’utilise beaucoup, mais quand je reprends des logiciels sur mon ordi, je trouve que c’est vraiment plus confortable et rapide…

  4. Docthib dit :

    @ Monsieur Jean : c’est ça l’inconvénient d’un blog : soit on réinvente la roue, soit on passe des heures à méditer sa première ligne. Je suis allé jeter un oeil sur le blog de John Battelle : c’est sûr que ça sent l’enquêteur passionné. Mais bon, je n’aurais pas mis "flou" dans la description de mon blog, si j’avais voulu jouer ce rôle 😉
    Yourcenar, ça fait longtemps que je n’en ai pas lu. Lecture de vacances, peut-être.

    @ Yann : je ne suis pas spécialement fan de Google (pas spécialement de Microsoft non plus…), c’est plutôt cette tendance à la délocalisation des applications qui m’intéresse. Mais j’ai aussi, et surtout, écrit cet article pour avoir des réactions, et avec plaisir, des contradictions.

    @ Julient :oui, et le 1, ça marche pour beaucoup de choses : le portail en effet (je ne savais, c’est amusant), mais aussi le taux de rétention des abonnés (combien ont changé régulièrement d’opérateur de téléphonie mobile ou de fournisseur d’accès, combien restent avec le même depuis de années ?). Je pense que les publications par abonnement sont vraiment un business juteux, de même que tous les services que l’on paie sur une base annuelle.

  5. spritz dit :

    Pour enlever le "?" trainant dans ce post, une petite précision: Microsoft a mis sur le marché la version 3.0 de Word pour MS-DOS en avril 1986 et la version Macintosh en octobre 1986.
    Microsoft s’est tenté à la délocalisation des applications lors de l’époque du client dit léger, avec notamment le citrix (rachat, bien évidemment!). Il me semble que cela n’a pas vraiment attiré les foules. Je ne suis pas sur qu’aujourd’hui, il y ait cette demande de délocalisation, alors que les entreprises font un retour en arrière sur les architectures serveurs de type mainframe (un gros serveur avec tout dessus). Je serais curieux en tout cas de voir les couts de cette délocalisation client, ainsi que les gains. J’imagine, qu’un problème réseau, qu’un problème chez l’hébergeur… serait plus qu’ennuyeux!

  6. Docthib dit :

    @ Spritz : héhé, j’étais dans les clous, je m’en souviens comme d’hier, il fallait faire Escape pour voir apparaître le menu 🙂
    Moi je vois un grand avantage à ces applications distantes (et pour moi, ça peut être distant sur le serveur), c’est qu’on met à jour au niveau serveur. Plus besoin de redéployer Firefox 2.0 sur toutes les machines (au hasard…)

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