Livre lu : Ernesto Che Guevara Journal de Bolivie

De Che Guevara, je ne connaissais que ce que tout le monde en connaît : l’icône révolutionnaire sur des posters et des T-shirts, le compagnon de Fidel Castro qui était parti pour un ultime baroud tandis que le Lider Maximo restait tranquillement à Cuba, et le théoricien de la guerilla.

Je n’avais rien lu de Che Guevara, mais en étant convaincu qu’un jour, il faudrait que je m’y colle : l’homme m’intéressait, et l’icône me semblait en même temps attirante et trop simpliste.

La préface de ce livre (Ernesto Che Guevara, Journal de Bolivie, La Découverte / Poche, 1997, 310 p.), rédigée par François Maspero, permet de rétablir cet ouvrage dans son originalité :

  • Ce ne sont que des notes de voyage, rédigées sur un agenda, qui s’arrêtent deux jours avant l’exécution de Che Guevara. Il ne s’agit donc pas d’un récit détaillé, encore moins de réflexions révolutionnaires ou techniques. Comme le souligne Maspero, il est paradoxal que ce journal, le moins approfondi de tous les écrits de Che Guevara, ait été le document le plus lu (ce qui est excusable) et ait éclipsé les autres écrits (ce qui l’est moins).
  • Cela tient au statut très marketing de Che Guevara : un intellectuel engagé dans la lutte armée, avec un idéal révolutionnaire, mais avant tout humain. Oui, de ce point de vue, Lénine n’est pas loin, et Fidel Castro illustre ce qu’aurait pu devenir Che Guevara s’il avait survécu (nous y reviendrons). Comme le souligne François Maspero, l’homme Che Guevara a été transformé en image simpliste, voire détournée.

Mais il n’y a pas grand chose de tout cela dans ces carnets, car ce sont des carnets de route : l’idéologie, Che Guevara l’avait bien en tête, donc il n’avait pas besoin de la noter ; en revanche, les faits, la succession des événements triviaux et des jours identiques, le Che devait les noter pour rédiger, plus tard, un livre, comme il l’avait déjà fait pour d’autres de ses guerillas.

Il y a dans ces carnets 11 mois de guerilla. 11 mois, qui se lisent très rapidement, chaque journée tenant en une demi-page, une poignée de paragraphes. Le contenu de cette guerilla est très loin de ce que j’imaginais. J’en avais une image d’Epinal en tête : la vérité est même encore plus prosaïque, puisque ma perception du phénomène venait de Tintin et les Picaros.

  • J’imaginais donc que la guerilla se déroulait à partir d’un camp de base, soigneusement caché, constitué de tentes, de latrines, de feux de camps ;
  • Que les troupes, nombreuses, se déplaçaient en camions après que des éclaireurs aient établi des objectifs, des cibles ;
  • Que des parachutages réguliers, ainsi que des liaisons radio au moins quotidiennes, assuraient une logistique organisée ;
  • Enfin, que le soutien de la population locale assurait une grande clandestinité.

Évidemment, si je souligne tout cela, c’est pour accentuer le décalage avec la réalité : la petite troupe (à peine une dizaine au début) se déplace essentiellement à pied, avec des macheteros qui ouvrent le chemin dans la jungle. Certaines journées sont littéralement perdues en allers-retours. Les cartes sont très inexactes, les torrents ne sont pas au bon endroit, ou pas indiqués. Or, l’eau est indispensable pour survivre. La traversée des rivières ou torrents se fait par radeaux, bâtis sur place, souvent de qualité insuffisante. Aucun parachutage, et dans le cas de cet ouvrage, une radio qui ne peut plus émettre, seulement recevoir. Bref, un isolement miséreux, et une troupe en permanence en mouvement. Certains jours se passent sans manger, ou taraudés par la fièvre, les coliques ou l’épuisement. Le Che lui-même souffrait d’asthme, qui va en empirant à partir du moment où les médicaments viennent à manquer. Quant à la zone choisie, elle est touffue, montagneuse, et assez isolée. Les paysans sont terrorisés par l’armée, peu coopératifs, et attirés par les récompenses de dénonciations.

Malgré tout cela, ce petit groupe de guerilleros organise des embuscades, fait des prisonniers (et des morts, évidemment), et obtient un retentissement dans la presse et sur les ondes. L’arrestation de Régis Debray, et son procès, entretiennent un battage médiatique. Je cite

Le battage de l’affaire Debray a donné plus de valeur guerrière à notre mouvement que dix combats victorieux.
Ernesto Che Guevara, Journal de Bolivie, La Découverte / Poche, 1997, p. 191.

Après coup, on perçoit ce que cette tentative avait de désespéré : manque de soutien réel de Cuba, choix discutable de la région des opérations, manque de communication. Mais sur place, dans l’enchaînement des événements, tout devient plus flou. Tout est une question d’hommes, de respect (et souvent, de non-respect) des consignes, et aussi de chance, ou de malchance. Un peu plus de celle-ci, un peu moins de celle-là, et l’histoire aurait été écrite autrement. Pour preuve, comme le rappelle Fidel Castro dans son introduction

Le Che savait, de par son expérience cubaine, combien de fois notre petit groupe guérillero avait été sur le point d’être exterminé. Si c’était arrivé, ce n’eût été dû, presque uniquement, qu’aux hasards, aux impondérables, de la guerre.
(Idem, p. 61)

Et la guerilla de Cuba a duré 25 mois, contre moins d’une année pour celle de Bolivie.

Je retiens de cette lecture plusieurs interrogations, et une envie d’aller plus loin.

  1. Le rôle des États-Unis. Il semble indiscutable que les États-Unis sont arrivés en renfort du gouvernement bolivien pour lutter contre les guerilleros (octroi de subventions, envoi de conseillers et d’agents spéciaux, le tout sans s’afficher trop clairement). La raison évoquée est claire, aussi : prévenir, limiter, empêcher le développement d’autres Cuba, et l’expansion du communisme. Sur ce communisme, il y aurait probablement beaucoup à dire, puisque au moins dans ces années-là il est éloigné du communisme dogmatique et canonique de l’URSS, vraie cible des États-Unis. C’est un communisme (je cite la préface de François Maspero, et l’introduction à ce journal, rédigée en mai 1968 par Fidel Castro) qui tient plus de l’empirisme que de la théorie, et qui est fondé, centré, sur l’être humain, lequel doit changer son système de valeurs et d’intérêts, bref, se reconstruire. Mais ce qui m’intéresse le plus, c’est de savoir si l’ingérence des États-Unis à cette époque est différente de leur discours actuel. En bref, Che Guevara était-il considéré comme un terroriste, et comme faisant partie de l’Axe du Mal ? Était-il perçu (j’entends, par les États-Unis) comme un nouveau Lénine, ou plutôt un Pancho Vila local ?
  2. Que reste-t-il 40 ans après la mort du Che ? Entre un Fidel Castro hospitalisé, ayant transmis les rênes du pouvoir (ou plutôt, de sa dictature) à son frère Raul (Libé du 2 août), un blocus américain qui laisse Cuba économiquement exsangue, et des pays d’amérique centrale et du sud qui peinent à trouver une alliance économique, on est loin du rêve transnational du début (le Che était argentin, il s’est rendu célèbre à Cuba et est mort en Bolivie, accompagné de péruviens, cubains et boliviens). Cela m’intéresserait de suivre l’évolution économique de cette région, qui a récemment basculé à gauche, et de me documenter plus sur ce sous-commandant Marcos.
  3. Qui était l’homme « Che Guevara » ? Avant de lire les écrits plus construits qu’il a laissés, je suis tombé sur ce journal, dans une maison de location où je passe. Ce compte-rendu de ses derniers mois, qui s’interrompt la veille de sa capture, et deux jours avant son exécution, montre un homme intelligent, lucide, très volontaire, qui se bat autant avec les éléments qu’avec ses compagnons, et avec lui-même. Même s’il n’entre pas dans le détail, il mentionne beaucoup de discussions, formations, petits cours qu’il administre le soir à ses camarades. Lors de fautes, de mauvais comportements, il confronte les protagonistes, leur explique les enjeux, la nécessité de se serrer les coudes, bref, il travaille beaucoup plus avec le verbe et l’argumentation qu’avec la cravache et la consigne. Par ailleurs, même si le format de ce journal ne se prête pas à une écriture personnelle (ce n’en est d’ailleurs pas le but), on voit un Che Guevara qui note à telle ou telle date les anniversaires de ses proches, et qui dit (et je conclurai là-dessus, c’est je crois la seule citation « à titre personnel » qu’il fasse) :
  4. 14 juin 1967
    […] Me voici arrivé à trente-neuf ans et je vais inexorablement vers un âge qui me donne à réfléchir sur mon avenir de guérillero ; pour l’instant, je suis « entier ».
    Ernesto Che Guevara, Journal de Bolivie, La Découverte / Poche, 1997, p. 198.

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0 réponse à Livre lu : Ernesto Che Guevara Journal de Bolivie

  1. Boeuf dit :

    A propos du basculement à gauche de l’Amérique Latine et du rôle de Marcos, je crois que la situation du Mexique est un cas particulier, et que Marcos n’a pas d’ambitions transnationales. Son objectif est, pour moi, de faire valoir les droits des habitants du Chiapas, en particulier des indiens, exploités depuis des années. La particularité du contexte tient dans le fait que le Chiapas est la région la plus pauvre du Mexique alors qu’elle en fournit la plupart des richesses. Je ne crois pas que Marcos ait l’intention d’étendre son combat au-delà du Chiapas. De plus, nous avons en France une image assez particulière et flatteuse du personnage (peut-être suite à sa rencontre avec José Bové). Il est en effet complètement inconnu dans la plupart des autres pays occidentaux, et ses actions n’y ont aucun impact. Nous avons tendance à surestimer son "pouvoir".

  2. Darbonne dit :

    Bonjour doc,

    "Après coup, on perçoit ce que cette tentative avait de désespéré : manque de soutien réel de Cuba, choix discutable de la région des opérations, manque de communication."

    Lors d un voyage a Cuba, j’ai eu l’occasion d’avoir un éclaircissement sur un point que je voudrais relever ici : la relation reelle entre le Che et Fidel.
    Certes, ces deux figures de la révolution cubaine sont arrives quasi "main dans la main" au moment de la prise du pouvoir. Certes, une réelle amitié liait les deux hommes a ce moment la.

    Seulement, Fidel a toujours été beaucoup plus terre a terre que le Che et bien que ce soit le premier qui ait pris le pouvoir, le deuxième représentait l’aspect beaucoup plus idéologique, disons même utopique, de la révolution communiste cubaine. Il passionnait les foules et Fidel s’en est rendu compte. Le peuple cubain était entrain de l’ériger en idole. Lui, le chef du gouvernement, passait au second plan.

    C’est a partir de cette constatation que beaucoup de gens perçoivent le départ du Che comme un exil imposait par Fidel.
    Che guevera n était alors plus seulement le frère d arme de la révolution, il était devenu un concurrent€¦ Ne pouvant pas se débarrasser de lui officiellement sans voir la foule se retourner contre lui, Fidel aurait eu l’idée de l’envoyer faire la révolution ailleurs€¦ Ceci expliquerait la citation ci-dessus. L expansion de la révolution a été plus ou moins précipitée par Fidel, afin de se débarrasser d’un « ami » gênant. (Certains se demandent même si le Che voulait réellement partir a la conquête de l €˜Amerique du sud).

    Pour moi, c’est Fidel qui a crée « l’image marketing » du Che. Cela lui a permis d asseoir sa dictature€¦( en tout cas l’idée me plait assez de me dire qu un dirigeant communiste a invente un des meilleurs concepts marketing du siècle)
    Quoi de mieux qu un représentant mythique a l’étranger !! Un représentant adule par le peuple mais qui reste un rêve, une image et non plus un homme, en chaire et en os, qui pourrait lui faire de la concurrence.
    Fidel a utilise le Che puis l’a laisse tomber. Je pense même qu €˜il ne souhaitait pas qu’il en revienne victorieux ( rien de mieux qu une mort lointaine pour conserver le mythe).
    Aujourd’hui encore, Fidel surfe sur la vague « Che » au près de « son » peuple. Qu en sera t’il de son successeur ? Nous verrons bien€¦

    Un film magnifique (que vous avez sûrement du déjà voir) sur la jeunesse du Che, ou comment un voyage entre ami s’est avere être un véritable voyage initiatique : « Carnets de voyage »

  3. Docthib dit :

    @ Boeuf : merci pour ces précisions. Je ne suis pas bon en histoire ou en géopolitique (04/20 en histoire-géo au concours de l’ESCP), aussi je me renseignerai. Mais c’est vrai que j’aimerais bien lire ce qu’écrit Marcos, et re-situer les enjeux politico-économiques actuels en amérique centrale / amérique du sud (que je perçois, si elle se fédère, comme une puissance économique qui pourrait faire un pendant aux US et à l’Europe. Si elle se fédère…).

    @ Darbonne : Oui, c’est une thèse qui est grandement reprise. Elle est plausible, même si ce n’est pas seule possible. En tout cas, en lisant ces carnets, une chose est sûre : le Che n’était absolument pas conscient de ce rôle de victime expiatoire. Il y est allé en y croyant.
    Quant au film, non, hélas, je ne l’ai pas encore vu. Une occasion de le louer, et de le regarder en VO, pour travailler mon espagnol 🙂

  4. Mr Delaroche dit :

    Bonjour Mr Thibierge,
    Certes "Diarios de Motocicleta" est magnifque, et je vous invite a le voir aussi vite que faire ce peut. Quant au Che, oubliez l’image de heros romantique martyr, il faut avant tout garder a l’esprit le fait que cet individu trop guide par ses ideaux aurait probablement ete bien pire que Fidel. Castro ne se servit du communisme que pour mieux se procurer le pouvoir et asseoir sa domination sur l’ile, il etait initialement considere comme facsisant par les agents de la CIA qui le soutenait meme pour renverser Batista. Le Che etait bien evidemment un rival a eliminer, tout comme Rivera (de la Falange) pour Franco en 36 en Espagne…
    J’ai aussi trainer mes basquettes en Amerique Latine (dont je suis un converti), en Argentine et en Bolivie justement. Le reve du Che etait l’avenement d’un "homme nouveau". La fin justifiant les moyens, rien ne devait se mettre sur la route du Che dans la quete de cet ideal. De fait, on lui attribue un comportement colerique et une violence extreme, ainsi que de nombreux massacres aussi arbitraires que sanglants… y compris envers ces compagnons de route (mais c’etait evidemment apres son itineraire avec Alberto Granado et la Poderosa…). Cette idee "d’homme nouveau" avait deja germe dans l’esprit d’un etre malade. Peut etre vaut-il mieux que les Cubains n’aient pas cotoye Ernest Guevara de la Serna plus longtemps. Ils ont eu un Franco, ils auraient pu avoir un Hitler.
    On pourra pardonner a Zizou tous les coups de tete du monde qu’il aura donne a autre chose qu’un ballon de cuir, il restera une legende de football en toute legitimite. En revanche hisser le Che au rang de martyr idealiste romantique est une grave erreure, et l;es quotidiens Argentins (Clarin, http://www.clarin.com et La Nacion en tete) sont les premiers a faire le travail de memoire necessaire.

    Pour les cours d’Espagnols, je vous recommande evidemment tous les films de Pedro Almodovar (je vous les prete en Septembre c’est promis – NB: tres bonne expo en ce moment a la cinematheque de Bercy sur Pedro, pleine d’objets de decors originaux et d’extraits expliques… en VO), ceux un peu plus legers de Alex de la Iglesia (El dia de la bestia et le plus recent El Crimen Ferpecto), les un peu plus modernes de Amenabar (Tesis) et Julio Medem (Los amantes del circulo polar, Lucia y el Sexo…) et surtout les eternels Luis Bunuel pour sa periode mexicaine…

    Bien a vous,
    Benjamin

  5. Docthib dit :

    Voilà une vraie mine d’informations. C’est aussi pour cela que j’ai écrit ce billet : pour être guidé vers des sources d’informations, voire remis en cause sur mes opinions. Je lirai vos sources (revue de presse de quotidiens argentins) avant de m’autoriser à reparler du sujet 😉
    Cela dit, je persiste : j’essaierai quand même de lire l’auteur Guevara. Nietzsche a aussi parlé d’un homme nouveau, et même si d’autres se sont emparés de sa littérature, celle-ci reste quand même intéressante. Mais sur le Che, on en reparlera quand j’aurai étudié…
    Pour ce qui est des films, je suis partant. J’ai beaucoup aimé Volver, et Tout sur ma mère et Parle avec elle, en VO, mais au cinéma. On en reparlera avec plaisir en septembre. Merci encore pour votre long commentaire, qui va me guider pour la suite.

  6. Benjamin dit :

    Mr Thibierge,

    J’espere ne pas faire de betise en faisant cela mais etant donne que les liens hypertextes ne fonctionnent pas, voici lesdits articles sur le Che, parus il y a 1 an dans le quotidien conservateur, La Nacion.

    Bonne lecture,
    Benjamin

    Edicion del 01 de agosto de 2005
    Del socialismo a marca capitalista

    El Che, cada vez más mito y menos realidad
    Por Alvaro Vargas Llosa
    Para LA NACION

    El siguiente texto es el primer extracto de un artículo que LA NACION publicará en cuatro entregas, en el cual el escritor peruano -hijo de Mario Vargas Llosa- intenta desmitificar la trayectoria de Ernesto Guevara, el Che (1928-1967), el médico argentino que se convirtió en un símbolo de la revolución comunista en Cuba.

    El Che Guevara, que hizo tanto (¿o fue tan poco?) por destruir el capitalismo, se ha convertido ahora en una marca quintaesencialmente capitalista. Su imagen adorna jarros de café, encendedores, llaveros, billeteras, gorras de béisbol, sombreros, pañuelos, musculosas, bolsos, jeans, té de hierbas y, por supuesto, las omnipresentes remeras con la foto, tomada por Alberto Korda, del ídolo socialista con su boina durante los primeros años de la revolución, cuando el Che apareció por casualidad dentro del visor del fotógrafo y que aún es, 38 años después de su muerte, el logo del chic revolucionario (¿o es capitalista?). Incluso hay un jabón en polvo cuyo eslogan es: €œChe lava más blanco.€

    Los productos Che están comercializados por grandes corporaciones y por empresas pequeñas, como la Burlington Coat Factory, que hizo una publicidad de TV en la que aparece un joven con pantalones de fajina y una remera del Che, o la Boutique Flamingo, de Union City, Nueva Jersey, cuyo dueño respondió al enojo de los exiliados cubanos locales con este devastador argumento: "Vendo cualquier cosa que la gente quiera comprar."

    Los revolucionarios también se suman a este furor comercial, desde "The Che Store", que ofrece "todas tus necesidades revolucionarias" por Internet, hasta el escritor italiano Gianni Minà, quien vendió a Robert Redford los derechos cinematográficos del diario del Che sobre su viaje juvenil por Sudamérica en 1952, a cambio de que se le diera acceso al rodaje del film "Diarios de motocicleta", para que Minà pudiera producir su propio documental.

    Por no hablar de Alberto Granado, quien acompañó al Che en su viaje de juventud y asesora hoy a documentalistas, y que ahora, según El País, se queja de que el embargo estadounidense a Cuba le dificulta mucho el cobro de sus regalías.

    Para dar aún más fuerza a la ironía, el edificio donde nació Guevara, en Rosario, una espléndida construcción de principios del siglo XX, estuvo hasta hace poco ocupado por el fondo de jubilaciones privadas AFJP Máxima, un hijo de la privatización de la seguridad social en la Argentina.

    La metamorfosis del Che Guevara en una marca capitalista no es nueva, pero recientemente ha experimentado una reactivación? Una reactivación especialmente notable, ya que aparece años después del colapso político e ideológico de todo lo que Guevara representaba.

    Esta imprevista reanimación se debe en gran parte a "Diarios de motocicleta", la película producida por Robert Redford y dirigida por Walter Salles (uno de los tres films más importantes rodados o en proceso de filmación durante los últimos dos años).

    Bellamente filmada en paisajes que evidentemente han escapado a los efectos corrosivos de la polución capitalista, la película muestra al joven en su viaje de autodescubrimiento, mientras su incipiente conciencia social se enfrenta a la explotación social y económica, preparando así el terreno para la reinvención New Wave del hombre al que Sartre una vez llamó el ser humano más completo de nuestra época.

    Pero para ser más preciso, el actual renacimiento del Che empezó en 1997, con el trigésimo aniversario de su muerte, cuando cinco biografías de Guevara llegaron a las librerías y se descubrieron sus restos mortales cerca de una pista de aterrizaje del aeropuerto boliviano de Vallegrande, después de que un general retirado boliviano, con un espectacular sentido de la oportunidad, revelara el lugar exacto de la sepultura. El aniversario volvió a concentrar la atención en la famosa foto de Freddy Alborta, donde el cadáver del Che se ve tendido sobre una mesa, escorzado y muerto y romántico, con la apariencia del Cristo en una pintura de Mantegna.

    "No sé por qué"

    Es habitual que los seguidores de un culto no conozcan la historia de la vida real de su héroe, la verdad histórica. No resulta sorprendente que los seguidores contemporáneos de Guevara, sus admiradores poscomunistas, también se engañen a sí mismos aferrándose a un mito? Excepto los jóvenes argentinos que han creado una expresión que rima perfectamente en castellano: "Tengo una remera del Che y no sé por qué."

    Consideremos algunas de las personas que recientemente han esgrimido o invocado la imagen de Guevara como modelo de justicia y rebelión ante el abuso de poder. En el Líbano, los manifestantes que protestaban contra Siria ante la tumba del ex primer ministro Rafik Hariri enarbolaban la imagen del Che.

    Thierry Henry, un jugador de fútbol francés que juega para Arsenal, en Inglaterra, se presentó en una fiesta de gala organizada por la FIFA, la institución mundial del fútbol, con una remera roja y negra con la imagen del Che.

    En una reseña reciente aparecida en The New York Times, sobre "Land of the Dead", de George Romero, Manohla Dargis señaló que "el mayor shock que esto provoca probablemente sea la transformación de un zombi negro en un justo líder revolucionario" y agregó: "Supongo que, después de todo, el Che realmente vive".

    Maradona exhibió el emblemático tatuaje del Che en su brazo derecho durante un viaje a Venezuela, donde se reunió con Hugo Chávez.

    En Stavropol, en el sur de Rusia, los manifestantes que denunciaban pagos en efectivo a cambio de concesiones de asistencia social, tomaron la plaza central enarbolando estandartes del Che.

    En San Francisco, City Lights Books, la legendaria cuna de la literatura beat, ofrece a sus visitantes una sección dedicada a América latina en la que la mitad de los estantes están ocupados por libros del Che.

    José Luis Montoya, un oficial de la policía mexicana que combate el narcotráfico, usa una muñequera del Che, porque lo hace sentir más fuerte.

    En el campamento de refugiados de Dheisheh, en Cisjordania, los pósteres del Che adornan un muro que rinde tributo a la Intifada.

    Una revista dominical dedicada a la vida social en Sydney, Australia, publica la lista de los tres invitados más deseados para una cena: Alvar Aalto, Richard Branson y el Che Guevara. Leung Kwok-hung, el rebelde electo como miembro del Consejo Legislativo de Hong Kong, desafía a Pekín usando una remera del Che.

    En Brasil, Frei Betto, el asesor del presidente Lula da Silva que está a cargo del publicitado programa Hambre Cero, dice que "deberíamos haberle prestado menos atención a Trotsky y mucha más al Che Guevara".

    Y en la ceremonia de los premios Oscar de este año, Carlos Santana y Antonio Banderas interpretaron la canción de "Diarios de motocicleta", y Santana se presentó luciendo la remera del Che y un crucifijo.

    Las manifestaciones del nuevo culto al Che están en todos lados. Una vez más, el mito provoca el entusiasmo de gente cuyas causas, en su mayoría, representan exactamente lo opuesto a lo que era Guevara.

    Ningún hombre carece de cualidades que lo redimen. En el caso del Che Guevara, esas cualidades pueden ayudarnos a medir la magnitud del abismo que separa la realidad del mito. Su honestidad (más bien, su honestidad parcial) hizo que dejara testimonio escrito de sus crueldades, incluyendo cosas verdaderamente feas, pero no las más feas. Su valor -que Castro describió como "su manera, en cada momento difícil y peligroso, de hacer las cosas más difíciles y peligrosas"- significó que no vivió para hacerse plenamente responsable del infierno de Cuba.

    El mito puede decirnos tanto sobre una época como la verdad. Y, por eso, gracias a los testimonios del propio Che acerca de sus ideas y sus acciones, y gracias también a su prematura desaparición, podemos saber exactamente cuán engañados están tantos de nuestros contemporáneos con respecto a tantas cosas.

    Traducción de Mirta Rosenberg.

    Edicion del 02 de agosto de 2005
    Más mito que realidad / Nota II de IV
    El Che Guevara: una violenta, selectiva y fría máquina de matar
    Ordenó ejecutar a decenas de personas

    Es posible que el Che Guevara haya estado enamorado de su propia muerte, pero mucho más enamorado estaba de la muerte de los demás. En abril de 1967 resumió su idea homicida de justicia en su "Mensaje a la Tricontinental": "El odio como factor de lucha; el odio intransigente al enemigo, que impulsa más allá de las limitaciones del ser humano y lo convierte en una efectiva, violenta, selectiva y fría máquina de matar".

    Sus escritos anteriores también están condimentados con esta violencia retórica e ideológica. Aunque su ex novia Chichita Ferreira dude de que la versión original de sus diarios de viaje contengan la observación "siento que mi nariz se dilata saboreando el olor acre de la pólvora y la sangre del enemigo", Guevara compartió con [su compañero en aquella aventura Alberto] Granado esta exclamación: "¿Revolución sin disparar ni un tiro? Estás loco".

    En otros momentos los jóvenes bohemios parecían incapaces de distinguir entre la frivolidad de la muerte como espectáculo y la tragedia de las víctimas de una revolución. En una carta a su madre, de 1954, escrita en Guatemala, donde fue testigo del derrocamiento del gobierno revolucionario de Jacobo Arbenz, escribió: "Aquí estuvo muy divertido con tiros, bombardeos, discursos y otros matices que cortaron la monotonía en que vivía".

    La disposición anímica de Guevara cuando viajó con Fidel Castro desde México hacia Cuba a bordo del Granma queda plasmada en una carta a su esposa escrita en 1957 y publicada en el libro Ernesto: Una memoria del Che Guevara en Sierra Maestra: "Estoy en la manigua cubana, vivo y sediento de sangre".

    Esa mentalidad había sido reforzada por su convicción de que Arbenz había perdido por no haber ejecutado a sus potenciales enemigos. En una carta dirigida a su ex novia Tita Infante había observado: "Si se hubieran producido esos fusilamientos, el gobierno hubiera conservado la posibilidad de devolver los golpes".

    No sorprende que durante la lucha armada contra Batista, y luego de la entrada a La Habana, Guevara matara o supervisara la ejecución, con juicio sumario, de decenas de enemigos del pueblo comprobados, sospechosos y de todos aquellos que se encontraban en el lugar equivocado en el momento equivocado.

    En enero de 1957, como lo indica su diario de Sierra Maestra, Guevara mató a Eutimio Guerra porque sospechaba que estaba pasando información: "Acabé con el problema dándole un tiro con una pistola del calibre 32 en la sien derecha? Sus pertenencias pasaron a mi poder". Más tarde mató a Aristidio, un campesino que expresó el deseo de abandonar la causa cuando los rebeldes siguieron avanzando. Aunque se preguntó si esta víctima "era de verdad suficientemente culpable como para merecer la muerte", no tuvo reparos para ordenar la muerte de Echavarría, hermano de uno de sus camaradas, a causa de crímenes no especificados: "Tenía que pagar el precio". En otros momentos simuló ejecuciones sin llevarlas a cabo, como método de tortura psicológica.

    "Ante la duda, mátalo"

    Luis Guardia y Pedro Corzo, dos investigadores de Florida que trabajan en un documental sobre Guevara, han conseguido el testimonio de Jaime Costa Vázquez, un ex comandante del ejército revolucionario conocido como "El Catalán", que sostiene que muchas de las ejecuciones atribuidas a Ramiro Valdés, quien más tarde se convertiría en ministro del Interior de Cuba, fueron responsabilidad directa de Guevara, porque Valdés estaba bajo sus órdenes en las montañas. "Ante la duda, mátalo" eran las instrucciones del Che.

    Según Costa, en vísperas de la victoria, el Che ordenó la ejecución de dos decenas de personas en Santa Clara, en el centro de Cuba, adonde había llegado su columna como parte del ataque final sobre la isla. Algunos fueron fusilados en un hotel, tal como ha escrito Marcelo Fernández Sayas, otro ex revolucionario que se hizo periodista, y quien agregó que entre los ejecutados había campesinos que se habían unido al ejército sólo para escapar al desempleo.

    Pero "la fría máquina de matar" no manifestó todo el alcance de su rigor hasta que, inmediatamente después de la caída del régimen de Batista, Castro lo puso a cargo de la cárcel de La Cabaña. Era una fortaleza de piedra usada para defender a La Habana de los piratas ingleses en el siglo XVIII; más tarde se convirtió en una barraca militar. De una manera que recuerda de forma escalofriante a Lavrenti Beria, Guevara fue responsable, durante la primera mitad de 1959, de uno de los períodos más oscuros de la revolución.

    José Vilasuso, abogado y profesor de la Universidad Interamericana de Bayamón, en Puerto Rico, quien perteneció al cuerpo que estaba a cargo de los procesos judiciales sumarios en La Cabaña, me contó: "El Che dirigió la Comisión Depuradora. El proceso se regía por la ley de la sierra: tribunal militar de hecho y no jurídico, y el Che nos recomendaba actuar con convicción. Es decir, con la convicción de que todos eran asesinos y de que la forma revolucionaria de proceder era ser implacables. Miguel Duque Estrada era mi jefe inmediato. Mi función era legalizar profesionalmente la causa y pasarla al ministerio fiscal, sin juicio propio alguno. Se fusilaba de lunes a viernes. Las ejecuciones se llevaban a cabo de madrugada, poco después de que la sentencia fuera dictada y confirmada en forma automática por el cuerpo de apelación. La noche más siniestra que recuerdo se ejecutaron siete hombres".

    Sin excepciones

    Javier Arzuaga, el capellán vasco que daba consuelo a los sentenciados a muerte y que presenció docenas de ejecuciones, habló conmigo desde su hogar en Puerto Rico. Ex sacerdote católico, ahora de 75 años, recordó que en la cárcel de La Cabaña "había 800 hombres hacinados en un espacio pensado para no más de 300: militares batistianos o miembros de algunos de los cuerpos de la policía, periodistas, empresarios o comerciantes".

    "El juez no tenía por qué ser hombre de leyes; sí, en cambio, pertenecer al ejército rebelde, al igual que los compañeros que ocupaban con él la mesa del tribunal. Casi todas las vistas de apelación estuvieron presididas por el Che Guevara. No recuerdo ningún caso cuya sentencia fuera revocada en esas vistas. Todos los días yo visitaba la «galera de la muerte», donde permanecían los prisioneros desde que eran sentenciados a muerte. Corrió la voz de que yo hipnotizaba a los condenados antes de salir para el paredón y que por eso se daban tan fáciles las cosas, sin escenas desagradables, y el Che Guevara ordenó que nadie fuera conducido al paredón sin que yo estuviera presente. Asistí a 55 fusilamientos hasta el mes de mayo, cuando me fui. Eso no quiere decir que no se siguiera fusilando. Herman Marks era un americano, se decía que era prófugo de la Justicia. Lo llamábamos «el carnicero» porque gozaba gritando «pelotón, atención, preparen, apunten, fuego».

    "Conversé varias veces con el Che para interceder por determinadas personas. Recuerdo bien el caso de Ariel Lima, que era menor de edad, pero fue inflexible. Lo mismo puedo decir de Fidel Castro, a quien acudí también en dos ocasiones. Yo estaba muy traumatizado y a fines de mayo me sentía tan mal que me ordenaron abandonar la parroquia de Casa Blanca, dentro de cuyos límites se encontraba La Cabaña y donde yo había celebrado misa en los últimos tres años. Me fui a México para un tratamiento. Cuando nos despedimos, el Che Guevara me dijo: «Hemos fracasado los dos. Cuando nos quitemos las caretas, seremos enemigos frente a frente»."

    ¿Cuántas personas fueron asesinadas en La Cabaña? Pedro Corzo calcula que alrededor de 200 personas, cifra similar a la que da Armando Lago, un profesor de economía retirado que compiló una lista de 179 nombres como parte de un estudio de ocho años de duración sobre las ejecuciones en Cuba. Vilasuso me dijo que fueron ejecutadas 400 personas entre enero y fines de junio de 1959 (momento en el que el Che dejó de estar a cargo de La Cabaña). Los cables secretos enviados por la embajada estadounidense en La Habana al Departamento de Estado en Washington hablaban de "más de 500".

    Según Jorge Castañeda, uno de los biógrafos de Guevara, un vasco católico simpatizante de la revolución, el fallecido padre Iñaki de Aspiazu, habló de 700 víctimas. Félix Rodríguez, un agente de la CIA que fue miembro del equipo que estuvo a cargo de la búsqueda y persecución de Guevara en Bolivia, me dijo que, tras la captura, interrogó a Guevara acerca de las "más o menos 2000 ejecuciones" de las que había sido responsable durante su vida. "Dijo que eran todos agentes de la CIA y no cuestionó la cifra", recuerda Rodríguez.

    El número más alto posiblemente incluye las ejecuciones que se llevaron a cabo durante los meses posteriores al momento en el que el Che dejó de estar a cargo de la prisión. Y eso nos lleva de vuelta a Carlos Santana y su muy chic remera del Che. En una carta publicada en El Nuevo Herald el 31 de marzo de este año, el gran músico de jazz Paquito D´ Rivera criticó a Santana por su atuendo en la entrega de los Oscar, y añadió: "Uno de esos cubanos fue mi primo Bebo, preso allí por ser cristiano. El escuchaba desde su celda los fusilamientos de muchos que morían gritando «¡Viva Cristo Rey!»"

    Por Alvaro Vargas Llosa
    Para LA NACION
    Traducción: Mirta Rosenberg

    Edicion del 03 de agosto de 2005
    Más mito que realidad / Nota III de IV
    El Che, un megalómano con ansias de poder

    Obsesionado por los controles, tuvo un rol clave para transformar a Cuba en un bastión del totalitarismo

    El deseo de poder del Che tenía otras maneras de expresarse aparte del asesinato. La contradicción existente entre su pasión por viajar -una manera de protestar contra las restricciones oprimentes del Estado- y su impulso por convertirse él mismo en un Estado opresor resulta patética.

    Cuando escribió sobre Pedro de Valdivia, conquistador de Chile, Guevara reflexionaba: "El pertenecía a esa clase singular de hombres que la especie produce rara vez, en quienes el ansia de poder ilimitado es tan extremo que para conseguirlo cualquier sufrimiento parece natural". Podría haberse descripto a sí mismo con esos términos.

    En su vida adulta, su megalomanía se manifestó a través del impulso predatorio de apoderarse de la vida y la propiedad de otros, aboliendo así su libre albedrío. En 1958, después de tomar la ciudad de Sancti Spiritus, Guevara intentó, sin éxito, imponer una suerte de sharia, regulando así las relaciones entre hombres y mujeres, el consumo de alcohol y las apuestas informales? un puritanismo que no caracterizaba exactamente a su propio estilo de vida.

    También ordenó a sus hombres que robaran bancos, decisión que justificó en una carta dirigida a Enrique Oltuski, uno de sus subordinados, en noviembre de ese año: "Las masas oprimidas aceptan robar los bancos porque no tienen ni una moneda". Esta idea de revolución como una licencia para redistribuir la propiedad tal como a él le parecería adecuado llevó al marxista puritano a apoderarse de la mansión de un emigrante después del triunfo de la revolución.

    El impulso de despojar a otros de sus propiedades y a reclamar la propiedad del territorio ajeno fue un elemento central en la cruda política de poder de Guevara. En sus memorias, el líder egipcio Gamal Abdel Nasser registra que Guevara le preguntó cuántas personas habían abandonado su país a causa de las reformas. Cuando Nasser le respondió que no se había ido nadie, el Che replicó, furioso, que la manera de medir la profundidad de un cambio es por medio del número de personas "que sienten que no hay lugar para ellos en la nueva sociedad". Este instinto predatorio alcanzó su punto más alto en 1965, cuando empezó a hablar, como si fuera Dios, del "Hombre Nuevo" que él y su revolución crearían.

    La obsesión del Che por el control colectivista lo llevaría a colaborar en la formación del aparato de seguridad que se puso en marcha para sojuzgar a seis millones y medio de cubanos. A principios de 1959, se llevó a cabo una serie de reuniones secretas en Tarará, cerca de La Habana, en la mansión a la que el Che se había retirado temporalmente para recuperarse de una enfermedad. Allí fue donde los dirigentes máximos, incluyendo a Castro, diseñaron el Estado policial cubano.

    Ramiro Valdés, subordinado del Che durante la guerra de guerrilla, fue puesto a cargo del G-2, un cuerpo organizado según el modelo de la Cheka. Angel Ciutah, un veterano de la Guerra Civil española enviado a los soviets que había estado muy próximo a Ramón Mercader, el asesino de Trotsky, y que más tarde cultivó la amistad del Che, desempeñó un papel clave en la organización del sistema, junto con Luis Alberto Lavandeira, quien había desempeñado el cargo de supervisor en La Cabaña. El propio Guevara se hizo cargo del G-6, el cuerpo encargado de adoctrinar ideológicamente a las fuerzas armadas.

    La oportunidad perfecta

    La invasión de Bahía Cochinos, respaldada por Estados Unidos en abril de 1961, se convirtió en la ocasión perfecta para consolidar el nuevo Estado policial, con el arresto de decenas de miles de cubanos y una nueva serie de ejecuciones. Tal como Guevara le dijo al embajador soviético Sergei Kudrivtsev, los contrarrevolucionarios jamás volverían "a alzar la cabeza". "Contrarrevolucionario" es el término que se aplicaba a cualquiera que se apartara del dogma. El sinónimo comunista de "hereje".

    Los campos de concentración eran una de las formas que el poder dogmático empleaba para eliminar el disenso. La historia atribuye al general español Valeriano Weyler, capitán general de Cuba a fines del siglo XIX, haber empleado por primera vez el término "concentración" para describir la política de cercar las masas de potenciales opositores con alambres de púas y empalizadas. Qué adecuado resulta que los revolucionarios cubanos retomaran esa tradición autóctona más de medio siglo más tarde.

    Al principio, la revolución movilizó voluntarios para construir escuelas y trabajar en puertos, plantaciones y fábricas; exquisitas oportunidades para fotos del Che estibador, el Che recolector de caña, el Che obrero textil. Pero no transcurrió mucho tiempo para que el trabajo voluntario se hiciera un poco menos voluntario: el primer campo de trabajos forzosos, Guanahacabibes, se estableció en el oeste de Cuba a fines de 1960. Así es como el Che explicó la función que cumplía este método de reclusión: "A Guanahacabibes se manda a la gente que no debe ir a la cárcel, la gente que ha cometido faltas a la moral revolucionaria de mayor o menor grado… Es trabajo duro, no trabajo bestial".

    Este campo fue el precursor del posterior confinamiento sistemático, que empezó en 1965 en la provincia de Camagüey, de disidentes, homosexuales, católicos, testigos de Jehová, sacerdotes afro-cubanos y otra escoria semejante, bajo el estandarte de las Unidades Militares de Ayuda a la Producción. Apiñados en ómnibus y camiones, los "ineptos" eran transportados a punta de pistola a los campos de concentración organizados según el modelo de Guanahacabibes. Algunos nunca regresarían, otros serían violados, golpeados o mutilados; y casi todos quedarían traumatizados de por vida, tal como lo reveló al mundo un par de décadas atrás el desgarrador documental de Néstor Almendros, Improper Conduct.

    Así, la revista Time tal vez no dio del todo en el blanco en agosto de 1960, al describir la división del trabajo de la revolución en una nota de tapa que asignaba al Che Guevara la función de "cerebro" y a Fidel Castro el "corazón" y a Raúl Castro el "puño". Pero esa interpretación reflejaba el rol crucial desempeñado por Guevara en la transformación de Cuba en un bastión del totalitarismo.

    El Che era un candidato improbable a la pureza ideológica, dado su espíritu bohemio, pero durante los años de entrenamiento en México y el siguiente período de lucha armada en Cuba emergió como el ideólogo comunista infatuado con la Unión Soviética, para gran incomodidad de Castro y de otros que eran esencialmente oportunistas dispuestos a usar los medios que fueran necesarios para llegar al poder. Cuando los revolucionarios en ciernes fueron arrestados en México en 1956, Guevara fue el único que admitió que era comunista y que estaba estudiando ruso. Durante la lucha armada en Cuba, forjó una fuerte alianza con el Partido Socialista Popular (el partido comunista de la isla) y con Carlos Rafael Rodríguez, un elemento clave de la conversión al comunismo del régimen de Castro. Esta tendencia al fanatismo convirtió al Che en un eje vital de la "sovietización" de esa revolución que tantas veces se había jactado de su carácter independiente.

    Al borde de la guerra

    Muy pronto después de que los barbudos llegaron al poder, Guevara tomó parte de las negociaciones con Anastas Mikoyan, el viceprimer ministro soviético que visitó Cuba. Se le confió la misión de promover las negociaciones cubano-soviéticas durante una visita a Moscú a fines de 1960. Su segundo viaje a Rusia, en agosto de 1962, fue aún más significativo, porque selló el pacto que convertiría a Cuba en una cabeza de playa nuclear soviética. Se reunió con Khrushchev en Yalta para ultimar detalles de una operación que ya se había iniciado y que involucraba la instalación de cuarenta y dos misiles soviéticos, la mitad de los cuales estaban equipados con cabezas nucleares, así como lanzamisiles y 42 mil soldados. Tras presionar a sus aliados soviéticos con el riesgo de que los Estados Unidos se enteraran de lo que estaba ocurriendo, Guevara consiguió que le garantizaran la intervención de la marina soviética? En otras palabras, que Moscú estaba dispuesto a ir a la guerra.

    Según la biografía de Guevara escrita por Philippe Gavi, el revolucionario había alardeado de que "por defender sus principios, este país está dispuesto a arriesgarlo todo en una guerra atómica inimaginablemente destructiva".

    Inmediatamente después de que terminó la crisis misilística cubana -cuando Khrushchev renegó de la promesa hecha en Yalta y negoció un acuerdo con Estados Unidos a espaldas de Castro, que incluía el retiro de los misiles estadounidenses de Turquía-, Guevara le dijo a un diario comunista británico: "Si los misiles hubieran permanecido en Cuba, los hubiéramos usado, dirigiéndolos hacia el corazón mismo de los Estados Unidos, incluyendo Nueva York, para defendernos de la agresión". Y un par de años más tarde, en las Naciones Unidas, fue fiel a sus principios: "Como marxistas, hemos mantenido que la coexistencia pacífica entre naciones no incluye la coexistencia entre explotadores y explotados".

    Guevara se distanció de la Unión Soviética en los últimos años de su vida. Lo hizo por razones erróneas, acusando a Moscú de ser demasiado blanda ideológica y diplomáticamente, por hacer demasiadas concesiones. En octubre de 1964, un memorando escrito por Oleg Daroussenkov, un funcionario soviético cercano al Che, cita estas palabras de Guevara: "Pedimos armas a los checos; nos rechazaron. Después se las pedimos a los chinos; dijeron que sí pocos días después, y ni siquiera nos cobraron, diciendo que no se le venden armas a un amigo". En realidad, Guevara estaba resentido por el hecho de que Moscú les pedía a los otros miembros del bloque comunista, incluyendo Cuba, algo a cambio de la colosal ayuda y el respaldo político que les prestaba.

    Su ataque final contra Moscú se produjo en Argel, en febrero de 1965, en una conferencia internacional, donde acusó a los soviéticos de haber adoptado la "ley del valor", es decir, el capitalismo. Su ruptura con los soviéticos, en suma, no fue un grito de libertad. Fue un aullido al estilo de Enver Hoxha exigiendo la subordinación total de la realidad a una ciega ortodoxia ideológica.

    Por Alvaro Vargas Llosa
    Para LA NACION
    Traducción de Mirta Rosenberg

    Edicion del 04 de agosto de 2005
    Más mito que realidad / Nota IV y última
    El Che, antítesis brutal de Alberdi

    El gran revolucionario tuvo una posibilidad de poner en práctica su visión económica -su idea de justicia social- como director del Banco Nacional de Cuba y del Departamento de Industria del Instituto Nacional de Reforma Agraria a fines de 1959, y desde principios de 1961, como ministro de Industria. El período en el que Guevara estuvo a cargo de casi toda la economía cubana fue testigo del colapso casi total de la producción azucarera, el fracaso de la industrialización y la introducción del racionamiento en el que había sido uno de los cuatro países latinoamericanos más exitosos en el terreno económico desde antes de la dictadura de Batista.

    Su período al frente del Banco Nacional, durante el que imprimió billetes firmados "Che", ha sido resumido así por su segundo, Ernesto Betancourt: "Encontré en el Che una ignorancia absoluta de los principios más elementales de la economía". La capacidad de percepción de Guevara con respecto a la economía mundial fue célebremente expresada en 1961, durante una conferencia hemisférica en Uruguay, donde predijo un crecimiento del 10% en Cuba "sin ningún temor", y para 1980, un ingreso per cápita mayor que el de "Estados Unidos hoy". De hecho, para 1997, el trigésimo aniversario de su muerte, los cubanos vivían con una dieta de dos kilos de arroz y medio kilo de porotos por mes, 120 gramos de carne dos veces al año, 120 gramos de pasta de soja por semana y cuatro huevos por mes.

    La reforma agraria les quitó la tierra a los ricos, pero se la dio a los burócratas, no a los campesinos. (El decreto fue redactado en la casa del Che.) En nombre de la diversificación, el área cultivada se redujo, y la mano de obra fue derivada a otras actividades. El resultado fue que entre 1961 y 1963, la cosecha se redujo a la mitad, apenas 3,8 millones de toneladas métricas. ¿Este sacrificio fue justificado por el progreso de la industrialización en Cuba? Desafortunadamente, Cuba no disponía de materias primas para la industria pesada y, como consecuencia de la redistribución revolucionaria, no tenía una moneda sólida para comprarlas? y tampoco tenía siquiera productos básicos.

    Para 1961, Guevara tenía que dar incómodas explicaciones a los funcionarios del gobierno: "Nuestros camaradas técnicos de las empresas han fabricado una pasta dentífrica? que es tan buena como la anterior, limpia lo mismo, aunque al cabo de un tiempo se convierte en piedra".

    Para 1963, se abandonaron todas las esperanzas de industrializar Cuba, y la revolución aceptó su rol de abastecedor colonial de azúcar del bloque soviético a cambio de petróleo para cubrir sus necesidades y revender a otros países. Durante las tres décadas siguientes, Cuba sobreviviría gracias a un subsidio soviético que oscilaba entre unos 65.000 y 100.000 millones de dólares.

    Tras haber fracasado como héroe de la justicia social, ¿Guevara se merece un lugar en los libros de historia como genio de la guerra de guerrillas? Su mayor logro militar en la lucha contra Batista -la captura de la ciudad de Santa Clara después de haber emboscado un tren cargado de refuerzos- ha sido seriamente cuestionado. Numerosos testimonios indican que el comandante del tren se rindió de antemano, tal vez después de aceptar un soborno.

    Inmediatamente después del triunfo de la revolución, Guevara organizó ejércitos guerrilleros en Nicaragua, la República Dominicana, Panamá y Haití, todos los cuales fueron aplastados. En 1964, envió a la muerte al revolucionario argentino Jorge Ricardo Masetti, convenciéndolo de que debía lanzar un ataque contra su país natal desde Bolivia, justo en el momento en que se había restaurado en la Argentina la democracia representativa.

    Particularmente desastrosa fue la expedición al Congo en 1965. Guevara apoyó a dos rebeldes -Pierre Mulele en el Oeste y Laurent Kabila en el Este- en su lucha contra el perverso gobierno congoleño, apoyado por Estados Unidos, así como por mercenarios sudafricanos y exiliados cubanos. Guevara pasó la mayor parte de 1965 ayudando a los rebeldes en el Este, antes de abandonar el país ignominiosamente. Luego, muy pronto, Mobutu llegó al poder e instaló una tiranía que duró décadas.

    Desastre en Bolivia

    En Bolivia, el Che fue derrotado nuevamente, y por última vez. Interpretó erróneamente la situación local. La reforma agraria se había realizado años atrás, el gobierno había respetado a muchas de las instituciones de las comunidades campesinas, y el ejército, a pesar de su nacionalismo, mantenía proximidad con los Estados Unidos. "Las masas campesinas no nos ayudan nada", fue la melancólica conclusión que Guevara consignó en su diario de Bolivia. Peor aún, Mario Monje, el líder comunista local, que no tenía estómago para la guerra de guerrillas después de haber sido humillado en las elecciones, condujo a Guevara a un lugar vulnerable en el sudeste del país. Las circunstancias de la captura del Che en el barranco Yuro fueron, como casi toda la expedición a Bolivia, cosas de amateur.

    Guevara era sin duda audaz y valeroso, y rápido para organizar la vida sobre una base militar en los territorios bajo su control, pero no era el general Giap. Su libro "Guerra de guerrillas" enseña que las fuerzas populares pueden derrotar a cualquier ejército, que no es necesario esperar las condiciones adecuadas porque un foco insurreccional (o un pequeño grupo de revolucionarios) pueden crear esas condiciones, y que la lucha debe desarrollarse primordialmente en zonas rurales. Sin embargo, el ejército de Batista no era un ejército, sino una corrupta banda de matones sin motivación y con poca organización, y los focos guerrilleros, con la excepción de Nicaragua, terminaron con los foquistas reducidos a cenizas.

    En las últimas décadas del siglo XIX, la Argentina tenía el segundo índice de crecimiento del mundo. En la década de 1890, el ingreso real de sus trabajadores era mayor que el de los trabajadores suizos, alemanes y franceses. En 1928, el país ocupaba el lugar número doce en el mundo por su PBI per cápita. Ese logro, que las generaciones siguientes arruinarían, se debía en gran medida a Juan Bautista Alberdi. Al igual que Guevara, a Alberdi le gustaba viajar: recorrió a pie las pampas y los desiertos del Norte a los 14 años, hasta llegar a Buenos Aires. Al igual que Guevara, Alberdi se opuso a un tirano, Juan Manuel de Rosas.

    Al igual que Guevara, Alberdi tuvo la oportunidad de ejercer influencia sobre un líder revolucionario en el poder? Justo José de Urquiza, que derrocó a Rosas en 1852. Y, al igual que Guevara, Alberdi representó al nuevo gobierno viajando por el mundo, y murió en el extranjero. Pero a diferencia del antiguo y nuevo mimado de la izquierda, Alberdi jamás mató una mosca. Su libro "Bases y puntos de partida para la organización de la República Argentina" fue el cimiento de la Constitución de 1853, que limitó el gobierno, abrió el comercio, estimuló la inmigración y garantizó el derecho de propiedad, inaugurando así un período de 70 años de asombrosa prosperidad. No se entrometió en los asuntos de otras naciones, oponiéndose a la guerra contra Paraguay. Su imagen no adorna el abdomen de Mike Tyson.

    Por Alvaro Vargas Llosa
    Para LA NACION
    Traducción: Mirta Rosenberg

  7. valentine dit :

    au sujet du sous commandant marcos, si au début il s’est concentré sur le chiapas, il semblerait qu’il s’ouvre désormais au transnationalisme: il a ainsi lancé, en union avec de nombreuses organisations de gauche "la otra campana" qui, si elle va commencer par silloner le pays, sortant ainsi du chiapas, vise également l’extèrieur. on peut en voir le lancement dans le très bon mais très confidentiel film: l’oeuil des zapatistes.

  8. Docthib dit :

    @ Valentine : merci pour l’info, en effet, elle est relayée dans Wikipedia.
    Cela m’a aussi appris que le sous-commandant Marcos a écrit un roman avec Paco Ignacio Taibo II, auteur que je souhaite lire depuis quelques années.

  9. CFC 100% LOCAL dit :

    Je serais curieux de savoir qui a amené en France en 1968 le " Diario de che Guevara en Bolivia"

  10. Elena dit :

    Je suis Soudamericàna je voudrais respest pour le CHE GUEVARA.

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