L'oeil graphique

Lundi, pour la première fois, j’ai emporté mon appareil numérique pour aller au boulot. Cela change la vie. On a l’oeil graphique : on regarde mieux, tout, à l’affût de toute géométrie, construction, idée, mise en scène que l’on pourrait capturer, figer sur le capteur numérique. Il y a quelques années, j’avais formulé et mis en pratique un aphorisme qui était On regarde souvent ses pieds, on ne regarde jamais en l’air. Depuis, je regarde souvent vers le ciel, on découvre toutes sortes de choses qui nous surplombent, des trucs sur des toits, des fenêtres ouvertes, sans parler des nuages. Il y a un dicton aux échecs qui dit si tu ne sais pas quoi jouer, joue tes cavaliers. Mon diction serait Si tu ne sais pas quoi regarder, regarde les nuages.

Avoir l’oeil graphique, c’est regarder mieux, ne plus se contenter de voir passivement, mais rechercher activement ce qui pourrait mériter une (bonne) photo. Évidemment, j’en ai déjà parlé avec plusieurs ami(e)s, on peut facilement tomber dans la compulsion :

  • tout regarder à travers un cadrage mental
  • trafiquer la réalité, déranger la nature
  • ne plus regarder vraiment, et ne découvrir ce qu’on a « vu » qu’au moment où l’on visualise les photos

Bref, trop d’oeil graphique tue l’oeil graphique. Je n’en suis pas encore là, heureusement.

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0 Responses to L'oeil graphique

  1. Julien T dit :

    Quand on regarde en l’air, on a les yeux plein de nuages et les pieds plein de merde.

    Sinon, pourquoi cette avalanche de thibillets ? Je t’avais déjà parlé de cette sorte de dépendance vis-à-vis de ce blog. Et comme toute dépendance, il faut l’assouvir petit à petit. C’est trop de bonheur d’un coup là. Tu as pensé à ma redescente ?

    En attendant, je continue à me gaver ! Ouuuéééé !

  2. Yann dit :

    Quand je n’ai pas mon appareil photo je rate des photos que j’aurais voulu prendre.
    Quand j’ai mon appareil photo je laisse passer (volontairement) des photos que j’aurais pu prendre.
    Et je rate plein de photos aussi en les prenant.

    Je pense aussi que pratiquer la photo permet déjà d’avoir un sens de lecture de ce qui nous entoure. Si je pense photo, je vois plus de choses que dans le cas contraire, parce que je crée un ordre à partir de ce grand foutoir quotidien.
    J’ai plutôt une approche boulimique de la photo; de phases intenses de prise de vues à des moments ou je ne touche pas du tout l’appareil, je pense que chacun à son approche personnelle.

    Dans les autres travers vicieux du photographe, il y a pour le photographe "technicien" la LBO (non pas Leverage Buy Out mais Lens Buying Obsession) ou comment faire un report freudien de qui a la meilleure et la plus grosse vers son appareil photo.

    Sur ces mots, de biens bonnes vacances et de biens bonnes photos.

  3. Docthib dit :

    @ Julien T : il faut soigner le mal par le mal, on dit qu’une overdose rend souvent le patient absthème. Cela n’a jamais marché pour moi, mais ça vaut la peine d’être testé.

    @ Yann : voilà une superbe réponse, qui aurait mérité d’être dans un billet : beaucoup de choses (toutes choses ?) sont dites, et j’adhère totalement. J’adore le côté “quand j’ai mon appareil, je choisis délibérément de ne pas faire une photo”. Je dis chapeau, c’est exactement ma conception (quand je ne suis pas trop compulsif). On devient si vite l’esclave de ses esclaves, je crois que c’est Heidegger qui a dit ça, mais je l’ai surtout entendu dans une belle chanson de Charlélie Couture, “La route (mais Jack Kérouac est mort)”. [pause : je viens de surfer pour trouver le vrai titre de la chanson, et je suis tombé sur les carnets de CharlElie à New York. Vero, si tu m’entends, ce gars-là vit là-bas actuellement !]. Il fait trop sombre pour continer, je tape au jugé, et je passe pas mal de temps à corriger les fautes, tiens, ça va mieux, c’était une question de reprise d’habitude.
    J’ai bien aimé aussi la photo comme “manière de mettre de l’ordre dans le foutoir quotidien”. Tellement vrai (notamment pour le foutoir…)
    Bonnes vacances…

  4. Comment ça, Charlélie vit à New York
    Non, c’est vrai ?
    Vite, que j’aille l’écouter

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