Livre lu Gustav Meyrink : Le Golem

J’ai mis du temps à lire ce livre, dense et poétique, mystique et romanesque. Le Golem, de Gustav Meyrink (Stock, collection Bibliothèque cosmopolite, 330 p.) se situe dans le ghetto de Prague, et joue avec les personnages, les identités, et la mystique. C’est un roman très agréable à lire, parce que mystérieux : dans les différentes intrigues (drame, roman d’amour, quête spirituelle…) il y a toujours une intrigue « terre à terre » qui nous maintient en éveil, tandis que, par bribes, les autres intrigues surgissent ou se dénouent.

Correspondances : elles sont multiples. Le héros me fait penser au Robert Pirsig du Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, un homme sans passé, sans souvenirs, qui essaie prudemment de retrouver celui qu’il était… sans redevenir fou.

En même temps, il y a une grande poésie dans ce roman :

Dans la neige bleuie par la nuit, je descendis en ville. Les réverbères me dévisageaient avec des yeux clignotant de surprise et des sapins entassés en monceaux sortaient mille petites voix qui parlaient de clinquants, de noix argentées et de Noël proche.
Gustav Meyrink, Le Golem, Stock, 2005, p. 101.

Et cette poésie, ainsi que cette ambiance de ghetto juif, me font penser à Erri de Luca, dans Montedidio :

“Lui avec les pensées, il fait comme avec les chaussures, il les retourne sur sa caisse et les répare.”
Erri De Luca, Montedidio, Gallimard, 2002, p. 151.

Et quand le narrateur a passé une après-midi avec une femme dont il est devenu amoureux :

L’éclat d’un court après-midi avait fait de moi et pour toujours un étranger dans mon propre logis.
Quelques semaines, peut-être même quelques jours seulement et le bonheur sera passé sans rien laisser derrière lui qu’un beau souvenir douloureux.
Et alors ?
Alors j’étais sans asile ici et là, sur l’un et l’autre bord de la rivière.
Gustav Meyrink, Le Golem, Stock, 2005, p. 208.

Enfin, quand ils parlent de kabbale, j’y retrouve des accents d’Albert Cohen (Les Valeureux, Mangeclous, Solal) du côté éclairé, et de Lawrence Durrell (Le Quatuor d’Alexandrie) pour le côté plus obscur, ou mystique (qui sait encore ce qu’est un boustrophédon ?)

Et pour finir :

Le passeur me fait traverser la Moldau sur son bachot […]
« Je vous dois combien, Monsieur Tschamrda ?
– Un kreutzer. Si vous m’aviez aidé à ramer, ça vous aurait coûté deux kreutzers ».
Gustav Meyrink, Le Golem, Stock, 2005, p. 323.

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