Livre lu Paul Auster : La nuit de l'oracle

J’aime beaucoup Paul Auster, que je tiens pour le plus grand écrivain américain contemporain. (et John Steinbeck, pour le plus grand écrivain américain du XXème siècle, cf. thibillet).

La nuit de l’oracle (Actes Sud, janvier 2006, 236 p.) est paru récemment, après Le livre des illusions, qu était du grand Paul Auster, de la veine inventive et voyageuse de son premier roman connu, Moon Palace.

La nuit de l’oracle a beaucoup des ingrédients de Paul Auster : mise en abyme (un roman qui parle d’un écrivain qui écrit un roman sur un roman…), histoires qui s’enchevêtrent, personnages et situations qui dérivent peu à peu vers une fatalité insidieuse, fantasme de réiventer sa vie et repartir de zéro. Dans l’ensemble, toutes ces choses me plaisent, chez un écrivain qui travaille énormément ses textes, et que j’ai toujours autant de plaisir à lire.

Alors quoi ? Malgré tout cela, qu’est-ce qui a cloché ici ? La redite, le sentiment de déjà vu dans d’autres romans du même auteur ? Mais n’est-ce pas inéluctable, quand on a (presque) tout lu d’un auteur, y compris ses essais et récits autobiographiques : on a l’impression de le connaître très bien, et à chaque rebondissement, moitié surpris, moitié averti, on se dit « c’est tout lui, ça ! ».

Dans l’ensemble, j’ai passé un bon moment. Dans ma misère de lecture actuelle (j’y reviendrai, ou pas), Paul Auster serait un des seuls auteurs vers lesquels je reviendrais régulièrement.

Voilà, je crois que j’ai mis le doigt dessus : les histoires de Paul Auster contiennent très souvent des passages durs, ou noirs, mais il y a toujours cette fibre d’optimisme, ou de fascination, qui nous fait aller de l’avant. La musique du hasard , par exemple, allait d’étonnement en mystère, de mystère en fantastique, de fantastique en fataliste. C’était superbe. Ici, cela m’a trop rappelé le livre de Siri Hustvedt, Tout ce que j’aimais. Ironie du sort : je lui reprochais, à elle, de copier son mari Paul Auster, et là, je retrouve dans son roman à lui des analogies. Jusqu’à ce personnage de fils menteur et dangereux, ce Mark enigmatique et effrayant du roman de Siri Hustvedt, qui a un avatar ponctuel, mais crucial dans le roman d’Auster.

Correspondances : je n’ai pas vu Barton Fink, mais je me demande s’il n’y aurait pas une similitude (l’écrivain seul, l’irruption du fantastique, le décalage des vies). Sinon, comme souvent avec Paul Auster, j’ai du mal à établir des correspondances, car je le trouve unique. Il y a toutefois un livre qu’on m’avait prêté qui était redoutable : Tattoo Girl, de Brooke Stevens, qui a des résonances austeriennes (Amazon.fr dit, en parlant de l’auteur, “le David Lynch de la littérature”, mazette !)

Et la citation qui va bien :

Que le sang paraît rouge sur le blanc du lavabo de porcelaine, me disais-je. Quelle vivacité elle a, cette couleur, et esthétiquement, qu’elle est choquante. Les autres fluides issus de nous sont ternes en comparaison, de ples giclées. Salive blanchtre, sperme laiteux, urine jaune, morve brun-vert. Nous excrétons des couleurs d’automne et d’hiver tandis que court, invisible, dans nos veines, l’écarlate d’un artiste fou – aussi rouge et aussi brillant que de la peinture fraiche.
Paul Auster, La nuit de l’oracle (Actes Sud, janvier 2006), p. 48-49.

Ce contenu a été publié dans Livres, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

0 réponse à Livre lu Paul Auster : La nuit de l'oracle

  1. joséphine dit :

    J’ai retrouvé son style, mais l’histoire dans l’histoire, pas trop accroché. En revanche, Tout ce que j’aimais, un de mes bouquins coup de coeur, wow
    (aime bien ce nouveau design, by the way)

  2. Docthib dit :

    Merci pour le design, qui n’est pas de moi 🙁 mais que je vais charcuter à loisir les prochaines nuits. Quant à “Tout ce que j’aimais”, si tu as posté un billet sur le sujet, cela m’intéressera (ton bleug n’offre pas de fonction recherche, ou alors je suis neuneu…)

  3. joséphine dit :

    non c’est vrai, faudrait que je la mette, cette fonction
    pas de note sur Siri, parce que lu in y a 3 ans ce bouquin, alors c’est plus assez frais…

  4. Juliette dit :

    Je découvre ton penchant pour Paul Auster bien tardivement, dans tous les sens du terme, après avoir moi-même découvert l’auteur (seulement) aujourd’hui avec ce roman. Tu as manistement un peu buté sur l’impression de redite, et je voulais donc apporter mon regard absolument neuf sur l’auteur : quelle maîtrise de la narration, je n’en suis toujours pas revenue ! Ces récits dans les récits dans les récits, ces notes déroutantes en bas de page, qui font elles-mêmes partie du récit… Bref, je n’ai rien de plus à dire en réalité que tout ce qui a déjà été dit. Je suis tout simplement sous le charme, et sur le cul (passe-moi l’expression).

    P.S : un bien joli blog

  5. Docthib dit :

    La coïncidence est d’autant plus amusante que je suis actuellement dans le dernier Auster, "Dans le scriptorium". Mais j’ai arrêté, il y a déjà longtemps, de commenter les livres que je lisais. Beaucoup de retard, d’abord, et puis je n’avais pas l’impression d’intéresser beaucoup de monde. N’est pas Auster qui veut 😉

  6. Juliette dit :

    C’est bien dommage, c’est avec des blogs comme celui-ci notamment qu’on fait d’intéressantes découvertes qui font envie.
    Je continue pour ma part sur ma lancée et suis actuellement en train de lire Mr Vertigo, dans un autre genre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.