Vanessa et Robert

Pendant ces vacances, j’ai rencontré Vanessa, qui est redoutable. Elle traduit des oeuvres de haute qualité culturelle, avec un souci des barbarismes, solécismes et autres impropriétés qui me laisse pantois (et pour tout dire, plutôt jaloux). Elle travaille aussi avec Robert, qui est un gars (je n’en sais pas plus). Robert est partisan de s’adapter aux nouveaux mots, voire, de les introduire dans le vocabulaire. Vanessa est plutôt contre, mais quand elle prend un dictionnaire pour soutenir son propos, il n’est pas rare qu’elle soit déçue : le mot, dans son acception actuelle, existe déjà.
Exemple : normalement, une alternative est composée de deux choix possibles, ou deux options (Non, on ne parle pas de finance). “J’ai deux alternatives”, comme on l’entend parfois, signifie précisément “j’ai quatre choix”. Hélas, dans le français parlé, “alternative” devient synonyme de “choix”. Vanessa s’est battue, Vanessa a perdu (mais connaissant sa mauvaise foi patente, elle a dû refuser de l’admettre). Tous les dictionnaires qu’elle a consultés (Littré, Larousse, … et Robert) proposaient notamment le sens “choix”.

Je suis farouchement contre toute progression irraisonnée du vocabulaire, toute anglicisation à outrance, car dans la majorité des cas, le mot français correct existe. Et puis je trouve plus gratifiant d’élargir son vocabulaire en puisant dans le Littré, plutôt que d’essayer de battre son record à Total Doom Predator. Par exemple, hier, en formation permanente, j’ai un participant qui a parlé de “cafuter un stock”. N’est-ce pas beau ? (j’espère que c’est dans mon Littré antédiluvien). Repentir : arh, ce n’est pas dans le Littré en 5 volumes (1920 ?), ni dans le Larousse encyclopédique en 4 volumes (1908), je suis au désespoir ! Heureusement, le Wiktionaire sait tout

J’en reviens à Vanessa, elle se délecterait d’apprendre ce qui suit. Comme vous le savez, lecteurs assidus, je me suis acheté un appareil photo numérique qui fait des photos numériques. Comme je suis un nain technophile, je l’ai pris en main sans ouvrir le manuel. Ce week-end, sur la route, je potassais enfin le dit manuel. Et là, je dis chapeau, voilà comment Nikon crée du vocabulaire. Ils nous ont forgé un petit verbe de derrière les fagots, simple, efficace, et qui manquait tellement. Photor.
Exemple 1 : “si vous voulez photor un sujet en mouvement, …”
Exemple 2 : “quand vous photose un sujet éclairé …”

J’ai donc, pour une fois, une motivation pour lire entièrement un manuel d’instructions : j’aimerais bien percer à jour le mode de conjugaison du verbe photor (“vous photose” me plaît énormément).

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0 réponse à Vanessa et Robert

  1. L'inconnu du 4ème étage dit :

    Je ne sais pas qui est Vanessa, mais le dictionnaire de l’Académie française (dispo en ligne) lui donne raison :

    (1)I. ALTERNATIVE n. f. XVe siècle, comme terme de droit ecclésiastique ; XVIIe siècle, au sens moderne. Forme féminine substantivée d’alternatif.
    1. Succession de deux états différents revenant tour à tour. Des alternatives de chaleur et de froid, de pluie et de soleil. Il passait par des alternatives d’euphorie et de dépression. 2. Choix nécessaire entre deux propositions, deux attitudes dont l’une exclut l’autre. Il se trouvait devant l’alternative de se cacher ou de s’exiler. Cette alternative est embarrassante. Il n’y a pas d’alternative, il n’y a qu’une solution.

    (2)*II. ALTERNATIVE n. f. XIXe siècle. Emprunté de l’espagnol alternativa, du latin alternare (voir Alterner).
    TAUROM. Droit accordé à un nouveau matador de toréer en alternance avec ses aînés. Donner l’alternative, conférer ce droit à l’occasion d’une brève cérémonie dans l’arène, au terme de laquelle celui qui vient d’être reconnu matador tuera le premier taureau de la corrida.

  2. Vanessa est une créature au regard clair et acéré, aux neurones très connectés, à la répartie redoutable quand on n’est pas de son côté, bref, une sorte de perfection à qui il ne manquerait plus qu’un chromosome Y. Mais sous ses dehors de princesse guerrière, je suis sûr qu’elle sera secrètement flattée de voir qu’elle avait quand même raison, grce à votre recherche, ô admirateur inconnu mais pertinent.
    Chr.
    PS : c’était bien la peine d’avoir lu “Ou tu porteras mon deuil…” de Dominique Lapierre et Larry Collins (il est vrai, il y a fort longtemps), qui restituaient l’itinéraire flamboyant du torero Manuel Benitez “El Cordobès”, pour avoir oublié que l’alternative (comme la véronique) est un terme de tauromachie. Bien vu.

  3. lux dit :

    je photo, tu photos, il photot, nous photons (ou nous fautons ?)….
    je ne sais pas comment tu fais pour potasser le manuel de ton Nikon pendant que tu conduis.. ?
    M’est avis que quelqu’un l’a potassé pour toi, et que tu es pris en flagrant délit de ne pas rendre à César ….
    enfin, à part ça bravo pour la photo des petits ours dans le ciel, très artistique..on dirait un peu une pub pour Microsoft Windows (ça, j’ai l’impression que cela ne va pas te plaire ou me trompe-je ?)

  4. Christophe Thibierge dit :

    Salut Lux, tu es redoutable. En effet, c’était ma secrétaire personnelle qui a relevé le verbe Photor, mais bon, si les patrons ne peuvent plus s’approprier indûment le travail de leurs petites mains, je te le demande, où va-t-on ?!
    Merci pour les oursons de Skydiving, et ton commentaire ne m’infulmine absolument pas, cause que, quand on choisit comme pseudo “lux”, ça sonne tellement “Linux” que je pense que tu es un barbu informaticien qui croit encore aux logiciels libres, ou bien une fille qui passe ses journées à surfer sur le web depuis son canapé, sans contact avec le Monde Réel. Naïf(ve), va ! Intellectuel(e) ! Prof !

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