Livre lu : Andrea Camilleri – La peur de Montalbano

J’ai du retard dans les livres, je viens de terminer deux Philippe Delerm, mais là, c’est mon ami le commissaire Montalbano.
La soirée est italienne à souhait, j’ai émincé deux gousses d’ail, je les ai faites revenir dans de l’huile d’olive jusqu’à ce qu’elles aient parfumé l’huile, puis j’ai versé une fricassée de la mer (petits poulpes, moules, crevettes) dans le Wok, et ai touillé. En attendant que l’ensemble prenne cohésion, et que les ptes soient cuites, j’ai dégusté un Peperoncini Ripieni, un de ces petits poivrons rouges farcis qui enflamme la bouche.
L’ensemble, servi chaud, arrosé d’huile d’olive et de gros sel, était la récompense d’une journée longue, et de deux nuits blanches.
Ah oui , Montalbano.
La peur de Montalbano est un livre de nouvelles, certaines faisant quelques pages, d’autres prenant la taille d’un petit roman. On y retrouve ce parler sicilien qui est à mi-chemin entre le langage enfantin (“tu te la débrouille, toi, l’histoire”) et cette langue mi-chtiée mi-thétrale :
– Dottori !
– Qu’est-ce qu’il fut ?
– On a tiré.
– A qui ?
– A un type.
– Il mourut ?
– Il a mouru.

J’aime beaucoup ce commissaire qui aime bien la bonne cuisine, et qui se paye le luxe d’être désagréable, non, plutôt : mal embouché, avec ceux qu’il aime et qui l’aiment.

Et l’on n’est pas loin d’une philosophie de la vie :

Il s’empiffra d’une énorme assiette de rougets frits, aréussissant à rejoindre une concentration de brahmane hindou, celle qui permet la lévitation, sauf que sa concentration allait en sens contraire, vers l’enracinement plus profond dans le terrain, c’est-à-dire dans le parfum piquant, dans la saveur pteuse de ces poissons, à l’exclusion totale de toute autre pinsée ou sentiment. Même le bruit extérieur de voiture, de voix, de radios et de télévisions à leur volume maximum, il fut capable de le faire disparaître, se créant une espèce de bulle de silence absolu. A la fin, il se leva, pas seulement repu, pas seulement satisfait, mais avec un sentiment de complète euphorie. A peine franchie la porte de la trattoria San Calogero, il manqua être écrasé par une auto qui fonçait, il l’évita à grand-peine en sautant sur le trottoir. Mais l’harmonie entre lui et le chant des sphères célestes s’était brisée d’un coup.

Andrea Camilleri, La peur de Montalbano, Fleuve Noir, 2004, p. 107.

PS : J-5

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