Novlangue ou désuétude ?

DictionaryJe suis en train de corriger des cas (encore), mais il fait beau, donc tout va bien (merci de demander).

Je n’ai pas d’opinion sur le déferlement d’informations sur Salah Abdeslam, sinon qu’il faut laisser la justice faire son travail (qui va être long…). En revanche, j’ai les oreilles écorchées par le terme « transfèrement ». Ne pouvait-on pas simplement dire « transfert » ? Et je pensais au  néologisme hideux « dangerosité » qui a remplacé « danger » (qui faisait pourtant bien son travail, merci pour lui).

Je commence donc à écrire mon coup de gueule scrogneugneu, et tout à coup, un doute me saisit : ai-je bien raison ? Un coup de Wiktionaire, et voilà la réponse : transfèrement est parfaitement valide, car c’est un terme juridique déjà employé au XIXème siècle. Paf dans ma gueule.

En revanche, dangerosité est bien une création très tardive et (à mon sens) superfétatoire, il n’y a qu’à voir la liste des quasi-synonymes (nocivité suffit, non ?)

C’était la minute de Monsieur Encyclopède, retour aux corrections de cas.

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Mon semi marathon de Paris 2016

Voici donc le compte-rendu de mon semi-marathon de Paris 2016, notamment pour celles et ceux qui m’ont encouragé par un don à la Fondation ESCP Europe (cf. liste en bas).

Quelques mots sur la préparation :

  • Mon mois de janvier a été marqué par un lumbago + une grosse crève = au moins 15 jours d’arrêt de la course à pied. Si l’on compte la fin d’année festive, ça faisait plus d’un mois sans courir, et j’ai redémarré de zéro (ou quasiment) vers la mi-janvier, d’abord par des petites distances (car vigilance au retour de lumbago), puis par 1 à 2 sorties par semaine.
  • La semaine au ski a été sans course à pied et avec énormément d’excès de bouffe (charcuterie, fromage, pâtes…)

Je partais donc pour ce semi avec une attitude mitigée : je ne visais pas un temps, mais j’étais inscrit dans les dossards « 1h50 », ce qui était un objectif raisonnablement ambitieux pour un vieux de presque 48 ans avec un entraînement passable.

Le matin même

Réveil 6h30, thé vert et pain complet, tenue de sport enfilée, je suis à 7h30 dans la rue. Il fait 1°C.

J’arrive à Vincennes vers 8h30 et je rejoins Fabien de la Fondation ESCP Europe qui fait le pied de grue avec les T Shirts rose fuschia (cf. preuve #1) et surtout un Thermos de café. Je le bénis abondamment en buvant mon café chaud. Il doit faire 2°C maximum, et je grelotte malgré2016-03-06 Semi T Shirt mes 3 couches de vêtements (T shirt technique du marathon de new york + polaire + T shirt rose fuchsia de la Fondation). On papote un peu et je rejoins mon sas à 9h10.

S’ensuivent alors 30 minutes d’attente dans le froid et le vent, je trompe l’ennui en envoyant quelques textos à des copains, et mes doigts tremblent tellement que j’ai du mal à taper les bonnes lettres. Dieu qu’il fait froid.

Puis vient enfin le départ.

Les 5 premiers kilomètres : allégresse et rôdage progressif (5’28 au km, soit 11 km/h)

Le passage de la ligne de départ me déclenche une grande émotion, comme très souvent. Je suis une midinette qui s’émeut de ces moments de lancement, de cet effort collectif, je trouve ça beau, et tant pis si tu me prends pour une poupée Barbie.

Le panneau du km 1 arrive au bout d’un temps assez long, me semble-t-il, je suis encore en train de me chauffer, et comme j’ai choisi de ne pas prendre de montre, j’en suis à courir à la sensation, en espérant ne pas être parti trop vite (un peu d’essoufflement, pouf pouf).

Le panneau du km 2 arrive dans le soleil, je me dis « encore 10 fois ça ». Les jambes tournent, le souffle est calé, et le peloton commence un peu à s’étendre (traduire = c’est encore dense, mais on commence à ne plus trop zig-zaguer pour éviter les autres coureurs).

Je me laisse porter par ma musique, par mes pensées, et le temps passe, foulée après foulée.

Au bout d’un moment, je me dis « tiens, j’ai pas vu le panneau du Km 3, c’est cool, je suis en route pour le Km 4 ». À ce moment, passe le meneur d’allure « 1h50 ». Je décide de le suivre, pour essayer de faire la course en 1h50. Ça m’occupe un peu, car sur ce genre de course, on peut très vite se laisser distancer, d’abord quelques mètres, puis 10, puis 30 mètres, et après, bonne chance pour rattraper le meneur. En fait, au fil de la distance, je me laisse progressivement distancer, sans me forcer à remonter. Je n’en suis qu’au début de la course, et je garde le souvenir cuisant de marathons où j’ai trop brûlé mon énergie au début, et je l’ai payé très cher sur la fin. Donc je laisse le drapeau du meneur d’allure danser à 30 mètres devant, et tant pis pour le temps.

En fait, j’arrive ainsi directement au panneau Km 5, ce qui me fait bien plaisir : allez, un quart de fait.

Les kilomètres 5 à 10 : vous allez voir ce que vous allez voir ! (5’13 au km, soit 11,5 km/h)

Je continue et j’accélère progressivement, pour ce qui va être mon tronçon le plus rapide. Il fait beau (mais froid, l’ai-je déjà mentionné?) et la musique me coule fluidement dans les oreilles. Ma playlist historique a évolué, même si j’en garde quelques morceaux. Là, depuis quelques mois, je tourne sur les derniers disques de David Crosby, Mark Knopfler, Suzanne Vega et Paul Personne. Au kilomètre 6, c’est Paul Personne, Un peu jaloux qui m’accompagne.

Et j’arrive au ravitaillement, un peu par surprise : tout à coup, je vois une contraction du peloton, tout le monde se presse sur la droite, et je mets quelques secondes à comprendre. On n’est qu’au 6ème kilomètre, je décide de zapper l’eau et de continuer. Du coup, je repasse devant le meneur d’allure « 1h50 », l’espoir est encore possible.

On arrive à Bastille, gigantesque place quand elle est sans voitures, avec la foule des supporters, et les coureurs qui passent dans les deux sens (aller, et retour). Soleil, pavés, foule, orchestres qui jouent.

Km 7. Rue de rivoli. Un panneau du semi-marathon : « C’est pas le moment de penser au shopping », qu’est-ce qu’ils sont drôles…

Le meneur d’allure « 1h50 » me dépasse à nouveau, avec sa garde rapprochée de coureurs qui s’accrochent, je le vois s’éloigner progressivement devant moi.

Vers châtelet, on tourne à gauche, et hop, c’est le Km 9 et on tourne encore une fois : on a fait demi-tour, retour vers Vincennes, mais c’est le Km 9, donc nous ne sommes pas encore à la moitié du parcours. Il n’empêche, rien qu’à me dire que je retourne vers Vincennes, je me sens dans la deuxième moitié de la course.

Le Km 10 est un portail blanc gonflable en bord de seine, avant qu’on ne bifurque à nouveau.

Les kilomètres 10 à 15 : pensées diverses et petit coup de mou (5’48 au km, soit 10,4 km/h)

Bastille à nouveau, mais dans l’autre sens. La place est toujours aussi grande, soleil, rues de Paris avec les pompiers qui disent, comme toujours, « allez les filles ! ».

Quand je cours, j’ai des pensées qui s’écoulent de manière fluide, des idées qui viennent spontanément.

Par exemple : le hashtag # des années 2010, c’est comme le 3615 des années 80. On peut dire « hashtag j’existe » comme on disait autrefois « 3615 j’existe ».

Ou bien je me dis que pour la prochaine course, je me mettrai un slogan dans le dos « Si vous m’encouragez, je vous composerai sur le champ un mini poème ».

Je regarde aussi les dos des coureurs. Du coup, je me rends compte qu’il y a vraiment une typologie à faire sur les coureurs :

  • Il y a ceux qui courent dans une tenue de sport neutre, sans inscription. Ils sont assez nombreux.
  • Il y a ceux qui ont mis le T shirt offert pour le semi marathon, un bleu vert turquoise. Quel est le message ? « Je cours dans la tenue officielle » ? « Je n’avais pas d’autre T shirt propre » ?
  • Il y a ceux qui courent pour une cause. Ils sont assez nombreux, ce qui est une bonne chose : je ne me rappelle pas autant d’humanitaire dans les courses parisiennes d’il y a 10 ans. Les causes sont variées, et ce que j’ai vu le plus, c’était les Chrétiens d’Orient et le don de plaquettes.
  • Il y a ceux qui courent en arborant le titre de leur club de sport (AS Fécamp, Triathlon gargouillais, FBNSC Caen…)
  • Il y a ceux qui arborent le nom de leur entreprise. Pas nombreux, bien moins nombreux qu’il y a 10 ans… C’est quoi la cause ? Un manque de budget de la part des entreprises ? Un manque d’envie de la part des coureurs ? (« Je ne suis pas mon entreprise »).
  • Enfin, il y a ceux qui ont bâti leur propre message, genre « wonderwoman », « Paulo », « Rashmout family team »…)

Tout ça m’aide à passer le temps et les kilomètres qui s’égrènent dans mes cuisses.

Km 15. Je me souviens maintenant pourquoi j’ai arrêté de courir des marathons. Je sens la fatigue, j’ai envie de m’arrêter, mais bon, il reste « juste » 6 km. Que dirais-je s’il me restait « juste » 27 km à courir ?

Les kilomètres 15 à 20 : la route monte et je descends (5’55 au km, soit 10,1 km/h)

Je ne suis pas dupe : depuis Bastille, on a eu beaucoup de faux-plats. On croit que c’est plat, alors que ça monte insensiblement, traîtreusement. Puis on arrive sur du plat, on peut ré-accélérer et au bout de 100 ou 200m, cette sensation dans les cuisses : à nouveau un faux-plat…

Heureusement, dans mes écouteurs, Mark Knopfler et son « Broken bones ». Quand j’avais entendu ce morceau pour la première fois, j’avais consulté les experts de ma galaxie (Hans Moretti et Pablo Coppertone) en leur disant « Non mais là, ça flagre, c’est du JJ Cale tout craché ! Mark Knopfler a fait un hommage à feu JJ dans cette chanson ! » Les deux experts m’avaient répondu en substance « Ouais, euh, peut-être, mais non, ça flagre pas tant que ça, heu… » Et là, titillé par la curiosité, je fais une recherche, et Mark Knopfler lui-même avoue en effet un lien. Comme quoi, courir un semi-marathon, ça affine l’oreille, qui l’aurait cru ?

Km 16. Ravitaillement. Je marche en buvant mon eau. Un grand black bénévole m’interpelle « Hé Christophe, il faut courir ! ». Quelle bonne idée, d’avoir les prénoms sur le dossard : je me fais encourager et ça marche bien, je repars donc après un remerciement.

Km 17. Je suis dépassé par une queue de cheval qui court comme si c’était une promenade de santé, elle est athlétique et élastique, et court avec énormément de décontraction. La vie est injuste. Quand je démarre un semi, pendant quelques kilomètres, je suis un beau V en action, le torse évasé, la foulée ample, le museau au vent, je respire la santé et le bon grain dont j’ai été nourri. Et puis les kilomètres passent, et le V s’inverse : j’ai l’impression que mes épaules s’effondrent sur mes hanches, et mes hanches coulent dans mes chevilles, et je ne suis plus qu’un Jabbah the Hutt dégoulinant sur l’asphalte. Et tandis que nous sommes nombreux à nous liquéfier (parce que j’ai regardé, je ne suis pas le seul, ça dégouline de partout), quelques uns, rares, continuent à conquérir le bitume. Rah, ça m’énerve !

Km 18. Je suis dépassé par le meneur d’allure, alors que je croyais qu’il était déjà loin devant. Je me dis « chic, il a dû s’arrêter à tous les ravitaillements, j’ai encore une chance de taper un temps à 1h50 ! » J’essaie de le suivre pendant max 1 minute, puis je me rends compte que mon corps ne va pas suivre, alors je le laisse partir devant, en me disant qu’au maximum, il me mettra 2 mn dans la vue, donc je vais finir à 1h52, ce qui est très bien.

Km 19. Ils annoncent que c’est la dernière ligne droite. C’est là que les coureurs non aguerris commettent leur 1ère erreur : ils entendent « dernière ligne droite », et se mettent donc à accélérer, limite à sprinter. Mais les vieux crocodiles comme ton serviteur savent qu’il reste encore plus de 2km à courir, et qu’accélérer pendant 2km, c’est pas possible. Alors je maintiens l’allure en essayant de remonter mon anatomie vers une posture plus athlétique.Semi - 16km

Puis on voit une arche blanche au loin. Deuxième erreur des débutants : ils se disent que c’est l’arrivée, et sprintent (bis). Mais moi je sais que c’est l’arche des 20km, et qu’il reste encore 1km et 97 mètres derrière. Donc chi va sano ma non troppo e pericoloso.

Concentration, accélération, respiration, photographes, je vois l’arrivée, le public nous encourage en faisant un raffut du diable, et je passe la ligne d’arrivée, pour finalement un temps de 1h 58′ 04″. En fait, le meneur d’allure que j’ai vu en dernier était un autre meneur d’allure qui a dû partir avec la fin du peloton, et qui m’a rattrapé doucement pendant toute la course.

Il n’empêche, 1h 58, c’est un très bon temps compte-tenu de ma préparation. Et un bref coup d’oeil à mes archives me montre que j’avais fait 1h 56 il y a 7 ans, et 1h 54 il y a deux ans. Tout ça se maintient à peu près 🙂

Merci à mes supporters qui m’ont encouragé en faisant un don à la fondation ESCP Europe :

  • Pedro
  • Amaury
  • Nathalie
  • Lei (Lei, if you want a detailed account of my race in english, please ask me ! ),
  • Stéphanie (Stéphanie, si tu veux une traduction en Flamand, il y a Google Translate ! )
  • Trixie
  • Thérèse
  • Michèle
  • Anne-Marie
  • Françoise

Merci à tous pour vos encouragements !

Réforme de l’orthographe – One step beyond

Donc, la réforme de l’orthographe supprime des lettres des mots (et ceux qui en sont pas d’accord peuvent se le carrer dans l’ognon) et des accents circonflexes.

Mais il faut le dire haut et fort : la réforme est timide, tiède, elle ne va pas assez loin. Quand on réforme, il faut avoir le courage de ses opignons, pour faire un truc vraiment aux petits ognons.

Donc voici quelques propozicions pour aller plus loin. N’hésitez pas à rajouter vos simplificacions en comentair.

Avant réforme Après réforme Mais allons plus loin et proposons
bientôt bientot bien tot (ex : je viens bien tot)
blême bleme blem’ (ex : c’est lui, le blem’ !)
châtiment chatiment chat piment (vous allez voir, si ça ne châtie pas un chat, de lui charrier du piment, c’est un vrai châtiment)
chômage  chomage  chaud mage (ex : ouah, il est trop fort, ce chaud mage, je l’avais pas calculé !) (cf. réforme du calcul, à venir)
contrôle controle troll (parce que « con troll », c’est un pléonasme)
gâteau gateau gato (cf. chat piment espagnol)
geôle  geole jol (ex : quelle jolie jol enjolivée, Jo !)
hâte hate hat (ex : il était tellement en hat qu’il en oubliait d’enlever son chapeau)
impôt impot un pot (le truc qu’on boit jusqu’à la lie)
pêche peche pecho (ex : question à poser en retour de soirée : « tu as fait bonne pecho ? »)
poêle poele poil (ex : viens te réchauffer auprès de mon poil)
relâche relache lache (un lache ne devient jamais courageux, donc il reste lache, alors relache, c’est un pléonasme)
rêve reve rave (ex : qu’est-ce que j’ai plané dans c’te rave !)
salpêtre salpetre truc

Pensées de lumbago

Life can be a pain sometimes !En 48h de repos forcé, j’ai le temps de réfléchir aux conséquences du lumbago.

  • Le premier avantage, c’est qu’avec un lumbago, on marche exactement comme C3-PO. Exactement. C’est merveilleux.
  • Le deuxième avantage, c’est que cela conduit à une grande inventivité dans les gestes de la vie courante. Enfiler ses chaussettes, c’est trivial en temps normal, on n’y pense même pas. Mais la combinatoire lumbago + chaussettes devient comme un jeu à la Perec : il y a une contrainte, mais on sait (on sent, plutôt) que ce n’est pas impossible, qu’il doit y avoir une solution. Cela dit, il vaut mieux le faire en ayant du temps, et sans que personne ne soit présent…
  • Le troisième avantage, c’est ce côté fataliste auquel on est forcé de se plier : tout est suspendu, on ne sait pas si on va pouvoir honorer ses rendez-vous. Dans mon cas, les 6h de cours demain (+1h30 de transport) vont être une expérience intéressante de lâcher-prise… 🙂

Et bonne année, hein, et la santé avant tout, hein…

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Ubuntu – Musiconnexer

Musiconnexer : v. i. Des années après, apprendre enfin quelle était cette musique entendue dans un film ou une émission.

Par extension : sur FIP, aller consulter le site pour savoir ce qui se joue en ce moment (dans cette acception, « musiconnexer » est une forme désuète du verbe actuel « Shazamer »)

Musideconnexion : n. f. Sentiment bizarre que l’on éprouve en se disant que « ce truc que j’ai entendu pendant des années dans cette émission / ce film, c’est en fait une œuvre, et peut-être que le compositeur se retourne dans sa tombe d’être associé à ce nanar ».

Quelques exemples de mes musiconnexions personnelles :

  • Celle qui vient d’inspirer ce Ubuntu : dans L’incorrigible (avec Jean-Paul Belmondo, Julien Guiomar et l’éternellement belle Geneviève Bujold), c’est un air d’opéra qui fait tomber Julien Guiomar de son escabeau pendant leur cambriolage de pieds nickelés. Et cet air, je musiconnexe ce matin, c’est Vesti la giubba, dans Paillasse. Et ma foi, je musidéconnexe aussi, parce que pour moi, dès que je l’ai entendu, c’était « l’air d »opéra gueulant qui fait tomber le gars de son escabeau » 🙂
  • Pendant des années de ma jeunesse, j’ai été abreuvé aux Grosses Têtes, essentiellement sur des trajets de vacances en voiture, et je n’ai appris qu’assez récemment (i.e. dans les dix dernières années) que la musique des grosses têtes, c’était la B.O. de Rocky (Gonna fly now). Une écoute intensive de cette B.O. pendant mes entraînements de marathon m’a permis de me soigner, et je ne musidéconnexe plus sur ce morceau.
  • Idem pour la musique de l’émission « L’heure de vérité » : à l’époque, ça m’évoquait une émission politique avec des journalistes chiants, mais une écoute intensive des B.O. de James Bond (et de la musique de Wings) m’a permis finalement de quitter cette musideconnexion, merci à Paul McCartney pour le thème de Live and let die.
  • Plus subtil : qui saurait dire d’où venait la musique de l’émission « Les dossiers de l’écran » ? Ce sifflement de violon assez angoissant ? Réponse en fin de ce message*.

La musidéconnexion a un autre avatar : c’est quand elle déclenche un conflit des générations. Pour ma progéniture, cette musique, c’est Chimpanzés de l’espace, et je passe pour un vieux crouton à leur parler d’Axel Fowley et d’Eddie Murphy

*La réponse, qui correspond à une musiconnexion personnelle : il y a un peu plus d’un an, sur un vol Paris-Boston, j’ai opté pour un vieux film de référence. J’avais trouvé le livre de Kessel extrêmement bien écrit, d’une écriture sèche comme les faits racontés, et je me disais que Melville à la réalisation, Lino Ventura au rôle principal et Simone Signoret à ses côtés, ça ne pouvait être qu’une valeur sûre. L’armée des ombres, de Jean-Pierre Melville, dans lequel cette musique obsédante apparaît quelques poignées de secondes, à un moment particulièrement dramatique… Superbe musiconnexion, pour un très beau film sur la Résistance en France.

Le réflexe dévissage

Je suis en train de corriger des copies d’examen, en utilisant un stylo rouge (comme la couleur du sang, de la sueur et des larmes)(oui, les larmes de Le Chiffre sont rouge sang, c’est bien la preuve).

Et j’en viens à contempler mon stylo (cf. Exhibit #7), qui est sur la fin de sa vie. pilot_rougeTous les autres stylos de ce type, quand ils arrivaient en fin de vie, je les jetais (enfin, s’ils ne s’échappaient pas avant). Mais cette fois-ci, j’ai eu une idée : j’ai essayé de dévisser le stylo. Bien m’en a pris : il est conçu pour se dévisser, et ô surprise, dedans, il y a une « cartouche » d’encre (cf. Exhibit #12). recharge_rougeCertes, cette cartouche d’encre est sur la fin de sa vie, mais elle est parfaitement remplaçable, il suffit de chercher en ligne, et hop, voilà.

Deux arguments pour « le geste dévissage » :

– argument durable : cela évite de jeter un stylo entier, donc économie sur recyclage et polluage

– argument économique : racheter un stylo coûte 1,91€ (par 12), racheter une cartouche coûte 1,48€ (par 12)

Du coup, emporté par ma découverte, j’avise un autre stylo apparemment jetable (cf. Exhibit #1). pilot_bleu Et là, miracle, il se dévisse aussi, et fait apparaître une cartouche.

Donc faites comme moi désormais, ayez le réflexe dévissage. Et si ça fait partie des fournitures de votre entreprise, essayez de convaincre le responsable des achats de commander des cartouches plutôt que des nouveaux stylos…

Et je retourne à mes copies d’examen.

Pourquoi n’y a-t-il pas de daech chrétien ?

(Ce thibillet est le 3ème d’une série de 4 qui m’ont été inspirés par les événements tragiques de la semaine du 11 janvier – je ne l’ai pas posté à l’époque et hélas, il est plus que jamais d’actualité)

Derrière la question un peu simpliste du titre, il y a une interrogation personnelle : pourquoi les attentats des 15 dernières années se réclament-ils tous, ou quasiment tous, d’un Islam radical ? Pourquoi n’y a-t-il pas des terroristes se réclamant d’un christianisme intégriste, ou des juifs terroristes commettant et revendiquant leurs actes au nom (de leur vision) de la religion juive ? En cherchant, je suis sûr qu’on pourra trouver des exemples, mais la question demeure : pourquoi l’islam est la religion – et la raison invoquée – de la majorité des terroristes ?

On peut incriminer la religion, ou des facteurs extérieurs à la religion. Allons-y ensemble.

Est-ce que les écrits de l’islam sont plus violents – ou incitent à plus de violence – que la Bible ou le Talmud* ?

Il ne me semble pas. Chaque religion, dans son livre, a des passages qui incitent à la violence, et d’autres passages qui incitent à la paix. Pour la Bible, par exemple, on peut voir une distinction entre l’ancien testament, où Dieu apparaît souvent comme un dieu de colère, et le nouveau testament, où Jésus prône un message d’amour. Or, l’interprétation qui est faite des textes varie suivant les époques. Par exemple, à une certaine époque, l’église catholique, avec sa mission évangélisatrice et son Inquisition, a conduit à des massacres, voire des génocides, tout cela au nom d’une certaine interprétation des textes. La question devient alors : qu’est-ce qui fait qu’un texte immuable (si l’on met de côté le problème des traductions, ce qui est aussi une vraie question) peut être interprété différemment suivant les époques ?

Prenons un exemple qui m’est familier : le prêt d’argent avec intérêt. Dans la Bible, il est interdit de pratiquer un taux d’intérêt, et c’est mentionné au moins 3 fois (Ezechiel 18:8, Lévitique 22:25, Deutéronome 23:19 et suivant, et on en retrouve des mentions dans le nouveau testament). Mais l’interprétation qui en est faite depuis plusieurs siècles permet à tout chrétien de pratiquer le taux d’intérêt. De même, dans le Talmud, le prêt à intérêt est interdit à au moins 3 endroits (Chémot 22, Vayikra 25, Dévarim 23). Or, depuis des siècles, les juifs se prêtent à intérêt, même entre coreligionnaires. Sur ce thème, le Coran donne la même consigne (ne pas prêter à intérêt, 2ème sourate, verset 275), mais elle s’illustre par une pratique beaucoup plus stricte : l’interdiction de prêter à intérêt est réellement appliquée, à tel point qu’a été créée une finance islamique, c’est-à-dire une finance particulière qui tient compte de ces contraintes des textes sacrés. En résumé grossier, les 3 textes sacrés donnent la même injonction, mais les 3 religions n’appliquent pas cette injonction de la même manière aujourd’hui.

Venons-en à la violence.

Les écrits religieux, quels qu’ils soient, alternent les recommandations à la paix, et les exhortations à la violence. La première question est simple : le Coran est-il plus violent que les deux autres livres sacrés ? À ma connaissance, la réponse est non. L’ancien testament ou encore la bible hébraïque contiennent quantité d’exhortations à la violence, et si l’on raisonne en terme de « quantité », le Coran n’a pas « plus » d’écrits incitant à la violence que les autres livres. Mais il peut être intéressant d’adopter une approche chronologique. L’ancien testament, ou la bible hébraïque, sont le fruit de siècles de création et de transmission, tandis que le Coran en tant que livre* s’étend sur la fin de la vie du prophète, soit un peu plus de 20 ans. Il y a donc un temps de production long pour les bibles, et beaucoup plus raccourci pour le Coran. Néanmoins, dans les deux cas, les exégètes reconnaissent une évolution dans les textes. Les textes les plus anciens de la tradition chrétienne et juive sont plus violents, les textes les plus récents dans la chronologie sont plus modérés. Dans le Coran, c’est l’inverse : les sourates de Médine (celles de la fin de la vie du prophète) sont plus dures vis-à-vis des infidèles que les sourates de la Mecque (début de la révélation par Mahomet).

L’évolution de la violence dans les textes sacrés, quelques idées

Chez les chrétiens et les juifs, le fort étalement dans le temps des écrits permet de présupposer que les textes se sont peu à peu adaptés à des conditions de sociétés qui changeaient. L’ancien testament aurait été rédigé entre le VIIIème siècle et le IIème siècle avant JC, soit une période de 6 siècles ! Et encore, on parle ici de rédaction, on peut supposer qu’il y a eu une production et une transmission orale auparavant… sur combien de temps ? Aussi, aux premiers temps de la production des textes, on peut imaginer des contraintes qui se sont peu à peu allégées, et qui ont été remplacées par d’autres contraintes au fil du temps.

Par exemple, dans les premiers temps, il s’agit d’imposer un seul dieu, là où les traditions reconnaissaient et pratiquaient des dieux. Donc, pourquoi pas un dieu terrifiant, qui impose sa loi et punit les incroyants.

Il y a aussi, aux premiers temps, des questions de survie : survie du groupe en tant que groupe (lois, traditions, interdits, culture et mythes fondateurs), et survie face à d’autres groupes (esclavage, guerres, mais aussi culture dominante vs. culture minoritaire). Les textes anciens reflètent probablement ces priorités. Puis, quand la religion commence à être établie, les problèmes deviennent autres, ils se déplacent, et les textes plus récents traitent de cette évolution. Ça ne me semble donc pas aberrant de voir que la violence des premiers textes (quand il s’agit de survie, non seulement de la religion en tant que telle, mais aussi des pratiquants de cette religion) évolue, dans les textes produits des siècles après, en des considérations plus pragmatiques, et plus modérées : il ne s’agit plus d’imposer une religion, mais de vivre harmonieusement au sein d’une religion. Et par exemple dans la religion chrétienne, Jésus est un grand modérateur : il prône l’amour du prochain, il condamne la lapidation, bref, il « réécrit » les textes anciens avec une nouvelle interprétation, non seulement plus modérée, mais aussi, semble-t-il, plus adaptée aux conditions temporelles du moment (le nouveau testament dans sa production écrite date du Ier siècle après JC, soit 2-3 siècles après la fin de la production de l’ancien testament).

Qu’en est-il du Coran ? Étalé sur une période de production plus limitée, il est révélé et transmis par Mahomet sur une période d’une vingtaine d’années, au VIIème siècle, et sa transcription écrite / sa compilation datent de ce même siècle. Si l’on adopte ici aussi une approche chronologique, on distingue les sourates de la Mecque (avant l’Hégire, donc avant que Mahomet ne devienne un chef politique) et les sourates de Médine (après l’Hégire). Les sourates de la première catégorie sont (j’utilise mes propres mots) plus religieuses, inspirationnelles, synthétiques sur cette religion. Dans l’expression « l’esprit et la lettre », on serait plutôt du côté de « l’esprit ». Les sourates de la seconde partie sont plutôt pragmatiques, précisées, codifiées. On serait plutôt du côté de « la lettre ».

Cette distinction entre les deux périodes, reconnue par les exégètes, conduit à des questionnements de la part des fidèles : quand on constate des contradictions apparentes entre différents textes du Coran (y compris dans leur interprétation), si l’on doit choisir, doit-on se conformer plus à l’esprit ou à la lettre ? La question n’est visiblement pas tranchée clairement, ou en tout cas, pas aussi clairement que dans les autres religions, qui ont l’avantage (si je puis dire) du temps extrêmement long qui sépare les premiers textes des derniers. En résumé, ma perception :

– tous les textes sacrés parlent de violence

– dans les textes chrétiens et hébraïques, cette violence est plutôt cantonée aux temps anciens, et les écrits récents montrent un adoucissement, très probablement issu de l’évolution des sociétés.

– pour le Coran, le texte sacré est séparé en deux périodes historiques distinctes : quand le prophète n’était pas encore un leader politique (et où il parle moins de violence) et quand il est devenu un leader politique.

– Ainsi, suivant que l’on adhérera plutôt aux premières sourates, ou aux dernières, le Coran prendra des valeurs différentes. Et compte-tenu du fait que l’ensemble des sourates est ramassé sur un temps très court, il est compréhensible que des croyants optent pour une orientation, ou l’autre… ou prennent le Coran dans son ensemble.

En conclusion, ce qui me semble important à préciser – tout ça pour ça, me direz-vous – c’est de se rendre compte que derrière ces interprétations de la violence des textes sacrés, il y a, dans le cas du Coran, tout un rapport avec le rôle politique de la religion. C’est à partir du moment où Mahomet devient leader politique que les textes montrent une inflexion plus marquée vers la violence. Et qu’on ne fasse pas dans le simplisme. Je ne suis pas en train de dire que la politique amène la violence. Je veux juste dire que dans ces 3 religions, l’Islam m’apparaît comme la seule qui, dès sa construction, contienne une dimension politique de la religion.

Note :

* Pour chaque livre sacré, je prends des raccourcis de langage. On sait que chaque livre sacré est un corpus composé de texte écrit, de texte oral, de jurisprudences ou d’épitres. Pour les juifs, quand je parle de Talmud, je parle en fait de l’ensemble des livres sacrés juifs : d’une part la bible hébraïque qui contient notamment la Torah, d’autre part le Talmud, mais aussi la jurisprudence rabbinique – halakha. Pour les musulmans, quand je parle du Coran, je parle aussi de la Sunna, des hadiths et de la charia. Pour les chrétiens, quand je parle de la Bible, il s’agit de l’ancien et du nouveau testament – en toute rigueur, je devrais aller jusqu’aux bulles pontificales et papales. Cela dit, force est de constater que tous mes exemples viennent essentiellement des textes sacrés fondateurs : bible hébraïque, ancien testament, nouveau testament, coran.

La vendeuse de Corse Matin et le Rabbin

"Cromos" street sellerDurant cet été, j’allais acheter tous les matins mon Corse Matin, et la vendeuse était – comme chaque année – peu aimable. C’est un fait connu à l’endroit où je prends mes vacances que cette vendeuse est aimable comme une porte de prison. Ou plutôt : ce n’est pas qu’elle est ouvertement désagréable, c’est juste qu’on a l’impression que tout l’embête, surtout son métier, et que nous, les clients, ne sommes que des nuisances à évacuer au plus vite.
Face à cette attitude, j’avais adopté l’attitude classique du parisien : ton de voix neutre, sans enjouement, pas un mot qui ne soit strictement nécessaire, on est ici pour une transaction commerciale, bonjour, merci, au revoir.
Et un matin, je me suis rendu compte que ça ne marchait pas. Ça ne marchait pas pour elle, car mon attitude n’avait aucune chance de lui faire changer la sienne ; ça ne marchait pas non plus pour moi, car ce moment était… parisien, c’est-à-dire sans aucune relation humaine, et ça me gênait.
J’y suis donc allé en me mettant d’emblée en mode « sympa, ouvert, détendu ». Notez qu’avec la pratique, ça peut devenir presque aussi simple que de basculer un interrupteur. J’ai plaisanté avec le client qui attendait avant moi et qui prenait du temps à ranger ses pièces (mais n’étions-nous pas tous en vacances, où le temps n’a plus la même signification ?) et puis mon tour est arrivé, j’ai acheté mon Corse Matin, et je suis reparti. Apparemment, rien n’avait changé dans son attitude à elle, mais tout avait changé en moi. J’étais plus joyeux, plus détendu, content d’avoir acheté mon journal à cet endroit. Parce que j’avais pris le contrôle d’une partie de la relation : j’avais influé sur ce que ça me faisait à moi. Et le lendemain, avec le même état d’esprit, j’ai ainsi réussi à la faire parler et même à lui arracher un sourire.
Ce week-end, j’étais à une Bat Mitsva (non, ce n’est pas la Bar Mitsva de Batman, c’est une Bar Mitsva pour une jeune fille) et comme ce n’est pas ma religion, j’écoutais plus attentivement que d’habitude. Le rabbin a dit un truc intéressant : quand on parle de « bénédiction » dans l’imagerie populaire, cela signifie souvent que ça change l’objet béni, par exemple l’hostie accueille le corps du Christ par transsubstantiation, ou l’eau se transforme en vin. Chez les juifs, la bénédiction vient du terme « genou » et se caractérise par le fait de ployer les genoux devant Dieu. Donc, poursuivait le rabbin, la bénédiction juive ne transforme pas l’objet en face, elle nous transforme nous, à l’intérieur. J’y ai vu un signe. La vie, on ne la choisit pas. Il nous arrive des choses un peu au hasard, certaines sont aimables comme un sermon hébraïque qui ouvre à la connaissance, d’autres sont moins agréables comme une vendeuse de Corse Matin. Mais étant donné que nous ne maîtrisons pas ce qui nous arrive, nous pouvons au moins nous focaliser sur ce que ça nous fait. Et ça, dans une grande mesure, nous pouvons le modifier, par un travail en nous-mêmes. Paradoxalement, il se peut que désormais, cette vendeuse se soit attirée ma clientèle exclusive, alors même que je pourrais aller acheter mon journal ailleurs, car elle me permet chaque matin de travailler sur le bon état d’esprit.

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