Blogthib, ou thibierge.flou

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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

mercredi 5 juillet 2006

Nous sommes tous des îles

J'entends parler ce matin du suicide d'une jeune fille de 23 ans, une connaissance de connaissance que je ne connaissais pas. Trois citations, ou trois pensées :
  1. En exergue de Pour qui sonne le glas d'Ernest Hemingway, se trouve un fragment d'un sermon de John Donne qui m'a frappé, il y a longtemps, comme une évidence trop souvent oubliée :
    Any mans death diminishes me,
    Because I am involved in Mankinde.
    And therefore never send to know for whom the bell tolls,
    It tolls for thee.

    La mort de tout être humain me diminue,
    Car je suis concerné par l'humanité tout entière ;
    Aussi ne demande pas pour qui sonne le glas,
    Il sonne pour toi.
    Le sermon original de John Donne peut être trouvé ici.

  2. Dans Et au milieu coule une rivière (que ce soit le film réalisé par Robert Redford ou le livre d'où est issu le film, écrit par Norman MacLean), il y a cette pensée, que j'essaie de retranscrire de mémoire :
    Les êtres qui nous sont proches peuvent aussi, paradoxalement, être les plus éloignés de nous. Nous les voyons prendre des chemins, sans pouvoir les aider, soit qu'ils ne souhaitent pas que nous les aidions, soit qu'ils ne sachent même pas comment ils pourraient s'aider eux-mêmes. Mais cela ne nous empêche pas de les aimer.
  3. Il existe un texte que j'avais découvert lors de l'enterrement d'une de mes étudiantes, il y a quelques années. Il semblerait que ce soit une prière de Saint Augustin à partir de laquelle Charles Péguy a écrit un poème. Il en existe plusieurs versions, sans que je souhaite en faire une recherche bibliographique précise. Cela fait juste partie des textes qui me conviennent.
    Ne pleure pas si tu m'aimes.
    Je suis seulement passé de l'autre côté.
    Je suis moi. Tu es toi.
    Ce que nous étions l'un pour l'autre, nous le sommes toujours.
    Donne-moi le nom que tu m'as toujours donné.
    Parle-moi comme tu l'as toujours fait, n'emploie pas un ton différent.
    Ne prends pas un ton solennel ou triste.
    Continue à rire de ce qui nous faisait rire ensemble...
    Prie, souris, pense à moi, prie avec moi.
    Que ton nom soit prononcé à la maison comme il l'a toujours été, sans emphase d'aucune sorte, sans une trace d’ombre...
    La vie signifie toujours ce qu'elle a toujours signifié.
    Elle est ce qu'elle a toujours été : le fil n'est pas coupé.
    Pourquoi serais je hors de ta pensée ? Parce que je suis hors de ta vue ?
    Mais non, je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin...
    Tu vois, tout est bien...
    Tu retrouveras mon coeur, tu en retrouveras les tendresses épurées.
    Essuie tes larmes et ne pleure pas si tu m'aimes...

    Charles Péguy, d'après une prière de Saint Augustin.

mercredi 31 mai 2006

Caillou - Dieu se fout de nous



Dieu se fout de nous
il fait son cinéma sur les nuages
vient voir qui veut
mais Dieu n'attend personne pour ses projections.


PS : caillou rédigé il y a quelques années, un jour de perte, à la sortie d'un restaurant près de chez Ramon Zaratte. Caillou qui entre en résonance avec la citation du jour de Nerik.

mardi 23 mai 2006

BD lue - Convard et al. : Le triangle secret (7 tomes)

Je me suis appuyé la lecture des 7 tomes du Triangle secret (Le testament du fou, Le jeune homme au suaire, De cendre et d'or, L'évangile oublié, L'infâme mensonge, La parole perdue, L'imposteur), ouvrage fruit d'un unique scénariste (Convard) mais de multiples dessinateurs, à ne pas confondre avec sa "suite" (qui le précède), Le triangle secret - INRI : tome 1 et suivants... Oui, je sais, c'est compliqué, c'est comme Star Wars, la fin arrive avant le début, qui lui même a été tourné après la fin, mais l'important, c'est que moi je m'y retrouve (parfois).

Mes réactions :
  • Sur le fond : l'intrigue est bien étayée, on se laisse entraîner, en se demandant quel peut être le dénouement de cette énigme qui a commencé il y a 2 000 ans, et dont le dénouement aura lieu de nos jours.
  • Sur la forme : je n'ai pas aimé les dessins. C'est d'autant plus étonnant que je lis que plusieurs dessinateurs ont collaboré aux 7 tomes. Cela n'a pas le charme de la ligne claire de Tintin ou du Tueur, et c'est loin derrière - à mon avis - les superbes dessins de De cape et de crocs ou de Blacksad (je relisais ces derniers jours les deux premiers, c'est superbe).
Et surtout...

Je trouve que nos temps sont empreints de mysticisme à gogo, c'est la thèse du Grand Complot revisitée, et tous les scénarios tournent autour de la même recette. Donc, si demain je veux écrire un scénario ou un roman à succès (à Dieu ne plaise...), j'y mettrai :
  • Un début qui commence, comme de bien entendu avec la secte des esseniens (contemporains du Christ) et un manuscrit/trésor caché. Variantes possibles, et déjà vues : Sumer et "le berceau de l'humanité", les manuscrits de la Mer Morte, voire la Kabbale.
  • Des templiers, ou des rose-croix, des franc-maçons ou une secte occulte, gentille mais hermétique, bref, des "gardiens du secret". Un petit coup de croisade au passage, juste pour faire exotique.
  • Des chercheurs en égyptologie, documentalistes ou journalistes, des gens comme vous et moi, avec leurs petites préoccupations et leur café au comptoir qui tout-à-coup basculent dans le Grand Mystère, "bon sang, on nous a menti, nous allons mettre au jour un terrible secret"
  • Des militaires en quête de l'arme absolue, mais bornés et désespérément cartésiens ("ces choses-là ne peuvent exister, ça doit être un coup de paludisme")
  • Des meurtres, forcément, avec énigme policière à la clé, et tout le monde qui met du temps à comprendre que Les Autres sont en route pour exterminer les audacieux chercheurs de vérité
  • Une intrigue amoureuse, pour mettre du sexe. Idéalement, une intrigue à connotation d'interdit (voeu de chasteté, divorce, deuil, religion différente...)
  • Le Vatican, l'Opus dei ou l'Inquisition
  • Le dénouement serait, le plus souvent : "on enterre" (dans tous les sens du terme)
Exemples en vrac dans ce que j'ai pu voir / lire :
  • Le pendule de Foucault, d'Umberto Eco
  • Le troisième testament, BD (scénario de Dorison, dessins d'Alex Alice, pseudo qui cache un ancien de l'escp)
  • Sanctuaire, BD (scénario de Dorison)
  • et, pour autant que je sache, plusieurs autres BDs dont Dorison a fait le scénario
  • Uruad, les américains ont-ils envahi l'Irak pour protéger un secret... de Jean-Christophe Issartier
  • et l'omniprésent Da Vinci Code de Dan Brown / Ron Howard, qui a vraiment atteint la célébrité depuis que sa bande-annonce est parodiée (vu sur le blog de Tristan Nitot)
  • (Mise à jour) ce matin, sous la douche, j'ai pensé aussi à ce merveilleux navet avec Nicolas Cage, Benjamin Gates et le trésor des templiers
Avec des variantes plus éloignées, qui peuvent n'avoir qu'un parfum lointain :
  • La peau du tambour, d'Arturo Perez-Reverte (polar avec l'Inquisition version moderne)
  • L'anneau du pêcheur, de Jean Raspail (superbe enquête documentaire sur les antipapes et leur survivance récente)
  • Les aventuriers de l'arche perdue, de Steven Spielberg, avec ce dialogue halluciné : "l'Arche est un émetteur-récepteur pour parler avec Dieu !"
Ce n'est pas que je sois lassé, mais quand on a lu Le pendule de Foucault, on a du mal à retrouver un équivalent en terme de recherche et de qualité. Comme le dit la citation attribuée à Paul Newman :
- le journaliste : "Vous avez été régulièrement nommé comme l'un des hommes les plus sexy du XXème siècle, comment se fait-il que vous soyiez marié depuis 25 ans à la même femme ?"
- Paul Newman : "Je ne vois pas pourquoi j'irais manger du paté ailleurs, quand j'ai du foie gras à la maison".

Et moi, je ne vois pas pourquoi je lirais ou j'irais voir le da Vinci code quand j'ai Blacksad à la maison.

lundi 20 mars 2006

Le Tao d'Amélie Poulet

Mon frère, que toutes les vaches sacrées de l'Inde répandent sur lui leurs bouses parfumées, m'a passé un podcast (ne me demandez pas ce que c'est, pour moi, c'est une émission de radio enregistrée) portant sur Chouang Tseu (je sais, je prononce mal), l'oncle du Taoïsme. Le père du Taoïsme est Lao Tseu, semble-t-il, avec son Tao Tö King, et les cousins à la mode de Bretagne en sont Confucius et sa clique.

Or donc, hier, pour chasser les dernières brumes de la Saint-Patrick que je fêtai dignement l'avant-veille (jusqu'à la veille, étant donné que cette plaisanterie a duré jusqu'à 3h du matin), je m'en fus trottiner sur les bords de la Seine séculaire. Les conques de mes oreilles étant ornées de micro-oreillettes en mousse, elles-mêmes reliées à un wok-man minuscule, je laissai la pensée chinoise déferler dans mon cerveau droit, puis gauche. Je n'ai pas tout compris, mais ça n'est pas plus mal, car la compréhension, semble-t-il, est contraire à l'esprit du Tao. Même au moment où je me disais "finalement, c'est une question d'objet et de sujet : l'occidental se définit comme subjectif, en dehors du tableau, là où l'oriental se définit comme partie du tableau", l'émission déroulait son fil avec la voix haut-perchée d'un sino-français qui affirmait "la distinction objet-sujet est clairement occidentale, et ne saurait exprimer les écrits de Chouang Tseu".

Chouang Tseu commence souvent ses pensées par un dialogue avec un artisan, et l'on cite souvent l'exemple du boucher (j'en ai entendu plusieurs versions depuis des années, j'en retranscris une synthèse) :
  • Quand il commence à apprendre son métier, il voit le boeuf dans son ensemble, il découpe avec force, et doit souvent affûter son couteau
  • Quelques années plus tard, il ne voit plus le boeuf, mais des parties, et il cherche la faiblesse de chaque articulation, il observe longuement avant de couper. Il affûte moins souvent son couteau
  • Quelques années encore, et il découpe un boeuf sur pieds, et le boeuf reste debout. le couteau n'est pas émoussé, il a gardé son tranchant. Le boucher a juste passé sa lame dans les espaces vides entre la matière.
Tout cela est bien joli, cela m'a fait réfléchir sur le moment, mais après, hein, la vie continue, y faut poinçonner son ticket, nourrir son escargot, gagner son bifteck. Et puis ce soir, j'avais passé une journée saumâtre (elle n'est pas terminée, d'ailleurs), et j'étais à la bourre, en train de graticher une carcasse de poulet, quand j'ai pensé à Chouang Tseu. D'un acte énervé, sans qualité, j'ai essayé de transformer ce découpage en une quête intellectuelle. Chercher les articulations. Ne pas utiliser le couteau pour trancher, mais pour découvrir les interstices. Progresser avec calme, en cherchant les vides. Je ne peux pas dire que je me suis transformé immédiatement en lac paisible (ceux qui me connaissent... me connaissent), mais le changement était perceptible.
Je repensais au personnage, dans Le fabuleux destin d'Amélie Poulain, qui aime découper le poulet avec les doigts. Ce n'est qu'en voyant le film, il y a des années, que j'ai compris que je faisais partie aussi de cette catégorie. Même si c'est trop naze de mettre des gens dans des cases (Vincent Delerm, Catégorie Bukowski), cela entrait en résonance avec l'émission sur Chouang Tseu. Je cite de mémoire : "Les Chinois sont le seul peuple a être toujours resté sédentaire. Et quand cela fait 10 000 ans que votre famille cultive le même lopin de terre, cela crée des affinités. Le paysan chinois entend les graines qui sont en train de pousser sous la terre".

Bref, avec mon poulet, j'ai eu plus d'affinités que ces temps de H5N1 ne nous en font miroiter.

jeudi 26 janvier 2006

Finance - Et Dieu dans tout ça ?

(Billet rédigé le 23 janvier sur ma version alpha de blog sous blogspot, puis migré ici)
Je tombe sur un billet de Free Money Finance, portant sur l'investissement (au sens de placement) vu par la Bible. On connaît la controverse sur le placement à intérêts : dans certaines religions, dont l'Islam, le prêt à intérêts est sacrilège, car on fait payer le prix du temps, et le temps (n')appartient (qu')à Dieu. Voyons voir ce que la Bible pense de tout ça : - la détention patrimoniale n'est pas condamnée, mais les intentions qu'il y a derrière :
Jésus dit : "Gardez-vous de toute avidité ; ce n'est pas du fait qu'un homme est riche qu'il a sa vie garantie par ses biens" et plus loin "Voilà donc ce qui arrive à celui qui amasse un trésor pour lui-même au lieu de s'enrichir auprès de Dieu"(Luc 12 : 15 et 21) on retrouve aussi cela dans l'Ecclésiaste : "Qui aime l'argent ne se rassasiera pas d'argent, ni du revenu celui qui aime le luxe" (Ecclésiaste 5 : 9)
- ce que j'en comprends, c'est que le fait de gagner de l'argent n'est pas mal vu, pour peu que l'on procède derrière à des redistributions :
Conseils aux riches (1ère épître à Timothée, 6 : 18) "Qu'ils fassent le bien, s'enrichissent de belles oeuvres, donnent avec largesse, partagent avec les autres."
D'autres passages de la Bible ne doivent pas être pris au pied de la lettre, selon moi , par exemple les paraboles où un homme donne de l'argent / des biens à ses héritiers ou agents, et leur recommande de gérer ce patrimoine tant qu'il est absent. En règle générale, le prudent (qui a épargné) est puni tandis que l'entrepreneur (qui a fait fructifier) est récompensé (ex : la parabole des talents (Mathieu 25 : 14 et s.) ou du prince et des mines (Luc 19 : 12 et s.). Je pense qu'il s'agit de métaphores sur le devoir à accomplir (on t'a demandé de faire fructifier, alors fais-le) et les richesses spirituelles.

Note : je n'ai pas le sentiment d'être religieux, probablement même pas croyant. Je prends la Bible comme un livre de sagesse et de réflexion. (la bible dont sont tirées ces citations est une TOB, c'est-à-dire une traduction oecuménique).