Blogthib, ou thibierge.flou

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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

vendredi 17 novembre 2006

Spam dans ta tronche

Depuis un mois et quelque, mes 3 lecteurs assidus, et les deux blondes qui essaient de comprendre, auront vu proliférer quantité de commentaires qui avaient la particularité :
  • de vendre des trucs vasodilatateurs
  • de disparaître dès que je faisais un peu de ménage
Mais les journées sont courtes, les nuits occupées, et je ne conçois pas de définir mon rôle de héros du quotidien par ces mots : "heu bonjour, mon rôle dans la vie, c'est de supprimer les commentaires spam sur mon blog".

Il a fallu l'effet 1-2-3.
  1. La première lame coupe le poil. C'est Spamplemousse qui s'y colle. C'est un plugin Dotclear (utilisateurs de plate-formes de blog, passez votre chemin, tout en m'envoyant un chèque) que l'on peut éduquer manuellement avec des mots comme "porn", "teen", "viagra" et "caniche". C'est la Grosse Bertha, ça dézingue tout ce qui passe dans le ciel, efficace, certes, mais plus le temps passe, plus les artilleurs fatiguent (ou plus les spammeurs apprennent à zigzaguer dans les nuages).
  2. La deuxième lame tire le second poil et recoupe le premier. C'est Spamclear, qui est un filtre anti-spam bayesien (Monsieur Jean, vous pouvez expliquer aux autres, que je comprenne ?) qu'on éduque en disant "ça c'est blanc, ça c'est noir, ça c'est blanc, etc." Fastidieux, mais efficace, mais fastidieux. Et il reste encore des spammeurs darwinniens qui s'adaptent aux mutations de l'environnement.
  3. La troisième lame, lame ultime, lame fatale. Spamtimeout, je t'explique, même que tu vas rien comprendre avec ta cervelle de singe, c'est une lame qui déplace le poil à couper. Depuis que je l'ai installé (hier) et que j'ai modifié les fichiers php avec des instructions en volapük, ya plus rien qui passe. Glâbre, le blog.
Ce qui est merveilleux, ou affligeant, c'est que je viens de faire un thibillet pour dire, en substance, que j'ai réussi à supprimer des choses ne devraient pas exister dans un monde gentil, bref, des choses immatérielles et immorales. C'est ma croisade, c'est mon mandat.

mardi 7 novembre 2006

Alicantate

Voici donc un compte-rendu, limité, de mes vacances.
Limité, parce que
  1. j'ai promis de pas parler de tout
  2. c'est pas vos oignons
Cela dit (et ça fait pas de mal), il y a des choses dont je souhaiterais parler, tout en conservant le flou nécessaire pour protéger les innocents (?) ou les susceptibilités.

Je partis donc à Alicante (Espagne) (Europe) (à droite des Etats-Unis d'Amérique, God bless you all).
Il se trouve qu'actuellement, à Alicante, à la Ciudad de la Luz (cité de la lumière, les studios de cinéma locaux, dont la lumière tombe en panne d'électricité plusieurs fois par jour), se tournent en parallèle le prochain Asterix (Asterix aux jeux olympiques) et le prochain Jean-Jacques Annaud (Sa Majesté Minor).
J'ai vu des chars d'Asterix, j'ai vu des décors de Minor.
J'ai adoré cet oeil indiscret qu'on m'a laissé avoir, parfois avec appareil photo et camescope, parfois sans rien, sur des lieux de tournage. Le cinéma n'est que magie (point positif) et parfois poudre aux yeux (point négatif).

Je me suis promené dans une forêt dont le Satyre arpente des sentiers qui changent chaque jour. Le réalisateur (donnons-lui le nom de code JJA) dit un matin "OK, il faudrait un arbre ici et un sentier là" et des paysagistes empoignent des pelles, dans un hangar illuminé, ils déplacent de la terre,  des arbres en polystyrène, des plantations mourantes, de la mousse en plastique, hop, on saupoudre de feuilles mortes et de pignes de pin, et le sentier est là, bucolique, pédestre, tellement réel. Et on tourne, et la magie du cinéma fera le reste.
J'ai vu Vincent Cassel et José Garcia se parler dans un bar à tapas, puis aller se coucher tôt (les bons acteurs vont se coucher tôt) tandis que nous buvions des litres de Gin Tonic en mangeant des coquillages cuits à la vapeur et des asperges grillées. J'étais impressionné par ce métier d'acteur : on se rase le crâne, on ne connaît que les lignes du scénario qu'on a bien voulu nous donner, et finalement, on ne se voit pas. Ce n'est que 6 ou 12 mois après, quand on voit le film (si on le voit, parce que je ne suis pas sûr que les acteurs aillent se voir) que l'on obtient ce que la caméra a capté (et, soyons clairs, volé) de la scène qu'on a tourné 6 à 12 mois auparavant, dans une bauge remplie de cochons, avec des murs en polystyrène, des assistants partout, et des cochons partout.

J'ai vu des starlettes aux yeux égyptiens, des assistants caméras qui croyaient être les rois du monde (sur Astérix). J'ai entendu parler de budgets, de soirées, de jets privés, que si tu vis sur la planète Terre, tu t'assieds et tu souris. Par exemple, un tournage (le plus gros budget du cinéma français, appelons-le AaJO) qui réserve le château fortifié d'Alicante pour sa soirée, et qui oublie la météo, donc quand il pleut, tout traîne dans la gadoue, et hop, on déplace tout, les stands, les animations, le DJ surpayé, dans des hangars à 10 km, the show must go on.
J'ai aussi vu (et photographié, et filmé) le village néolithique. Mais tu feras comme tout le monde, tu attendras la sortie du film, et à ce moment, tu ne m'écouteras plus quand je dirai "eh, mais tu sais, j'y étais".

Et puis il y a eu la soirée du réalisateur (appelons-le JJA). Un restaurant face à la mer, la première chose que j'ai vue en entrant, c'était le bar, la deuxième chose, c'était le bol de sangria, la troisième, c'était le Centaure.
Le centaure, c'est un acteur qui fait le centaure. Dans la vraie vie, il s'appelle Guillaume, mais ça va mieux quand tu dis le centaure, pour un gars qui fait 2m05. Il avait l'air tout seul, vraiment tout seul, et moi, je voulais lui parler, à cause des chaussettes bleu incruste, je t'explique pas, c'est du jargon de cinéma. Je lui ai servi un 34ème verre de sangria, et on a parlé, j'en garde encore un torticolis.

Imagine un grand gars, vraiment grand, le visage marqué, puissant, un peu comme Wolverine dans X-men, ou bien (mais il n'aime pas la comparaison), Shark dans les James Bond d'il y a 25 ans (avec Roger Moore). Un gars très sympa, qui essaie de percer, comme nous tous, et qui est seul, comme nous tous.

Aujourd'hui, je lisais Le Roi des Aulnes et j'ai repensé à Guillaume, je me suis dit : "Quand il revient en France, je lui propose de le prendre en photo".

En attendant le film (fin 2007 ?)

vendredi 27 octobre 2006

Mariposé

Mañana en la mañana
Estaré en un avion
Hasta España.

Mañana en la tarde
Probaré un Sangre de Toro,
O un Rioja,
Con amigos, salchicon y chorizo.

Y despues, dormiré 30 horas.
Al menos.

PS : 8 jours sans thibillets (ni mail, ni connexion, sinon aux battements de mon coeur. Le vrai grand luxe.)

mardi 17 octobre 2006

BD lue - Manu Larcenet : Le combat ordinaire

Je découvre, avec retard, cette série qui compte pour l'instant 3 tomes :
(Manu Larcenet, Dargaud, 2003 à 2006)

Je reste vraiment sous le charme. Un dessin attachant, presque enfantin par moments, en tout cas très tendre, qui contraste avec des mises en images par moments plus cinématographiques, ou photographiques. A cette jonglerie de forme correspond de façon symétrique une jonglerie de fond : on passe de saynettes attachantes, humoristiques, à des questionnements profonds parce qu'ils touchent à l'inconnu de nos vies et de celle des autres.
Je suis très admiratif de ce travail. Je ne connaissais de Larcenet que Bill Baroud (excellent, certes, mais dans un registre uniquement potache) et je découvre un auteur multi-cartes, aussi à l'aise dans les petits textes - voire les poèmes - que dans les réflexions "existentielles" (le mot est lâché, j'en suis content dans une critique de BD), dans les crayonnés à l'encre autant que dans les scènes nocturnes, par exemple.
Sans rien connaître de son histoire personnelle, je me dis qu'il a mis beaucoup de sa propre vie dans ses personnages. Et comme toujours, quand c'est bien fait, cela aboutit au fait qu'on reconnaît beaucoup de notre propre vie dans cette oeuvre.
Bref, une vraie bonne découverte d'un vrai bon auteur.

vendredi 13 octobre 2006

Frère Océan

"The seashore always works. Believe me, in my book, a walk on a beach is worth five hours on a psychiatrist couch... though I'm probably the only doctor in this city who would tell you that."

"Le bord de mer marche toujours. Croyez-moi, d'après mon expérience, une promenade en bord de mer vaut cinq heures passées sur un divan de psychiatre... même si je suis probablement le seul docteur de cette ville qui vous dira cela."

Douglas Kennedy, The pursuit of happiness, Arrow books, 2002, p. 163.
(merci à Lulu pour la photo)

mardi 10 octobre 2006

Rock 'n Pop Hall of Fame

La photo est clairement vintage, mais elle obéit à la 4ème loi de la thermodynamique du Web .

A l'époque, j'avais fait une liste des intros de rock pop "qui me donnaient l'impression qu'on me grattait le haut de l'épine dorsale". La voilà, de mémoire, et forcément incomplète (sans ordre, sinon celui, aléatoire, de ma mémoire). Je tiens à remercier radioblogclub, qui m'a permis de faire un premier tour. L'inconvénient est que, par capillarité, j'en viens à rajouter des morceaux, et au bout d'un certain temps, je ne sais plus si cela mérite vraiment de rentrer dans cette liste. Seule contrainte : ne pas citer deux fois le même auteur ou interprète. Allez, basta, c'est bon.
Les intros :
  • Andy Warhol, David Bowie
  • Stool pidgeon, Kid Creole and the Coconuts (version concert à Essen, pas la version disque)
  • Hold the line, Toto
  • Abacab, Genesis
  • Layla, Eric Clapton (version acoustique, mais la version historique est bien aussi)
  • Message in the bottle, Sting (version acoustique du Secret concert). J'aime bien aussi Can't stand losing you (Police).
  • We will rock you, Queen (et aussi The show must go on)
  • Sunday Bloody Sunday, U2
  • It's only love, Bryan Adams (avec Tina Turner)
  • The River, Bruce Springsteen
  • Cold as ice, Foreigner
  • Harden my heart, Quarterflash
  • Rien de nouveau, Bill Deraime (première version)
  • Cocaine, JJ Cale
  • Take the long way home, Supertramp
  • Idéal simplifié, Laurent Voulzy

Les intros qui montent en puissance :
  • Gimme shelter, Rolling Stones
  • The Healer, John Lee Hooker / Carlos Santana (intro à 3 étages)
  • Night boat to Cairo, Madness
  • Black Magic Woman, version de Carlos Santana
  • La Grange, ZZ Top
  • Stray Cat Strut, Stray Cats
  • Cortez the Killer, Neil Young

Les intros parce que je suis une midinette disco :
  • Stayin Alive, Bee Gees
  • Saturday night fever, Bee Gees
  • Grease, Frankie Valli / Barry Gibb
  • In the navy, Village People

Les intros soft (mais là on peut y passer la nuit, on en fera donc un autre thibillet - ou pas, comm d'hab) :
  • Shape of my heart, Sting
  • Dark Star, Crosby Stills & Nash
  • Ol' 55, Tom Waits
  • On the beach, Chris Rea
  • Jaguar, Laurent Voulzy

Et dans les morceaux de fous furieux :
  • Careful with that axe, Eugene, Pink Floyd (dans Ummagumma).

Les listes qui resteraient à faire :
  • Les intros soft (concept à définir)
  • Les morceaux à capella, ou quasi
  • Les morceaux planants (concept à définir)
  • Les instrumentaux

mardi 26 septembre 2006

Neuneuil

Il y en a qui célèbrent leur alliance contre nature avec des motocyclettes (mais n'est-ce pas ce que prône Robert Pirsig dans Zen and the art of motorcycle maintenance ?), je veux rendre hommage à mon investissement à moi : mes yeux.
Je vous la fais aussi courte que ma vue était basse :
  • Rendez-vous de ce matin avec mon ophtalmo, pour tirer les leçons de l'opération des yeux que j'ai subie il y a un an et quelque.
  • Moi : "Euh, rappelez-moi, quelle était ma vue, sans correction, avant l'opération ?" Lui, professionnel, donc informatisé : "Oeil droit (l'astigmate) : 1,5 / 10, oeil gauche (le myope) : 1 /10. Autant dire que vous étiez une taupe derrière le rideau de fer, comme dirait Ludlum !"
  • Moi : "Et maintenant, sympathique charcuteur, où en suis-je, toujours sans correction ?" Lui, professionnel, donc équipé de trucs qui balancent des lumières aveuglantes dans le fond de l'oeil : "Oeil droit (l'astigmate) : 9,5 / 10, oeil gauche (le myope) : 10,5 /10. C'est pas pour me vanter, mais t'as de beaux yeux, tu sais !"
Je sais que cette opération n'est que physique, et que ma clairvoyance sur les êtres humains, les jeunes filles et femmes en particulier, n'aura pas été améliorée. Je n'ai pas trop d'illusions sur ce point. Mais je suis bien content quand même.

Livre (re) lu - Erri De Luca : Montedidio

J'en ai déjà donné une citation, et en plus c'est un livre que je relis, alors que j'ai 4 livres lus à commenter, mais Montedidio, d'Erri De Luca (Gallimard, 2002, 208 p.) est une merveille.
L'auteur est étonnant : c'est un manuel, un ouvrier, qui a tour à tour été jardinier (son premier roman connu, Trois chevaux, contient probablement une part autobiographique), chauffeur routier, menuisier. Par ailleurs, c'est un homme profond, très sensible, qui rabote doucement ses phrases pour leur donner un poli intemporel. On n'est pas loin de la Bible. On n'en est tellement pas loin qu'il passe son temps (dans d'autres livres) à commenter des textes en hébreu ancien, langue qu'il apprend doucement, avec humilité et ténacité. C'est donc un homme étonnant, exceptionnel.
Montedidio, c'est un faubourg de Naples vu par les yeux d'un enfant qui devient un homme en 200 pages. Par les yeux, et l'écriture de l'enfant, on voit tout un monde, une famille, un immeuble, un quartier, une langue (l'italien) et un dialecte (le napolitain).
A midi, je m'aperçois qu'une plume est tombée sous la caisse de Rafaniello, je la ramasse, elle est légère, dans ma paume je ne la sens pas. Don Rafaniè, celle-là, je la "tiens" en souvenir de vous. "Tu as raison de dire tenir au lieu de garder. Garder est présomptueux, en revanche tenir sait bien qu'aujourd'hui il tient et demain qui sait s'il tiendra encore. Tiens la plume en souvenir".
Erri De Luca, Montedidio, Gallimard, 2002, p. 125.
Cette citation m'a fait penser à une citation de Rainer Maria Rilke. Si j'en ai le courage, je vous posterai une nouvelle autobiographique sur ce sujet.

Correspondances : j'avais déjà établi une correspondance avec Gustav Meyrink, il y a aussi du Jean Giono dans cet écrivain, ce côté poète ouvrier qui rend sa noblesse à l'ouvrier (encore mieux, l'artisan), le Giono glaiseux, âpre, face au vent, qui réserve ses mots pour mieux les cristalliser.

Et peut-être le plus beau compliment que je puisse faire à un écrivain : quand j'ai envie de me laver de ma journée, je lis du Erri De Luca.

jeudi 14 septembre 2006

Ubuntu - Septième vague

Septième vague : n. f. Englobe les termes Agorie, Murouli, et Lulu (à défaut de félixographie). Instant où l'on se dit "la vie est belle, je suis le plus fort, je vais tous les avoir" (pour ne pas dire autre chose).
Instant où l'on se sent vivant.

mardi 12 septembre 2006

Projet Ubuntu

Monsieur Jean en a été le co-fondateur, et le premier contributeur (premier nommage, première définition), sous les auspices de Yann ou Joséphine. Il s'agit donc de proposer un pendant aux batanas, et de définir, identifier, des petits plaisirs quotidiens.
Le ubuntu, c'est l'anti-batana.
(Liste des batanas ici, et aussi chez Yog, ici et ).

Question : le ubuntu doit-il être par essence champêtre, naturel, estival, ou peut-on avoir un ubuntu en ville ? Réponse (évidente) : étant l'anti-batana, il est l'anti-tracas quotidien. Donc, si une batana, c'est de se prendre la manche dans une poignée de porte, un ubuntu sera, par exemple, cette brise rafraichissante que l'on sent déjà dans le couloir d'un métro surchauffé. Donc le ubuntu peut (voire, doit) être présent en ville, hors vacances.

Voici la liste des premiers ubuntus :
  • Vespéridienne : n. f. Un jour de forte chaleur, heure à laquelle l'air du dehors devient plus frais que l'air du dedans, et on peut donc ouvrir les volets et fenêtres. (terme copyleft Monsieur Jean).
  • Petit-terrasser : v.i. prendre son petit déjeuner dehors au soleil, sans être bien réveillé, éventuellement pieds nus et en caleçon, avec des croissants chauds en feuilletant Libé.

vendredi 1 septembre 2006

Livre lu : Valery Larbaud – Enfantines

Offert par mon éditeuse, ce livre (Valery Larbaud, Enfantines, L'imaginaire, Gallimard, 190 p.) rassemble 8 nouvelles écrites par des enfants, ou plutôt, vues par des yeux d'enfants. Et même si on se situe au début du XXème siècle (il y a des domestiques, des calèches), cette vision d'enfants est toujours transposable.
On venait de vider une boite de soldats tout neufs et on les avait alignés sur le trottoir, devant le ministère des Finances.
Valery Larbaud, Enfantines, L'imaginaire, Gallimard, p. 136.
J'ai énormément aimé ce livre, pour quelques raisons simples qui agissent comme des évidences (voire des conseils à toute une génération d'écrivains) :
  • C'est très bien écrit. Le style est celui d'un français soutenu, recherché, mais sans tomber dans le côté littérateur de certains académiciens (je pense par exemple à François Cheng, dont Le dit de Tianyi, qui est pourtant poignant, est à mon avis desservi par une écriture trop « je veux être académicien, je démontre cela dans mes phrases longues et équilibrées »). Quand je lis Valery Larbaud, j'ai une sensation de pureté et d'intelligence.

  • C'est poétique. Je me répète, mais quand un auteur arrive à conjuguer une grande sensibilité personnelle, une capacité à se mettre dans les sentiments de ses personnages, et une grande maîtrise de la langue, cela devient superbe.
  • Et Marcel sent le besoin d'aller raconter son triomphe à tout le jardin. Il sort dans la tiédeur dorée. Mais comme tout est drôle, ce soir ! On a dû jouer aussi là-haut, et on a laissé le ciel en désordre ; et il est ici, tout près, mélangé à la terre. Le ciel est rempli de montagnes jetées les unes sur les autres. Un promontoire, pareil à l'avant d'un grand cuirassé, crève un océan d'or. De hautes falaises sont percées d'interminables canons au bout desquels brille une mer toute mauve.
    Valery Larbaud, Enfantines, L'imaginaire, Gallimard, p. 116.
  • C'est puissamment observé. Il faut plus qu'un regard, ce sont des antennes supra-sensibles qui peuvent capturer, avec autant de justesse, les états d'âmes d'enfants, qui sont bien souvent plus graves que ceux d'adultes. Je ne veux pas en dire trop, car tout cela est très personnel, mais prenons par exemple la rentrée scolaire à la fin des vacances. C'est dans l'air du temps, on le sent dans certains billets de blog ou des commentaires, mais rappelez-vous, ce sentiment poignant quand on avait 8 ans, 10 ans, la première entrée au collège, au lycée, le côté qui nous apparaissait comme inhumain de ces grands lieux grisâtres, tous ces visages inconnus. Bien sûr, on savait qu'au bout d'une semaine, ces visages deviendraient des prénoms, des amis, et l'on essayait de s'en convaincre bravement. Mais c'était dur, on était trop jeunes, pas assez préparés. C'est tout cela que je retrouve, et encore plus, dans ces Enfantines.

  • Enfin, et surtout, ce livre donne la version des enfants, qui contient son lot de gravité et d'angoisses, mais aussi sa part d'optimisme. Plus que de l'optimisme : un esprit pur, conquérant, qui ne connaît, finalement, que très peu de limites. J'adore, et j'envie, cette pureté, et j'y ressource mon optimisme.
  • Un grand ciel de couchant, plein de longs nuages, l'invite à voyager parmi ses continents et ses îles. C'est le bon Dieu lui-même qui l'accueille et lui ouvre tout grand son grand dimanche. Et Marcel, sans se gêner, vient s'asseoir sur les genoux du bon Dieu, et regarde avec lui les images qu'il trace à mesure dans le ciel.
    - Mon bon Dieu, votre ciel est bien beau, et votre terre aussi n'est pas mal.
    Valery Larbaud, Enfantines, L'imaginaire, Gallimard, p. 120.
Et puis, enfin, une méditation permanente pour le professeur que je suis :
... cette nourriture intellectuelle qu'on nous présentait toute mâchée nous soulevait le coeur. Et puis, enfin, nous n'étions pas des anges pour tout concevoir sans l'aide des sens, pour descendre toujours de l'abstrait au concret. [...] Mais ce n'était pas seulement cela. Ce qui nous rebutait le plus dans nos études, c'était l'inutilité de nos travaux. Toujours s'exercer, et ne jamais rien faire.
Valery Larbaud, Enfantines, L'imaginaire, Gallimard, p. 152.
Correspondance : spontanément, je pense à Jules Romains. Normalien, poète, académicien, et contemporain de Larbaud, il écrit aussi avec fluidité, dans une belle langue, les états d'âme d'une population parisienne (Les hommes de bonne volonté, 27 volumes, superbe). Il va même jusqu'à se mettre, avec justesse me semble-t-il, dans la peau du chien Macaire pendant quelques pages. D'octobre 1908 à octobre 1933, on suit une foultitude de personnages, certains meurent (notamment dans l'horreur de Verdun), d'autres tombent en déchéance, certains disparaissent des romans puis réapparaissent, ou pas. Un grand chef d'oeuvre. (malgré ce qu'en dit le paragraphe "Critique" dans l'article de Wikipedia sur Jules Romains. Scrogneugneu, je m'en vais t'éditer ça rapido, moi) (MàJ : c'est fait)

mercredi 30 août 2006

Caillou ? Calcul ? Douceur...

Le soleil fait une belle herbe verte. Il fait doux dehors, alors l'apéro-dinatoire libanais va être au jardin.
Les drosophiles pullulent dans la cuisine (ben oui, fallait pas ramener des corbeilles de fruits)
Elles se tapent des plongeons dans mon verre de vin, mais
Elles sont trop pétées pour saisir la perche secourable que je leur tends.
Bacchanale d'insectes, il fait nuit, nous continuons à parler.

Musique - Tryo - Mamagubida

Oui, je sais, je date, cet album est sorti en 1998, mais je l'avais entendu à l'époque, et d'enthousiasme, je l'avais acheté, et aussi offert à mon beau-frère (celui qui m'a emmené aux urgences dans la nuit de vendredi à samedi, pour un calcul (lithiase) somme toute assez douloureux). J'ai racheté cet album (je l'ai trop prêté, un jour il n'est pas revenu)

Ce soir, je découvre "Babylone". J'aimais déjà beaucoup "L'hymne de nos campagnes", "Salut ô", "La main verte", "France Telecom", mais peut-être est-ce la soirée, le moment, la nuit, je me trouve en phase avec la douceur combattive de Babylone. Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, mais Babylone, c'est l'apogée du monde occidental, la cité tentaculaire, l'anti-thèse de la liberté selon les rastas.
Quelques exemples:
  • Babylone, tu déconnes, de Bill Deraime, dont je pourrais vous parler des heures (barbu shooté au blues et à la recherche du bonheur, une valeur sûre mais non reconnue)
  • Bob Marley, évidemment
  • Même dans Matrix 2, leur cité de Zion, c'est l'anti-babylone. (cf. Bob Marley "Lion in Zion")
  • Et puis Tryo
Je voulais vous mettre des mots, des paroles, mais c'est comme "Babylone tu déconnes", ce sont des morceaux qu'il faut écouter, car les mots seuls évoquent peu de choses, tandis que les mots sur une mélodie, ça change tout.
Un de ces jours, je vous ferai une compilation, comme dans Haute Fidélité de Nick Hornby (cf. thibillet précédent), il y aura du Clapton, du Bill Deraime, Chris Rea, et même du JJ Goldman, c'est dire...

En attendant,
Je me tire
(Babylone)
Je me tire
(Faut que je respire)
Je me tire
(Babylone)

Tryo, Babylone, in Mamagubida, Yelen Musiques, 1998.

mardi 29 août 2006

Bac Trac

L'excellent blog Bon pour ton poil donne vraiment envie d'aller passer des vacances au Bhoutan (sérieux). Un pays qui publie des timbres-poste au format de disque microsillons (écoutables) et surtout, qui prône le BNB (bonheur national brut) mérite sincèrement une visite.
Mais ne vous arrêtez pas là. J'aime bien l'histoire romancée de Mickey l'ange, qui commence par
En Italie, y a deux périodes où le bâtiment a bien marché: l’Antiquité, où ils fabriquaient des ruines, et la Renaissance.
Je dis : respect.

lundi 28 août 2006

Batana Republic

Je constate que mes batanas font des émules (non, pas e-Mule) : Da Flan s'y est collé, sans wouiner.

Etant sûr qu'à cette seconde, des zillions de blogs reprennent le flambeau, et que les batanas fleurissent sur la toile comme les oeufs de l'Epeire Diadème dans mon jardin, je m'attaque à une autre rubrique. J'avais une idée, mais pas le mot. Grâce à l'aide de Monsieur Jean, j'ai désormais un mot pour cette bénédiction de fin d'après-midi : la Vespéridienne. Mais il me manque désormais un nom générique, un nom de rubrique.

Je ne suis pas clair, je sais, alors je récapitule : c'est bien de nommer les tracas quotidiens, mais j'aimerais aussi circonscrire les petits bonheurs. J'en ai déjà un, la Vespéridienne. Mais comment nommer ces anti-batanas ?

Je propose (sans être vraiment satisfait) :
  • Solarisettes
  • Minuspuces
  • Tatianas
(j'aime bien Tatiana). Des idées ?