Blogthib, ou thibierge.flou

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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

vendredi 9 février 2007

Lapsus clavieri

De temps en temps, je commets des lapsus au clavier (je préfère penser qu'il y a un processus inconscient, plutôt que de parler de fautes de frappe). En voici un florilège :
  • Une nouvelle que tu me balkances (... d’Estonie ?)
  • Réponse typiquement félinine
  • On ne peut guère léviter
  • Induboitablement
  • Tu m’enfance dans ma médiorité
  • La performance est expérimée
  • L’ovule parfait de ton visage
  • Epinardos (au lieu de peinardos)
  • Il singifie
  • Chacun suivait de lion la vie de l'autre
  • Cela ne vaut pas la pine
  • je suis d'une ignorance grasse
  • merdi beaucoup pour ton cadeau
  • écopute les paroles
  • Je décachète les mails à la vitesse de la pesée
  • La date milite
  • J’ai cru que j’allais être électroctué

vendredi 8 décembre 2006

J'ai bien fait de m'habiller en noir...

Là, ça merde pas mal, ce matin. C'est pas la bonne journée, et pour paraphraser la chanson des Rembrandts (générique de Friends), c'est probablement pas la bonne semaine, pas plus que le bon mois.
Envie de me casser au Klondyke, tiens. Une bonne (?) nouvelle quand même : Linux Ubuntu 6.06 tourne sur mon portable depuis hier soir, en double boot avec Windows 2000 Pro. Petit sentiment de liberté.

mercredi 6 décembre 2006

Fluctuat nec dormitur

Solitude standing Si je plaçais le temps que j'ai passé en insomnies, et que je capitalisais les gains sur un PEA, de telle sorte que je sois défiscalisé au bout de 5 ans (sauf CSG CRDS)
... quelles hibernations je pourrais me payer.

lundi 27 novembre 2006

Blogs et fantasmes

Avec un titre comme ça, je devrais rattraper mon retard de lecteurs, et remonter vite à 90 000. Bande de petits libidineux.
Beaucoup de personnes bloguent de manière anonyme. On ne connaît pas leur vrai nom, non plus que leur ville d'appartenance, et leur description physique est inexistante, ou très parcellaire (on sait que Yog pèse "63 kg de bonnes vibes" - mais au moins on a des photos de sa tronche - que Joséphine chausse du 38 - et on a deux photos de son pied - et que Monsieur Jean porte des chaussettes - et on a une photo de sa manche). Le reste, c'est une affaire de rêve ou d'imagination.
Quand j'étais petit, je visualisais tout. Les chiffres avaient des couleurs : 1 noir, 2 bleu, 3 rose, 4 rouge, 5 noir, 6 marron, 7 vert, 8 rouge, 9 orange. A bleu, E blanc, I jaune, O marron, U orange. (n'en déplaise à Arthur Rimbaud).

Je "connais" deux sortes de bleuggueurs : ceux que je connaissais d'avant, et avec qui je buvais des bières ; ceux que j'ai connu après, c'est-à-dire que je ne connais pas dans le monde réel. Les inconnus, je les ai imaginés. Même si, après coup, j'ai pu en rencontrer, j'ai gardé en tête le fantasme que j'avais d'eux. Voici donc mes fantasmes. Si certain(e)s d'entre vous préfèrent leur fantasme à leur corps actuel, il y a toujours des solutions.


Joséphine, personnage fantasmé : 1m72. Cheveux chatains, coupés au carré, lisses. Teint frais, rose. Yeux noisette. 85 B, pointure 36. Alterne jupe  (avec chaussures à petits talons aiguille) et jean (avec grosse ceinture et tennis pastel), et des pulls près du corps. Fume quelques cigarettes par jour.

Boisson : du rosé. Du thé. Du thé à la rose.

Quand il pleut : va nu tête, ou sort un adorable petit chapeau pliable en plastique qui lui donne l'air des Parapluies de Cherbourg.


Monsieur Jean, personage fantasmé : 1m75-1m77, plutôt fin, mais pas maigre. Cheveux blonds, légèrement sombres. Coupe "moderne", avec léger brushing naturel (ni une brosse, ni un brushing George Michael, hein !), éventuellement petite mèche par devant. Yeux gris-bleu. Toujours tiré à quatre épingles : en semaine, costume gris clair, chemises épaisses, cravate discrète (mais pas triste) au noeud bien ajusté, chaussures anglaises bien cirées ; le week-end, pantalons de toile, polos bleu glacier, chaussures de ville (en daim ? pas sûr).

Boisson : du vin de Bordeaux ou du sud (pour les tanins). Du thé Lapsang souchong (pour les tanins).

Quand il pleut : va nu tête (mais prend une écharpe). Ne se rend pas forcément compte qu'il pleut. Ses pensées s'évaporent au-dessus de sa tête.


La grande Loulou, personnage fantasmé : 1m85 en talons. Cheveux bruns, frisés, longs, et souvent attachés en queue de cheval. Teint café crème, à peine café. Yeux brun profond, avec de longs cils. 80 C, pointure 40. Plus souvent en jean qu'en jupe (mais ça lui arrive). Ses jambes sont des compas qui arpentent le monde. Fume toute la journée. Trimballe un énorme sac à main (limite sac de voyage). Rigole souvent. Le genre de fille qu'on a envie de faire rire.

Boissons : des expressos au comptoir, du rhum arrangé, du vin de Loire.

Quand il pleut : va nu tête, ou sort un bonnet en laine multicolore.

Yves Duel, personnage fantasmé : 1m80, un peu maigre, cheveux gris, un peu longs (tombent sur la nuque, mais n'appellent certainement pas un catogan, brrr, quelle horreur). Yeux gris. Visage qui se fendille de partout quand il sourit. Fume des cigarettes fortes. Chemises à carreaux, pantalons de velours, chaussures confortables (Paraboots, voire mocassins).

Boissons : les bons Bourgogne rouges (mais ne dédaigne pas les bons Bordeaux rouges). Caféïnomane comme tout le monde.

Quand il pleut : va nu tête (parce qu'il aime ça).

Mamzelle Lili, personnage fantasmé : 1m65, blonde frisée aux cheveux mi-longs, en queue de cheval. 80 B, pointure 36. Petites lunettes ovales, petit nez. Yeux bleus, ou verts, et pétillants. Souvent surprise en flagrant délit de rêverie.

Boissons : Porto blanc, vin blanc d'Alsace, eau pétillante, infusions.

Quand il pleut : prend un parapluie pliable, mais l'oublie souvent, alors elle met sa capuche, comme tout le monde.

L'inconnu du 3ème étage, personnage fantasmé : là je sèche pas mal. 1m85, fin. Brun, cheveux amples (pas coupés à ras, quoi), yeux marron. 27 ans. Porte souvent des pulls. Fait plus mûr que son âge. Une certaine incapacité à travailler dans une entreprise classique : trop de propension à dire ce qu'il pense, peu d'appétence aux jeux politiques. Mais pas asocial, non non.
Boissons : de la bière ? (pas sûr), du vin sûrement. Gin en soirée.
Quand il pleut : va nu tête (parce qu'il n'a rien pour se protéger quand il pleut).

Voilà ma moisson du jour. Les autres, je les connais, ou je ne les imagine pas encore assez. Quant à ceux que j'ai fantasmés : n'oubliez pas que je suis votre créateur.

mardi 14 novembre 2006

Mes journées s'effilochent...

L'effet bénéfique - et magique - des vacances s'est dilué dans un quotidien très travailleur. J'ai fait 16h de cours en deux jours. J'ai travaillé une quinzaine d'heures sur un cas d'analyse financière que j'ai finalement jeté. Je trimbale dans mon sac à dos une demi-douzaine de livres lus dont (je dois ? / j'aimerais ?) faire une critique. Le projet Magnolia meurt dans le silence, et j'hésite à le lancer dans le domaine public. Les autres projets sont au point mort (sauf, peut-être, Hermès, projet récent qui est alive and kicking, et pour lequel je vais à un apéro ce soir).
Envie de m'acheter un bloc-notes en Canson et de dessiner à l'encre de Chine.
Au milieu de la nuit, je lis des poèmes chinois, ou une BD de Cosey.
J'ai deux batanas au compteur, deux ubuntus dans ma besace. Et je vois des contributeurs fidèles continuer à encercler le quotidien. C'est bien.
Et puis JJ Cale a composé un nouveau CD qu'il partage avec Clapton. Pendant 5 mn, hier soir, j'ai été sur un nuage, allongé, laid back.

dimanche 5 novembre 2006

Questionnaire, un soir de fin de vacances

Interpellé je fus, par Vero, lors de mon congé bien mérité (détails croustillants dans les prochains jours) : il s'agirait de répondre à un questionnaire genre Proust remanié, et elle m'a nommé parmi les 4 à poursuivre la chaine (mais lisez son intro).
Je m'y colle donc, avec la fraicheur et l'ingénuité de celui qui revient de vacances (détails émiettés dans les prochains jours).

1) Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 18 et écrivez la 4ème ligne :
"would have caved in to blackmail like that ?"
Harry Potter and the Half-Blood Prince, par J. K. Rowling, Bloomsbury, 2005.
2) Sans vérifier, quelle heure est-il ?
22h13
3) Vérifiez :
22h24
4) Que portez-vous ?
Un jean design, une chemisette brodée, un pull La Redoute, un caleçon Dim, et une seule chaussette.
5) Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?
Les blogs qui ont crépité dans la semaine de mes vacances (détails farineux d'ici peu)
6) Quel bruit entendez-vous à part celui de l'ordinateur ?
Je n'entends pas l'ordinateur. J'entends le crépitement con du haut-parleur de basse facture qui équipe l'ordinateur.
7) Quand êtes-vous sorti la dernière fois, qu'avez-vous fait ?
Je suis allé à une soirée privée organisée par Jean-Jacques Annaud pour fêter le début de la fin du tournage de son dernier film. C'était hier soir et ce matin, à Altea, à 40 km d'Alicante.
8) Avez-vous rêvé cette nuit ?
Je suppose que oui.
9) Quand avez-vous ri la dernière fois ?
Ce matin, vers 3h du matin.
10) Qu'y a t-il sur les murs de la pièce où vous êtes ?
Un tableau Velleda. 4 minuscules Post-It. Un mur d'étagères chargées.
11) Si vous deveniez multimillionnaire dans la nuit, quelle est la première chose que vous achèteriez ?
Une maison de vacances, probablement sur une île en Bretagne.
12) Quel est le dernier film que vous ayez vu ?
Je ne m'en souviens plus. Ah si, "Le grand détournement" (ça compte dans les films ?)
13) Avez-vous vu quelque chose d'étrange aujourd'hui ?
Une réponse facile serait "mon visage dans la glace au réveil". Sinon, ce n'est pas vraiment étrange, mais les pistes d'atterrissage de l'aéroport m'ont paru bizarrement illuminées : je n'imaginais pas tant de lumières vertes, bleues et rouges, ça faisait un tapis plutôt que des lignes organisées.
14) Que pensez-vous de ce questionnaire ?
Que j'avais le projet de diffuser le mien (40 questions) sur mon blog. Il me restera juste les réponses de 10 personnes à qui je l'avais fait passer.
15) Dites-nous quelque chose de vous que nous ne savons pas encore :
J'ai été élevé par mes grands parents.
16) Quel serait le prénom de votre enfant si c'était une fille ?
Aline (mais ma fille ne s'appelle pas ainsi)
17) Quel serait le prénom de votre enfant si c'était un garçon ?
François (mais mon garçon ne s'appelle pas ainsi)
18) Avez-vous déjà pensé à vivre à l'étranger ?
Oui.
19) Que voudriez-vous que Dieu vous dise lorsque vous franchirez les portes du paradis ?
"Bon, je vais te prescrire quelques années de purgatoire pour décrasser tout ça, et après, tu viendras me voir, je t'expliquerai 2-3 trucs..."
20) Si vous pouviez changer quelque chose dans le monde en dehors de la culpabilité et la politique, que changeriez-vous ?
Je ne suis pas sûr que je supprimerais la culpabilité ou la politique, déjà. J'aimerais que chacun puisse, spontanément, avoir un aperçu du point de vue de l'autre, une forme d'empathie physiologique qui permettrait d'être vraiment dans les chaussures de l'autre personne.
21) Aimez-vous danser ?
Oui
22) Georges Bush ?
Je ne connais pas l'homme, je ne peux donc pas juger. Je ne connais pas précisément ses idées, son programme, et ses idéaux, mais ce que j'en entends ne me plaît pas du tout. Cela dit, c'est un pantin qu'on brandit pour que tout le monde tombe bien d'accord, ça évite de se poser des questions sur le Tibet ou le Darfour.
23) Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ?
Je ne me souviens pas. Si on parle d'une émission en live, pas un DVD, c'était il y a trop longtemps.
24) Quelles sont les 4 personnes qui doivent prendre le relais sur leur blog ?
Joséphine (si elle prend le temps)
Monsieur Jean (s'il veut bien)
JulienT (s'il quitte sa quête d'Ask)
La grande Loulou (avec éventuellement l'aide du Bouchon)

vendredi 27 octobre 2006

Mariposé

Mañana en la mañana
Estaré en un avion
Hasta España.

Mañana en la tarde
Probaré un Sangre de Toro,
O un Rioja,
Con amigos, salchicon y chorizo.

Y despues, dormiré 30 horas.
Al menos.

PS : 8 jours sans thibillets (ni mail, ni connexion, sinon aux battements de mon coeur. Le vrai grand luxe.)

mardi 24 octobre 2006

Journée Café Salé Café Sucré

Hier soir, j'ai regardé "Coffee and cigarettes" de Jim Jarmusch. Superbe film de saynettes, en noir et blanc, entre volutes de vapeur du café et volutes de fumée.
Dans un des sketches, Renée est tranquille, et le serveur arrive "voulez-vous encore du café, miss ?" et lui sert du café chaud dans sa tasse. Elle le toise languidement, et dit "j'aurais préféré que vous ne fassiez pas cela. Mon café avait juste la bonne couleur, la bonne température..."
Après que le larbin se soit retiré d'un air penaud, elle dose religieusement un peu de sucre, verse hiératiquement un peu de lait, bref, elle se refait sa mixture.
Cette journée a alterné entre les différents états : j'avais un café potable, on m'a versé un café noir et bouillant, j'ai refait mon mélange, on m'a reversé un breuvage amer dedans.
Je veux voir du côté positif : ça s'est terminé, autour d'une(s) bière(s), par une discussion de recherche avec un étudiant. Sur le papier, je n'y gagnais rien, et il y gagnait tout. Dans la réalité, j'y gagnais un moment de sucre dans ma journée de café salé.

lundi 16 octobre 2006

Short note, long run

Oui, je sais, vous n'êtes pas tous intéressés, mais pour ceux qui suivent de loin, du coin de l'oeil : 1h 58' 20" au semi-marathon d'Amsterdam. Mon meilleur temps à ce jour sur cette distance (Repentir : eh non, ce n'est pas mon meilleur temps, finalement...). Debriefing détaillé plus tard... ici.

vendredi 13 octobre 2006

Courir comme un hamster dame

(La radio marche pus, m'énerve, je voulais mettre Training montage, dans la B.O. de Rocky)

  • Demain samedi, départ avec une bande de joyeux lurons pour Amsterdam.
  • Après-demain dimanche, certains joyeux lurons courront le Marathon, d'autres (dont moi) se contenteront du semi-marathon. Reste à réviser la check-list.
  • Et dimanche soir, je pourrai enfin
    1. manger autre chose que des pâtes (1 semaine de régime)
    2. boire de la bière ou du vin (1 semaine de privation)
    3. boire du café (4 jours sans)

lundi 9 octobre 2006

Dreams, de Fleetwood Mac

Ce n'est pas un jour pour pondre un thibillet. J'ai fait une suite de rêves de fou furieux. J'ai d'abord rêvé que je devais rentrer dans la villa de mes grands-parents (il n'y a plus de villa, et je n'ai plus de grands-parents, paix à leur âme) mais des loups-garous (ou des forces venues de Vega, je ne voyais pas bien) étaient en embuscade.

J'ai donc bondi dans la forêt environnant la maison (elle a dû pousser depuis que la maison a été vendue) et je me suis fondu dans le paysage, prenant les mains des arbres et sautant de l'un à l'autre en rythme avec le vent, de telle sorte qu'on ne voyait qu'une branche qui flottait, c'est-à-dire moi. Au passage, j'ai glâné quelques disquettes dans le jardin (probablement sur mes ennemis du monde de Lyoko) et je suis arrivé par la porte du garage avec une boite de disquettes à la main.
Il y avait une grosse fête, et l'on m'a prestemment délesté de mes disquettes, mais je connais la fin du rêve : à la fin, les autres disaient "tiens, et c'est quoi finalement ces disquettes que tu avais amené ?" et je disais "je ne sais pas, je les ai trouvées dans le jardin" et ils allumaient un IBM PC XT et les regardaient, et il y avait les plans de l'Etoile Noire et ils disaient "mais c'est formidable, la Rébellion peut enfin se venger de l'Empire".

Et puis je me suis retrouvé muté à Bordeaux School of Management, et mon seul souci, c'était de faire migrer mon site web. Bordeaux était une ville nocturne, avec de grands immeubles bourgeois donnant sur des avenues désertes. C'était plus kafkaïen qu'oenologique. Je me disais "ben merde, c'est pas terrible comme mutation". Et puis j'ai zoum-zoumé.

Mais comme j'ai promis une liste des intros de pop-rock, je vais m'y atteler. D'où le titre.

vendredi 6 octobre 2006

L'évangile selon Synthol

Et le dernier jour de la semaine, il fit 3h30 de voiture, 7h de cours, et rentra en se disant "je vais ronquer comme un âne", mais voilà, il y avait encore l'aïkido pour débutants neuneus. Allez, deux heures de souffrance, et ce sera enfin le week-end.

jeudi 5 octobre 2006

Novela - La stratégie du champignon

Il y a quelques années, je commençai à travailler au siège d’une grande banque française. Fraîchement diplômé de mon école de commerce, j’appliquais un métier dont j'étais censé avoir vu les bases théoriques, je compulsais des dossiers, rédigeais des rapports, bref, je m’adaptais à une existence qui était, somme toute, prévue depuis ma naissance. Cet emploi commençait par un tour des différents services de la banque, dans lesquels je devais travailler quelques semaines, avant de rejoindre mon poste définitif. C’est ainsi que je passai un mois au département Petites et moyennes entreprises.

J’étais arrivé en phase de transition : mon chef de service quittait son poste, il en était désormais à classer ses dossiers, et, même s’il était encore présent de temps en temps, il nous avait déjà tous classés dans son passé, nous étions des (mauvais ?) souvenirs dont il avait pris son parti, voire fait son deuil. Comme cela arrive souvent dans les entreprises, la transition ne se fit pas par ajustement parfait. L’ancien chef de service quitta son siège, son bureau, et ses dossiers, mais il s’écoula un laps de temps administratif avant que le nouveau apparût. Il arriva enfin, au moment où nous nous étions tous habitués à vivre sans tutelle. Il s’appelait Pierre Pilani. Les premiers jours, les premières semaines d’une prise de fonction sont souvent l’occasion de remettre les compteurs à zéro : on s’observe, on se jauge, et comme l’on fait avec un cheval pour la première fois, on sait que c’est dans les premiers instants qu’on impose sa marque. Dès ces premiers instants, je n’ai pas aimé Pierre Pilani. L’ancien chef était respecté, car il puisait sa compétence dans un puits semblait-il sans fond d’anecdotes, de souvenirs, de pratiques. Il connaissait les ombres derrière les ombres, savait ce qu’il fallait lire entre les lignes, savait même lire quand il n’y avait pas de lignes, bref, il appartenait depuis si longtemps à La Maison que la maison lui appartenait.

Pierre Pilani, lui, ne tirait sa légitimité que de son titre, à peine peint sur la porte, et qu'il portait déjà comme d'autres arborent une tache rouge au revers de leur veste. Nous savions qu’il avait des choses à apprendre, il feignait de l’ignorer. Je le classai très rapidement dans la catégorie des « petits messieurs » : sans brillant, sans intelligence, mais d’autant plus exigeant, avec parfois cette méchanceté mesquine de ceux qui se sentent d’un niveau hiérarchique supérieur. Nous nous sentions sous ses ordres, mais il n’était pas notre chef. Mon opinion acheva de se former le jour où je l'entendis insister lourdement sur « le choix qu'il avait dans la date ». Qu'il utilisât cette contrepèterie éculée était peut-être pardonnable, mais son attitude à cette occasion, celle d'un cancre qui ricane au dernier rang, achevait de le rendre petit à mes yeux.

A peine arrivé depuis deux semaines dans notre service, il partit en vacances. Il s'agissait de solder un reliquat pointilleusement calculé par la direction des ressources humaines, faute de quoi ces vacances seraient perdues. J'eus l'impression que, si Pilani avait refusé de solder ce compte un peu particulier, tous les plannings, ordonnancements, budgets des ressources humaines en auraient été bouleversés, voire que tout le système en aurait été bloqué. Mais Pilani n'était pas un aventurier, il tenait à son gain, il solda (la période des soldes n’offre-t-elle pas des biens au rabais ?) et partit pour une semaine. Nous reprimes donc pour quelque temps notre liberté de ton et d'attitudes, en attendant que "Pilonné" revînt.

Le jeune embauché fait toujours du zèle au début. Là où mes collègues, blanchis sous le harnais, partaient quand il fallait partir, je restais travailler encore un peu : ils ne me faisaient pas de remarque, c'était normal, ils le savaient, le jeune embauché fait toujours du zèle au début. Cela explique que j'aie été seul quand le téléphone a sonné : il était midi vingt, mes collègues étaient déjà descendus déjeuner dans le quartier, et je devais les rejoindre « dès que j'aurai terminé ce dossier ». Au bout de quelques minutes, j’entendis le téléphone de Pilani sonner. Je laissai sonner. La sonnerie s’arrêta, puis le téléphone de mon collègue Cirrus prit le relais. Visiblement, quelqu’un essayait de joindre notre service. N’ayant pas pour Cirrus les mêmes préventions que pour Pilani, je décrochai. Une dame de la direction informatique s'inquiétait d'un certain questionnaire qu'elle avait fait passer à notre chef, et que celui-ci n'avait pas renvoyé à temps, la date d'échéance étant dépassée de deux jours. Je lui appris que Pilani soldait ses vacances et qu'il serait de retour la semaine suivante. Mais il y avait urgence : cette dame me pria de voir si, par chance, ce questionnaire ne se trouverait pas dans la corbeille « départ » sur son bureau. La fouille du bureau d'un collègue diffère suivant que ce collègue est notre égal ou notre supérieur hiérarchique. Quel que soit son poste, on est certes toujours déçu : on trouve un fouillis, quelques fragments de vie souvent dérisoires, quelques mesquineries parfois. Mais autant, pour un égal, on fait preuve d'indulgence, autant juge-t-on sévèrement les faiblesses d'un supérieur, surtout si l'on ne l'apprécie pas. Le bureau de Pilani était peu ordonné, des piles de documents étaient posées sans ordre apparent, et ne seraient bougées, je le sentais, que d'ici quelques années, quand Pilani serait appelé à d'autres fonctions. Les tiroirs contenaient le lot habituel d'enveloppes, d'agrafeuses volées, et de paquets de post-it tous entamés (alors que les boites à disquettes étaient encore toutes sous cellophane).

La recherche fut rapide, exhaustive, dépassionnée : je cherchais un questionnaire et ne le trouvai pas. J'en avisai mon interlocutrice d'une voix plate. Elle me demanda (l'espoir fait vivre) de continuer à chercher et de la rappeler en cas de succès. Je m'exécutai, tout en me disant que je n'allais pas passer mon heure de déjeuner à courir après les insuffisances de Pilani, et que cinq minutes de recherche supplémentaire constitueraient un maximum syndical. Je m'avisai que cet homme, malgré le peu d'estime que je lui portais, avait peut-être eu un comportement rationnel : celui de placer le questionnaire dans son agenda, au jour de la date limite, pour ne pas l'oublier. Il ne s'y trouvait pas, constatai-je avec un ricanement. En revanche, tout à la fin de l'agenda, contre la couverture, je trouvai un petit cahier d'écolier. Je ne bondis pas sur cet objet : je cherchais un questionnaire, pas les dessins des enfants de Pilani (car je savais que l'homme s'était reproduit par deux fois). Aussi, c'est machinalement que j'ouvris ce cahier à la première page.

Je suis persuadé, encore aujourd'hui, que ce n'était pas par curiosité malsaine : la page eût-elle été blanche, ou constellée de dessins enfantins, que j'aurais abandonné là mes investigations. Mais la première page n'était pas blanche, et nul dessin ne l'ornementait. Une seule phrase était écrite, et cette phrase était un titre : "La stratégie du champignon". J'étais malgré tout extrêmement méfiant, distant : je ne suis pas de ceux qui fouillent à tout prix, et la personnalité de Pilani ne m'intéressait aucunement. Mais ce titre détonnait par rapport à l'image monolithique que je m'étais faite de l'homme. La seconde page contenait juste une citation entre guillemets, et la mention de son auteur. Je lus ces mots avec surprise : "Je ne te tiens pas. Mes mains depuis très très longtemps se sont promis de ne jamais tenir", Rainer Maria Rilke. Malgré moi, je souris intérieurement : c'était l'époque où je venais de découvrir les Lettres à un jeune poète, et cela m'amusa de penser que Pilani, cet homme dont j'avais cru cerner la personnalité, lisait en fait du Rilke, et avait visiblement écrit un recueil de poèmes intitulé "La stratégie du champignon" : j’imaginais plus assis devant un match de football à la télévision que penché sur une feuille blanche. L'anecdote était amusante, et je me gourmandai de mes jugements à l'emporte-pièce, même si mon estime pour l'homme ne changeait pas : Pilani était simplement un peu moins monolithique que je n'avais voulu le croire. Encore une fois, malgré ma méfiance, je tournai la page, probablement pour pouvoir constater qu'il n'écrivait que des vers de mirliton, et ne l'en mépriser que plus (ceux qui croient qu'ils peuvent facilement passer du rôle de spectateur passif à celui d'artiste, ceux qui, sans éprouver les scrupules de l'humilité, veulent s'essayer à l'art, ceux-là sont des veaux). Sur la page suivante commençait un texte en prose, de l'écriture serrée de Pilani : « Je voudrais parler d'un homme, Pierre P., qui m'est très familier, mais qui me devient étranger. Il était rêveur, il avait des enthousiasmes de gamin, et il est en train de devenir un bureaucrate grisâtre, avec son petit chapeau, avec sa petite auto (ce n'est que quelques années plus tard que je découvris la chanson de Jacques Brel qui était citée ici). Je voudrais comprendre, car savoir qui est vraiment ce Pierre P., c'est essayer de répondre à mes doutes. La question reste, inquiétante : est-ce que sa vie, aujourd'hui, est la Vraie Vie, et ses rêves passés ne sont que des fumées ? S'est-il menti, à lui-même et aux autres ? Est-ce cela, la maturité ? Mais alors, ces rêves, ces enthousiasmes ? »

Le style de Pilani me plut. Avec distanciation, il semblait analyser ses illusions perdues avec la passion froide qu'aurait un entomologiste à disséquer un criquet. Et pourtant, on sentait un regret, une insatisfaction : il se rendait compte, et avait essayé, par ce cahier, de rassembler les morceaux de son être. L’ensemble me fit une forte impression, dans sa terrible lucidité.

Je refermai le cahier, après avoir rapidement compulsé les pages suivantes : la même écriture serrée remplissait des pages et des pages. J'étais dans une position gênante. A tout moment quelqu'un pouvait surgir et me surprendre dans la lecture de ce journal intime qui n'était pas le mien. En attendant de discipliner mes pensées, je replaçai donc le cahier à sa place, rangeai le tout, puis retournai à mon bureau où, d'un bref appel téléphonique, j'annonçai l'insuccès de ma recherche. Rejoignant mes collègues, je déjeunai rapidement. Comme d'habitude, on brocarda "Pilonné", mais je ne me joignis pas au concert : même si l’esprit potache de mes collègues m'amusait, je n'aimais habituellement pas trop y participer. Et désormais, j'aurais eu du scrupule à poignarder un homme qui citait du Rilke.

L’après-midi se passa de façon classique. Penché sur mes dossiers, je me rendais compte pour la première fois que, derrière la prose impersonnelle des analyses, se trouvaient des hommes qui avaient écrit ces rapports et qui, peut-être, serraient un cahier d’écolier dans le tiroir supérieur droit de leur bureau. Le soir vint, et un à un, mes collègues nous quittèrent en nous disant bonsoir. J’attendis que le dernier fut parti, et que les ascenseurs aient absorbé les salariés des autres services. Puis, dans cette ville fantôme, je rejoignis le bureau de Pilani. Je pris le cahier, le dissimulai au milieu d’un dossier que j’avais emporté, et allai à la photocopieuse. En dix minutes, je disposais d’une copie intégrale du cahier. Je mis l’ensemble des copies dans une chemise cartonnée, allai remettre le cahier dans l’agenda de Pilani, et quittai enfin la banque avec la copie sous le bras. Sur le chemin vers la sortie, je croisai les équipes du ménage qui nettoyaient les lieux.

Je mis un point d’honneur à ne pas ouvrir la chemise à la va-vite, que ce soit dans le métro vespéral ou en arrivant chez moi. Je voulais que la nuit se soit déjà bien installée pour me retrouver en tête-à-tête avec Pilani. Je voulais accorder de l’attention à chaque mot. C’était la première fois – et pour l’instant, la seule fois de ma vie – que j’avais accès à un journal intime, et je n’entendais pas gâcher cette expérience. (A aucun moment je n’ai éprouvé du remords, ou n’ai eu des scrupules, à lire, puis copier ces pages qui ne m’étaient pas destinées. Peut-être est-ce mon absence de respect pour Pilani qui m’avait dédouané. Je crois plutôt que j’ai su dès le départ que cette occasion de lire la pensée d’un autre ne se renouvellerait pas de sitôt, et j’avais agi en conséquence.)

Je commençai ma lecture tard dans la soirée, à l’heure où la ville ne laisse plus filtrer qu’une rumeur lointaine. Je me rendis compte que, dans ma fébrilité de photocopie, j’avais sauté une double page au début du cahier, visiblement la fin de l’introduction que j’avais lue. Mais le sens général était néanmoins très clair, car tout de suite après cette double page manquante commençait l’essai qui avait pour titre « La stratégie du champignon ». Sous ce titre, le cahier se livrait en fait à une analyse, fine et désabusée, de la fausseté des valeurs sociales « traditionnelles » (il contestait le mariage, en citant « la non demande en mariage » de Brassens, revenait sur l’illusion d’ « avoir une situation », et plus globalement, se montrait extrêmement peu matérialiste et détaché des conventions et contraintes de notre société). J’allais de surprise en surprise. J’avais cru tomber sur un recueil de poèmes, puis un journal intime, c’était plutôt un essai, où se révélait une personnalité extrêmement sensible, éprise d’idéal, en lutte perpétuelle avec sa vie. Et même si les allusions à sa vie de famille étaient discrètes (ma famille, mes proches), on sentait un désaccord d’autant plus complet qu’il avait toujours été dissimulé.

L’essai démarrait vraiment avec une locution mentionnée dans le Littré (« On dit d’un enfant qui grandit vite, il vient comme un champignon »), dont l’auteur avait adapté la vision à nos vies entières. Il estimait que nos convenances, nos valeurs, nos schémas de pensée, sont imprimés en nous depuis la tendre enfance, et comparait le développement d’une personnalité à celui d’un champignon : « Le jeune enfant est égocentré, il reçoit sans rien donner en échange, comme un champignon parasite, qui se nourrit de l’organisme qui le porte sans offrir de contrepartie. Il ne voit pas la patience de sa mère, la tolérance de ses proches, et – par dessus tout – l’amour dont il est entouré, dans lequel il baigne. Il n’a comme seul point de référence que sa propre personnalité, résolument tenace, obstinée, orientée vers la satisfaction de ses besoins. L’enfant n’écoute pas les autres, car les autres n’existent pas, il pousse égoïstement vers la lumière, si tant est qu’il sache ce qu’est la lumière qu’il cherche. » Un parallèle, non mentionné, à peine évoqué, soulignait qu’il en était de même pour un amour encore jeune, qui vient de naître, ou un amour entre jeunes, qui n’ont pas encore l’expérience, ou les désillusions de l’amour. Un amour jeune, ou un amour de jeunes, peut facilement tomber dans le même travers parasite, où chacun n’est à l’écoute que de son propre cœur. Puis, « L’organisme continue à se développer selon ce schéma de pensée, mais le corps dont il se nourrissait (ses parents, sa cellule familiale) s’estompe. Il aspire à autre chose, prend ce qu’il croit être une indépendance alors qu’il ne fait qu’embrasser une solitude, il se greffe finalement sur la société entière, c’est-à-dire sur rien. En cela, il devient semblable au champignon saprophyte, qui se nourrit d’un corps mort. Et la plupart des adultes deviennent des saprophytes, englués dans leurs amours, leurs obligations, leurs renoncements. La meilleure prison est celle que nous nous sommes bâtie patiemment». S’ensuivait une nouvelle digression sur le mariage, perçu comme un accomplissement, un achèvement, plutôt que comme un point de départ. On peut s’interroger sur ce qu’il restait après cette étape, si définitive. Les enfants ? Mais c’était le même cercle qui recommençait, une antienne bouddhiste affirmant qu’il faut expier des vies antérieures en pratiquant le renoncement volontaire et l’aide aux autres. Et les enfants seraient à leur tour condamnés à vivre la même évolution champignonnesque.

La conclusion de l’essai offrait une note qui se voulait un peu plus optimiste : « Enfin, à l’âge de la sagesse (mais n’est-ce pas aussi l’âge des renoncements ?), on peut apprendre à vivre et à partager, comme le champignon symbiotique, qui se nourrit d’un autre organisme tout en lui offrant des minéraux, ou une protection, en contrepartie. La réelle symbiose, ce n’est pas l’équilibre parfait, où chacun reçoit autant qu’il donne : cette situation-là, ce n’est que de la comptabilité. La symbiose, c’est l’état où chacun est en équilibre, où chacun vit par l’autre et pour l’autre. Je peux vivre en symbiose avec toi, même si tu ne me consacres qu’un dixième de ton temps. Le temps restant, tu le consacres à ta famille, et moi, à ma liberté. » Encore une fois, était souligné le parallèle avec l’évolution de l’amour dans un couple, même si cette évolution était associée à l’âge des renoncements, voire la vieillesse.

Le cahier se finissait ainsi, et je compris enfin. Je feuilletai à nouveau les premières pages, m’attardai notamment sur le vide laissé par la double page manquante, qui contenait probablement la conclusion de ma mystification. Je dormis peu cette nuit-là, et me trouvai le lendemain matin tôt au bureau. Mais un collègue était déjà présent au travail, puis je dus partir en rendez-vous à l’extérieur. Je revins au bureau après le déjeuner, et la journée s’écoula sans m’en laisser un souvenir marquant. Je restai tard, mes collègues quittèrent un à un notre bureau, mais un autre service était en période de bouclage d’une affaire importante, et ce n’était qu’allées et venues dans le couloir. Quand je vis arriver l’équipe du nettoyage, je saisis ma veste et rentrai lentement à pied chez moi.

Ce ne fut que le lendemain soir que je pus accéder au cahier. Je photocopiai la double page manquante sans la regarder. A la nuit tombée, chez moi, je rassemblai sans difficulté le puzzle. « Je voudrais parler d'un homme, Pierre P., qui m'est très familier, mais qui me devient étranger. Il était rêveur, il avait des enthousiasmes de gamin, et il est en train de devenir un bureaucrate grisâtre, avec son petit chapeau, avec sa petite auto. Je voudrais comprendre, car savoir qui est vraiment ce Pierre P., c'est essayer de répondre à mes doutes. La question reste, inquiétante : est-ce que sa vie, aujourd'hui, est la Vraie Vie, et ses rêves passés ne sont que des fumées ? S'est-il menti, à lui-même et aux autres ? Est-ce cela, la maturité ? Mais alors, ces rêves, ces enthousiasmes ?

J’ai rencontré Pierre lors d’un cocktail à la mairie. Il m’avait plu par son humour, son côté charmeur, et nous avions échangé nos numéros de téléphone, lui ne me donnant que celui de son bureau. Nous nous sommes revus pendant des mois, il était insouciant, même s’il me confiait que sa vie de famille – sa femme, ses deux enfants – lui pesait et qu’il cherchait une autre qualité de vie. Nous fumes amants, je fus amoureuse. Puis vint le temps des doutes, il annulait nos rendez-vous et éludait mes questions sur sa vie et ses projets de tout changer. Jusqu’à ce rendez-vous Place du Châtelet, il y a un mois. Il avait déjà annulé deux rendez-vous précédents, prétextant une surcharge de travail. J’attendis une heure dans la nuit tombante, puis m’en allai, en souriant tristement à une autre femme qui, elle aussi, attendait quelqu’un depuis longtemps. Elle resta dans l’obscurité, sur cette place, tandis que je partais. « Quel manque d’élégance », soupirais-je, « quel manque d’élégance ».

Depuis, ta secrétaire me dit que tu es en rendez-vous, ou injoignable, et je ne laisse pas de message. Je te comprends, Pierre, et je t’envoie ce cahier pour que tu essaies de me comprendre aussi. Et je ne t’appellerai plus, ne t’inquiète pas.

Dès le début, je m’en rends compte, j’avais jugé ta personnalité, tes choix d’existence, mais tu trouvais toujours une explication, une manière de me rassurer. Aujourd’hui, je reste seule, et te laisse à ta vie. J’ai rencontré d’autres hommes depuis, un qui m’emmène dans un hôtel et remonte ma jupe, un autre dans un café à qui je ne laisse que ma main. Et toi, tu es libre, tu l’as toujours été, je n’ai jamais souhaité te tenir. »

Puis commençait l’essai que j’avais lu. L’écriture, que j’avais prise pour celle de Pilani, était plus ample, et j’en vins à me demander comment j’avais pu les confondre.

Quelques jours plus tard, Pilani revenait de vacances, mais je ne le revis jamais : j’avais été affecté à mon nouveau poste. Je quittai la banque deux ans plus tard, en laissant tous mes dossiers rangés sur mon bureau pour mon successeur.






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jeudi 28 septembre 2006

Tartine et chaussettes

Je n'ai que 20 mn pour pondre un thibillet, ce n'est pas faute d'idées, mais de temps (air connu). Dans ma liste de pré-idées de thibillets, je sélectionne sans souci celui que j'ai intitulé Monsieur jean + chaussettes et tartine (c'est un nom de code de développeur interne - comme Longhorn - en attendant la version release candidate - comme Vista - qui elle même deviendra la version 1.0 - comme Mandriva ou Debian).

Je sens que ça va être long, j'essaie de synthétiser. Monsieur Jean a des états d'âme. Ou plutôt, il modélise la journée de merde, celle où tout rate. Bien. Après lecture, cela m'évoquait deux idées : Fred Vargas et la loi de Murphy.
  1. Fred Vargas. Dans Pars vite et reviens tard, l'auteur livre sa pensée dès le début du livre : quand ça merde, quand les choses se révoltent contre toi, sois humble, ne t'énerve pas, paie ton tribut. Oui, cela va te mettre en retard, mais c'est cela aussi, payer son tribut. Pour plus d'infos, lisez le livre, vous n'aurez pas perdu votre temps.
  2. La loi de Murphy. Yog en a parlé, et je voulais ajouter un commentaire, et puis vous savez ce que c'est , la loi de Murphy joue à plein, et hop, c'est oublié. Or, j'ai traduit, quand j'étais jeune, un article scientifique sur la loi de la tartine beurrée. Je vous livre l'adresse ici, c'est un bonheur de lecture. (oui, je sais, ma page a disparu entre temps, mais qui sommes-nous, pour nous proclamer au-dessus de la loi de Murphy ?)
Après, c'est une question de lien neuronal : le même auteur a aussi rédigé à l'époque, un article sur "Pourquoi a-t-on autant de chaussettes solitaires dans nos tiroirs ?". Ce qui fait sonner une autre cloche :
  1. Monsieur Jean en a parlé ici
  2. J'en vis moi-même les âffres, puisqu'au dernier recensement, mon tiroir contenait 18 chaussettes solitaires, pour 4 couples de chaussettes appariées
Bref, la philosophie de tout cela, c'est peut-être Joséphine qui la donne : jouer le détachement, seule manière d'atteindre le nirvâna. Et pour ceux qui se demanderaient comment j'ai réussi à lier les tartines et les chaussettes : en argot, un "coup de tartine", c'est un coup de pied...

mardi 26 septembre 2006

Neuneuil

Il y en a qui célèbrent leur alliance contre nature avec des motocyclettes (mais n'est-ce pas ce que prône Robert Pirsig dans Zen and the art of motorcycle maintenance ?), je veux rendre hommage à mon investissement à moi : mes yeux.
Je vous la fais aussi courte que ma vue était basse :
  • Rendez-vous de ce matin avec mon ophtalmo, pour tirer les leçons de l'opération des yeux que j'ai subie il y a un an et quelque.
  • Moi : "Euh, rappelez-moi, quelle était ma vue, sans correction, avant l'opération ?" Lui, professionnel, donc informatisé : "Oeil droit (l'astigmate) : 1,5 / 10, oeil gauche (le myope) : 1 /10. Autant dire que vous étiez une taupe derrière le rideau de fer, comme dirait Ludlum !"
  • Moi : "Et maintenant, sympathique charcuteur, où en suis-je, toujours sans correction ?" Lui, professionnel, donc équipé de trucs qui balancent des lumières aveuglantes dans le fond de l'oeil : "Oeil droit (l'astigmate) : 9,5 / 10, oeil gauche (le myope) : 10,5 /10. C'est pas pour me vanter, mais t'as de beaux yeux, tu sais !"
Je sais que cette opération n'est que physique, et que ma clairvoyance sur les êtres humains, les jeunes filles et femmes en particulier, n'aura pas été améliorée. Je n'ai pas trop d'illusions sur ce point. Mais je suis bien content quand même.