Blogthib, ou thibierge.flou

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

mercredi 13 décembre 2006

Spim Spam Spoum

Sans y passer des heures, la lecture des spams est instructive. D'abord parce qu'elle permet de savoir quels sont les secteurs dynamiques sur Internet, les business models qui marchent. Et là je vous réponds tout de suite, c'est l'assurance auto et la vente de médicaments de toute sorte, point, même les 3615 Ulla tendent à se raréfier, le big business model, le coeur de cible, c'est l'aumobiliste avec malus qui a besoin de médicaments (de toutes sortes...)
L'autre information qu'apportent les spams, c'est une meilleure compréhension de la langue anglaise, qui est en même temps imagée, poétique, mais surtout, parfaitement adaptée à des phrases courtes, percutantes (c'est-à-dire, l'idéal pour un sujet de message, ou de commentaire.)
Démonstration de cette puissance poétique :



Il n'y a pas à dire, je reste admiratif. Non pas tant devant la promesse, à laquelle je crois peu. Mais devant l'inventivité poétique. A tel point que j'ai du mal à traduire en termes aussi imagés. Je m'y essaie néanmoins, mais si quelqu'un peut m'aider (à traduire, hein, pour le reste, je me débrouillerai) :
  • nous pouvons doubler la taille de votre, ça c'est la partie facile, mais après :
    • bâton de bélier ?
    • manche de ramoneur ?
    • boute-en-train ?
    • tige de piston ?
Aidez-moi, je sens que ça va me titiller toute la nuit...

mardi 12 décembre 2006

Oxymore, give me more

Je trouve le slogan « la rupture tranquille » d'une grande stupidité. Un oxymore est censé créer une surprise poétique (« un silence assourdissant » comme le propose wikipédia), et non pas une opposition de premier degré. Dans la veine de ce slogan, je propose :
  • l'incendie débonnaire
  • le changement stable
  • la progression conservatrice
  • le surmédiatisé pudique
Vous l'aurez compris, je me refuse à traiter de politique dans ces pages. En revanche, les aberrations de langage (pire : de sens), fût-ce au nom de la créativité, m'insupportent. J'y vois, dans ce cas, un mélange à parts égales entre une inculture chic, et la volonté démagogique de réconcilier tous les électeurs. Tiens, puisque le discours sécuritaire fait florès, et que d'autre part, tout(e) bon(ne) candidat(e) se doit d'avoir des idées sociales, je propose le slogan absolu (qui est bien entendu un oxymore) :
  • la sécurité sociale.

mardi 26 septembre 2006

Livre (re) lu - Erri De Luca : Montedidio

J'en ai déjà donné une citation, et en plus c'est un livre que je relis, alors que j'ai 4 livres lus à commenter, mais Montedidio, d'Erri De Luca (Gallimard, 2002, 208 p.) est une merveille.
L'auteur est étonnant : c'est un manuel, un ouvrier, qui a tour à tour été jardinier (son premier roman connu, Trois chevaux, contient probablement une part autobiographique), chauffeur routier, menuisier. Par ailleurs, c'est un homme profond, très sensible, qui rabote doucement ses phrases pour leur donner un poli intemporel. On n'est pas loin de la Bible. On n'en est tellement pas loin qu'il passe son temps (dans d'autres livres) à commenter des textes en hébreu ancien, langue qu'il apprend doucement, avec humilité et ténacité. C'est donc un homme étonnant, exceptionnel.
Montedidio, c'est un faubourg de Naples vu par les yeux d'un enfant qui devient un homme en 200 pages. Par les yeux, et l'écriture de l'enfant, on voit tout un monde, une famille, un immeuble, un quartier, une langue (l'italien) et un dialecte (le napolitain).
A midi, je m'aperçois qu'une plume est tombée sous la caisse de Rafaniello, je la ramasse, elle est légère, dans ma paume je ne la sens pas. Don Rafaniè, celle-là, je la "tiens" en souvenir de vous. "Tu as raison de dire tenir au lieu de garder. Garder est présomptueux, en revanche tenir sait bien qu'aujourd'hui il tient et demain qui sait s'il tiendra encore. Tiens la plume en souvenir".
Erri De Luca, Montedidio, Gallimard, 2002, p. 125.
Cette citation m'a fait penser à une citation de Rainer Maria Rilke. Si j'en ai le courage, je vous posterai une nouvelle autobiographique sur ce sujet.

Correspondances : j'avais déjà établi une correspondance avec Gustav Meyrink, il y a aussi du Jean Giono dans cet écrivain, ce côté poète ouvrier qui rend sa noblesse à l'ouvrier (encore mieux, l'artisan), le Giono glaiseux, âpre, face au vent, qui réserve ses mots pour mieux les cristalliser.

Et peut-être le plus beau compliment que je puisse faire à un écrivain : quand j'ai envie de me laver de ma journée, je lis du Erri De Luca.

mardi 19 septembre 2006

200ème billet - Batanas et Ubuntus

Pour fêter ce 200ème billet (et je ne compte plus vos commentaires, notamment tous ces sympathiques vendeurs de Viagra), voici un compte-rendu, je l'espère exhaustif, des batanas et ubuntus répertoriés à ce jour. C'est cliquable (cliquez sur les pitites croix grises), mis à jour régulièrement, et en méta lien dans la colonne de gauche. Bref, du web 2.0 (je ne sais pas ce que ça signifie, mais c'en est, c'est sûr !)
Les derniers ajouts sont en bleu.

Batanas et Ubuntus All + All -

Batanas et Ubuntus

lundi 18 septembre 2006

Blogana - Filoguer

Ce n'est pas vraiment une batana, mais assurément, elle peut appartenir à la catégorie "blogueurs".

Filoguer : v.t. Le fait de faire quelque chose nous fait penser qu'on devrait faire autre chose. Par exemple, quand on écrit un billet de blog, on pense à deux ou trois autres billets à écrire. Quant on fait une liste de courses, on pense qu'il faut étendre la lessive. Quand on se mêle de faire la cuisine, il faut d'abord ranger le lave-vaisselle.

On n'est pas loin du zapping.

lundi 28 août 2006

Batana Republic

Je constate que mes batanas font des émules (non, pas e-Mule) : Da Flan s'y est collé, sans wouiner.

Etant sûr qu'à cette seconde, des zillions de blogs reprennent le flambeau, et que les batanas fleurissent sur la toile comme les oeufs de l'Epeire Diadème dans mon jardin, je m'attaque à une autre rubrique. J'avais une idée, mais pas le mot. Grâce à l'aide de Monsieur Jean, j'ai désormais un mot pour cette bénédiction de fin d'après-midi : la Vespéridienne. Mais il me manque désormais un nom générique, un nom de rubrique.

Je ne suis pas clair, je sais, alors je récapitule : c'est bien de nommer les tracas quotidiens, mais j'aimerais aussi circonscrire les petits bonheurs. J'en ai déjà un, la Vespéridienne. Mais comment nommer ces anti-batanas ?

Je propose (sans être vraiment satisfait) :
  • Solarisettes
  • Minuspuces
  • Tatianas
(j'aime bien Tatiana). Des idées ?

mardi 4 juillet 2006

Petits bonheurs

J'avais mentionné dans un précédent billet (2ème paragraphe) le fait que, nonobstant les sujets sérieux sur lesquels j'écris, je prends plaisir à émailler mes doctes ouvrages d'une pointe de poésie.
Allant déposer un de mes ouvrages dans de blanches mains, j'ai pris à partie quelques auditeurs débonnaires et compatissants pour leur asséner le conseil de la page 235 :
Surtout n'essayez pas d'utiliser le CMPC à des fins pratiques avant le chapitre 17, sinon vous partirez dans le mur comme des poulpes survitaminés.
Moi ça me fait rire. N'est-ce pas la preuve de l'autarcie la plus complète ? Pour un peu, le bonheur ne serait pas loin...

Batana - Schraker

Voici la Batana du jour.

Schraker (ou chraker) : v.t. Serrer une main en saisissant uniquement les doigts et en pressant fort.
Par extension : interrompre une conversation ou une histoire parce qu'on avait une idée et que ça ne pouvait attendre. Substantif : une schraka (ou chraka), comme dans "quel glaviot, il m'a encore servi sa schraka !"

lundi 3 juillet 2006

Blaise et l'obèse sont à l'aise dans un bâteau

Mon éditeuse favorite me proposait d'écrire un jour un billet sur les dictionnaires. Je l'avais appelée donzelle, elle en avait retenu la connotation péjorative et de là, elle me conseilla de vérifier dans différents types de dictionnaires. Hélas, je n'ai qu'un type de dictionnaire à la maison, le Littré. Heureusement, il existe le Trésor de la Langue Française Informatisé.
Le premier nous dit :

Donzelle :
  1. Fille ou femme de distinction (cet emploi est tombé en désuétude) ;
  2. Fille ou femme dont on parle très familièrement ;
  3. Fille ou femme dont on parle légèrement, d'un ton de mépris ;
  4. Nom vulgaire d'un poisson, l'ophidie barbue, dite aussi demoiselle.
Le second parle ainsi :

Donzelle :
  1. Rare et vieilli
    • Sans nuance péj. Jeune fille.
    • P. ext. Fille ou femme à l'allure ou à la tenue équivoque, de mœurs légères.
    • Usuel, fam. et par dénigrement. Jeune fille ou femme prétentieuse et ridicule.
    • En partic., souvent pour indiquer péjorativement un comportement naïf dans le domaine sentimental.
Les deux dictionnaires ne se contredisent pas, ils ont même des sens communs, mais on ne peut parler d'identité de sens. Certes, mon Littré date de 1873, et la langue évolue, mais la différence est notable.

Un autre domaine où l'ancien est battu par le neuf : les ouvrages de grands auteurs. En réaction à un commentaire de l'Obèse ascète, je suis allé chercher dans Les Pensées de Pascal l'origine d'une pensée. Hélas, dans mes deux exemplaires (Firmin-Didot, 1873, et Garnier Frères, sans date, mais après 1844), impossible de la retrouver. Je fais confiance à mon obèse contradicteur, d'autant plus qu'une recherche gougueule me donne le numéro « moderne » de la pensée (593), tel qu'il me l'avait indiqué. J'ai beau me fonder sur différents sites web, indiquant différentes parties de l'ouvrage, je ne trouve pas. J'en déduis que mes deux éditions sont
  1. incomplètes, ou
  2. ordonnées différemment.
Ce n'est pas dramatique, c'est juste fastidieux. Par exemple, dans le Garnier Frères, la pensée qui commence par « César étoit trop vieux, ce me semble, pour s'aller amuser à conquérir le monde » est numérotée 29, au chapitre IX, tandis qu'elle porte le numéro 47, chapitre XXV, dans le Firmin-Didot. Vous me direz : qu'importe l'ordre des billes, du moment que le sac est plein. Certes, mais j'intuite grave qu'en sus d'un classement différent, chaque éditeur a aussi sombrement coupé dans son édition.
A qui faire confiance, donc, si des margoulins massicotent à tout-va dans les pensées des auteurs ?
Mise à jour : tous les éditeurs ne sont pas des margoulins. Mon éditeuse est érudite (enfin, elle sait se servir de Glougl...) et me signale que ce problème des éditions des Pensées est récurrent, et connu, tout ça à cause de ce fichu Pascal qui savait pas utiliser une agrapheuse. Plus d'infos ici. Fin de Mise à jour.

Enfin, quelques consolations : cette recherche nocturne et opiniâtre m'a permis de découvrir quelques pensées, et l'envie de lire l'ouvrage entier pour y glâner des trucs que je mettrai en exergue de mes prochains livres (ça fait vendre à mort, le pékin se dit « wahou, il a trouvé sur Goog'l , c'est un techno-beauf »).
J'ai notamment trouvé l'origine d'une expression que j'attribuais – à tort – à Victorugo :
Condition de l'homme : inconstance, ennui, inquiétude. Qui voudra connaître à plein la vanité de l'homme, n'a qu'à considérer les causes et effets de l'amour. La cause en est un je ne sais quoi (Corneille) ; et les effets en sont effroyables. Ce je ne sais quoi, si peu de choses qu'on ne saurait le reconnaître, remue toute la terre, les princes, les armées, le monde entier. Si le nez de Cléopâtre eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé.
Pascal, Pensées, Première partie, article IX, XLVI, Firmin-Didot, 1873, p. 105.

mardi 27 juin 2006

Batana - Pleuper

Voici une nouvelle Batana, elle n'est pas courante, mais comme elle m'arrive systématiquement, à moi, elle mérité d'accéder à l'existence.

Pleuper : v.t. Dans une cuisine équipée d'une hotte-qui-se-déclenche-automatiquement-aux-mauvaises-odeurs, déclencher systématiquement la hotte quand on passe à côté.

J'ai beau me laver, éviter de me lotionner au Pétrole Hahn, ou me maintenir à distance de la hotte les lendemains de biture, rien n'y fait : je pleupe.

lundi 26 juin 2006

G3, ou Le Grand Google Game, ou rien ne sert d'avoir un chateau si on n'est pas brillant

Cet ultime vendredi, une amie éditrice m'inclut dans son Grand Jeu, dont le (la) gagnant(e) se verra offrir un livre. Le gagnant, c'est moi, bien que je n'aie pas trouvé la réponse.

Je vous retranscris des parties de son mail, expliquant les règles du jeu :
Les éditions V*** publient désormais de temps en temps des ouvrages traduits de l'américain. Dans un livre à venir, l'auteur a mis en exergue d'un chapitre une citation de Chateaubriand. En anglais. Sans la référence. Juste : "François Auguste René Chateaubriand" (c'est un nom français, ça fait bien, en plus c'est un long nom, ça fait très très bien, mais faut pas exagérer, rajouter la particule, ce serait trop : trop français, trop long ? non ça n'irait pas).
Le Grand Jeu consistait donc à retrouver la citation originale dans l'oeuvre de Chateaubriand, avec cette précision diabolique :
Je précise d'emblée aux petits malins que j'ai déjà fait quelques recherches google. En anglais, on tombe sur quelques milliards de blogs, dans la rubrique "mes citations préférées". En français sur quelques morceaux de phrase, cela ne donne rien, mais je n'ai peut-être pas tout essayé (ou mal traduit).

Et voici donc la citation : "A master in the art of living draws no sharp distinction between his work and his play, his labor and his leisure, his mind and his body, his education and his recreation. He hardly knows which is which. He simply pursues his vision of excellence through whatever he is doing and leaves others to determine whether he is working or playing. To himself, he always seems to be doing both."
Je me suis dit « Jojo, ceci est un travail pour toi ». Et partant de ces maigres indices, je me suis dit que c'était l'affaire de quelques minutes. Las ! J'y ai passé une bonne heure, mais c'était rentable pour
  1. gagner un livre
  2. river son clou à l'éditeuse amie
  3. et à tous les protagonistes de ce concours stupide
1ère étape : procéder en pensée latérale, aller là où l'ennemi ne nous attend pas

N'importe quel bourrin se ruera sur son Google favori, et tapera des mots-clés ineptes (« Grand Jeu éditeuse », ou « Tournedos » par exemple). J'ai décidé de ne pas être bourrin, mais superbement subtil. Je sais qu'il existe plusieurs lieux sur la Toile où se trouvent les textes des plus grands auteurs, en texte intégral. Il y a par exemple ABU, Gallica, ou encore le projet Gutenberg. Je me suis rendu dans ces endroits, et ai fait des recherches dans les oeuvres. J'ai commencé par Les mémoires d'outre-tombe (hélas incomplètes - en ligne - pour l'instant), et je cherchais les mots « maître » ou « art de vivre ». Rien. Nib de nib. Mais la latéralité a du bon, car j'ai appris des choses : l'ami Chateau parle beaucoup de ses maîtres, et dans sa correspondance avec la Marquise de V., celle-ci lui donne du « mon maître chéri ». Cette correspondance, que j'ai survolée, mériterait plus d'égards. À une époque sans blogs, une inconnue écrit son admiration à Chateaubriand. Il lui répond, elle s'enhardit, mais à chaque fois qu'il propose de la rencontrer, elle se dérobe. Il l'appelle sa « Marie inconnue ». C'est du blog tout craché : on s'invente, on démasque ce que l'on veut bien démasquer, en usant de pseudos (ceux-ci pouvant sonner comme un vrai prénom, c'est mieux), ce qui n'empêche pas d'avoir une vraie correspondance (quitte à ce que cette correspondance se dédouble en mails privés), voire des vrais sentiments. C'est ce paradoxe : on se confie d'autant plus à un inconnu... qu'il est inconnu.
Mais je voulais le gagner, ce bouquin, alors quoi ?
Et là, illumination :

2ème étape : ne faire confiance à personne, ne pas se laisser guider par des cartes pipées

(si, on peut piper des cartes, il suffit de percer un trou dans l'épaisseur, et de le remplir de plomb fondu, ce qui fera toujours tomber la carte du côté de l'as).
Voulant éviter les démarches bourrines, j'ai commis l'erreur d'être encore plus bourrin : j'ai accepté comme parole d'évangile le discours approximatif d'une éditeuse, fut-elle admiratrice de Kosztolanyi. Or, chère éditeuse de littérature de gare et autres livres ineptes, tu as été abusée, et le balbusard issu de ton abusation a obscurci de ses ailes fuligineuses mon regard d'aigle intellectuel, me faisant perdre un temps d'autant plus précieux que c'était le mien.
J'ai donc décidé de reprendre à zéro, en pestant par devers moi.

3ème étape : In Google we trust

Sous Gougueule, je tape « master in the art of living ». Bingo, le premier résultat donne la citation attribuée à James A. Michener. Le deuxième résultat confirme James A. Michener. Le troisième parle d'un « proverbe Zen ». En bref, sur les 10 premiers résultats, 3 attribuent la citation à James A. Michener, 4 à un proverbe Zen ou bouddhiste, 1 à « Jacqueline H. » (paix à son âme), et 2 ne donnent pas de nom d'auteur présumé. Il faut attendre le 11ème résultat pour voir apparaître le nom de notre rosbif national, dans cet article sur les photos de mariage, où l'on apprend que Chateaubriand a « étudié le Zen ». Mazette, Internet, c'est quand même de la précision scientifique à chaque croisée d'autoroute de l'information.
Après ce 11ème résultat, on trouve à nouveau James A. Michener 2 fois, Susan Fowler Woodring (à vos souhaits), « un proverbe boudhiste » et la Bhagwat Gita (autre orthographe pour la Bhagavad Gîtâ).
Bon, ça suffit donc, cette amusette. Le Chateaubriand n'a pas dit ça. De toute façon, il ne parlait pas anglais, trop occupé qu'il était à pratiquer le bouddhisme zen. Nous concluons donc avec quelques pensées amères.

4ème étape : Pensées victorieuses.
  • Ce n'est pas une surprise : Internet est truffé de connaissances approximatives, fausses, et contradictoires, telles un vieux Gorgonzola pourri. Et le pire, c'est que l'on trouve énormément d'amateurs de Gorgonzola pourri, qui non seulement le consomment, mais font de la pub dessus, en mettent des échantillons sur leur site, et diffusent les senteurs sur la Toile.
  • La précision a du bon. Je me suis toujours méfié de citations qui ne donnaient que le nom de l'auteur. C'est pour cela (déformation d'ancien doctorant ?) que j'essaie toujours de citer les références précises de mes citations.
  • Gougueule, c'est bien quand on sait s'en servir. Exemple : l'étudiant Tartempion me remet un mémoire de recherche sur la culture du houblon près de Delft. Si je tape « Tartempion houblon Delft », je biaise considérablement la recherche, puisque je présuppose que l'étudiant est l'auteur du mémoire. Notre éditeuse a dû taper « Chateaubriand art of living » et voilà, elle n'a obtenu que les pages qui attribuent la citation au divin Comte (soit 1% des pages), c'est ainsi qu'elle m'a perdu dans ses méandres crypto-flous.
Enfin,
  • Méfie-toi des experts. J'ai en mémoire une émission radio avec Jean d'Ormesson (Radioscopie, de Jacques Chancel, ça nous rajeunit pas) dans laquelle Jean d'O disait en substance « ... Nous avions parié, quand nous étions jeunes, sur l'ouvrage dans lequel se trouvait cette phrase "et la maison leva l'ancre pour la traversée de la nuit". Mon contradicteur soutenait que c'était dans Les enfants terribles, de Jean Cocteau, et pour ma part, j'affirmais que c'était dans Le bal du Comte d'Orgel, de Raymond Radiguet ».
  • Jacques Chancel : - « et alors, qui a gagné ? »
    Jean d'O : - « je ne me souviens plus bien, et je laisse cette question comme un petit jeu radiophonique à l'usage de nos auditeurs, mais je crois bien que cette phrase figure dans les deux livres. »

    Etant donné que j'étais intrigué, j'ai lu ces deux ouvrages. La phrase n'y est pas, ni aucune phrase approchante.
Donc, chère éditeuse, tu sais déjà que ça ne sert à rien de m'offrir Les enfants terribles ou Le bal du Comte d'Orgel, non plus que la Bhagavad Gîtâ, ou encore le mémoire de Tartempion sur La culture du houblon près de Delft...

"Un maître dans l'art de vivre n'établit pas de distinction précise entre le travail et le jeu, le labeur et le loisir, l'esprit et le corps, l'apprentissage et la détente. Il ne saurait les différencier. Il recherche simplement l'excellence en toute chose, laissant aux autres le soin de déterminer s'il est en train de travailler ou de jouer. Selon lui, il fait toujours les deux en même temps."

Vieux proverbe zen (origine inconnue).

jeudi 15 juin 2006

Batana - Sliplouffer

Un de mes bréviaires est Le Baleinié, dictionnaire des tracas quotidiens (tome 1 et 2), déjà évoqué vaguement ici.
Ces auteurs ont décidé que certains tracas méritaient d'être identifiés, et nommés. Car nommer, c'est circonscrire, enfermer, presque contrôler.

J'inaugure donc une nouvelle rubrique, du nom de Batana. La batana, selon les auteurs, c'est la "tyrannie de ceux qui font 4 bises". Dans cette rubrique, j'identifierai des tracas quotidiens, et essaierai - bien humblement - de les nommer. Comme titre de rubrique, j'aurais bien choisi "être xu" (c'est-à-dire, se retrouver dans une pièce sans se rappeler de ce que l'on est venu y faire), car je suis très souvent xu. Mais ça sonnait moins bien, avouez-le.
Voici donc mon tracas du jour :
Sliplouffer : Malgré observations et anticipation, se retrouver aspergé par un arroseur automatique.

mercredi 14 juin 2006

Ecrire pour les blogs des autres

Voilà, suite à l'idée louloufoque de La grande Loulou, je me suis lancé : répondre dans un texte - argumenté un minimum - à une des questions existentielles de sa fille (le Bouchon). J'avais choisi "L’origine du cule dans pellicule, animalcule et tentacule", en attendant de traiter "Est-ce que les oiseaux ont des fesses ?"
Le résultat a été publié ce matin ici, avec des illustrations superbes, et des rajouts de la grande Loulou, qui n'a pas sû réfréner sa passion scientifico-éducative, pour le grand bonheur des masses.
PS : pour ceux qui auraient des commentaires du type "et quand est-ce que tu bosses ?", je signale que j'ai écrit ce texte sur les cules dans la nuit de dimanche à lundi, vers 2h du matin...

mardi 2 mai 2006

Over-danaïdes

L'heure est aux néologismes. Entre chien et loup, dans un lieu improbable, Vanessa m'a avoué que Robert prônait le terme "Fondamentaux" comme substantif ("cette maison a des bons fondamentaux", "les fondamentaux de cette société se sont dégradés"). J'ai déjà dit, en évoquant ce couple maudit, pacsé contre nature, que tout cela c'est de la paresse : là où Vanessa défend la langue française, Robert, tel le Caterpillar moyen, va au plus simple. La vie humaine moderne est faite de telle manière que Robert, têtu et bas du front, gagnera toujours. Pourtant, au détour d'une pensée, me vient le terme "fondement". N'est-ce pas plus poétique de dire "cette maison à de beaux fondements" ? Cela me rappelle un inspecteur irlandais, dans un roman noir américain des années 50, qui rencontre une jeune créature comme on n'en fait plus (90-60-90, blonde et fraiche) et qui dit "Vingt dieux, la belle église !"
Comme quoi, entre architecture et harmonie voluptueuse, il y a des connivences. Sans parler de la quête spirituelle. Et cela a tout de même plus de gueule que "cette jeune fille a de bons fondamentaux", on aurait l'impression d'un expert-comptable qui drague.

Mon propos d'aujourd'hui n'est pas de résoudre la querelle sémiologique entre Vanessa et Robert, mais de souligner que l'on a le droit de créer de nouveaux mots, pour peu qu'ils sonnent bien. Il y a deux ouvrages qui me plaisent, et qui vont dans ce sens : Le Mokimanké et Le Baleinié (tome 1 et 2).
Je m'y essaie donc aujourd'hui, car il y a urgence.

Je suis littéralement assailli. Ma boite mail reçoit 40 mails par jour. Je m'absente pour faire 7h de cours, paf, 40 mails. Je rentre chez moi le soir, et dans la boite aux lettres physique, paf, 10 lettres. A la fin de la semaine, il y a 50 lettres sur la table du salon, et 200 mails dans ma boite mail. Je recherche donc le terme approprié pour décrire cette situation, qui pourrait se décrire par "plus que tu en expédies, plus qu'y en a qui arrive". Un brainstorming rapide me donne comme images :
  • l'hydre de Lerne, dont chacune des multiples têtes repousse dès qu'on la coupe
  • le tonneau des Danaïdes, châtiment sysiphien
  • Gaston Lagaffe qui, ayant mis en marche la photocopieuse moderne, se retrouve expulsé par un flot de feuilles, et qui crawle pour remonter le courant
  • les cadres stressés qui sont en overburn, c'est-à-dire tellement fatigués qu'ils ne peuvent plus récupérer en une nuit de sommeil, il leur faut au moins une semaine de vacances. Le problème est qu'au retour des vacances, ils auront 5 445 mails et 741 post-its qui les attendent, sans parler du Blackberry qui leur grelotte dans la culotte et du portable qui joue à plein volume "La marche turque" toutes les 10 minutes.
Je propose donc le terme over-danaïdes. Depuis plusieurs semaines, je suis en over-danaïdes, ça dégueule de partout, mon bureau ressemble à un mélange de Beyrouth Ouest en 1990 et de la Bibliothèque de Babel, façon Borges.

Mais je m'attaque au problème, plutôt que de vagir. Là où le tâchon de bâse essaierait de réduire le flot ("je remplis plus vite le tonneau sans fond, on sait jamais, des fois qu'il se bouche"), moi j'attaque à la source : je cherche le substantif qui va bien. Car circonscrire le phénomène, c'est l'enfermer, voire l'annuler.
J'aime bien "je suis en over-danaïdes", mais si quelqu'un a mieux, je suis preneur... (ceci est un appel au peuple).