Blogthib, ou thibierge.flou

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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

mardi 19 décembre 2006

Actor's studio

Tronche de cakeJ'ai été contacté par un étudiant du MBA dans lequel je sévis, pour une interview en vidéo. Je me disais "OK, pas de problème, il pose des questions, tu réponds des conneries trucs de prof".
Or, le sympathique étudiant m'a détrompé : point n'était-ce une interview, mais plutôt un monologue filmé.

- mais de quoi je parle ?
- de ce que vous voulez...
- mais je vais dire des trucs inintéressants
- mais non, mais non...
- mais je vais pas y arriver sans tableau ni diapos
- mais si, mais si...
- mais ma cravate est tachée
- mais non, mais non...

Il y a encore des progrès à faire (diction, body language of the star wars), mais il paraît que je suis tel qu'à l'ordinaire.

Avertissement 1 : ceux qui ne me connaissent pas, vous avez encore le choix de reculer, de laisser s'exprimer vos fantasmes sur l'être idéal que je pourrais être, et de vous affranchir de la réalité crue d'une vidéo peu flatteuse dans un bureau pourrave.

Avertissement 2 : le monologue dure plus de 8 minutes, ce qui est très long. Je vous conseille de télécharger toute la vidéo avant de la regarder (en appuyant vite sur pause et en attendant que le petit curseur gris aie rempli la ligne blanche, attention, ça fait sauter deux points au permis), ça évitera les sautes d'image ou de son.

Bon, vous êtes sûr(e) ? C'est ici.

lundi 25 septembre 2006

Le VirtualCAC 40 au-dessus des 12 000 points

Cela a commencé par un article que j'ai vu dans l'Ordinateur Individuel (n° 185, juillet-août 2006, p. 62). Consacré au jeux en ligne, cet article parle des transactions qui ont lieu sur E-Bay pour acheter des personnages de jeux de rôle. L'idée est la suivante : vous voulez jouer à World of Warcraft, mais ça vous embête de passer 100 heures (soit 5 jours) devant l'ordinateur pour faire progresser votre personnage, qui a démarré comme tout le monde, c'est-à-dire débutant. Plutôt que de vous abîmer les yeux, vous décidez alors d'écorner votre porte-monnaie, et d'acheter cet avatar sur E-Bay, où il est vendu par des professionnels de la gonflette de personnages. Pour quelques centaines d'euros (ce n'est rien, rapporté au temps "économisé" !), vous voilà nanti d'un colosse résistant aux sorts, capable de faire le salto arrière, et dotée d'une hache d'abordage hachement abordable. L'Ordinateur Individuel (OI) mentionne par exemple un Paladin qui coûte 800 euros sur E-Bay, ça fait cher l'électron téléchargé, et ça rend rêveur.
Passons à plus difficile.
Vous pouvez aussi acheter des pièces d'or. Non, pas des vraies, des virtuelles. Et à quoi ça sert, me demanderez-vous ? Ben voyons, à acheter une nuisette à votre Paladin, un casque lourd pour votre elfe ou une carriole 4 chevaux pour transbahuter votre princesse magicienne. La cotation change tous les jours, mais en juillet-août, et toujours d'après l'OI, 1 000 pièces d'or pour le jeu World of Warcraft (WoW) coûtent 146,32 euros sur E-Bay. Certes, ça ne vous servira que dans le jeu, mais franchement, une pièce d'or à 15 centimes d'euro, c'est donné. Vous avez tout de suite vu l'inconvénient majeur de ce type de transaction, car vous êtes diablement subtil(e)s : eh oui, c'est que le cours de l'or fluctue ! Par exemple, à l'heure tardive où je vous parle, 1 000 pièces d'or se vendent à moins de 49 €, ça fait 5 centimes la pièce, ou encore, -66% depuis août ! Bon sang, mieux vaut jouer en Bourse, on s'évite des coups de sang comme celui-là... Pour ceux que ça intéresse néanmoins, la bourse aux pièces d'or est par exemple .

De plous en plous difficile.

Sur le Blog de Nicolas Guyon, j'apprends que dans le jeu Second Life, on peut acheter des terrains (virtuels) avec des dollars (réels). Et Nicolas de  jouer le candide : cela vaut-il la peine d'acheter maintenant ? Les prix vont-ils monter ? Ma réponse : Nico, si tu penses que le RER virtuel va arriver pas loin de ton terrain virtuel, achète à mort, truste tout le quartier, et tu feras 10 fois la culbute (= tu auras 10 fois plus d'électrons).

De plous en plous débile.

Avant, quand on achetait un jeu vidéo de course de voitures, on avait les parcours, les voitures, il suffisait d'acheter une manette de jeu, et encore, ceux qui ont connu l'époque de la disquette souple de 5"1/4 faisaient tout au clavier, car à l'époque, on était des Hommes. Aujourd'hui, quand vous achetez un jeu vidéo de course de voitures (merci à Totalement Crétins pour le lien), vous avez juste quelques parcours défoncés, quelques épaves à faire rouler, et le reste, c'est en sus : achetez la voiture de vos rêves, payez vous le circuit de Monza ou d'Indianapolis, tant que vous avez de l'argent, vous pouvez vous faire plaisir. J'adore le passage sur la sortie de voitures (virtuelles) en série limitée.
Imaginez donc : ça va être le paradis de la contrefaçon. Là où seuls les gogos auront payé 2 euros pour une Ferrari Testarossa, les petits malins achèteront pour 0,20 euros une carosserie de Ferrari virtuelle montée sur un chassis virtuel de 2 CV virtuelle. Des hommes politiques virtuels qui habiteront dans le centre d'une ville virtuelle (les salauds ! ils savaient pour le RER !) essaieront de légiférer sur la contrefaçon, tandis que les contre-facteurs (une élite de la Poste) bricoleront à toute vitesse des Présidents de la République clonés, et tout cela passera à la télé virtuelle. J'en frémis d'impatience, ça nous changera...

jeudi 21 septembre 2006

Pensée d'après-vacances 3 - embouteillages et efficience des marchés

Il y a un siècle de cela, j'avais commis quelques thibillets sur l'efficience des marchés financiers . Non pas tant pour convaincre (les cours que je donne à des cadres me montrent bien que personne n'y croit vraiment) que pour fixer les idées dans un texte. Il reste, dans la série, quelques billets à écrire. Mais en voici un court, sous forme d'analogie.

Celui qui croit que les marchés sont efficients, pense que :
  1. ça ne sert à rien de s'agiter pour trouver LA valeur qui va faire +127%
  2. il faut se diversifier
  3. tous ceux qui cherchent LA valeur font, 4 fois sur 5, moins bien que ceux qui ont acheté 40 valeurs pépères (ou encore mieux, un tracker), et sont allés dormir

Celui qui croit que les marchés ne sont pas efficients pense que :
  1. les autres sont des cons (y compris, et surtout, les analystes, les investisseurs institutionnels, et les fonds de pension)
  2. il existe une valeur que personne n'a repéré, ou qui a été mal analysée par les autres (c'est normal, ils sont cons)
  3. le tout est de savoir prendre des risques, lire la presse, et se renseigner auprès de son chauffeur de taxi

La quête du deuxième est une quête d'eldorado, et tel le turfiste moyen (rappel : grande discussion avec Nerik), l'investisseur cherche  fiévreusement les tuyaux, achète tiercé bourse magazine, et salit beaucoup de chemises.

Il en va de même sur les autoroutes, mon frère, allelouia, allez Louya !

Il y a celui qui croit que les files d'embouteillage sont efficientes, et qui écoute Sanseverino et Tom Waits en jouant à "devine quel animal fait roumph" avec ses enfants. Et puis il y a les nombreux qui, dans un embouteillage, déboitent, s'insèrent, changent de file, et rusent comme des fennecks du désert. C'est un ballet incessant, que ça déboite à gauche (et un autre rusé en profite pour se mettre dans la file de gauche), à droite (idem), c'est beau comme une Lambada. Les embouteillages, ce sont les marchés financiers du pauvre.

Et donc, quelques images, issues de cette analogie :
  • aucune file ne gagne, même pas celle de gauche, pfou, non, non, il suffit que l'accident soit sur la voie de gauche, ou, encore pire, que l'accident ait eu lieu en face, pour que tous les bourrins ralentissent pour regarder s'il y a du sang, et la voie de gauche est aussi coincée qu'un agouti dans les toilettes, tandis que la file de droite dévide son chapelet de voitures comme la machine à saucisse dévide des petits boudins.
  • celui qui ruse et s'échine, dépense plus d'essence (accélération, pilage, accélération), de gomme (vous savez combien coûte un train de pneus d'une Kangoo ?!) et utilise plus souvent du déodorant salit plus sa chemise. En net, il aura peut-être gagné quelques centaines de mètres, mais si l'on défalque ses coûts de transaction, ça n'en vaut plus la peine.
  • Tous les calculs, toutes les optimisations possibles, toutes les stratégies : tout le monde les voit en même temps. Par exemple, une file se libère, hop, les plus rapides déboitent, crissement de pneus, insultes, et tchoc, la file se retrouve bloquée (hausse de la demande) tandis que les autres files se fluidifient. Vite, replacement, re-crissement, l'air sent le caoutchouc brûlé et les actions Michelin montent en Bourse.
  • Déboiter vite, c'est risquer l'accident. Or, face à cette augmentation du risque, il ne semble pas qu'il y ait une augmentation de rentabilité : dans un embouteillage donné, regardez les voitures autour de vous, et faites le point après 1km : ils sont tous là, à côté de vous. Certes, Jojo le Fenneck a grappillé deux voitures d'avance, belle affaire, et Legnîdu la tortue est trois voitures derrière. Mais en résumé : Jojo a pris plus de risques (rétro dézingué par un Baron noir sur sa moto), en encouru plus de coûts (l'existence précède l'essence), et n'a gagné que deux misérables voitures. Vas-y, je te les donne, va faire joujou.

Mais tout ce que je dis là, Charles Bukowski l'avait déjà dit ...






mercredi 6 septembre 2006

Pensées d'après-vacances 2 : location ou achat ?

Je vais vous parler de ma vie (« ooooh » murmure la foule dépitée), mais je vais aussi vous parler de finance (« aaaaaaah » reprend la foule, respirant comme quand on balance de l'oxygène pur dans les salles de casino à 3h du matin).
  • Cet été, j'ai pris des vacances. Voui. Et j'en avais aussi pris à Pâques. On ne se gêne pas, on a les moyens.
  • Étant donné que ma voiture tient plus de la Smart que de la 306, j'ai loué un monospace pour les vacances : 1 semaine à Pâques, 3 semaines l'été. (On ne se gêne pas, dans la haute finance la haute fonction publique le haut enseignement commercial la haute bourgeoisie chez moi).
  • Le coût total de location de ces 4 semaines, pour un monospace neuf, propre, avec lecteur de CD et plein de petits tiroirs et de trappes partout pour pouvoir planquer des Playmobil et des Polly Pocket, représentait la somme de #### (je dis cela pour ne pas choquer. C'est à peu près le prix d'une centaine de peaux de castor).
  • Or, voilà-t-y pas que j'entends à la radio, juste après Les Grosses Têtes, une publicité « Le monospace Renault Scenic à ## ### ! » Oui, je sais, ce chiffre m'a aussi semblé très alléchant. Mais ledit chiffre (## ###) représentait 11 fois ce que j'avais payé en location pour 4 semaines.
Le calcul est simple. Étant donné que je n'utilise une grosse voiture que 4 semaines par an, cela vaut-ce-t-il la peine de l'acheter ? Réponse : certainement pas, il faudrait 11 ans pour la rentabiliser, et c'est compter sans l'assurance, la maintenance, et la valeur temps de l'argent.

Lors d'une soirée estivale puissamment avinée, Jean-Christophe établissait une analogie avec le marché immobilier en Île-de-France : selon lui, l'écart entre les prix immobiliers et les loyers est tel qu'il vaut mieux revendre son appartement (si on en a un, sinon, il faut juste acheter un Monopoly) et se mettre à louer. Reste à inclure dans cette réflexion :
  • la valeur de revente (qui pourrait justifier quand même d'acheter dans l'immobilier)
  • les avantages non quantifiables, car non financiers : pouvoir, sur un coup de tête fou, dire « Allez, je vais me remplir 3 caddies chez Carouf », ça sonne comme un homme libre (si, si), tandis que « Allez, je vais aller chez Rent-A-Car pour prendre une chignole dont le coffre contienne plus qu'un I-pod, pour ensuite aller me remplir 3 caddies chez Carouf, puis j'irai rendre la chignole », ça fait moins homme-viril-qui-sait-visser-boulonner-faire-une-vidange-et-formater-le-disque-dur.
Moi je m'en fous, je ne suis pas viril, je fais mes courses en ligne.

lundi 21 août 2006

Les multiples, et la valeur du temps : quelques clés (haha)

De retour de vacances, je constate que le canon de ma serrure est coincé. Bon. J'appelle plusieurs serruriers, et ne tombe que sur des répondeurs (21 août, St Christophe), ou sur un gars qui dit "on ne fait pas ça" et puis enfin, un gars qui dit "OK, je vous appelle à 13h s'il passe à 14h, sinon demain".

Il passe sans avoir appelé, c'est classique. Il démonte, il inspecte, et me propose un devis de 463 euros, rien que ça. La situation est classique : le client (moi) pas bricoleur (re-moi) se retrouve avec un gars qui propose de faire ça immédiatement (soulagement), un éparpillement de petites pièces (canon, morfase, enflougage, doirillons) sur le plancher et une serrure qui ressemble à l'Aiguille Creuse. Mais le hic, c'est que la barrière à l'entrée est élevée : 463 euros, c'est 2 fois le prix d'une batterie d'ordinateur qui dure 8h...

J'y dis donc : « C'est énorme, c'est impossible, je vais y réfléchir ». Lui utilise évidemment les arguments de Microsoft (FUD pour Fear Uncertainty Doubt) en soulignant le caractère inquiétant d'une maison dont la porte ne peut être fermée à clé, je reste inflexible. Alors vient le tango bien orchestré, la valse-hésitation, un pas j'avance, deux pas je recule, et lui et moi exécutons nos pas en se demandant qui conduit :
- (lui) Mais vous avez besoin d'une facture ?
- (moi) Ce ne sont pas 5,5% de TVA de différence qui vont changer le prix exorbitant...
- (lui) Non, non, euh, ça pourrait être moitié prix.
- (moi, mentalement : ça équivaut à une batterie d'ordinateur portable avec 8h d'autonomie, rha, je la veux je la veux) Non, non, c'est pas possible, je vais y réfléchir.
- (lui) Mais quel était votre budget ?

Je vous le fais courte : au final, je paie 50 euros TTC, avec une facture.

En dehors de ma satisfaction personnelle, j'en viens à quelques constatations.
  • Le multiple entre prix initial et prix finalement payé est de 9,26. Et encore, peut-être que je pouvais l'emporter à 30 euros... C'est dire que je vaux 9,26 français moyens, je m'en doutais un peu, mais là, j'en ai la preuve quantifiée.
  • Il se peut aussi que la valeur temps de l'argent soit différente pour ce serrurier et pour moi : il refusait d'attendre 24h de réflexion pour toucher 463 euros, et préférait 50 euros tout de suite. Cela représente un taux d'intérêt de 826% par jour, et je ne peux pas calculer le taux équivalent annuel correspondant : mon tableur refuse d'afficher les nombres ayant plus de 300 chiffres. C'est dire que la valeur du temps, pour mon serrurier, c'est vachement du sérieux.
  • Je me félicite enfin d'être abonné à Que Choisir (allez-y, moquez-vous de moi), qui m'a bien préparé à ce genre de situation. Un jour, je lirai même ce livre sur la négociation que j'ai entamé il y a 4 mois. Et comme je suis bien préparé, j'ai même conservé le devis initial à 463 euros, au cas où le patron du gars me chercherait des noises. A défaut, je l'encadrerai à côté de la porte (le devis, pas le patron).

mardi 11 juillet 2006

Livre (re) lu - Charles Bukowski : Hollywood, et un poil de Bourse

Je lisais Hollywood, de Charles Bukowski (Livre de poche n° 9597) en parallèle du Golem de Gustav Meyrinck, et au-delà de la satyre - vécue - du milieu hollywoodien (on croise Jean-Luc Godard, Sean Penn, Werner Herzog, Mickey Rourke, Faye Dunaway "le dernière des grandes stars"), j'en ai glâné quelques citations qui m'amusent, ou entrent en résonance avec des thèmes de finance :

A un fiscaliste, qui lui explique comment défiscaliser ses revenus (acheter une voiture, se transformer en société, nommer un conseil d'administration, etc.)
Quelle horreur ! Ecoutez, j'ai l'impression que c'est des conneries. Je ferais peut-être mieux de continuer à payer mes impôts. Je ne tiens pas à ce qu'on m'emmerde. Je ne veux pas qu'un inspecteur des impôts vienne frapper à ma porte en pleine nuit. je suis même prêt à payer plus pour être sûr qu'on me foute la paix.
Charles Bukowski, Hollywood, Livre de poche n° 9597, p. 55.
J'adore ce travers humain bien compréhensible qui dit "je suis prêt à payer un supplément pour obtenir ma tranquilité d'esprit".

A propos des courses de chevaux (mais les marchés boursiers ne sont pas loin)
A être trop gourmand, on commet des erreurs dans la mesure où sont en jeu des sommes importantes qui risquent d'affecter le processus de pensée. [...] Vous comprenez, on est assis et on entend tous ces gens raconter qui va gagner et pourquoi. C'est à vous rendre malade. Des fois, vous avez l'impression d'être dans une maison de fous. Et d'une certaine manière, vous y êtes. Chacun de ces frappés s'imagine en savoir plus que les autres frappés, et ils se trouvent tous réunis dans le même endroit. Et moi j'étais là, avec eux.
Charles Bukowski, Hollywood, Livre de poche n° 9597, p. 237.
À propos de la Bourse, un chroniqueur sur Yahoo Finance (info glânée sur FinanceProfessor) rappelle ce que tous les chercheurs et les profs de finance savent déjà depuis longtemps :
  1. Passer du temps à choisir ses actions (stock picking) est une stratégie perdante, comparée à l'achat d'un portefeuille indexé sur l'indice boursier (indexing) ;
  2. Confier ses fonds à un gestionnaire, un fonds d'investissement, une Sicav ou un FCP est une stratégie perdante, pour la raison 1., et parce que la performance de ce fonds est amputée des frais salaires et commissions que le fonds doit payer ;
  3. Acheter un portefeuille automatiquement indexé, par exemple par le biais d'un tracker (thibillet ici), permet de réaliser exactement la performance du marché boursier. Pas plus, mais pas moins...
Mais ce que ce chroniqueur ajoute, c'est une quantification de la sous-performance. Sur les 35 années de 1971 à 1994, les fonds gérés ont sous-performé le marché de 0,87% à 1,05% par an. Ce qui donne -26% à -31% sur 35 ans, ou -8% à -10% sur 10 ans. Ceux qui m'ont suivi jusqu'ici diront : "oui, mais c'est une sous-performance en moyenne, il y a certains fonds qui ont sur-performé le marché". Réponse : oui, mais il n'y a pas de persistance historique (le meilleur de 1994-1996 n'est pas le meilleur de 1997-1999) et on ne peut connaître "les bons" qu'après coup.
Bref, achetez des trackers et allez dormir, vous gagnerez plus d'argent. Vous pourrez alors me payer une bonne bouteille de Margaux.

mardi 4 juillet 2006

Petits bonheurs

J'avais mentionné dans un précédent billet (2ème paragraphe) le fait que, nonobstant les sujets sérieux sur lesquels j'écris, je prends plaisir à émailler mes doctes ouvrages d'une pointe de poésie.
Allant déposer un de mes ouvrages dans de blanches mains, j'ai pris à partie quelques auditeurs débonnaires et compatissants pour leur asséner le conseil de la page 235 :
Surtout n'essayez pas d'utiliser le CMPC à des fins pratiques avant le chapitre 17, sinon vous partirez dans le mur comme des poulpes survitaminés.
Moi ça me fait rire. N'est-ce pas la preuve de l'autarcie la plus complète ? Pour un peu, le bonheur ne serait pas loin...

vendredi 30 juin 2006

Livre lu - Georges Simenon : La tête d'un homme (...et quelques réflexions sur le court-termisme)

J'ai rencontré Christian hier soir, et lui montrais les quelques livres dans mon havresac : suivant l'humeur, et surtout la fatigue, je m'attaque aux livres exigeants (Le golem, de Gustav Meyrinck) ou détendants (Simenon, Bukowski). Je n'ai certainement pas dit que les livres détendants étaient faciles à écrire. Je viens de finir mon Simenon, La tête d'un homme (Livre de Poche n° 2903, 1971). J'ai déjà dit tout le bien que je pensais de Georges Simenon, en voici un extrait pour illustration.
Le temps était gris, le pavé sale, le ciel à ras des toits. Le long du quai que suivait le commissaire s'alignaient des immeubles cossus, tandis que, sur l'autre rive, c'était déjà un décor de banlieue : usines, terrains vagues, quais de déchargement encombrés de matériaux en piles. Entre ces deux spectacles, la Seine, d'un gris de plomb, agitée par le va-et-vient des remorqueurs.
Georges Simenon, La tête d'un homme, Livre de Poche n° 2903, 1971, p. 21.
Bon, je relis, et je me dis que tout cela est fugitif, une impression qui passe, une buée de poésie.

J'en viens à mon propos. Maigret parle avec le juge d'instruction. On imagine bien la scène, Maigret massif, silencieux, épais et têtu, et Coméliau, nerveux, maigre, hésitant entre l'insulte enrobée et l'autorité catégorique.
- Tout va bien, Monsieur Coméliau !
- Vous croyez ?.. Et si toute la presse reprend cette information ?..
- Cela fera un scandale.
- Vous voyez...
- Est-ce que la tête d'un homme vaut un scandale ?
Georges Simenon, La tête d'un homme, Livre de Poche n° 2903, 1971, p. 28.
On sent tout dans cette scène. Coméliau pense à court terme, et selon ses intérêts personnels. Maigret pense à long terme, et en fonction du bien collectif, non, je m'exalte, en fonction de ce qu'il pense être bien, il fait passer son intérêt après un intérêt plus général, que certains appelleront éthique, d'autres morale, d'autres encore idéal. Moi je m'en fous de nommer, je sais qu'on peut retourner les mots comme des gants, le tout est de savoir quelle est la peau sous le gant.

Cela entre en résonance avec la Lettre ouverte de La Grande Loulou à son patron. Où elle démontre (je vous la fais courte, car elle est grande, sa lettre, à la grande Loulou) que le dit patron, à économiser des bouts de chandelle, se prend des retours de boomerang qui lui pètent trois fois plus les dents.
On en voit beaucoup, des sociétés comme ça : leur souci – légitime – est de payer les salaires et les fournisseurs à la fin du mois. Le court terme (le nez dans le guidon) prime sur le long terme, la réflexion stratégique, ou pour le faire moins pompeux, le fait de se poser 5 minutes pour faire le point. Pour ces sociétés qui courent après la trésorerie, c'est compréhensible, et ce n'est que regrettable. Ce qui est moins excusable, c'est un comportement de gagne-petit, qui consiste à rogner sur tous les budgets, pour des (petits) gains à court-terme. Je connais ça, les salariés qui me lisent connaissent ça, tout le monde l'a vécu, ou le vivra.
Ce qui m'étonne le plus, c'est que normalement, la finance et les marchés tiennent compte de l'opposition long terme – court terme. Si je m'engage dans un placement à long terme (compte bloqué, emprunt d'état), je serai plus rémunéré que si je place sur un Codevi ou un Livret A. Le marché rémunère ceux qui sont prêts à être patients sur leurs investissements (si vous voulez faire chic, vous dites que la courbe des taux est ascendante). Et pourtant, on a l'impression que ça ne suffit pas : le pékin moyen préfère toucher tout de suite deux fois moins, il va pinailler sur les stylos-bille ou la formation de ses salariés. Mais il me semble (je suis prudent, après tout, je ne suis que prof, un théoricien ignorant des réalités graisseuses des entreprises viriles) que tout le monde aurait à y gagner. Quand je vois un vieux (55 ans!) salarié être licencié pour un jeune en CDD qu'on paiera 3 fois moins, je ne conteste pas les faits (« le 'vieux' salarié coûtait plus cher que le jeune »), mais le raisonnement aveugle : le jeune doit être formé (ça coûte du temps et de l'argent), le vieux rapportait des ventes (on perd de l'argent et des clients) ou minimisait les coûts (on perd de l'argent) ou connaissait bien le métier (on perd de la connaissance qui quitte l'entreprise). Tout cela, ce sont des coûts cachés, de même que la perte de confiance des autres salariés (« à qui le tour ? »). Et qui dit perte de confiance dit perte de productivité : chacun réactualise son CV, ou surfe sur les sites de recrutement, ou encore décide que désormais, le patron « en aura pour son argent » (et pas plus).
Je suis peut-être théoricien, ou visionnaire, ou trop intelligent, mais ça m'a toujours étonné que certains dirigeants ne voient pas plus loin que le prochain trimestre...
Bref, Coméliau a peur d'un scandale dans la presse (et nous savons tous quelle peut être l'espérance de vie d'un scandale dans la presse à sensation : quelques semaines ? moins d'un mois en tout cas...) tandis que Maigret n'a pas peur, mais il sait qu'il joue son titre de commissaire, et que 20 ans de service peuvent être balayés en 10 jours. Deux mondes s'affrontent, et s'affronteront toujours. Je ne vous dis pas qui gagne dans le roman, il faudra le découvrir par vous-mêmes...

mercredi 21 juin 2006

Novela - Clash boursier

24 décembre 2019, 19h40, je suis au boulot. Cela pourrait être une semaine plutôt calme, les marchés sont peu liquides, mais je dois peaufiner ma formation aux jeunes traders. L'Instance de Marché m'a transmis ses desiderata, il faut donner une "perspective historique" à la présentation de notre système financier. Je t'en foutrai, de la perspective historique, il vaudrait mieux dire aux jeunes de s'acheter des chaussons de plongée en néoprène, ça leur évitera de se cailler les doigts de pieds à longueur de journée, et ça leur servira plus que des souvenirs poussiéreux sur nos ancêtres financiers. Bon, j'ai un peu de temps avant de diffuser le flash éco de 20h, j'y retourne.
"Le début du vingtième siècle a été marqué par de grands mouvements de spéculation (première guerre mondiale de la Terre, crise de 1929, deuxième guerre mondiale de la Terre). Les États-Unis, qui représentaient alors un pouvoir important dans l'ordre géo-économique, instaurèrent en 1944 le système de Bretton-Woods : désormais, le système de change était à parité fixe."
C'est du jargon, qui est-ce que ça va intéresser ? En plus, je suis sûr que je n'aurai que 50% de l'effectif des stagiaires. Et je les comprends.
"Cela veut dire que le dollar (la monnaie des Etats-Unis, à l'époque) avait une valeur en or, et que cette valeur était fixée. Vous donniez un dollar, on vous donnait un poids en or, toujours le même. C'était censé stabiliser les échanges commerciaux."
Bon sang, j'allais rater l'envoi du flash. Heureusement, j'ai tout pré-enregistré, il suffit d'appuyer sur le bouton.

Flash Intercom de 20h, Terra. Les marchés sont gelés, la liquidité se fait attendre. La monnaie universelle cote 32 onces d'or, soit une hausse de 3,3 points. Il y a une forte volatilité sismique, la baisse ne devrait pas tarder. Restez sur un cours de 31,5, puis décrochez vos positions en cas de forte baisse.
Prochain flash à 20h15.


Je vais me faire un potage, le distributeur du troisième étage doit encore fonctionner. Avant de quitter mon poste, je sauvegarde mes données sur une laserchip, puis je déconnecte l'alimentation. Je fais un signe à Virgil, il est sur le marché des matières premières, je vois à peine ses yeux derrière son masque de plongée. Il est un peu parano, Virgil, on a de l'eau jusqu'aux chevilles, et lui porte un masque. Mais c'est le meilleur trader que j'aie vu jusqu'à présent, alors on lui passe ce genre de lubie. Le potage a un goût de varech, pas étonnant, une des conduites d'eau douce a dû se rompre, l'Océan est en train de gagner du terrain. Alvin, qui est en train de discuter près du distributeur, me dit que les bonus vont être réduits, seuls les 30 meilleurs traders gagneront leur part. Je lui souris, puis je retourne à mon poste. Alvin parle beaucoup, moi je travaille, on verra au final qui a raison.
"Cette parité fixe n'a pas duré longtemps. Les Etats-Unis avaient des échanges commerciaux avec la Terre entière, le credo était celui de la libre concurrence (rappel : à l'époque, les prix étaient fixés par la confrontation entre l'offre et la demande. Il n'y avait aucune régulation, et c'était le jeu des consommateurs et des producteurs qui fixait les prix de vente)."
Le flash de 20h15 approche, les marchés ont peu évolué, l'indice sismique est stable, il faut donc sortir un flash nouveau alors que rien n'a bougé. Je passe mon flash précédent au Simul, je corrige, Ok, ça sonne bien.

Flash Intercom de 20h15, Terra. Alors que la stabilité des capitaux se maintient, on cherche les flux d'argent. MU +3,1, pour un équivalent de 31,9 onces d'or. Des explosions distantes font craindre une baisse, mais sans confirmation. Allégez sur une baisse.
Prochain flash à 20h30.


Je regarde ma montre, la buée a recouvert le cadran, saloperie de camelote, je n'aurais pas dû l'acheter à la Halle un jour de marché. Il est trop tard pour prendre une subnavette, je vais donc rester ici, je finirai ma synthèse historique, et je l'enverrai demain matin, avant la marée haute, au chef Bronson. Si avec ça, j'ai pas mon bonus, je veux bien devenir nautonier.
"Au début du 21ème siècle, le système financier avait atteint sa limite. Des Etats surendettés déclenchaient des guerres pour s'approprier des ressources pétrolières, la bourse offrait une succession de périodes euphoriques et de krachs (l'ancêtre du Clash) retentissants, et les errements des monnaies détruisaient tout compétitivité des échanges. En 2008, Arnold Schwarzenegger, nouveau président des Etats-Unis, décida de revenir à une parité fixe de la monnaie. Désormais, un dollar vaudrait, de manière inflexible, 0,43 grammes d'or pur. Les autres zones économiques importantes (Euro-est, Asialand, Oceania) se rallièrent au mouvement, et en quelques mois, toutes les devises étaient fixées sur une parité or. Les devises furent alors fondues en une seule dénomination, l'ancien dollar devenait la Monnaie Universelle (MU). L'âge d'or pouvait recommencer, la stabilité était assurée".
La secousse m'a pris par surprise, j'ai été éjecté de mon siège. Heureusement, l’Autovalid a sauvegardé instantanément mes données, tandis que je basculais dans un éclaboussement d'eau glacée. Je me suis relevé en frissonnant. Virgil rigolait en me regardant, la main agrippée à un rail de sécurité, il continuait à envoyer ses dépêches. À l'autre bout de la salle de marché, je voyais un trader essayer de remonter son poste de travail dégoulinant sur son bureau, mais il n'y croyait plus, ça se voyait.

Flash Intercom de 20h30, Terra. Disruption forte sur l'échelle sismique, on craint une attaque indépendantiste inuit pour faire chuter les cours. Les sociétés de soutien semblent combler le déficit, mais leurs stocks d'explosifs sont à un niveau bas. Objectif de cours : MU = 29 onces. La liquité revient, et laisse espérer une hausse.
Prochain flash à 20h45.


Il faut que je finisse vite cette présentation, nous pouvons avoir une coupure d'électricité à tout moment.
"Hélas, c'était compter sans les déséquilibres des pays non alignés sur ce développement. Des nations demandèrent des aides financières, arguant de la famine de leurs populations. L'or était à prix fixé, les marchés étaient enfin stables, mais c'était encore trop cher pour certains. Des manifestations furent organisées par les opposants à la monnaie universelle. Suite à des débordements anarchiques, les mouvements de contestation furent officiellement interdits. Un marché noir de Pyrite (l'or des fous) se développa de manière spéculative, entraînant un sur-endettement des ménages. Les pays pauvres, qui ne savaient pas utiliser seuls les ressources de leur sous-sol, remirent en cause les contrats des grandes sociétés d'exploration. L'appui militaire des grandes puissances permit de rétablir la situation, mais on était loin de la stabilité. La parité fixe Monnaie Universelle-Or était certes un premier pas vers la stabilité, mais comment aller plus loin qu'une parité fixe ?"
Flash Intercom de 20h45, Terra. Les niveaux de liquidité du marché remontent. La tendance, et les fondamentaux, rappellent le Clash de 2015. Prudence sur les échanges, le marché est frileux. Gel des capitaux possible.
Prochain flash à 21h.
"Le déclenchement vint d'un groupe extrémiste, recourant à un acte désespéré. Pour contrer l'extraction de leurs réserves de pétrole en Terre Adélie (pole sud de Terra), ils firent sauter plusieurs gisements à l'aide d'explosifs à magma. La déflagration, et les incendies des puits de pétrole, entraînèrent un réchauffement brûlant sur plusieurs centaines de kilomètres, le niveau des océans monta de plusieurs dizaines de centimètres. Ce ne fut que quelques mois plus tard, lors de la publication de l'article désormais célèbre de Cook-Johnson dans Nature, que l'on se rendit compte que cette déflagration, et la fonte importante des glaces du pole sud, avaient modifié la gravité de Terra. La découverte scientifique était importante, mais la paternité de l'intuition économique revient au consortium Petro-Helium. Celui-ci accumula d'importantes réserves d'or, avant de dévoiler son analyse : la parité fixe signifie que pour une masse d'or, on a un poids d'or fixe, et pour ce poids d'or fixe, on a un montant monétaire fixe ; mais si la gravité changeait, pour une masse d'or fixée, on n'avait plus forcément le même poids d'or que précédemment, donc on obtenait un montant monétaire variable. Il suffisait de jouer sur la force de gravité de Terra, en faisant fondre plus ou moins les calottes glaciaires des pôles. Petro-Helium venait de contourner la parité fixe monnaie-poids, en instaurant une variabilité masse d'or-poids d'or. La conséquence ne se fit pas attendre : tous les grands intervenants du marché s'équipèrent en explosifs à magma (dont les cours furent multipliés par 1 000 en trois semaines) pour liquéfier les pôles, et en gaz liquides (cours de l’Argon : + 9 523% en 5 jours) pour refroidir rapidement les pôles."
Une succession d'explosions proches me fait tourner la tête. Ce ne sont pas, comme d'habitude, des explosions aux pôles, dont on voit les lueurs sur les nuages. Là, il s'agit d'un acte terroriste visant à frapper au coeur du pouvoir. Je patauge vers la fenêtre. Je me plaque contre le mur, car je reconnais la silhouette d'un commando d'inuits, à dos d'orques. Bon sang, ils ne sont jamais descendus aussi bas, il sont dû déborder les patrouilles d'intervention. Quand ils passent devant notre bâtiment (l'enseigne Walrasian Trading est heureusement court-circuitée depuis plusieurs semaines), je note tout ce que je peux sur leur nombre, leur équipement, leur route. Je les vois se diriger vers la Bourse, OK, je tiens mon scoop. Je rédige vite quelques lignes, il faut prendre le marché de vitesse. Juste avant de diffuser mon annonce, je passe quelques ordres en crypté : je liquide toutes mes positions gelées, et j'achète le maximum de gaz refroidissant, en diversifiant mes ordres sur plusieurs marchés mondiaux, et avec plusieurs identités jetables. Une fois que mes ordres sont garantis, je diffuse le flash, puis je quitte vite le bureau. Virgil voit le flash, il me voit filer vers l'escalier, je lui fais signe de monter, il a tout de suite compris, il prend son écran portable, et court vers l'escalier.

Flash Intercom exceptionnel, Terra. Nos informateurs pensent qu'une attaque terroriste de grande ampleur est imminente sur le quartier des affaires d'AmericaNY. La liquidité devrait monter au-dessus du niveau du Clash de 2013. Achetez fort gaz, limitez autant que possible hausse du liquide. Bloquez les comptes-écluses, canalisez les tsunami vers les zones défavorisées.
Prochain flash à ##h##.


Les explosions qui se déclenchent au centre-ville ne sont rien à côté des explosions des graphiques sur les écrans. Tout le monde se rue sur les stocks de gaz refroidissant. Virgil et moi montons quatre à quatre les marches, en jetant un oeil sur nos écrans à chaque palier. Le phénomène physique, nous le sentons bien : le sol et les murs tremblent, et l'on entend le déferlement des vagues qui ont redoublé d'ampleur. Bon sang, ces anti-libéraux inuits sont en train d'inonder le quartier, tout ça pour des familles de pêcheurs de poisson ! Quant au phénomène économique, il est d'autant plus effrayant qu'il se passe silencieusement, tandis que des traits de couleurs s'affolent sur nos écrans. Nous arrivons au dernier étage, et débouchons à l'air libre. Au nord, les nuages noirs véhiculent l'odeur grasse du pétrole qui brûle. Virgil se tourne vers moi en grimaçant "Salaud, qu'est-ce que tu as vu, que tu ne m'as pas dit ?!" Tout en gardant les yeux fixés sur l'eau qui monte, à trois étages en dessous de nous, je lui réponds "Vends du gaz, à terme. J'ai profité de la panique, en l'activant un peu, après avoir pris mes positions. Et il y a vraiment un commando qui fait péter les vannes." Virgil ne m'écoute plus, il pianote d'une main sur son écran tactile, je sais qu'il est dans son élément. L'eau est à deux étages en dessous de nous. Je pense à mon appartement, qui doit être submergé à cette minute. Je m'en fous, avec mon bonus sur cette opération, je peux m'acheter la Tour Soros.

Virgil me rejoint, il est calme, il a fait tout ce qu'il pouvait. Nous regardons l'eau qui monte toujours. Je me sens entièrement confiant. Je sais ce qui va se passer. Après cette frénésie spéculatrice, le Clash va être endigué. Trop d'intérêts sont en jeu : des entreprises inondées, des productions retardées, des actionnaires mécontents. Tous les traders du monde sont en train de prendre des positions sur des stocks de gaz dont (je regarde mon écran) le cours est 27 fois plus élevé que quand je l'ai acheté, il y a dix minutes. Il ne va pas s'écouler douze heures avant que des avions militaires déversent des tonnes de bonbonnes de gaz sur les deux pôles, figeant la liquidité pour au moins plusieurs mois. La parité sera à nouveau fixe, le monde reviendra sur ses bases. Jusqu'au prochain débordement.
Et moi, j'aurai mon bonus.




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jeudi 8 juin 2006

La malediccion dou Brealey-Myers

Je m'en suis ouvert à mon lectorat millionnaire, sur les derniers mois, j'ai travaillé sur la traduction d'un ouvrage de finance américain. Qui plus est, alors que j'avais remis le fichier final à mon éditeur, dans la foulée, je me suis attaqué à la mise en forme de la traduction des corrigés des exercices. Cela fait deux livres (répondant à un souci de l'éditeur de faire d'une pierre deux coups,
  1. on vend le manuel,
  2. on fout les chocottes aux étudiants en leur disant "il ne suffit pas de lire le manuel, il faut faire les exercices à la fin de chaque chapitre"
  3. attendre que les étudiants disent "j'ai fait, est-ce que j'ai bon ?" et là,
  4. leur vendre le bouquin des corrigés des exercices.)
Quand j'ai remis le manuscrit du manuel, je me suis interrogé sur mon retour sur investissement, avec un calcul simple. (Pour ceux qui voudraient répliquer le calcul sur le livre des corrigés, qu'ils sachent que l'an dernier, il s'est vendu 200 livres de corrigés).

Mais la malédiction n'est pas que financière. En 2003, quand j'étais sur la fin de la traduction de la 7ème édition, j'ai eu un plantage sévère : mon portable a autodétruit le disque dur, dans un scénario digne de Mission Impossible. J'ai perdu 3 mois de travail. Mais déjà à l'époque, j'étais psychorigide et angoissé, et la traduction n'en a pas souffert, car j'en faisais des sauvegardes quotidiennes (en revanche, j'ai vraiment perdu 3 mois de travail de prof).
Et là, re-belote : à peine avais-je rendu la traduction 2006 du manuel, et tandis que, tel le cheval de labour moyen, je travaillais sur le livre des corrigés, Pouf, plantage de mon nouveau portable (carte vidéo grillée, donc aucun moyen de voir ce qui se passe, même en branchant un écran externe. Entendons-nous : rien n'a été écrasé, le disque dur était intact. Mais impossible d'accéder aux données.) Ce qui m'inspire quelques aphorismes et pensées :
  • Tous les ordinateurs sont égaux devant la carte vidéo : rien ne sert d'avoir un portable avec 2 gigas de RAM et 2 disques durs de 60 gigas chacun : quand la carte vidéo plante, on ne voit plus rien, pas mieux que si c'était la carte d'un Compaq 486 à 256 k de mémoire qui avait planté. Donc les yeux, c'est important.
  • A l'instar des archéologues qui ont osé exhumer les trésors d'une civilisation égyptienne ancienne, il y a une malédiction à oser traduire la pensée d'auteurs réputés. Ils sont américains, et vouloir exposer leurs idées au public francophone, c'est sacrilège, ils vont envoyer virus et gremlins, car il ya certains secrets qui doivent rester secrets (cf. ma théorie du complot des Templiers, des esseniens, ou du Da Vinci Code).
  • Les droits d'auteur sont faibles, comparés au temps passé sur la traduction (cf. calcul), mais si en plus, on compte le temps d'immobilisation de l'ordinateur cramé, les frais d'envoi, voire les frais de réparation si le portable n'était plus sous garantie, on atteint des tréfonds, que à côté, le 7ème cercle de l'enfer, c'est Monaco.
Moralité : Si je refais une traduction un jour, ce sera "L'informatique pour les nuls".

jeudi 1 juin 2006

Trackback, trackers et Tac-o-Tac

Je fais un rétrolien (en rosbif, trackback) vers le billet qui vient d'être publié par Nerik. C'est autant que je n'aurai pas à écrire, et c'est une démonstration, en langage de djeun, de l'arnaque du Tax-o-Tac (je garde le tax, c'était pas fait exprès, parfois mon clavier est plus spirituel que moi).
Les non financiers (et même les financiers), postez des commentaires chez Nerik, ça m'intéresserait de savoir si ce qu'il dit est clair, limpide, ludique, pour une personne qui n'y connaît pas grand chose au départ. (ouais, je fais du bourdonnemment, pardon, du buzz en rosbif).

PS : Nerik ne parle pas du tout de trackers, je l'ai mentionné pour l'assonance du titre. Un tracker (ou ETF pour Exchange Traded Fund, "Fonds d'investissement coté en bourse") est un titre qui suit exactement un indice boursier. Exemple : quand vous achetez un tracker CAC 40, l'argent arrive dans une caisse. Comme beaucoup de personnes achètent des trackers CAC 40, la caisse se remplit de pognon. Le gérant du fonds (le caissier, quoi) investit alors les zilliards de dollars dans les 40 actions du CAC 40, en proportion exacte des proportions des actions composant le CAC 40. Résultat, la valeur de l'argent investi suivra toujours exactement l'évolution des 40 valeurs, donc l'évolution de l'indice CAC 40.
  1. Question : mais pourquoi acheter un tracker, alors que je peux acheter les 40 valeurs du CAC 40 ? Réponse : une seule commission de transaction à payer, au lieu de 40.
  2. Question : et le gérant, il réajuste le portefeuille investi à chaque fois que la composition de l'indice CAC 40 change (noms des sociétés, poids dans l'indice) ? Réponse : oui, et comme c'est fastidieux, on confie ça à des ordinateurs (qui aiment bien le fastidieux) et on vire le gérant, ça fait des économies.
  3. Question : est-ce que ça coûte cher en commission, un tracker ? Réponse : non, il y a beaucoup moins de frais d'entrée et de gestion annuels que pour les Sicav vendues par votre banquier, justement parce que tout est automatisé.
  4. Question : où puis-je trouver plus d'info sur les trackers, notamment leur code (pour en faire acheter par mon banquier) ? Ici par exemple.
  5. Question : quoi d'autre ? Réponse : si vous croyez à l'efficience des marchés, alors il ne faut pas jouer à piocher des actions en croyant être intelligent, il faut juste acheter des trackers...

mercredi 31 mai 2006

Tempus fugit

Tristan Nitot a ses "en vrac", je sens que je vais à mon tour inaugurer un nouveau type de thibillet, qui sera "tous les billets que j'ai en tête". La plupart des thèmes passeront à la trappe, comme la plupart de ceux que j'avais en tête sont passés à la trappe (temporaire). La vie est courte, et je connais bien la mort, raison de plus pour profiter de la vie.
  • Billet sur "pourquoi un blog" (suite à ça et ça) pour Nerik. (MàJ : ayé)
  • Billet sur "comment employer des ramasseurs de noix de coco sans les payer" (merci à Jean-Yves)
  • Billet sur le dernier Fred Vargas (MàJ : le vlà)
  • Caillou sur l'envers de la cuisine chinoise
  • Billet sur la Malédiction de Brealey-Myers (MàJ : ça, c'est fait)
  • Billet sur le Bukowski que je suis en train de relire (Hollywood)
  • Billet sur "écrire pour des gens qui n'ont pas le temps de lire"
  • Billet sur les singes, qui ont tout compris
  • Billet sur l'efficience des marchés, épisode IV (le retour des padawans à la main coupée)
Docthib
qui est bien remonté face à la vie, je vous prends tous d'une seule main, et avec l'autre, je corrige des copies, j'écris des billets, je réponds aux mails, au téléphone, je reçois des étudiant(e)s, je prends des notes ineptes dans des réunions inuits, je gère les psychotiques du train, je rédige des appels d'offres pour de la formation dans des entreprises, j'évangélise les élèves de prépa, je gère 3 assistantes et 15 profs, et 21 654 projets.

vendredi 26 mai 2006

Mare à thons, ou le marché à terme des poissons volants

Nous sommes une bande de joyeux fondus à nous être inscrits à la loterie du Marathon de New York. C'est une loterie, avec les règles suivantes : 35 000 places pour 121 759 845 622 postulants
  • si toi membre d'une charity, d'un club qui a payé des pots de vin respectable, si toi père d'une créature sculpturale et peu farouche, toi sélectionné, bravo
  • si toi américain mais pas membre des happy few ci-dessus, toi tiré au sort. Une chance sur deux.
  • Si toi pas américain, et pas happy few, toi tiré au sort. Une chance sur quatre.
Et c'est là où c'est beau, the american dream, yes man, god bless you all :
  • si toi pas tiré au sort 3 années de suite, toi automatiquement sélectionné la 4ème année. Yeah.
Avec les copains, on a tenu le même raisonnement que pour le placement par capitalisation : plus tu pars tôt, plus que t'as de pognon de chance à l'arrivée. Donc on s'est tous inscrits à la loterie. Les résultats viennent de tomber. La bonne nouvelle, c'est qu'aucun d'entre nous n'est cocu. La mauvaise, c'est qu'on a tous été recalés. Donc ça fait 1 au compteur de la loterie. Voici maintenant le dilemme (2 M, coco) et sa formalisation financière.
  • Nous être 5 à faire joujou avec la loterie
  • objectif affiché : être tous recalés 3 fois, pour pouvoir courir le même marathon de New York, la même année (c'est-à-dire 2009, on est jeunes)
  • Mais chaque année, chaque pékin a 1 chance sur 4 d'être sélectionné. Quid si un est tiré au sort ?
  • Et c'est là qu'arrive le Joker : quand on est tiré au sort, on peut demander à reporter d'un an.
Donc la config est la suivante :
  • 2007, personne tiré au sort : peinardos, si certains tirés au sort en 2008, reportent à 2009, et tout le monde court ensemble
  • 2007, tous tirés au sort : peinardos, on se fait le Pont du Verrazzano ensemble en 2007, on est jeunes.
  • 2007 : un ou deux sont tirés au sort, et les autres recalés. Si les tirés reportent, rien ne dit que les recalés seront tirés l'année suivante. La seule année sure, c'est 2009, mais les tirés ne peuvent reporter que jusqu'en 2008.
Bref, la possibilité de reporter, c'est une option financière, à l'américaine (à date fixe, contrairement à une option à l'européenne). Et là, on n'est même plus dans la finance, avec la formule de Black-Scholes pour évaluer les options : on est dans le psychologique, dans le comportemental, le non-dit, le mystique, caché derrière comme dit le philosophe Laurent Voulzy, bref, dans le Da Vinci Code.
Soupir désabusé. La grande pomme est encore loin...

lundi 22 mai 2006

Le Brealey nouveau est arrivé

Voilà, après quelques mois (presque 12) de travail, la nouvelle édition du Brealey, Myers, Allen, Principles of corporate finance, sort en français, sous le titre éminemment original de Principes de gestion financière. C'est la 8ème édition américaine, la 4ème francophone, la deuxième sur laquelle je travaille, et la première sur laquelle j'avais toute responsabilité (relecture et mise en forme, adaptation, suppressions/ajouts, jeux de mots foireux...)
De la même manière que, dans mon ouvrage récent, j'ai réussi à caser "personne ne sait ce qu'il est advenu du petit pot de beurre" (p. 114), ici, j'avais 1 084 pages pour m'exprimer. Je suis assez content du slogan de l'entreprise Guano SA ("il jouait du guano debout"), ou de l'en-tête de l'exercice portant sur le renouvellement d'un bateau de pêche ("encore du bulot !") Comme vous le voyez, on s'amuse quand on n'a rien à faire. Pour les 117 852 jeux de mots restants, il faudra acheter le livre (teasing, teasing, buzz, buzz !).

Voici maintenant le petit calcul financier qui s'impose :
  • sachant qu'on a dû vendre 2 000 exemplaires sur l'année 2005
  • sachant que j'ai dû passer, en temps plein, quelque chose comme 3 mois de travail sur cette nouvelle édition
  • sachant que je touche 55 centimes par exemplaire vendu
    1. En supposant un même chiffre de ventes pour cette édition, cela représente combien de droits d'auteurs ?
    2. En supposant que mon coût horaire est au SMIC (8,03 euros bruts de l'heure), et que les jours ouvrés comptent 7 heures de travail effectif (je suis prof, n'exagérons pas), cela fait quel coût pour 3 mois (20 jours travaillés par mois) ?
    3. En faisant 1. - 2. aboutit-on à un chiffre
      • exagérément positif (il s'en met plein les fouilles, ce nanti !)
      • raisonnablement positif (c'est toujours ça de pris...)
      • nul (manquerait plus qu'il y gagne !)
      • raisonnablement négatif (de toute façon, c'est pour la réputation)
      • Abominablement négatif (arrête de nous faire pleurer)

  • Combien d'exemplaires faudrait-il espérer vendre en 2006 pour arriver à un résultat nul ? Est-ce plausible ?
  • Si on suppose qu'une séance de psychanalyse coûte 50 euros, à combien de séances de psychanalyse (thème : pourquoi est-ce que je fais ce genre de choses ?) ce déficit correspond-il ?
Je ramasse les copies dans 3 jours.

vendredi 19 mai 2006

Livre lu : Bernard Mourad - Les actifs corporels

Attention, thibillet assez long, à la dimension de mon enthousiasme.

J'étais dans la lecture du dernier Fred Vargas, Les bois éternels, quand j'ai arrêté pour lire Les actifs corporels, de Bernard Mourad (JC Lattès, 2006, 322 p.)

Cela devrait faire réagir ceux qui me connaissent un peu, ne fut-ce que par thibillets interposés : que j'arrête de lire du Fred Vargas, après tout le bien que j'en ai dit, signifie que j'ai rencontré un Olni.
J'ai donc lu Les actifs corporels, sur le conseil d'une collègue, en moins de 3 jours. Je n'ai à en dire que du bien, et Bernard Mourad est un sacré écrivain. Pour une fois, je vais déroger à ma règle, et livrer un tout petit fragment de l'intrigue, le fondement du roman : une loi passe en France, et des êtres humains (y compris le principal personnage) peuvent s'introduire en bourse et être cotés à titre personnel. Voici, en quelques idées égrenées ci-dessous, pourquoi j'ai énormément apprécié ce roman, et je le recommande chaudement :
  • Bernard Mourad a un vrai style. Incisif, illustré, c'est un style qui manie les mots, tous les mots, avec une très grande précision, une force percutante. Ce gars-là est intelligent, et il sait fichtrement bien écrire. Je vous en donne deux exemples. S'ils ne sont pas à votre goût, le livre en contient des milliers d'autres...
« Un duplex immense décoré dans ce style épuré et polaire, qui fit d'abord fantasmer les yuppies new-yorkais, avant de s'épanouir dans toutes les cantines branchées du globe. »
Bernard Mourad, Les actifs corporels, p. 69.
« Et puis il y avait aussi, bien sûr, de grandes tablées de cadres – des cadres supérieurs. Mâles et femelles pour la plupart cotés. Des groupes de bavards instruits, souriants et bien sapés, ravis du bruissement de leur perspicacité. »
Bernard Mourad, Les actifs corporels, p. 209.
Pour cela, en terme d'analogie, cela me fait penser à certaines constructions de style de Jorge-Luis Borges (« des étudiants épuisaient les vastes gradins »), mais on retrouve cela chez beaucoup de bons écrivains contemporains.
  • Bernard Mourad connaît bien la finance, les mécanismes d'évaluation et de fonctionnement des marchés financiers, la vie des institutions financières. Sa force ne tient pas dans la puissance documentaire, mais le côté « analyse d'un système » : la fiction qu'il décrit et développe au fil de ces 300 pages a la puissance évocatrice – et réaliste – d'une histoire qui pourrait parfaitement être réelle. Cela me rappelle le livre de Romain Gary qui s'appelait Charge d'âme, où le monde moderne apprenait à capter les âmes des mourants pour les transformer en une énergie nouvelle qui venait alimenter les lampes, les automobiles, la société. Le discours était en même temps métaphysique et cruellement humain, avec le style mordant de Romain Gary (mais qui lit encore Gary aujourd'hui ?).

  • Enfin, Bernard Mourad a un côté vachard qui est particulièrement réjouissant. C'est le vilain petit canard qui est passé par un système, en a probablement (?) été l'un des pions, voire un cavalier ou un fou brillant, et là, c'est l'heure de l'addition, fort salée, qu'il présente. Cela me rappelle cet autre livre mordant, beaucoup plus court, moins abouti, mais qui a l'avantage d'être téléchargeable gratuitement : Devenez beau, riche et intelligent grâce à Word, PowerPoint et Excel, de Rafi Haladjian.
Vous le devinez, c'est un roman que j'aurais aimé écrire et signer, mais je sais – honnêtement – que je n'aurais pas « articulé le quart de la moitié du commencement » (Cyrano de Bergerac, tirade du nez) des idées de Bernard Mourad :
« Décidément, le marché n'appréciait ni les surprises ni les communiqués intempestifs... Le marché, au fond, était un petit être hypersensible ; vite perturbé par le plus infime des changements dans ses habitudes immuables, dans son petit train-train minuté, dans ses anticipations. On pouvait sans doute le rendre fou, ce marché, en changeant l'emplacement d'un vase, ou la place du pot de beurre dans la porte du frigo... »
Bernard Mourad, Les actifs corporels, p. 205.

Si je devais formuler quelques critiques, elles seraient de ce type :
  • Le style est riche, mais peut créer un effet de lassitude vers la fin du roman, qui ne va toutefois pas jusqu'à l'overdose. Et je n'ai pas de solution.
  • La fin ne m'a pas franchement déçu, contrairement à ce que disait ma collègue, mais il est vrai que j'aurais des idées d'autres fins, ou de raffinements d'intrigue. M'enfin, je ne suis que le critique de service, pas le scénariste.
  • Le roman ne distille pas la joie de vivre. Mais Il faut sauver le soldat Ryan non plus, il n'empêche, c'est un superbe film.
Enfin, si je me suis permis de citer à outrance – ce qui n'est pas conforme au pur droit d'auteur, malgré mon adoption du style « citation » dans ma feuille de style – c'est pour vous donner envie de lire ce livre, et – idéalement – de l'acheter pour rendre sous forme de droits d'auteur à Bernard Mourad ce qui lui revient. Allez, pour me faire pardonner, une dernière citation ;-)
A propos d'une salle de réunion dans une banque d'affaires :
« Tout cela relevait largement du fantasme, Guyot en avait conscience. Cette pièce destinée à impressionner les visiteurs de prestige constituait surtout un espace de convivialité appréciable pour le petit personnel de Golley Dean. Une salle à manger luxueuse et austère où les salariés pouvaient, le soir venu, partager avec alacrité leurs repas remboursables. Alex se figurait l'attente fébrile qui devait sans doute précéder les livraisons de victuailles. Puis la liesse des jeunes analystes financiers, tapant des mains et des pieds à l'arrivée d'une kyrielle de sacs plastique, bourrés de sushis et de brochettes, de pizzas et de homos, de lasagnes et de viandes en barquettes dont le jus, rafraîchi par le trajet à l'arrière d'une mobylette, commençait à se mélanger aux molécules de polyéthylène. On était sans doute bien entre soi, à mastiquer mollement. À déglutir ensemble en comparant la noirceur des cernes, entassés dans un coin de cette table colossale, désertée par une famille fictive – indigne ou délaissée. »
Bernard Mourad, Les actifs corporels, p. 43-44.
En conclusion, et pour reprendre Cyrano, je ne connais pas personnellement Bernard Mourad « mais je lui serrerais bien volontiers la main ». (Je radote, j'ai déjà dit ça à propos d'Ayroles et Masbou...)