
On va supposer que vous avez réussi
à monter dans la rame. Il s'agit maintenant de se placer. Reprenons
notre analogie fondée sur le
Jeu de Go. Au Jeu de Go, il y a deux
choses à noter :
- on place une pierre en fonction des degrés de liberté
qu'elle permet d'obtenir
- il y a une hiérarchie des placements. Celle-ci est fondée
sur cette notion de degrés de liberté, mais aussi sur des critères
absolus (par exemple, un point parfaitement défini par ses coordonnées
X Y dans l'espace de jeu) ainsi que des critères relatifs (la distance
par rapport à un autre groupe de pierres).
Pour l'instant, je ne vais traiter que des placements absolus, car les
placements relatifs dépendent de la foule et de sa viscosité. Nous
allons donc nous placer dans un monde hypothétique (ou alors, dans le
monde réel à 6h du matin) dans lequel nous avons une relative liberté
de mouvement dans la rame. En bref, supposons qu'il n'y a pas de trop
de pékins sentant l'ail et les aisselles sur notre chemin.
Avisons d'un oeil sagace le crobard de gauche. Le point idéal est le 1,
opposé à la porte, adossé à la porte opposée (oui, ça rappelle
les
PNC). De là, vous êtes indélogeable, et relativement confortable, car
adossé. Une remarque sur 1 : certains pékins en 2 profitent du fait
qu'ils vous
tournent le dos pour vous foutre sous le nez, soit leur dos gras, soit
leur sac à dos rêche. Je n'ai pas vraiment de solution à cela, sinon la
respiration stoïque, ou la pression comme-par-hasard dont le sens, en
pékin, est "il y a quelqu'un derrière toi, ô dos fumeux !"
Si 1 n'est pas libre, prenez position sur 2, et attendez que 1 se
libère. Éventuellement, optez pour un des 3 (celui près du poteau
central est le meilleur, de là, basculement vers 2, puis recul vers 1).
Évidemment, les 3 aux strapontins sont des zones à chaud, il s'agit de
juger, c'est selon.
Quant aux 9, ils marquent clairement des zones inconfortables, car de
passage. Cela impose des gymnastiques, mise de face, de côté, repli
latéral, insertion des épaules, double axel, contorsion, épanchement de
synovie, salto piqué...

Passons maintenant au crobard de droite, qui donne la disposition d'une
rame plus moderne. Notez le placement des banquettes, qui supprime la
moitié des strapontins, ceux-ci étant une abomination, puisqu'un
strapontin, c'est la possibilité de s'asseoir dans une zone où on se
tient debout, c'est con.
Dans cette rame nouveau genre, le point d'adossement central
(précédemment 1) n'a plus qu'une valeur de 2, non pas qu'on puisse
moins bien s'adosser que précédemment, mais parce qu'il existe une
meilleure position : le 1. Ce 1 permet de s'enclencher dans un coin, de
protéger son côté, voire de plonger dans le décolleté de Camille qui
est en train de lire.
Si 1 n'est pas libre, on peut envisager la figure désormais classique :
4 prise de position, puis rotation centrale : 3, repli de dos : 2,
translation latérale : 1.
Notez le 3 du bas, qui est une position à ne pas négliger, j'ai fait
attention avec mes gros doigts à bien montrer qu'il existe vraiment un
espace sécurisé entre la porte et la banquette. En françexte dans le
tais, c'est un endroit dont vous n'avez pas besoin de bouger quand les
pékins descendent / montent.
Bien bien bien.
La prochaine fois, je ne sais, soit on traitera des entrées sorties,
soit on quittera la rame de métro pour parler des grappes de pékins,
grappes statiques, grappes mobiles.
Vaste programme, comme disait le Général après qu'on lui eût dit "Mort
aux cons !"