Blogthib, ou thibierge.flou

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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

samedi 19 décembre 2009

Pyromanie

Quand ça ne va pas bien, je fais un feu, comme Jack London.
Voire, je fais un feu.

Hell's Bells

Un singe en hiver

"Et le vieil homme entra dans un long hiver."
Très beau livre, superbe film.

Beyond redemption

jeudi 17 décembre 2009

Sad eyes

Dans "Pédale douce", il y a ce moment où Jacques Gamblin fait son aveu, et puis se retrouve seul, au milieu de cette soirée mousse. Et il se laisse couler dans la mousse, seul le haut du visage affleure, on a l'impression qu'il s'anesthésie. J'aurais voulu retrouver cette scène, avec son regard absent : on a l'impression qu'il refuse d'y penser.
Sad eyes

dimanche 29 novembre 2009

Conclusion - Fantômes

Voici le troisième thibillet sur ce qui m'est arrivé il y a une semaine (le fait divers est ici, l'analyse est là).
Hier matin, j'ai porté plainte.
1h30 de temps passé au commissariat.
3 certificats médicaux (dont une radiographie du visage ; aucun traumatisme osseux, pour ceux qui s'interrogeaient ; les marques sont restées au niveau superficiel - bosses, oedeme - et psychologique).
Comme l'a dit le jeune brigadier en me raccompagnant : "C'est rare qu'on aie une plainte de 4 pages !"
Mais surtout, j'ai identifié mon agresseur sur photos.

Je savais qu'il y allait avoir identification sur photos, et j'y allais avec appréhension. Je me méfiais de ma mémoire une semaine après, je n'avais pas vu le troisième type (excellent, mamzelle :-) ), et j'avais presque envisagé de dessiner les visages des deux premiers, pour les fixer sur le papier. Et en effet, cela a mal démarré : il y a peu de choses communes entre un visage mouvant, agressif, sous une capuche, dans la nuit, et un visage découvert pris dans un commissariat, à la lumière artificielle, sur fond clair. Nous avons passé une première planche de photos, et s'il était facile d'en éliminer plusieurs, cela allait difficilement plus loin. Et puis sur la seconde planche, j'ai commencé méthodiquement, en haut à gauche, et je commentais chaque photo. Jusqu'à la 5 : "c'est lui !"
Et au visage fantôme que j'avais porté dans ma tête pendant une semaine, s'est superposé un visage un peu différent, mais qui me rappelait des choses que j'avais oubliées de ce soir-là. A revoir ses lèvres, je me souvenais de ses insultes. A revoir ses yeux et ses sourcils, je revoyais son regard. C'était bien lui, celui qui m'avait agressé et frappé. Mais ce n'était pas exactement le visage que j'avais porté dans ma tête. Les policiers m'ont demandé de préciser à quoi je le reconnaissais, et ont vérifié je le reconnaissais formellement. Pendant cette confrontation, les deux visages - le souvenir et le réel - se sont fondus en un seul. Et quand je suis sorti du commissariat, l'image fantôme avait été remplacée dans mon cerveau par l'image plus précise, plus réelle, du vrai individu.
Il y a donc désormais un nom, une enquête, et une procédure, sur un individu du monde réel.
A partir de maintenant, cette histoire ne m'appartient plus, j'ai passé le relais à quelqu'un d'autre. Mais j'ai la satisfaction d'avoir clôturé ma partie sur une fin nette. Comme une photo.

mardi 24 novembre 2009

Séquelles - Mondes parallèles

Comme pour le thibillet précédent, je ne cherche pas spécialement à obtenir de réactions, je veux juste écrire pour moi et partager.
J'ai du mal à sortir de cette agression (le physique se rétablit, merci, le psychologique mettra probablement plus de temps), et je me rends compte que cela change ma vision des lieux et des choses.
Je ne verrai plus jamais cette rue, et cet immeuble d'où les trois sont sortis, de la même manière.
J'y penserai probablement à chaque fois que j'emprunterai cette rue (que je n'emprunterai plus jamais la nuit, ce qui me vaudra des détours fréquents).
Je suis vigilant, voire inquiet, dès que je croise des grands mecs dans le style de mon agresseur, où que ce soit.

Tout cela passera, plus ou moins vite, mais ça passera, parce que le cerveau humain a cette capacité géniale de gommer les choses, d'aplanir, de réparer les bleus à l'âme.
Quand même, je pensais que nous vivons, mon agresseur et moi, dans des mondes parallèles. Comme dans la science-fiction, deux mondes se côtoient, et de temps en temps une porte s'ouvre pour communiquer entre les deux mondes, et puis elle se referme. Quand je suis parti pour travailler ce matin, mon agresseur dormait probablement encore. Mais quand je dormais cette nuit, si ça se trouve, il était dans une rue, ou un bar, ou une voiture, éveillé et actif. Quand je travaille, il regarde la télé, ou fume, ou boit. Quand je me repose en famille, il est dehors sous la pluie, à se battre ou à tchatcher (non, pas sous la pluie, ces gars-là sont comme nous tous, personne ne reste jamais longtemps dehors quand il pleut).
J'avais eu cette même impression de mondes parallèles il y a quelques années. Un ami avait proposé qu'on se prenne un pot / apéro à son bureau, puis qu'on aille dans un bar-boîte juste à côté, La Favela Chic. On y avait passé une excellente soirée. Ce qui m'avait frappé, c'était qu'on était mardi soir, et que des personnes étaient venues pour y faire la fête, en habits de soirée, et semblaient parties pour danser et boire et rigoler toute la nuit. Un mardi soir.
En partant pour me trouver un taxi, je me disais que je n'y avais jamais pensé : tous les soirs de la semaine, à Paris, il y a des gens qui étaient magasinier, ou secrétaire, ou comptable adjoint dans la journée, qui s'habillent façon flash ou smart et qui sortent pour faire la fête, jusqu'à pas d'heure, la plupart d'entre eux travaillant probablement le lendemain, mais c'est juste qu'ils sont jeunes, ou fun, ou endurants, ou qu'ils ont un boulot chiant qui ne demande pas beaucoup de concentration. Je ne m'étais jamais rendu compte qu'à côté de mon monde, qui est quand même très planplan, il y avait le leur, qui n'ouvre pas aux mêmes heures, ne contient pas les mêmes personnes, et n'a pas les mêmes valeurs, les mêmes soucis, et la même histoire.
Je reviens à mon gars et à son monde parallèle. Nous sommes presque en opposition de phase. Je suis dans le clair, il est dans l'obscur. Mais c'est la même rue. Le même quartier. Et quand nous nous sommes croisés, quand la porte s'est ouverte temporairement entre nos deux mondes, c'était dans cette heure de clair-obscur.

Sans le savoir, il y a plusieurs années, j'avais rédigé un thibillet prémonitoire : même rue, ou presque ; même parallélisme entre les mondes ; même conclusion vigilante.

[edit] effet magique de la sérendipité, ou de l'aéropage, je viens de me rendre compte que j'avais lu la semaine dernière une nouvelle de Jack London qui s'intitule South of the Slot (Au Sud de la Fente) et qui parle de deux mondes, avec un homme qui passe de l'un à l'autre et qui a une identité distincte dans chacun.[/edit]

dimanche 22 novembre 2009

Fait divers

Hier soir, j'ai été agressé physiquement. Comme dit Woody Allen, "je me suis défendu vaillamment, et je les ai mis en fuite, en leur tapant sur les poings avec mon nez". En fait, j'en suis quitte pour une joue qui a doublé de volume et une mâchoire douloureuse. (j'ai même rêvé cette nuit que j'avais perdu une dent).
Je suis partagé entre deux envies : je ne veux pas en parler ; je veux en parler.
Pour la première, c'est plutôt : je ne veux pas qu'on m'en parle. Parce que je dois raconter à nouveau toute la scène, répondre aux questions et que cela m'est pénible : l'analyse, je l'ai déjà faite, et peu me chaut que mes interlocuteurs comprennent là où j'en suis arrivé en terme de conclusions.
Pour la deuxième, c'est parce que, comme toujours dans ces cas-là (j'avais vécu ce genre de chose, sans agression physique, il y a quelques années), cela me tourne dans la tête les heures et les jours (et les nuits qui suivent). Et qu'une manière de dégonfler le ballon, de vider le cerveau, c'est d'en parler. Mon analyse, la voilà. Il y en avait trois, mais il y en avait juste un qui voulait se battre. Peu importe la raison, il cherchait toute occasion. Et je lui en ai donné très peu, ne répondant quasiment pas à ses provocations et insultes et continuant à avancer. Je pense que c'était la seule solution, car la dialectique de ce genre de personne, à ce moment-là, c'est "je t'insulte, tu réagis, je m'énerve, tu me pousses, je t'agresse, la preuve, j'étais en état de légitime défense puisque tu m'avais poussé". René Girard n'est pas loin, c'est l'escalade de la violence. Et ce que j'ai donné, au contraire (par instinct ? par réflexe intellectuel sans que l'intellect ne soit sollicité ?), c'était l'inverse : le refus de rentrer dans ce schéma pré-établi. Mais lui, en face, il ne connaissait que cette manière de communiquer sous forme de conflit, d'action-réaction. Il en est venu, pendant un moment, à avoir une posture beaucoup plus humble, il voulait savoir pourquoi je refusais de lui parler, et sa voix était, sinon suppliante, du moins demandeuse, sincère. Et puis le déchaînement de violence après, quand il a vu que je restais dans un schéma qu'il ne comprenait pas.
Deux réflexions :
- cela fait des années que je pense aux possibilités d'agression, et aux réactions que je pourrais "préparer". C'est assez illusoire, parce que sur le coup, probablement comme beaucoup de personnes, j'ai eu un grand blanc. Le cerveau ne réagit plus rationnellement, on n'est plus capable de raisonner ou de se souvenir de la to-do liste de l'agressé ;-) En même temps, c'est intéressant, parce que je pense que toutes ces années de réflexions et de discussions sur l'être humain m'ont donné quelques réflexes intégrés, des manières de se comporter dans ce genre de crise qui ne sont peut-être pas optimales, mais qui limitent la casse.
- ce gars cherchait en fait du dialogue. Mais dans certaines existences, on n'a plus que le conflit et l'opposition pour "dialoguer". Il était dans son monde, dans son système de "dialogue", mais évidemment, il n'en est pas du tout satisfait. Il dira "je m'en foutais de ce gars" alors que pas du tout, même s'il a obtenu apparemment ce qu'il voulait (une bagarre), il a dû être frustré de ne pas obtenir ce qu'il cherchait vraiment (un échange). Un échange, fut-il de coups de poings, c'est un succédané fruste de l'échange de mots, qui lui-même peut être souvent un succédané fruste de l'échange de sentiments ou de l'échange de confiance. Mais c'est toujours un échange.

dimanche 20 septembre 2009

Pour Jean-Jacques Sempé

Je revenais d'un long jogging, et j'étais en train de m'étirer à l'entrée du parc quand j'ai vu un dessin de Sempé. Ou plutôt, une idée pour un dessin de Sempé. Or je ne sais pas bien dessiner (en tout cas, pas aussi bien que je souhaiterais). Alors voilà, en quelques lignes. La lumière était dorée, rasante, et les arbres commençaient leur palette de vert-or-brun préludant à l'automne. Sur une allée, deux petits garçons mignons se poursuivaient, jouaient, finalement tombaient ensemble en rigolant. Et leur maman, dans cette lumière dorée, à 20 m de ces bambins-angelots, consultait son téléphone portable.

mardi 21 juillet 2009

Le son du silence

J'en avais formulé le souhait, deux fois, mais l'idée (l'envie) était plus ancienne.
Je suis allé quelques jours en retraite spirituelle, seul.
Pas d'Internet, pas de sonneries de téléphone ou de porte d'entrée, pas de télé ni de radio. Très peu de musique, et douce (Bach, Mozart, Pat Petheny).
Réveil sans sonnerie de réveil, travail (sur un livre) dès le matin, en buvant du thé toute la matinée.
Il y avait un silence qui était tel qu'on entendait enfin tous les bruits qu'on n'entend que quand il y a du silence. Le froissement des ailes d'une petite chauve-souris, la nuit tombée. Le bourdonnement des abeilles, le zonzonnement des mouches.
J'ai passé des heures à regarder les nuages.

Un collègue qui m'avait dit, il y a 15 ans : quand je prendrai ma retraite, j'irai dans ma maison dans Le Perche, j'écouterai les rythmes des plantes et des bêtes.
J'y suis allé, j'en suis revenu.

Le vent s'appuie
Sur le paillasson dru
Des champs de blé.

Les yeux au ras de l'herbe
Je vois les abeilles qui s'affairent
Balles de golf tigrées
Sur un green à l'abandon.

Éole dessine des motifs d'Escher
Avec ses troupeaux de nuages.

Les arbres jouent
Aux marionnettes chinoises
Dans le feu du couchant.

jeudi 7 mai 2009

Souris, montre toutes tes dents...

Comme je vis une vraie vie d'aventurier et que j'ai toujours refusé de céder à la barbarie, je me suis dit, comme ça : et si je prenais un caramel mou ?
Et parce que la vie est faites d'actions audacieuses, le caramel mou j'ai pris.
Et là, le drame.
Je me dis, "Tiens, dans ce caramel mou, il y a du dur.
Un gros morceau de sucre, probablement !"

Nan.

À 41 ans, je dois me rendre à l'évidence : il est révolu le temps des caramels mous.
Ma consolation : je vais mettre la dent sous l'oreiller et attendre la petite souris. Parce que si des gosses de 6 ans peuvent récolter, allez, 1 euros en échange d'une dent de lait, le calcul est simple (mais je le détaille en ayant une pensée émue pour mes élèves de 1ère année qui sont en train de fouetter pour l'examen de lundi prochain) : valeur future d'un euro placé pendant 35 ans au taux complètement arbitraire de 6% l'an, mais capitalisé quotidiennement parce que c'est plus fun :
VF = 1 ¬ * (1+ 6%/365)^(35*365) = 8,16 ¬.
Ah.
Compte-tenu des coûts de dentiste, la VAN est négative.

samedi 28 février 2009

Tu veux un pin ?!



Avec la musique qui correspond.

mercredi 18 février 2009

Iceman

Musique


Sleepy town ain't got the guts to budge
Baby this emptiness has already been judged
I wanna go out tonight, I wanna find out what I got
You're a strange part of me you're a preacher's girl
And I don't want no piece of this mechanical world
Got my arms open wide and my blood is running hot.

We'll take the midnight road right to the devil's door
And even the white angels of eden with their flaming swords
Won't be able to stop us from hitting town in this dirty old Ford
Well it don't take no nerve when you got nothing to guard
I got tomb stones in my eyes and I'm running real hard
My baby was a lover and the world just blew her away.

Once they tried to steal my heart, beat it right out of my head
Well baby they didn't know that I was born dead
I am the iceman, fighting for the right to live
I say
Better than the glory roads of heaven
Better off riding hell-bound in the dirt
Better than bright lines of the freeway
Better than the shadows of your daddy's church
Better than the waiting
Baby
Better off is the search.


Bruce Springsteen, Iceman.

lundi 16 février 2009

Traduction du discours de Steve Jobs - remise des diplômes de Stanford - 12 juin 2005

J'avais déjà parlé de ce discours, assez connu sur Internet, en indiquant que je n'étais pas satisfait de la traduction. Voilà désormais qui est fait.

NB : ma traduction essaie d'être fidèle, ce qui peut être difficile quand on parle d'études supérieures. J'ai traduit high school par lycée (ou avant bac) et college par université (ou études supérieures).

Discours de Steve Jobs lors de la remise des diplômes de Stanford, 12 juin 2005.

"Je suis honoré d'être parmi aujourd"hui, pour votre remise des diplômes de la part d'une des meilleures universités au monde. Je n'ai jamais été diplômé d'études supérieures. En fait, aujourd'hui, c'est la première fois de ma vie que j'ai réussi à m'approcher autant d'une remise de diplômes. Et je veux vous raconter trois histoires de ma vie. Juste ça. Pas de grand ramdam. Juste trois histoires.

La première histoire parle de connecter les points.

Après 6 mois, j'ai abandonné mes études au Reed College, mais j'y suis resté en tant qu'auditeur libre pour 18 mois de plus, avant que je n'abandonne définitivement. Mais pourquoi est-ce que j'ai arrêté ?

Cela a commencé avant ma naissance. Ma mère biologique était une jeune étudiante non mariée, et elle a décidé de me faire adopter. Elle tenait vraiment à ce que je sois adopté par des personnes diplômées d'études supérieures, et tout a été arrangé pour que je sois adopté, dès ma naissance, par un avocat et sa femme. Mais quand j'ai pointé le bout de mon nez, ils décidèrent à la dernière minute qu'ils voulaient vraiment une fille. Alors mes parents, qui étaient en liste d'attente, reçurent un coup de fil dans la nuit leur demandant : "Nous avons un bébé garçon non prévu. Le voulez-vous ?" Ils répondirent "Bien sûr." Ma mère biologique découvrit plus tard que ma mère n'avait pas de diplôme d'études supérieures, et que mon père n'avait même pas son bac. Elle refusa alors de signer les papiers d'adoption. Ce n'est que plusieurs mois après qu'elle accepta, après que mes parents lui aient promis qu'ils me feraient faire des études.

Et 17 ans après, c'est en effet ce que je fis. Mais, naïf que j'étais, j'avais choisi une université [Reed College] qui coûtait presque aussi cher que Stanford, et toutes les économies de mes parents (qui gagnaient peu) étaient dépensées en frais de scolarité. Après 6 mois, je n'en voyais plus l'intérêt. Je n'avais aucune idée de ce que je voulais faire de ma vie, et aucune idée sur l'aide que l'université pourrait m'apporter dans cette question. Et j'y étais, en train de dépenser l'argent que mes parents avaient économisé toute leur vie. Alors j'ai décidé d'abandonner mes études, et de me dire que tout allait s'arranger. C'était plutôt effrayant, comme décision, mais quand j'y repense, c'est une des meilleures décisions de toute ma vie. Dès que j'ai décidé d'abandonner, j'ai pu arrêter les cours obligatoires qui ne m'intéressaient pas, et commencer des cours qui me semblaient intéressants.

Ce n'était pas paradisiaque. Je n'avais pas de logement à la cité universitaire, alors je dormais sur le sol de la chambre de copains, je collectais les bouteilles de coca pour récupérer les 5 cents de consigne et m'acheter de quoi manger, et chaque dimanche soir, je faisais 10 km à pied, traversant la ville pour aller consommer un bon repas au temple Hare Krishna. J'ai adoré ça. Et la plupart des choses que j'ai découvertes en suivant ma curiosité et mon intuition se sont avérées inestimables après coup. En voici un exemple.

Le Reed College offrait à cette époque ce qui était probablement la meilleure formation à la calligraphie de tous les Etats-Unis. Partout sur le campus, chaque affiche, chaque étiquette, était superbement calligraphiée à la main. Sachant que j'avais abandonné, et donc que je n'avais plus à suivre les cours obligatoires, je me suis inscrit à un cours de calligraphie, pour apprendre comment faire. J'ai appris les lettres Serif et San Serif, l'espace variable qui existait entre les différentes lettres, et toutes les choses qui rendent la calligraphie superbe. J'y trouvais la Beauté, l'Histoire, et l'Art d'une manière subtile que la science ne pourra jamais appréhender. C'était fascinant.

Rien de tout cela n'avait l'ombre d'une chance de pouvoir être utile dans ma vie. Mais dix ans après, tandis que nous étions en train de concevoir le premier ordinateur Macintosh, tout cela m'est revenu. Et nous l'avons intégré dans le Mac. C'était le premier ordinateur avec une belle typographie. Si je ne m'étais pas inscrit en auditeur libre à ce cours d'université, le Mac n'aurait jamais eu différentes polices de caractères, ou des polices à espacement variable. Et comme Windows ne fait que copier le Mac, cela signifie qu'aucun ordinateur n'aurait eu ces polices. Si je n'avais pas abandonné mes études supérieures, je ne me serais pas inscrit dans ce cours de calligraphie, et les ordinateurs personnels n'auraient peut-être pas eu la belle typographie qu'ils ont aujourd'hui. Bien sûr, il était impossible de connecter ces points par avance quand j'envisageais mon avenir à cette époque. Mais ce fut très très clair quand je regardai en arrière, dix ans plus tard.

Je le répète, vous ne pouvez pas connecter les points quand vous regardez vers l'avenir, vous ne pouvez le faire qu'en regardant le passé. Alors vous devez être confiant : les points vont se connecter entre eux à l'avenir. Vous devez avoir confiance en quelque chose - vos tripes, votre destin, karma, quoi que ce soit. Cette manière de faire ne m'a jamais déçu, et elle a fait toute la différence dans ma vie.

Ma deuxième histoire parle d'amour et de perte.

J'ai eu de la chance : j'ai trouvé rapidement ce que j'aimais faire dans la vie. Woz [Steve Wozniak] et moi avons démarré Apple dans le garage de mes parents quand j'avais 20 ans. Nous avons travaillé dur, et en 10 ans, Apple a changé : de deux personnes dans un garage, c'est devenu une société de 4 000 salariés avec des ventes de 2 milliards de dollars. L'année précédente, nous venions de lancer notre meilleure création - le Macintosh - et je venais d'avoir 30 ans. Et là, j'ai été viré. Comment peut-on être viré de la société qu'on a créé ? Eh bien, comme Apple se développait, nous avons embauché quelqu'un dont je pensais qu'il était très doué pour gérer la compagnie avec moi, et la première année, les choses se passèrent très bien. Mais bientôt, nos visions de l'avenir commencèrent à diverger et finalement, nous nous sommes fâchés. Quand cela arriva, notre conseil d'administration se rangea à ses côtés. Aussi, à 30 ans j'ai été mis dehors. De manière extrêmement médiatisée. Ce qui avait été l'enjeu de toute ma vie d'adulte avait disparu, et j'étais dévasté.

Pendant plusieurs mois, je n'ai vraiment pas su quoi faire. Je sentais que j'avais déçu la précédente génération d'entrepreneurs. Que j'avais lâché le témoin qu'ils m'avaient transmis. J'ai rencontré David Packard et Bob Noyce et j'ai essayé de m'excuser pour avoir foiré si lamentablement. J'étais un raté très médiatisé, et j'ai même envisagé de fuir loin de la [Silicon] Valley. Mais quelque chose commença à m'apparaître : je continuais à aimer ce que je faisais. Ce qui s'était passé chez Apple n'avait rien changé du tout à cela. J'avais été éconduit, mais j'étais toujours amoureux. Alors j'ai décidé de recommencer.

Je ne l'ai pas vu comme ça à ce moment, mais mon licenciement d'Apple a été une meilleures choses qui me soit arrivée. Le poids du succès a été remplacé par la légèreté du nouveau débutant, celui qui n'était plus aussi sûr de rien. Cela m'a libéré et m'a permis d'entrer dans une des périodes les plus créatives de ma vie.

Dans les cinq années suivantes, j'ai créé une société appelée NeXT, une autre appelée Pixar, et je suis tombé amoureux d'une femme extraordinaire qui allait devenir mon épouse. Pixar a produit le premier film d'animation par ordinateur, Toy Story, et est aujourd'hui le meilleur studio d'animation au monde. Dans un coup du sort assez étonnant, Apple a racheté NeXT, je suis retourné chez Apple, et la technologie que nous avions développée chez NeXT a été le catalyseur de la renaissance d'Apple. Et Laurene et moi avons désormais une famille géniale.

Je pense que rien de ceci ne serait arrivé si je n'avais pas été viré d'Apple. Le remède a été désagréable, mais je pense que le patient en avait besoin. Parfois, la vie vous balance un coup de brique sur la tête. Ne perdez pas la foi. Je suis sûr que la seule chose qui m'a fait continuer, c'était que j'aimais faire ce que je faisais. Vous devez trouver ce que vous aimez. Et c'est vrai aussi bien pour votre travail que pour votre partenaire. Votre travail va prendre une grande part de votre vie, et la seule manière d'être vraiment satisfait, c'est de faire ce que vous pensez être du beau boulot. Et la seule manière de faire du beau boulot, c'est d'aimer ce que vous faites. Si vous n'avez pas encore trouvé, continuez à chercher. Ne vous arrêtez pas. C'est comme ça pour tout ce qui touche au coeur : vous le saurez quand vous l'aurez trouvé. Et comme pour tout grand amour, ça devient de mieux en mieux au fil des années. Alors continuez à chercher jusqu'à ce que vous trouviez. Ne vous arrêtez pas.

Ma troisième histoire parle de la mort.

Quand j'avais 17 ans, j'ai lu une citation du genre : "Si vous vivez chaque jour comme si c'était le dernier, un jour viendra qui vous donnera raison". J'en ai été marqué, et depuis lors, au cours des 33 dernières années, je me suis regardé dans le miroir chaque matin et je me suis dit : "Si c'était le dernier jour de ma vie, est-ce que je voudrais faire ce que j'ai à faire aujourd'hui ?" Et à chaque fois que la réponse est "Non" plusieurs matins d'affilée, je sais que je dois changer quelque chose.

L'outil le plus important que j'aie trouvé pour m'aider à prendre de grandes décisions, c'est de me souvenir que je serai bientôt mort. Parce que presque tout - ce qu'on espère des autres, l'orgueil, la peur d'être ridicule ou de se planter - tout cela disparaît face à la mort, et ne reste que ce qui est vraiment important. Pour éviter le piège de penser que vous avez quelque chose à perdre, le meilleur moyen est de vous rappeler que vous allez mourir. Vous êtes déjà nu. Alors autant suivre votre coeur.

Il y a un an, on m'a diagnostiqué un cancer. J'ai subi un scanner à 7h30 du matin, qui révélait une tumeur sur mon pancréas. Je ne savais même pas ce qu'était un pancréas. Les docteurs m'ont dit que c'était presque certainement un cancer incurable, et que je devais m'attendre à vivre juste 3 à 6 mois. Mon docteur m'a conseillé de rentrer chez moi et de mettre mes affaires en ordre, ce qui est le langage codé des docteurs pour dire que je devais me préparer à mourir. Cela signifie de dire à vos enfants, en quelques mois, toute les choses dont vous pensiez que vous auriez 10 ans pour leur dire. Cela signifie de tout préparer de telle sorte que ce soit le plus facile possible pour votre famille. Cela signifie de faire vos adieux.

J'ai vécu avec ce diagnostic toute la journée. Le soir-même, j'ai eu une biopsie, ils m'ont plongé un endoscope dans la gorge, passé mon estomac, puis mes intestins, ils ont enfoncé une aiguille dans mon pancréas et ont récupéré quelques cellules de la tumeur. J'étais anesthésié, mais ma femme qui était présente m'a dit que quand ils ont examiné les cellules au microscope, les médecins en ont pleuré, parce que c'était en fait une forme très rare de cancer du pancréas qu'on peut soigner par la chirurgie. J'ai été opéré, et je vais bien maintenant.

Ce fut le moment où j'ai été le plus proche de la mort, et j'espère ne pas revivre ça avant plusieurs dizaines d'années. Après ce que j'ai vécu, je peux désormais vous le dire avec un peu plus de certitude que quand la mort était un concept certes utile, mais purement intellectuel :

Personne ne veut mourir. Même ceux qui veulent aller au Paradis ne veulent pas mourir pour y aller. Et pourtant, la mort est notre destination finale à tous. Personne n'y a jamais échappé. Et c'est comme cela que les choses doivent être, car la Mort est probablement la meilleure invention de la Vie.C'est l'agent du changement de la Vie. Elle supprime le vieux pour laisser la place au jeune. Aujourd'hui, le nouveau c'est vous, mais un jour qui n'est pas très éloigné, vous deviendrez le vieux et serez éliminés. Désolé d'être aussi mélodramatique, mais c'est la vérité.

Votre temps est limité, alors ne le perdez pas à vivre la vie de quelqu'un d'autre. Evitez d'être piégé par le dogme - c'est-à-dire vivre sur les résultats des pensées des autres. Ne laissez pas votre voix interne être noyée par le bruit des opinions des autres. Et plus important que tout, ayez le courage de suivre votre coeur et votre intuition. Eux savent déjà ce que vous voulez réellement devenir. Tout le reste est secondaire.

Quand j'étais jeune, il y avait ce livre génial qui s'appelait Le catalogue de toute la Terre, et c'était une des bibles de ma génération. C'est un gars nommé Stewart Brand qui l'a créé pas loin d'ici, à Menlo Park, et il lui a donné vie avec son sens poétique. C'était dans les années 60, avant les ordinateurs personnels et la publication assistée par ordinateur, ce qui veut dire qu'il travaillait avec des machines à écrire, des ciseaux, et des appareils Polaroïd. C'était une sorte de Google en livre, 35 ans avant Google : c'était idéaliste, et le livre débordait d'outils géniaux et de notions claires.

Stewart et son équipe publièrent plusieurs éditions du Catalogue de toute la Terre, et quand son temps arriva, ils publièrent une dernière édition. C'était dans les années 70, et j'avais votre âge. Au dos de leur dernière édition, on voyait la photo d'une route déserte, au petit matin, le genre de route où vous pouviez vous imaginer faire du stop, si vous étiez du genre aventureux. En légende, les mots "Ayez faim. Soyez fou". C'était leur message d'adieu, pour leur dernier livre. Ayez faim. Soyez fou. Je me suis toujours souhaité ça. Et maintenant, alors que vous allez être diplômés pour recommencer à nouveau, je vous le souhaite.
Ayez faim. Soyez fou.

Merci beaucoup à tous."

lundi 5 janvier 2009

Voeux


Je ne sais jamais très bien quoi souhaiter comme voeux, encore moins répondre aux voeux qu'on m'envoie. Mettez ça sur le compte d'un esprit rationnel, pour ne pas dire pessimiste.
  • Quand des amis m'envoient une photo d'eux-mêmes avec leurs enfants, voire (suprême horreur) de leurs enfants tout seuls, je me dis toujours que ça leur fait plus plaisir qu'à moi. Donc = les voeux, c'est un prétexte pour envoyer des photos, du genre "on s'est pas vus en 2008, alors on t'envoie le résumé" ;
  • Quand des amis m'envoient une e-carte postale récupérée sur Internet ("Vous avez reçu une e-carte postale, pour voir la carte, veuillez cliquer sur le lien ci-dessous, et abjurer votre foi, et donner votre numéro de carte bleue, et votre numéro de téléphone avec les créneaux auxquels on pourra vous appeler."), je me sens toujours floué, tandis que je regarde des [edit]cerfs rennes ! [fin d'edit] dans un ciel neigeux avec un message clignotant du genre "Happy new year 2007 8 9". Donc = les voeux, c'est artificiel ;
  • Quand je reçois un message sincère (niveau 1), c'est du genre "je te souhaite du bonheur et la santé, oh oui, c'est important la santé, et la famille, oui oui !", je regrette presque de ne pas avoir reçu une e-carte postale. Donc = les voeux, c'est une occasion pour faire le point sur sa vie, mais cette occasion est rarement utilisée ;
  • Quand je reçois un message sincère (niveau 2), c'est une belle déclaration, sincère et pensée, qui dit en gros (mais je me moque, alors que c'est une belle déclaration) que nous sommes peu de choses, que le temps file, et que ton sourire vaut 27 lettres recommandées et 298 mails. Donc = les voeux, c'est parfois, rarement, une occasion pour dire des choses pensées. C'est dommage qu'il n'y ait des voeux qu'une fois par an, c'est comme la journée de la femme.
Moi, je vous souhaite de respirer régulièrement. Et le reste viendra. Ou pas.












dimanche 21 décembre 2008

Alala, ces coups de soleil...

J'aimerais bien regarder quelle température il fait a Paris, juste pour comparer. Pas de doute, ca valait bien 26 h de voyage. La douche sous les chutes d'Iguazu (photos a venir, ou pas), les coatis, la piscine, les bieres locales. Et la viande, mazette, du vrai bon boeuf élevé dans la Pampa sans rupture de la chaine du froid (vous ai-je parlé de la température ici ?)
Ah, ma fille m'annonce qu'il faut urgemment aller se baigner á la cascade...

samedi 6 décembre 2008

Résilience

You may write me down in history
With your bitter twisted lies
You may trod me down in the very dirt
And still like the dust I'll rise
Does my happiness upset you
Why are you best with gloom
Cause I laugh like I've got an oil well
Pumpin' in my living room

So you may shoot me with your words
You may cut me with your eyes
And I'll rise
I'll rise
I'll rise
Out of the shacks of history's shame
Up from a past rooted in pain
I'll rise
I'll rise
I'll rise

Now did you want to see me broken
Bowed head and lowered eyes
Shoulders fallen down like tear drops
Weakened by my soulful cries

Does my confidence upset you
Don't you take it awful hard
Cause I walk like I've got a diamond mine
Breakin up in my front yard

So you may shoot me with your words
You may cut me with your eyes
And I'll rise
I'll rise
I'll rise
Out of the shacks of history's shame
Up from a past rooted in pain
I'll rise
I'll rise
I'll rise

So you may write me down in history
With your bitter twisted lies
You may trod me down in the very dirt
And still like the dust I'll rise

Does my happiness upset you
Why are you best with gloom
Cause I laugh like I've got a goldmine
Diggin' up in my living room

Now you may shoot me with your words
You may cut me with your eyes
And I'll rise
I'll rise
I'll rise
Out of the shacks of history's shame
Up from a past rooted in pain
I'll rise
I'll rise
I'll rise



Référence