Blogthib, ou thibierge.flou

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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

mardi 22 avril 2008

Magnolia Express - 3ème partie - # 16

Cahutes (2)
 
Une fois que j'ai expliqué aux renards qu'ils ne doivent pas faire leurs cérémonies de mariage si près des clairières, parce que sinon les humains voudront s'inviter à la noce, je me réveille avec la certitude d'avoir accompli une bonne action. Bon, comme d'habitude, tu t'es levé à cinq heures du matin pour aller jouer dans le parc aux antiquités, et j'émerge donc au milieu des draps comme une abeille au milieu d'un lys blanc.
Bzzzzz.
 
Entrouvrant la fenêtre comme une squaw sioux, j'essaie de repérer ta trace dans le sable léger du sentier. Nulle trace, mais une sorte de bruit (tic tic tic) dans la petite cabane là-bas, à côté de la statue en bidons métalliques. Bien, c'est là-bas que le coyote se cache. Armons-nous et allons-y.

- Que fais-tu, demandé-je, en constatant in petto que tu es en train de te pencher sur une vieille machine à écrire vénérable.
- Je me penche sur une vieille machine à écrire, réponds-tu. Puis tu ajoutes, par souci de précision : vénérable.

Je me penche à côté de toi, et nous hochons la tête ensemble face à ce respectable vestige du passé. Corona, 1918.

- Dans la caisse à côté, il y a quelques autres Corona, deux Remington, une Underwood, plus quelques autres en dessous, dis-tu, ô toi mon coyote à poil ras.

J'attends.
Tu me regardes, souris, me dis :

- Je crois que je peux les réparer. Je crois que je vais les réparer.

Je hoche la tête, vu que ça ne me dérange point. Alors tu claques tes mains sur tes cuisses et tu te redresses :

- Allons préparer un petit déjeuner énorme, pour changer.


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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l'ordre, est
.

jeudi 17 avril 2008

Magnolia Express - 3ème partie - # 15

Cahutes
 
Je m'éveillai à l'invitation d'un parfum de soleil timide, sur les carreaux de la petite cabane. Nulle odeur de café brûlé.
Je me levai sans déranger Aline, qui était visiblement occupée à se bricoler un rêve à trois étages, et sortis face au parc d'antiquités mécaniques. Il y avait des piles d'objets mastodontes et des allées larges, ceux qui passaient dans la région en montgolfière devaient voir un quadrillage d'allées bien nettes, avec de temps en temps une petite cahute en bois. Nous avions dormi dans la cahute n°5, une petite pièce avec un grand lit à ressorts, quatre murs en bois autour et un toit pour couronner le tout. Je savais qu'Eileen et Conrad étaient dans la cahute 18, de l'autre côté du parc, et je me demandais si les autres petites cabanes que je voyais abritaient aussi des voyageurs express. Je m'avançais vers la première cabanette, à la réflexion, elle avait plutôt l'air de contenir des objets fragiles, vu qu'il n'y avait même pas de porte, juste un rideau qui bougeait un peu. Quel contenu, quelles découvertes ? Abats-jour ? Rasoirs de barbier ? Roulettes de casino ?
J'hésitai sur le seuil : l'intérieur était sombre et frais, alors que j'avais le dos chauffé au soleil. La bicoque faisait dix pieds sur douze et contenait des meubles en bois verni, chacun recouvert d'une bâche, ou un drap, une cape, une voilette, une descente de lit. Au choix.
 
Sur une table roulante à côté de l'entrée, une vieille machine à coudre, du type de celle qui avait piqué la Belle au Bois Dormant, rêvait à sa splendeur passée. Je passai la porte et m'accroupis devant l'objet. La roue d'alimentation ne tournait plus, mais c'était probablement un problème de graissage. Je trouvai une burette d'huile qui flânait sur une des étagères, et entrepris de rendre les derniers honneurs à cette ravaudeuse mécanique.
 
Après un démontage sommaire et un tendre graissage, la vaillante machine fonctionnait à nouveau et réclamait de l'ouvrage. Je lui promis d'en parler à Vieux Bill, et elle me remercia, me disant que j'étais fort serviable. En me relevant pour libérer mes jambes ankylo-accroupies, je jetai un oeil à une grosse caisse en bois sans couvercle, coincée entre la table de la machine à écrire coudre et un vieux classeur verni. Son contenu était recouvert d'un vieux drapeau américain délavé, ce qui faisait que l'on ne voyait point les objets ainsi entassés. ça devait probablement être des entonnoirs en cuivre, ou une collection de fers à friser, ou encore des récipients en étain allant de l'once au gallon.
Je soulevai le drapeau : la caisse était remplie de vieilles machines à écrire en vrac.
Je crus voir un cimetière d'instruments de musique.




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mercredi 16 avril 2008

Magnolia Express - 3ème partie - #14

Un rêve d'Aline
 
La banquise était saupoudrée de sucre glace et ça envoyait des étincelles dans tous les sens, c'était une piste aux étoiles en plein pôle nord. Il y avait un cercle d'ours blancs qui dansaient en faisant Pom Pom Pom, au milieu de toute cette étendue blanche. Ils avançaient tous ensemble, puis se prenaient par le bras, faisaient des entrechats tout en disant Pom Pom Pom Pom, puis ils se remettaient à danser débonnairement. Un des ours a fait un entrechat, et puis il est retombé sur un pied, a fait Oups et s'est retrouvé les fesses dans la neige. Ça avait fait Pom Pom Pom Oups, et les autres dansaient autour de lui, il battait la mesure avec ses pieds tout blancs tout neigeux en restant étendu mollement, les yeux fixés sur les nuages, un sourire ineffable sur ses babines.


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vendredi 11 avril 2008

Magnolia Express - 3ème partie - #13

Dîner des Grands de ce Monde (3)
 
Vieux Bill continua :

- dans le parc dehors, il y a deux ou trois cahutes pour les voyageurs égarés. ça n'est point le grand luxe, mais comme vous n'êtes pas arrivés en smoking (sourire) et robes du soir (inclinaison de la tête), ça devrait aller.

Conrad, homme pratique :

- ... Et pour mon pare-brise ?
- J'ai une idée. On verra demain.
- Et ... pour cette nuit, dans les cahutes ?
- On verra demain. Si vous me donnez un coup de main, on pourra s'arranger facile (et en disant cela, Vieux Bill chassait l'air avec sa main, comme John Wayne dans Rio Bravo).

Après hochements de tête réciproques, Vieux Bill se leva, attrapa une lanterne de cuivre au mur, l'alluma à une des lampes à pétrole :

- Si vous voulez bien suivre le bagagiste, il va vous montrer vos suites ...

Je pris le bras d'Aline façon grand seigneur, Conrad celui d'Eileen, le cortège était constitué :

- Vous remercierez vivement le propriétaire, honorable bagagiste. Vous pouvez larguer les amarres, nous sommes prêts.

Tandis que Vieux Bill et son rond de lumière nous précédaient dans la nuit, Aline me chuchota :

- C'est quand même bien tombé, non ?
- J'ai le génie de l'organisation, répondis-je.

Et la nuit nous picorait le visage de baisers frais.




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jeudi 10 avril 2008

Magnolia Express - 3ème partie - #12

Pensées de Conrad
 
Bon, en virant le vieux coffre à bois (bon sang, faudra le porter à deux), on devrait dégager suffisamment d'espace pour loger un raton-laveur. Evidemment, on peut clouer les sièges au plafond, ça mettra un deuxième raton-laveur à l'aise, pas de problème. Quant aux autres...
Dormir dans le frigo ?
Y a peut être une cave ?
Bon sang de bois ...



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mercredi 9 avril 2008

Magnolia Express - 3ème Partie - #11

Dîner des Grands de ce Monde (2)
 
- Voilà, nous dit Vieux Bill en s'essuyant la bouche, vous êtes coincés ici pour la nuit. Je peux vous loger.
Nous eûmes un regard entre nous. Conrad jaugeait la petite pièce circulaire.




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jeudi 3 avril 2008

Magnolia Express - 3ème partie - #10

Dîner des Grands de ce Monde
 
On était assis autour d'une plâtrée où l'on reconnaissait des oeufs, des pommes de terre avec du lard et du bacon, des tomates, quelques poivrons, quelques épices. Conrad avait passé un tablier rose sur lequel on pouvait lire "Embrassez la cuisinière", et il avait oublié de l'enlever en passant à table. Je l'affirme, dîner dans un navire immobile face à un plantigrade revêtu d'un tablier rose à volants était une expérience qui méritait à elle seule tout ce voyage.

- Qu'est-ce que tu regardes, Aline ?
- Tu me fais penser à une danseuse de french cancan dans un saloon.
- ... ? ... Bon sang de bois, j'avais oublié ce fichu tablier !

Nous étions assis autour de la table à cartes, j'avais mon assiette posée sur le Pérou, Conrad était du côté du cercle arctique, Eileen était en Norvège et toi tu pataugeais non loin du Cap Vert. Vieux Bill régnait sur l'Australie, en bout de table.
ça n'était que justice.




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mercredi 2 avril 2008

Magnolia Express - 3ème partie - #9

Ceci est une citation à des fins d'illustration musicale (détails ici). Il s'agit d'un extrait, en mono, de Call me The Breeze, par JJ Cale, sur le CD Naturally, Mercury, 1972. Le disque est en vente ici.
George et Théa
 
Vieux Bill voyait nos regards glisser sur les instruments, s'arrêter sur les figures de proue situées chacune dans un angle de la pièce, repartir le long des murs, l'obscurité se diluait, la vieille lampe à pétrole qu'il avait allumée ressemblait à un vieux fanal de navire envoyant une vieille lumière dorée dans cette vieille pièce. Vieux Bill me scruta alors que je regardais le gabier barbu :

- Mademoiselle, permettez-moi de vous présenter George.
- Enchanté George. Aline.
- Salut, boucanier. Conrad, navigateur-gazoline.
- Bonjour, George (fut la réponse timide d'Eileen).

Mais toi, tu étais tourné vers la princesse des îles :

- Bonjour Madame, as-tu dit.
- Théa, dit le vieux. C'est pour elle que George a échoué ici.
- Tu as eu raison, vieux George. ça n'est jamais bon d'être seul à terre.
- Bien dit, mon gars. Tu es marin aussi ?
- Par adoption, Vieux Bill : on pourrait me surnommer Jonah.

Il te regardait en hochant la tête, puis il se tourna vers moi :

- Comment s'appelle ton cavalier, demoiselle ?
- ... On l'appelle La Brise.




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