Blogthib, ou thibierge.flou

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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

lundi 31 mars 2008

Magnolia Express - 3ème partie - #8

Cargo cabane
 
A l'intérieur, il faisait assez sombre, pas de cette obscurité qui mange tout et laisse les petits enfants frissonnants, non Monsieur, de la belle obscurité tiède, qui atténuait les reflets du cuivre (du cuivre patiné, dans cette bicoque ?), qui absorbe totalement les bois sombres (ébène, teck) et qui souligne juste les bois clairs, comme des bouées apparaissant dans la tempête. C'était un bateau, amarré à jamais, ancré au-dessus de dix mille pieds de terre, immobile, puissant, un bateau en cale sèche mais un bateau tout de même. Le vieux s'était installé dans un fauteuil à bascule en bois sombre, avec des ferrures dorées, et toute la pièce semblait rayonner autour de lui :

un compas à cardans,
un tonnelet de rhum des îles,
un compas à huile,
des marines accrochées aux murs, encadrant
deux lunettes d'approche, dont l'une avait dû servir de massue à un fier corsaire
(un peu tordue, quoi),
un sextant posé sur une table à cartes, et jouant le rôle d'un presse-papiers
une figure de proue dans un coin, taille humaine, représentant un gabier barbu
une autre figure de proue, en bois plus sombre, lui faisant vis-à-vis. Une superbe femme des îles, et (je me permets de le souligner) pas une de ces images tentatrices issue d'un cerveau masculin embrumé par l'alcool et les vices. Non Monsieur. Une reine.



Creative Commons License
Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l'ordre, est
là.

vendredi 28 mars 2008

Magnolia Express - 3ème partie - #7

Vieux Bill Horseshoe (3)
 
Le vieux alla frapper à la porte : "Vieux Bill ! Y a du monde pour toi !". Puis il entra tout naturellement, on entendit un peu de remue-ménage, un grommellement, et un pas lourd qui s'approchait. Le même vieux ressortit sur le seuil en s'étirant et en baillant :

- Mouaaahhh ... Vous m'avez réveillé, les gars.
- C'est vous, Vieux Bill Horseshoe ? a demandé Conrad.
- Eh oui, Vieux Taxi. Alors, quel est ton problème ?

Conrad passa la main dans ses cheveux et pointa dans son dos, sans se retourner. On voyait bien que ça lui faisait du mal de voir son taxi tout abîmé. Vieux Bill se haussa sur la pointe des pieds et ses yeux s'étrécirent comme s'il voyait le taxi pour la première fois. Il marmonna pour lui-même :

- Hmmm... Pare-brise ... Dodge 1964
- ... 63, dit Conrad, en fixant ses pieds.
- Hmmm... Faut voir. Pas facile.

On restait tous sur un pied, baignés par un rayon de lune, comme des fantômes mal rasés.

- Restez pas là, les gars, entrez manger un morceau.




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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l'ordre, est
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jeudi 27 mars 2008

Magnolia Express - 3ème partie - #6

Vieux Bill Horseshoe (2)
 
Conrad avait garé son taxi sur le terre-plein devant, pendant que le vieux allait ranger le tracteur le long de la bicoque. A travers la clôture, on pouvait voir

des carcasses de voitures,
des réfrigérateurs,
une antenne radar,
une rangée de sièges fixés à une longue plaque de tôle,
deux baignoires en fonte,
des essieux,
des engrenages hauts comme un homme,
un petit avion sans ailes,
des miroirs avec des moulures dorées,
un fauteuil de dentiste.
Un vrai terrain de jeux, quoi.




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Le roman, dans l'ordre, est
là.

lundi 10 mars 2008

Magnolia Express - 3ème partie - #5

Mouvements syndicaux chez les lettres
 
Nous arrivâmes à la nuit tombée, bien tombée, ça il n'y avait pas de doute, il n'y avait plus aucune lumière sauf la lune qui brillait comme une pastille de sucre. Sur le bord de la route, loin devant, on voyait une cabane en bois et des clôtures derrière, un grand parc rempli de formes sombres, c'était peut-être un cimetière de dinosaures ou bien un parc d'attractions qu'on a démonté en attendant l'été prochain, ou encore les décors d'un vieux film que tout le monde a oublié, sauf nous.

Sur la cabane, il y avait une grande enseigne qui nous faisait face, et au fur et à mesure que nous avancions, les lettres se détachaient de l'ombre, se liaient les unes aux autres, puis des mots apparaissaient. D'abord, on avait vu un grand W jaune, puis des petites lettres rouges, puis un grand H jaune et encore des lettres rouges.

Wrgggrgml Houbloummmshctr.
 
En dessous, il y avait encore quelques mots, mais on ne voyait pas bien, et pourtant c'était en blanc, on ne pouvait pas dire qu'ils ne faisaient pas d'efforts. Dans ce pays, c'étaient visiblement les jaunes qui donnaient le ton initial, et les rouges n'avaient pas leur mot à dire, ils s'alignaient en rang serré parce qu'ils craignaient d'en prendre pour leur grade. Quant aux blancs, même s'ils étaient en-dessous, on sentait bien qu'ils faisaient bande à part, ils étaient neutres dans cette lutte de classes.
Entre-temps, les rouges avaient accédé à l'existence. On pouvait désormais lire :

William Horseshoe

et en dessous, en blanc,

vrac vrac vrac

Voilà.




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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l'ordre, est
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