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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

vendredi 29 février 2008

Magnolia Express - 3ème Partie - #4


Le convoi de la Rivière Sanguine
 
Le soleil, qui en avait assez fait pour la journée, se couchait dans un lit de nuages mauves parfumés à la violette. Il éclairait d'une lueur rouge-orange notre progression de pionniers. Le vieux au chapeau de paille conduisait son tracteur en fumant une pipe en maïs, et Eileen était assise à côté de lui, sur un garde-boue, elle fumait la pipe en maïs de Conrad.
Conrad ? Il était au volant du taxi, un capitaine ne quitte jamais son navire, même quand celui-ci est remorqué sur une petite route au fin fond du pays. Aline et moi étions assis sur le coffre à l'arrière, les pieds reposant sur le pare-chocs gigantesque du taxi, un pare-chocs épais en acier brillant, comme un espadon que l'on aurait pêché le matin même et qui serait trop gros pour qu'on le mette dans le coffre.
Je suis descendu et j'ai avancé, les mains dans les poches, il suffisait de marcher un peu plus rapidement que d'habitude, je suis arrivé à la hauteur de Conrad. Le soleil couchant colorait son visage, on aurait dit un acteur qui joue le rôle du Peau-Rouge mais qui a oublié de se raser, alors ça n'est plus crédible du tout.
(Parce que les vrais Peaux-Rouges sont imberbes).
 
- Ugh, boîte de conserve jaune.
- ... mmmff ... mboîte de conserffmm ... Gaminpfff ...
- Pourquoi toi avoir la figure sans sourire, homme-taxi ?

Conrad se tourna vers moi, les yeux un peu écarquillés, il ouvrit la bouche et puis s'arrêta, aucun son n'en sortait, il tourna à nouveau la tête et se remit à fixer la route devant, en soupirant. Bon. Je fis demi-tour, passai devant Aline à l'arrière, lui fis un signe au passage, puis j'allai m'asseoir à côté de Conrad tout ronchon. On entendait le taxi qui chuintait doucement, c'était un autre style de conduite, Conrad tenait le volant du bout des doigts, avec un air désabusé.
J'attendais, en humant les odeurs du soir (c'est pratique, finalement, de ne plus avoir de pare-brise). Conrad mâchonnait ruminait marmonnait, comme un bourdon neurasthénique, il était temps de lui apporter du réconfort.

- Conrad, vieux ...
- Mmm.
- Est-ce que tu regrettes d'être là ? Est-ce que tu voudrais être ailleurs ?
 
Je le vis qui restait immobile, englué dans son petit cafard, et puis son regard a bougé, il a fixé le compteur du taxi, au début du voyage il l'avait allumé et nous avait dit "On va voir jusqu'où ce compteur peut aller, ça fait dix ans que je me le demande...". Son regard a dérivé, il regardait maintenant Eileen et Vieux Bill qui lâchaient tous les deux des bouffées de fumée pensives dans l'air du soir. Silence. Puis lentement, plus lentement que la mer qui monte, j'ai vu un sourire qui se levait au coin de sa lèvre, qui s'étendait, montait, enflait comme une vague, qui se répandait sur tout son visage. Il se tourna vers moi, m'attrapa le bras et le serra dans sa poigne de grizzly :

- Pour rien au monde, petit, tu m'entends ...

et il souriait comme s'il était empli de lumière, plein à craquer de certitudes,

- pour rien au monde...

Il continuait à me serrer le bras, à me regarder avec ses yeux plissés. Il tourna la tête et son regard alla chercher Eileen avec sa chemise à carreaux, il restait comme ça, à la regarder et à me broyer le bras. Il ajouta au bout d'un moment :

- Eh petit, ce voyage, avoue un peu ... ça n'est pas que pour Aline, hein ? ... Il n'y a pas qu'elle qui recherche quelque chose ?...
 
Je souris à mon tour, me dégageai doucement et lui tapai sur l'épaule avant de descendre du taxi. J'allais rejoindre Aline quand il me rappela :

- Petit...
- Ouaip ?
- Merci.
 
Je m'installai à nouveau à côté d'Aline.

- Tout va bien ?
- J'ai un bras complètement broyé, mais ça n'est pas grand chose, on ne va pas s'arrêter à ces petites misères.
- Certes.





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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

jeudi 28 février 2008

Magnolia Express - 3ème Partie - #3

Vieux Bill Horseshoe
 
Nous nous sommes garés sur un terre-plein, un peu plus loin, la poussière brûlante est entrée dans l'habitacle quand Conrad a freiné, et nous étions tous recouverts de poudre jaune comme des coyotes des sables. Conrad est descendu en pestant, il tapait sa casquette contre sa cuisse en regardant les dégâts puis il a dit "Ah, seigneur !" et il a tourné le dos au taxi, il a regardé l'horizon sans rien dire. Eileen et moi avons ramassé tous les petits bouts de verre qui brillaient, on aurait dit des grains de sucre cristallisé à la recherche d'un gâteau. Pendant ce temps Aline est allée voir Conrad, elle était la personne qui fallait, il n'y avait personne qui disait autant de choses en se taisant. Tout en ramassant mes grains de sucre, je les regardais du coin de l'oeil, Conrad s'était accroupi, le dos toujours au taxi, et il secouait un peu la tête. Aline était debout à côté, le vent s'occupait de ses cheveux, elle ne disait rien non plus et regardait dans la même direction. J'ai retrouvé le caillou qui avait tout déclenché, il se tenait sur la banquette arrière avec un air du genre "Comment, c'est à moi que vous parlez ? J'aurais cassé quoi ? Non, c'est une erreur jeune homme". Je l'ai balancé au loin, qu'il aille vivre sa vie ailleurs, il ne m'intéressait pas. On a fini de décoller les derniers morceaux de sucre du pare-brise et puis on a un peu brossé les sièges, les deux étaient toujours là-bas, Conrad regardait par terre et Aline fixait la route maintenant, elle regardait un vieux tracteur qui s'approchait, le conducteur avait un chapeau de paille comme on en met aux chevaux d'attelage, il avait même un trou de chaque côté pour laisser passer les oreilles.
Le tracteur s'est arrêté, et le conducteur a interpellé directement Conrad : "Hey, homme-taxi, tu as un problème ?". Conrad a levé la tête, il a posé les mains sur ses genoux et s'est relevé en remettant sa casquette : "Ouais vieux cheval, tu peux le dire". L'homme-cheval restait songeur face à l'homme-taxi, il avait l'air de réfléchir, tandis que les derniers grains de sucre s'écoulaient de ma main et tombaient dans le sable.
Le vieux conclut sa rêverie en disant: "Ça, c'est du travail pour Vieux Bill Horseshoe. On va aller voir Vieux Bill Horseshoe".





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Le roman, dans l'ordre, est
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mercredi 27 février 2008

Magnolia Express - 3ème Partie - #2

Pluie d'argent dans la vallée
 
C'était Conrad qui conduisait quand c'est arrivé. J'étais assis à côté de lui tandis qu'Aline et Eileen discutaient à mi-voix, se demandant probablement comment elles pourraient extirper le pêché et la balourdise de nos corps d'hommes. Y'avait du boulot.
Conrad conduisait, détendu, il s'est tourné vers moi, a ouvert la bouche et SCHTRAINNNGGG, le pare-brise a volé en éclats, inondant l'intérieur du taxi d'une volée de bouts de verre tandis que le vent s'engouffrait en rugissant dans l'habitacle.





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mardi 26 février 2008

Magnolia Express - 3ème Partie - #1

Lait et crème fouettée

- Dis-moi, déjà ... Pourquoi allons-nous là-bas ? me demanda paisiblement Eileen.

Je respirai un coup, elle conduisait ce taxi comme un vaisseau sur coussin d'air et la route était rectiligne jusqu'à l'infini.

- Ben, nous ne sommes pas des religieux, ou des intellectuels, non Madame, ça pour sûr nous ne le sommes pas... Nous allons là-bas... parce que c'est à l'ouest, parce que c'est au sud... parce qu'un livre existe peut-être là-bas, et que ce livre est notre quête. Parce que nos vies peuvent se résumer à quelques livres... et beaucoup de contemplation.
 
Elle me jeta un coup d’œil, avec cet air si particulier que je vois quelquefois apparaître sur certains visages. Un air étonné-dubitatif, c'est-y-du-lard-ou-du-cochon, un air qui finit souvent par tourner, comme le mauvais lait, et quand l'étonnement a disparu, il ne reste plus que le doute. La question se résume alors à "Est-il réel ?".
Je ne sais pas moi, est-ce que je vous en pose des questions ?

Donc Eileen m'observait et me regardait et m'auscultait, tandis que je faisais semblant de méditer sereinement, alors que je ne faisais qu'écouter la discussion d'Aline et Conrad, derrière.

(Aline) - ... Et les ailes de l'avion, c'étaient des tranches de pain d'épice avec des haubans en sucre filé, elles étaient en forme de pelle à gâteau ...
(Conrad) - ça n'est point bon pour l'aérodynamisme.
(Aline) - Non, mais comme ça, quand on passait à côté des nuages, elles recueillaient plein de crème fouettée.
(Conrad) - Bon sang de bois. J'aurais dû y penser.





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Le roman, dans l'ordre, est
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lundi 25 février 2008

Magnolia Express - 3ème Partie

Ceci est une citation à des fins d'illustration musicale (détails ici). Il s'agit d'un extrait, en mono, de Tijuana, par JJ Cale, sur le CD Travel Log, Silvertone, 1990. Le disque est en vente ici.
Ceci est une citation à des fins d'illustration musicale (détails ici). Il s'agit d'un extrait, en mono, de Cars are Cars, par Paul Simon, sur le CD Hearts and Bones, Rhino Records, 2004 (réédition du 33T). Le disque est en vente ici.








Troisième partie :

Tijuana

 

 

 
If some of my homes
Had been more like my car
I probably wouldn't have
Traveled this far


Paul Simon







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Le roman, dans l'ordre, est
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