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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

vendredi 16 février 2007

Magnolia Express - 2ème partie - # 6

Il faudrait que j'en parle à la NASA
 
Nous sommes restés un moment sans rien dire, Conrad avait la tête du Capitaine Kirk dans Star Trek, espaaace, frontière de l'infini, où notre taxi-soleil poursuit sa course...
Et puis je me suis dit que ça n'était pas tout à fait vrai, parce que dans un vaisseau spatial, ils mangent des aliments synthétiques et des petites pilules, et que là-haut, par conséquent, le café brûlé n'existe pas. Alors j'ai repêché la bouteille Thermos au fond de la voiture, le métal argenté brillait comme si c'était un satellite, un satellite rempli à ras-bord de bon café brûlé pour réchauffer les astronautes entre deux trajets galactiques.

Parfois, tout là-haut, deux astronautes s'arrêtent un moment pour souffler, et puis il y en a un qui dit à l'autre : "Hey, Mac, ça ne te dirait pas un bon café comme à la maison ?". Et puis l'autre (Mac) ne comprend pas, parce qu'il est nouveau dans le secteur et qu'avant, du côté de Mars, on ne lui posait pas des questions comme ça. Alors il dit : "Ah ouais, pour sûr Vieux Tom, ça serait bien si on pouvait boire un bon café brûlé...". A ce moment, le premier (Vieux Tom), il dit comme ça, en regardant Mac du coin de l’œil "Bon ben alors on va prendre un p'tit café dans un coin que je connais, avant de repartir" et puis il met en marche le scooter spatial et il fait signe à Mac de monter derrière. Alors Mac, évidemment, il se sent un peu idiot à rester flotter comme ça dans l'espace, tandis que Vieux Tom a déjà fait démarrer le scooter spatial et que des nuages bleutés sortent du pot d'échappement spatial. Alors il dit Bon bon, j'arrive, et les deux partent ensemble vers le Satellithermos argenté.
Quand ils arrivent, hop ils attachent le scooter aux anneaux d'amarrage du Satellithermos, et puis chacun prend deux pailles argentées, et les introduit dans les écoutilles du Satellithermos. Il y a des écoutilles où il y a marqué "bouche" et d'autres où c'est marqué "nez". Comme ça, une fois qu'on a connecté les pailles à son casque, on peut boire le café et en même temps sentir la bonne odeur de brûlé.
Ceux qui ont conçu le Satellithermos n'étaient pas des idiots.

- A quoi penses-tu ? me demanda Aline
- Je pense que je ne suis pas un idiot, répondis-je, plein d'à propos.



Creative Commons License
Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l'ordre, est
.

lundi 12 février 2007

Magnolia Express - 2ème partie - # 5


Joe le Bûcheron et les bouches d'incendie
 
Le cargo a lentement dérivé le long des courants des petites rues, passé le chenal avec sa lumière bleutée, et devant nous, il n'y avait plus que la mer libre. La nuit nous enveloppait et nous protégeait, je voyais les lumières du tableau de bord éclairer la figure de Conrad qui mâchonnait un petit bâton, et puis Aline avait posé sa patte élastique sur mon cou et elle regardait en silence, avec la vue nocturne des chats.
Sans me retourner, je savais que nous laissions derrière nous un sillage phosphorescent, j'avais déplié une carte sur mes genoux, juste éclairé par la petite lumière du plafonnier. De derrière, j'ai entendu la voix d'Aline, elle me disait que Conrad connaissait cette partie de la route, que c'était après qu'on aurait besoin de la carte. Alors je leur ai raconté l'histoire de Joe le Bûcheron.
 
Joe était bûcheron dans les montagnes au nord, et il descendait tous les mois à la ville pour prendre des provisions, sauf en hiver où là il vivait sur ses réserves pendant plusieurs mois sans voir personne. Joe ne savait pas lire, et ne s'y reconnaissait pas bien dès qu'il arrivait à la ville. Je l'entends encore qui disait : "C'est pas catholique, toutes ces rues qui se croisent si proprement, la nature ne fait jamais comme ça, ici toutes les rues se ressemblent, toutes les maisons ont le même type de fenêtres, et tout change si rapidement ! Là-bas dans les montagnes, il y a pas deux arbres identiques, et au moins, ils restent à la même place !". Alors Joe avait un système : à partir du moment où il entrait dans la ville, toujours par la même route, il comptait le nombre de bouches d'incendie qu'il rencontrait. Il savait qu'à la quatrième bouche d'incendie, il devait tourner à droite, et le magasin de fournitures était un peu plus loin.
Le système de Joe marchait très bien, tous les mois il allait faire ses achats, sauf en hiver où il restait absent de longs mois. Et puis est venu Floyd J. Tomaso.
 
Floyd J. Tomaso était un fils d'immigrant, il avait vécu dans le quartier italien depuis sa naissance, il avait baigné dans les odeurs de lessive et de pâtes alla carbonara, et n'avait jamais quitté son quartier, parce que son père n'était pas assez riche pour qu'ils partent en vacances. Alors l'été, quand il faisait trop chaud pour rester à l'intérieur, Floyd J. Tomaso descendait dans la rue avec d'autres bambini, et ils se baignaient près d'une bouche d'incendie, c'était leur rivière à eux, cette bouche d'incendie.
Alors voilà, quand, des années après, Floyd J. Tomaso est devenu maire, il a décrété qu'il n'y avait pas assez de bouches d'incendie dans Little Italy, et qu'il fallait en installer d'autres. Lui, tout ce qu'il voulait, c'est que les bambini puissent se rafraîchir en été (ça ne sert qu'à ça une bouche d'incendie, il n'y a jamais d'incendie dans Little Italy). Et donc, en prévision du prochain été chaud, il avait fait installer douze bouches d'incendie supplémentaires pendant les longs mois d'hiver, et tout le monde dans Little Italy était content.
 
Alors évidemment, quand Joe le Bûcheron est descendu de la montagne au printemps, il a compté quatre bouches d'incendie, et il a tourné à droite, mais ça n'était pas la bonne rue, parce que pendant les longs mois d'hiver, une bouche d'incendie supplémentaire était apparue sur le trottoir dans cette rue-là, comme un champignon hivernal. Joe le Bûcheron a marché longtemps sans apercevoir son magasin de fournitures, et il s'est perdu. Il a échoué dans un bar-hôtel, loin au-delà de Little Italy, il a raconté son histoire et la patronne, qui était veuve, l'a pris en pitié et deux mois après ils étaient mariés.
 
- Et quelle est la morale ? demanda Aline, qui aime bien me taquiner.
- Eh bien, si Joe le Bûcheron avait été finaud comme je le suis, il eût déplié une carte sur ses genoux dès les premiers mètres en dehors de son territoire, il se fût repéré à la boussole et au soleil, et tout ça ne serait pas arrivé.
- ... et il ne serait pas marié, et la pauvre veuve serait toute seule...
- Ben oui, bien sûr... Mais peut-être que le soir, après la fermeture du bar, de temps en temps il s'accoude à sa fenêtre et il rêve à sa petite cabane, à ses arbres qui ne changent pas de place là-haut. Il n'est pas triste, non, juste rêveur...

Aline a tendu la main, m'ébouriffant les cheveux, tandis que Conrad songeait à tout cela en mâchonnant son petit bout de bois.






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vendredi 9 février 2007

Magnolia Express - 2ème partie - # 4

Paquebot Taxi
 
Je n'ai jamais vu Conrad sans son taxi. Je ne sais pas qui garde l'autre, mais ils se déplacent ensemble, et le taxi est toujours resplendissant, les chromes astiqués, toute la carrosserie d'un jaune flamboyant, tandis que Conrad porte le plus souvent un vieux jean crasseux, une grosse chemise de coton, et il a toujours l'air de ne pas avoir dormi les deux derniers jours. (Ce qui n'est pas possible, si l'on y réfléchit deux minutes).
Quand il s'arrête aux feux avec son taxi, ça fait une sorte de soupir, de glissement d'air, et les deux attendent doucement que le feu passe au vert. Quand on est à côté du conducteur, on voit, loin devant, le bout du capot jaune, et les gens qui passent dans la rue, il y en a qui traversent, d'autre qui marchent au petit bonheur. Puis on redémarre. Sur les rives, des coraux multicolores, des rochers grisés défilent tandis que le taxi laisse derrière lui un sillage blanc.

Quand il rencontre un autre paquebot taxi, ils échangent des signes de reconnaissance, des signaux optiques ou bien un ou deux coups de trompe. Quand ils ont le temps, ils se mettent bord à bord et échangent des informations de voyages, se racontent leurs fortunes de mer.
- Attention vieux, par devant il y a une passe dangereuse, vaut mieux prendre vers le sud.

Ou bien
- Tu as des nouvelles de l'Argentin ? Ça fait plusieurs saisons que je ne l'ai pas vu...
- Oh, maintenant il croise plus souvent vers le trentième parallèle, il en avait marre de ces eaux-là, tu le connais, il lui faut du changement.

Ou encore
- Dis vieux, je n'ai plus tellement de gazoline, tu ne sais pas où je pourrais aller me ravitailler ?
- Suis les lumières de la côte sur deux milles : à l'embouchure du fleuve, tu as un comptoir qui vend de tout.
- Ah oui, je me souviens, j'y allais souvent il y a quelques années.
 
Ce sont toujours de courtes discussions, et puis chacun cingle à nouveau vers sa destination, sur cet océan liquide où chacun crée sa propre route.






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jeudi 8 février 2007

Magnolia Express - 2ème partie - #3

Et ta nuit sera illuminée comme la mienne
 
Alors on a déchargé Libellule, et on a mis nos bagages dans le taxi de Conrad, Tu comprends, qu'il me dit en balançant les sacs de couchage dans le coffre, moi ma spécialité, c'est le taxi de nuit. Alors quand vous m'avez dit que vous partiez ce soir...
Ça avait l'air si simple comme ça, je ne disais rien, après tout, c'était simple : Conrad avait eu envie de venir avec nous et il était venu.

- Je suis content que tu sois là, lui dis-je.

Il me regarda en bougonnant un peu, il était content aussi, vieil ours noctambule, et il s'appuyait sur le capot de son taxi en regardant Aline qui revenait vers nous. Puis j'ai fermé la maison, et nous sommes partis sur le vieux chemin cahoteux.
 
Dans la lumière des phares,
à un tournant,
vite disparue dans les fourrés,
la tache flamboyante de Bob le renard.





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mercredi 7 février 2007

Magnolia Express - 2ème partie - #2

In the night, par Edward Hopper

- Euh, voyons voyons, qu'y a-t-il à deviner, fis-je, en prenant un air faussement songeur. Puis je m'illuminai, comme dans les dessins animés, j'aurais bien voulu qu'une ampoule s'allumât au-dessus de ma tête, J'ai trouvé, dis-je, pas peu fier : Conrad est venu nous dire au revoir !

Silence. Les deux me regardaient, souriaient, se regardaient, souriaient, je les regardais aussi, alors bon, je faisais comme tout le monde, j'essayais de sourire d'un air fin, en prenant un air du genre Oh-mais-oui-bien-sûr-quelle-bonne-blague-non-vraiment-quelle-surprise. Silence. On aurait dit un tableau d'Edward Hopper. Il y a un homme avec une chemise à carreaux rouges, genre bûcheron, il est mal rasé, on dirait un ours débonnaire, un ours qui rigole après avoir fait un festin de miel. Et puis il a sa patte autour de l'épaule d'une fille qui sourit tellement qu'on ne voit que ses yeux, tous les deux on sent bien, ce sont deux copains, mais on ne peut pas vraiment en être sûr parce qu'un tableau, c'est toujours très mystérieux, c'est peut-être son père, on ne peut pas dire. Et puis ils regardent un troisième, qui a l'air un peu bête à sourire, et qui tient une bouteille Thermos, c'est peut-être le frère de l’ours, ou bien l'ami de la fille qui sourit tellement qu'on ne voit que ses yeux, on peut pas vraiment dire.
Et puis autour, une cuisine éclairée comme dans les tableaux d'Edward Hopper ; il y a une table en bois, et puis deux chaises, par la fenêtre on voit juste un rectangle bleu nuit, mais si on se penche un peu sur le tableau, on voit quelques peupliers, plus sombres vers la rivière.

- Conrad vient avec nous, dit Aline.

Conrad ne disait rien, il hochait la tête, je le connais bien, ça voulait dire Oui, elle a raison la petite Aline, c'est bien comme elle le dit.
Alors je hochai aussi la tête, si elle le dit, c'est que c'est vrai, jamais Aline ne m'a menti.




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mardi 6 février 2007

Magnolia Express - 2ème partie - # 1

La victoire des ours barbus
 
Il était un peu tard quand nous sommes arrivés à la maison, Aline a allumé une vieille lampe à pétrole que j'avais bricolée pour la terrasse, je voyais son ombre qui la suivait tandis qu'elle m'aidait à charger Libellule.

- ça va ? me demanda-t-elle soudain, mi-rieuse mi-grave, avec son petit sourire qui retroussait une fossette lumineuse. Je me réveillai de mes pensées, et vis son ombre qui me regardait, tranquillement adossée à un des murs de la maison. Mon ombre à moi grommela un peu, on n'avait pas vu Conrad depuis quelques jours, j’espérais qu'il passerait pour nous dire au revoir, j'en profiterais pour lui demander de venir jeter un coup d’œil par ici, de temps en temps.
Je laissai Aline finir de déposer nos affaires, et allai préparer du bon café brûlé pour la route, pour emporter un peu de la maison avec nous.
 
Depuis la fenêtre de la cuisine, je regardai les peupliers immobiles, devant la rivière tranquille. Tout le monde attendait, retenait sa respiration, mais je le savais, nous étions déjà partis, et c'est vrai que c'était agréable, ces préparatifs à la nuit tombée, les familles étaient rentrées chez elles, elles mangeaient des haricots au lard autour de la table familiale et pendant ce temps, mon petit nuage chatonneux et moi, on se préparait avec Libellule.
J'étais en train de verser le café dans la bouteille Thermos quand j'entendis le klaxon de Conrad, chic chic, Conrad est passé nous dire au revoir avant de commencer sa nuit ! (Vite, finissons de verser ce bon café brûlé, et puis allons voir Conrad et Aline). Je bouchai la bouteille Thermos, la pris à la main, et j'allais quitter la cuisine, mais ils arrivaient tous les deux, on aurait dit deux étudiants qui ont fait une bonne blague, ils se souriaient en me regardant.

- Ben quoi ? que je dis, plein d'à propos.
- Devine, me dit Aline, elle souriait de partout, ses yeux pétillaient comme des bulles dans un ruisseau, Conrad avait passé un bras autour de ses épaules, et elle paraissait toute frêle à côté de ce bon gros ours mal rasé.
(A la réflexion, je n'ai jamais vu d'ours bien rasé).





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lundi 5 février 2007

Magnolia Express - 2ème partie

Ceci est une citation à des fins d'illustration musicale (détails ici). Il s'agit d'un extrait, en mono, de Slip Slidin' Away,
par Paul Simon, sur le CD Greatest Hits (shining like a National guitar), Warner Bros, 2000. Le disque est en vente ici.
Ceci est une citation à des fins d'illustration musicale (détails ici). Il s'agit d'un extrait, en mono, de Hey Joe,
par Jimi Hendrix, sur le CD Live at Woodstock, MCA distribution, 1999. Le disque est en vente ici.








Deuxième partie :

En glissant doucement au loin

 

 

 

I'm going way down South
Way down
to Mexico
 
Jimi Hendrix






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