Blogthib, ou thibierge.flou

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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

dimanche 14 février 2010

Livre lu - Iegor Gran, Thriller

Rien à signaler, je l'ai lu, le titre Thriller est au troisième degré, je suppose. Un prof d'université, très américain, un doyen du corps professoral, idem, une femme quadra, sympa et attachante, bon, un tueur en série, OK, et puis quoi ? Marc Behm avait fait bien mieux avec Et ne cherche pas à savoir (puis Crabe, dans le même genre foutraque, loin de Mortelle randonnée).

dimanche 24 janvier 2010

Livre lu - Delphine de Vigan, Les heures souterraines

J'avais arrêté cette rubrique, ce n'était pas parce que j'avais arrêté de lire. Je la reprends, nous verrons ce que ça donne.
Je viens de lire Les heures souterraines, de Delphine de Vigan (JC Lattès, 2009). C'est effroyable.
C'est un roman, OK, mais qui a de vrais accents de vérité contemporaine. Ses deux personnages principaux nous côtoient probablement chaque jour, démultipliés, dans nos trajets.

Il y a peu de livres sur le monde du travail en entreprise. Dans les romans, l'environnement de travail sert souvent de prétexte à l'histoire, on place deux réunions, trois collègues, et cela permet de se focaliser sur l'histoire. Là, il s'agit d'une histoire qui, pour un des deux protagonistes, est ancrée dans ce monde, ses rites, ses exclusions. On vit ce que c'est que la souffrance au travail, comme si on y était. C'est terrible et déprimant, parce que c'est bien écrit, en même temps sèchement et humainement, on est littéralement dans le bureau de cette femme qui va vivre cette journée de bout en bout.
C'est un type d'écriture très violent, parce que beaucoup de choses ne sont que suggérées, et cela renforce leur puissance maléfique. Cela me rappelle ce que Paul Morand avait fait avec "Hécate et ses chiens", où l'indicible du sexe était... non dit, mais suggéré, et cela pouvait être sulfureux.
Là, on vit la violence des villes, la violence des entreprises, non pas avec des gros faits divers racoleurs et percutants, mais au contraire, avec des petites touches apparemment sans importance, mais qui contiennent une violence froide et désespérée.

Delphine de Vigan a aussi écrit sur la cinétique du pékin, mais à sa manière, et dans son sujet :

Sous terre, on trouve deux catégories de voyageurs. Les premiers suivent leur ligne comme si elle était tendue au-dessus du vide, leur trajectoire obéit à des règles précises auxquelles ils ne dérogent jamais. En vertu d'une savante économie de temps et de moyens, leurs déplacements sont définis au mètre près. On les reconnaît à la vitesse de leur pas, leur façon d'aborder les tournants, et leur regard que rien ne peut accrocher. Les autres traînent, s'arrêtent net, se laissent porter, prennent la tangente sans préavis. L'incohérence de leur trajectoire menace l'ensemble. Ils interrompent le flot, déséquilibrent la masse. Ce sont des touristes, des handicapés, des faibles. S'ils ne se mettent pas d'eux-mêmes sur le côté, le troupeau se charge de les exclure.

Delphine de Vigan, Les heures souterraines, JC Lattès, 2009, p. 288-289.


J'ai terminé ce livre, et, fait rare pour être cité, j'ai passé mon week-end à essayer d'imaginer ce que serait le samedi de Mathilde, ce que serait son lundi suivant. C'est rare, qu'un personnage de roman continue à vivre après qu'on aie terminé la dernière page, que l'on aie envie de connaître la suite, de l'écrire, voire de réécrire certaines pages pour changer le cours du temps. Sans trop d'espoir, c'est juste pour éviter de se désespérer tout à fait.

mercredi 23 septembre 2009

Sérendipité (ou Livre lu : Changements)

Cela m'arrive souvent, et m'avait même inspiré un Ubuntu : lire des pages d'un livre le matin, et tomber sur un sujet identique plus tard dans la journée.
Mon aéropage du jour concerne le livre Changements, de Watzlawick, Weakland et Fisch.
Je viens de terminer le livre ce matin, et je tombe ce midi sur un billet de blog qui traite des mêmes thèmes, mais différemment.
Résumé très très très succint du livre : il y a des situations de blocage, par exemple entre deux êtres humains, qui ne semblent pas pouvoir se résoudre. La solution "de bon sens" pour résoudre le blocage contribue, paradoxalement, à renforcer ce blocage. Exemple : un parano pense que tout le monde lui en veut. Solution de bon sens : lui dire que c'est faux, que tout le monde l'apprécie. Et lui de répondre : "Ha ! C'est une preuve de plus de ton hypocrisie !" Donc situation bloquée. Le livre traite des changements, et comment certaines tentatives de changement ne contribuent en fait qu'à maintenir une situation dans son blocage. J'ai trouvé cela passionnant, car illustré par une abondance de cas réels. (Il est vrai qu'il faut attendre les derniers chapitres pour avoir ces cas, et "récolter" le fruit des efforts de compréhension qu'on a faits sur les premiers chapitres).
Dans le billet de blog, l'auteur parle du pouvoir de suggestion de notre cerveau : si l'on se convainc que quelqu'un nous en veut, on interprétera chacun de ses actes d'une manière différente, et cela tendra à valider notre première impression. Pour s'en sortir, selon l'auteur, "il suffit" (facile à dire) de se convaincre du contraire. Tandis que le livre, lui, propose une intervention extérieure pour aider la personne à sortir de son cadre de pensée. Cette intervention extérieure, le plus souvent, apparaît comme étant contraire au bon sens, et c'est justement par ce fait qu'elle aide à "recadrer" le sujet. Le billet de blog cite Einstein, et je cherche l'origine précise de la citation : “We can't solve problems by using the same kind of thinking we used when we created them.” Ce qui renvoie à une autre citation d'Einstein (j'en recherche aussi l'origine précise) : "If at first, the idea is not absurd, there is no hope for it."

mercredi 11 février 2009

Livre lu - Eric Clapton, the autobiography

Je viens de terminer l'autobiographie d'Eric Clapton (livre en anglais ici, en français là).

Eric Clapton m'accompagne depuis fort longtemps. Je crois que je l'ai découvert sur M6 (oui, ça existait déjà au XXème siècle...), chantant "Forever Man" en long manteau de cow-boy, et ça pétait grave. (c'était en 1983, ou un truc comme ça, c'est dire...). Et puis j'y suis venu progressivement, j'ai acheté Slowhand, 461 Ocean Boulevard, bref, j'ai fait mes classes.
J'ai beaucoup parlé de Clapton à mes amis, parce que ce n'était pas juste qu'un guitariste chanteur, c'était (je l'avais perçu déjà à cette époque) un homme, un humain sensible, un frère.
Et donc je l'ai suivi pendant des années, j'ai acheté tous les disques. Des copains me disaient que c'était de la soupe, les journaux disaient que c'était bien, ou commercial, ou new wave, bref, c'était du n'importe quoi si j'écoutais les autres. Mais moi, je savais que je soutenais ce gars, que je lui payais des royalties, et que sur chaque disque, j'allais trouver 2, 3 (4 ?) chansons qui allaient me plaire, et me rémunérer d'avoir acheté l'album. Et le rémunérer.
Et voilà, j'ai lu son autobiographie. J'en retire quelques idées :
  • C'est génial d'avoir quelqu'un qui essaie de décrypter sa vie. C'est le "connecting the dots" dont j'avais déjà parlé à propos de Steve Jobs. Un homme se pose à un moment donné, et dit "OK, je vais tenter d'expliquer, après coup, les conneries, ou les merveilles, ou plus simplement, les actes, de ma vie". Ce que j'ai beaucoup apprécié chez Clapton, c'est ce côté "mon gars, je vais pas t'enjoliver l'affaire, je te livre les faits, et ma perception, mais là, ce que tu vois sur la table, ce sont mes tripes (même si je suis anglais, donc un peu limité dans mon expression, je suis pas du genre exhibitionniste)."
  • Certains albums que j'adorais sont expédiés en une demi-page, voire quelques lignes. Et plus globalement : sur chaque album, au moins au début de sa carrière, les chansons sont plutôt le fruit du hasard. J'en rigole, parce que moi j'ai écouté ces albums en boucle, et je me disais "j'aime bien telle facette de Clapton, mais cette autre facette, non, je n'adhère pas" alors qu'en fait, *je ne me trompais pas*, il y avait des chansons qui étaient imposées, ou pas de lui, ou n'étaientpas mentionnées après coup dans son autobiographie.
  • De toute façon, résumer une vie entière en 364 pages, franchement...
  • Quand il dit qu'avec "Pilgrim", il a voulu faire "l'album le plus triste de tous les temps" (p. 295), je comprends mieux. Et j'ai envie de le réécouter, cet album où 4 chansons m'avaient bien marqué. Des chansons existentialistes, oui, j'assume le terme, et je vous emmerde si vous ne comprenez pas.
  • Quand il dit que "Old Love" est une chanson dont il est très fier, moi qui me suis arraché le coeur plusieurs fois sur cette chanson qui me parlait tellement, je me dis que cette connexion que j'ai avec lui n'est pas juste le fruit d'une mode.
  • Je connaissais les drames, et l'errance de sa vie. Cette autobiographie replace les choses à leur juste endroit, avec les dates. Et surtout : ce que j'avais senti dans ses derniers disques : la recherche - et la découverte - du bonheur. Je ne suis qu'un fan de base, Clapton n'entendra jamais parler de moi, mais *je suis content pour lui*. Vient un moment dans la vie où l'on doit déposer les armes. Certains ratent cet instant, et meurent décomposés de frustration. J'espère que chacun d'entre nous (enfin, les meilleurs) pourra atteindra cet instant de grâce.
Il y a des choses qui sont très présentes dans cette autobiographie, et dont je n'ai pas parlé. Elles me sont trop proches. Clapton m'est trop proche. Mais je le salue, profondément, respectueusement.
Et pour paraphraser Djian (que j'avais bien aimé) à propos de Brautigan (que j'ai adoré), le jour - lointain j'espère - où quelqu'un me dira "T'as entendu que Clapton est mort ?", j'aurai ma réponse toute prête : "Tu crois qu'un homme comme Clapton peut mourir ?!"

lundi 19 janvier 2009

Le Boulet et sa chaine

Je parlais il y a quelques jours de l'autobiographie de Clapton (je le lis en version originale, mais il en existe une version française). Je suis, en parallèle, dans une autre autobiographie, quoique l'auteur s'en défende. Il s'agit des Notes de Boulet. Il le dit bien sur son Blog : les planches de BD qu'il dessine sont pour partie autobiographiques, mais il refuse d'afficher sa vie privée. Il n'empêche : je suis comme 30 000 internautes, je commence à bien le connaître, l'animal.
Nous sommes en présence d'un roman graphique. L'histoire en est sympathique, je vous la livre. Boulet écrit des BDs, plutôt orientées jeune public, mais jeune public aware, pour qui des décapitations en plein combat sont monnaie courante. En parallèle, il a lancé un blog sur lequel, bon an mal an, il publie une planche de BD sur sa vie plusieurs fois par semaine. J'en ai parlé , ici et . Sur son blog, il l'affichait clairement : ces planches sont sa propriété, mais il n'envisageait pas de les publier. Jusqu'à ce que... la pression du public, des admirateuses, des éditeurs...
J'ai donc dégusté Notes 1 : born to be a larve et suis dans Notes 2 : le petit théâtre de la rue. C'est un vrai plaisir.
Dans les magasins de BD, depuis quelque temps, il y a désormais un rayon "roman graphique", qui salue un nouveau genre : des tranches de vie, un peu intimistes, qui permettent peu à peu de rentrer (comme une petite souris) dans l'univers d'un personnage très humain, un frère quoi. On s'identifie, on compare, on comprend.
Dans ce genre, mon premier contact a été De mal en pis, d'Alex Robinson. J'y ai découvert une écriture "existentialiste" (je le mets entre guillemets, parce que c'est trop pompeux, mais c'est le bon terme), qui fait alterner des découpages graphiques, des pensées personnelles, des ambiances, des textes... Un inventaire pas loin de Prévert.
Puis je me suis acheté Faire de la bande dessinée, par Scott Mc Cloud (pour les geeks, c'est lui qui a dessiné la BD présentant Google Chrome). Là, on rentrait dans la méta-analyse : un auteur de BD rédige une BD pour expliquer comment on fait des BDs. Je l'ai lu en boucle pendant des mois. Scott McCloud, même s'il n'emploie pas le terme, fait régulièrement référence à la logique des romans graphiques, les ambiances, la vie des personnages.
Revenons à Boulet, et terminons. Ce qui m'amuse, car je ne crois pas être le seul : Boulet s'est fait connaître comme dessinateur de BDs (Raghnarok, la rubrique scientifique, le Miya, Donjon parade...), et en parallèle il a lancé son blog, et au fil des mois / années, la demande s'est portée sur son blog, jusqu'à ce qu'il en publie les planches. Il aimerait, je crois, que les gens se tournent plus vers ses albums, mais en même temps, c'est sur son blog qu'il parle de lui même. C'est comme cette interview de Jim Morrison où il disait "vous ne parlez que de nos frasques, mais écoutez un peu notre musique". Le problème, c'est que dans leurs frasques, ils parlaient autant d'eux-mêmes, sinon plus, que dans leur musique...

jeudi 15 janvier 2009

Les chemins de la vie

Je suis en train de lire l'autobiographie d'Eric Clapton.
Jusqu'à présent, j'avais toujours appréhendé "les mémoires" comme un travail de souvenir, un ensemble de faits à destination des générations futures. Pour ma part, j'ai l'idée d'écrire les miens, pour laisser une trace, par exemple pour un petit-fils ou un arrière-cousin curieux.
Mais la lecture de cette autobiographie me montre un nouvel élément, évident peut-être, mais que je n'avais pas compris jusque-là. Ecrire son autobiographie / ses mémoires, c'est fournir une lecture, après coup, de sa vie. Essayer d'expliquer les motivations, les origines, l'évolution. C'est évident, mais pas tant que ça : j'ai eu l'occasion de mettre la main sur quelques types de mémoires, et invariablement, c'était une collection de faits, chronologiquement établis, mais il manquait la fibre humaine : le sens.
Cette autobiographie d'Eric Clapton vient à point nommé. Cet homme, pour lequel j'ai beaucoup de respect et d'admiration, essaie de donner du sens à sa vie, d'expliquer son évolution, sans chichis, mais sans occulter les passages difficiles ou intimes. Cette lecture me fait penser au "connecting the dots" (relier les points) qu'évoquait Steve Jobs dans son désormais célèbre discours aux étudiants diplômés de Stanford (sous-titré en français) (je n'aime pas la traduction, mais c'est un vieux débat...). (texte anglais ici, traduction en français (par Anne Damour) là).

Et pour prouver "qu'on ne devient que ce qu'on a été", comme le dit le philosophe Philippe Chatel, je retrouve que j'avais déjà utilisé ce titre, à l'insu de mon plein gré, et réciproquement. Tout est connecté.

jeudi 20 novembre 2008

L'art de la guerre, de Sun Tzu - traduction du Père Amiot

Lecture indispensable.
Transposable sans problème au monde moderne.
Un consultant avait publié un livre du genre "l'application de l'art de la guerre au management". Je ne l'avais pas lu, j'avais juste pris connaissance d'une critique de ce livre, qui disait "L'art de la guerre, selon Sun Tzu, repose essentiellement sur l'espionnage. Or, dans les sociétés, l'espionnage est illégal. CQFD : l'art de la guerre est un livre qui n'a pas d'intérêt, comme le souligne cet auteur de management".
Souvent, le grand public se laisse prendre à des raisonnements qui ont l'air bien construits, mais il oublie que les prémisses peuvent être fausses. C'est là où il y a une prime à être besogneux, comme moi. J'ai lu tout le livre. Et j'ai donc constaté que dans "L'art de la guerre", la partie consacrée à l'espionnage concerne 10% à peine du volume. Et elle arrive plutôt à la fin.
Et que, en terme de management, ou de gestion des conflits, l'espionnage n'est qu'une petite portion ridicule.
Pour ma part, je sais que les passages qui m'ont aidé, et que j'ai soulignés abondamment, sont des passages que j'estime être parfaitement intemporels, et qui n'ont rien à voir avec des espions stratégiquement placés.
Merci donc à Sun Tzun (-500 av JC, s'il a existé...). La version que j'ai lue ne coûte pas cher et elle est là.

lundi 29 septembre 2008

Livre (re) lu : John Steinbeck - The winter of my discontent

C'est vraiment le moment, dans ma vie, d'avoir terminé ce livre aujourd'hui.
Je ne vais pas vous parler de ma vie.
Parlons donc du livre.

Je tiens John Steinbeck pour le plus grand écrivain américain du 20ème siècle. J'ai du mal à élargir cette période, parce qu'il y a Joseph Conrad (mais était-il américain ? ;-) ) et Jack London (et Kérouac, et Brautigan, et peut-être Hemingway). Quant à Paul Auster, il est encore vivant, alors je ne le compte pas.
Je vais être terrible, mais ce soir, je suis terrible, je brûle tout ce que j'ai, littéralement.
On me dit Kérouac, je brûle ses Clochards célestes. On me dit Hemingway, je rigole, parce que c'est bien, mais j'ai compris son écriture, je le brûle sans hésiter. On me dit Brautigan, c'est comme Kérouac, je le brûle parce que je sais que je l'ai intégré, mais je les remercie tous les deux, ils m'ont littéralement guidé.

Il reste Conrad et Steinbeck. Je sais lequel je vais brûler, car je sais lequel je veux garder. Mais je sais que je regretterai Conrad.
Je me retrouve face à Steinbeck.
Je continue à brûler. La question n'est pas "qu'est-ce que j'aime" (sinon, je n'aurais rien brûlé), la question est "qu'est-ce qui m'est nécessaire".
Alors je brûle Tortilla Flat, mais je garde Tendre Jeudi. Je brûle Les raisins de la colère, mais je garde En un combat douteux.
Je garde probablement A l'est d'eden, ce qui veut dire que je brûle Au dieu inconnu et La coupe d'or.
C'est terrible, cet holocauste.

Il me reste Les naufragés de l'autocar, mais face au Winter, c'est comme le duel Conrad-Steinbeck, je le brûle. Travels with Charley disparaît aussi, de toute façon, qui connaissait ce récit ?
S'il faut n'en retenir qu'un seul, je brûle tout sauf The winter of my discontent. (je crois que ça a été traduit, selon les textes shakespeariens, par "En une saison froide et amère").
Si on me demandait de résumer The winter of my discontent, je citerais ce proverbe polonais (?) :
"en cas de problème, il t'est permis de faire un bout de chemin avec le diable. Mais pas au delà du passage difficile."
Ce roman est un récit. Je ne peux pas le résumer, je peux juste espérer que la traduction française (que je ne connais pas) est à la hauteur du texte original.
Ce roman est pour moi, actuellement, le roman d'une vie. Ou plutôt, d'un tournant de vie. Parce que, quoique nous fassions, ce sont les changements de direction qui nous parlent plus que les longues lignes droites.
Un homme, inséré dans la société, aspire à changer. Il a une femme, des enfants, un emploi. Mais il méritait mieux, et il a raté son tournant. Il est devenu un loser, un employé. Il vit cette situation avec fatalité, jusqu'au moment où se produit un petit changement. Et puis un autre. Il ne sait si c'est lui qui a impulsé les changements, ou si la roue du destin a commencé à le propulser. Ou le broyer.
Le lecteur vit avec lui cette évolution. Il est impossible de lui en vouloir, il est un observateur lucide de tous ceux qui prennent un profit rapide, sans morale.
Dans ce cas-là, évidemment, on lui pardonne certains manques de morale.
C'est un roman sur les désillusions. C'est aussi un roman sur la lumière qui peut briller, parfois, dans les actions que nous faisons.
C'est le livre que je relirai régulièrement, toute ma vie, avec Les Hommes de Bonne Volonté.

Je ne sais pas quand je posterai à nouveau.
Si je le fais, ce sera sans mention à ce message où j'ai essayé de faire passer quelques notions qui me sont importantes.
Il y a quelques thibillets que j'aimerais garder, parce que, dans des domaines divers, ils répondaient à la même quête.
Et je brûlerais tous les autres.
A vous de trouver lesquels.

vendredi 12 septembre 2008

Livre lu : Shan Sa - la joueuse de Go

Lors de ma seule incursion dans la lecture d'un livre d'un Chinois converti à la langue française (François Cheng, le dit de Tianyi), j'avais été déçu. Je m'attendais à la sagesse de l'orient transfigurée dans un français très épuré, et je tombais sur un récit certes très bien écrit, mais écrit comme un académicien écrit : belle langue, beaux effets.
Ma deuxième incursion est donc ce roman de Shan Sa. Et cela correspond beaucoup plus à ce que j'attendais, et dont je rêvais secrètement : lire en français, mais avoir l'impression d'entendre le musique de la langue, et surtout la poésie, chinoises. Il y a du Erri De Luca là-dedans, ou du Laurent Gaudé : des phrases courtes, des images poétiques, un langage très simple et très pur. Du haïku chinois.

(Mais aussi de la dureté terrible, miroir des périodes troublées de la Chine occupée en partie par le Japon dans les années 30).

Et puis cette analyse définitive du Jeu de Go (NB : pour apprécier la citation suivante, il faut rappeler quelques éléments du Jeu de Go : les pions, ou pierres, sont posés, et ne se déplacent pas. L'endroit où l'on pose les pierres, les liens entre elles, les espaces qu'elles circonscrivent, les pierres ennemies qu'elles encerclent, donnent sa dynamique au jeu, alors même que les pierres sont fixes).
La position d'un pion évolue au fur et à mesure qu'on déplace les autres. Leur relation, de plus en plus complexe, se transforme et ne correspond jamais tout à fait à ce qui fut médité. Le go se moque du calcul, fait affront à l'imagination. Imprévisible comme l'alchimie des nuages, chaque nouvelle formation est une trahison. Jamais de repos, toujours sur le qui-vive, toujours plus vite, vers ce qu'on a de plus habile, de plus libre, mais aussi de plus froid, précis, assassin. Le go est le jeu du mensonge. On encercle l'ennemi de chimères pour cette seule vérité qu'est la mort.
Shan Sa, La joueuse de go, Folio n° 3805, p. 294.

samedi 22 décembre 2007

Coup de chapeau 2 - Editeur et Editeuse

Lui, il est directeur financier. Et éditeur. Et il me dit :
- "L'autre jour, mon PDG me parle d'un terme barbare en finance. Je prends ton livre (que, à ma grande honte, je n'avais jamais ouvert), et déjà, bon premier contact, je trouve ce terme dans le glossaire. De là, je me mets à lire (ce livre que, à ma grande honte, j'avais édité, mais jamais lu). Et voilà, tu as fait le livre que je rêvais d'éditer."
Vous me connaissez, je me considère comme sorti de la première cuisse de Jupiter. Mais là, j'avoue que ce compliment m'a fait énormément de plaisir. Tout ça pour 160 pages qui sont de moi, uniquement que de moi.
On est allés fêter ça à coups de Côte Rotie et de cotes de porc aux truffes, pomme de terre au foie gras.
Je n'ai toujours pas atterri :-)

mardi 27 novembre 2007

Livre lu - De cape et de crocs, tome 8 : le maître d'armes

Ah je l'attendais depuis un an, depuis Chasseurs de chimères. Mazette, un an et demi !
J'attendais ce Maître d'armes, dont je devinais l'identité (comme une évidence).
Ce tome est superbe. Superbes dessins, à l'aérographe (?), cristallins, aérés, superbes couleurs de soleils couchants, de nuits. Maîtrise parfaite des expressions de visages, des postures, souvent façon Comedia dell'Arte. Certains se plaindront peut-être de l'abondance d'alexandrins, moi je me délecte.
Et cette fin, façon Siège d'Arras, c'est terrible, avec une idée absolument géniale pour les couleurs.
Je suis fan, depuis le début, et je ne suis vraiment pas déçu. Il n'y a plus qu'à attendre de longs mois pour le prochain tome. Tiens, pour patienter, je pourrais relire La princesse lointaine, ou bien lire Les Musardises, d'un certain... Edmond Rostand.

NB : malgré le ton dithyrambique, ce thibillet n'a pas été sponsorisé. J'écris skeuj veux.

vendredi 19 octobre 2007

Livres lus dont je ne ferai pas la critique

J'ai arrêté la rubrique "Livres lus", d'abord à cause du retard pris, et ensuite parce que plusieurs lecteurs que j'avais rencontrés dans le monde réel m'avaient dit ne pas lire ces thibillets, trop longs.

Néanmoins, pour la mémoire (c'est un des objectifs de ce blog pour moi), voilà la liste des livres lus les derniers mois, avec commentaire, ou pas.

Livres lus
  • Sébastien Japrisot - Le passager de la pluie
  • Erri De Luca - Acide, Arc-en-Ciel. Difficile.
  • Stanislas Lem - l'invincible. Auteur de science-fiction très stimulant, très imaginatif. Il faut que j'achète son Solaris.
  • Simenon - la boule noire. J'aime bien Simenon quand il quitte Maigret pour inventer d'autres histoires. J'avais beaucoup aimé Ceux de la soif. Là, c'est sa période américaine (il y a aussi Le fond de la bouteille dans la même veine).
  • Simenon - Strip-tease. J'ai été moins convaincu. Mais c'est toujours du Simenon.
  • Simenon - L'homme de Londres. Superbe, ça donne aussi envie de lire La mauvaise étoile, l'histoire pitoyable de tous ces personnes à qui il suffisait de peu pour réussir. Mais inéluctablement...
  • Simenon - Les gens d'en face. Presque étouffante, ou frustrante, cette histoire où le personnage principal est perdu dans une ville et un régime communiste qu'il ne comprend pas.
  • Robert Silverberg - Les masques du temps. Silverberg était un souvenir de jeunesse, c'est distrayant, mais c'est de la science-fiction un peu molle, ça me distrait, sans plus.
  • Jack London - La piste des soleils. Le grand écrivain américain, l'homme qui s'est fait tout seul. Plusieurs nouvelles. Toujours un très bon moment, même quand l'intrigue a lieu dans la campagne anglaise.
  • Andrea Camilleri - La première enquête de Montalbano. J'aime bien Camilleri quand il écrit des nouvelles, avec toujours ce style, cette langue qu'on déguste. (et l'on ne dira jamais assez le travail excellent du traducteur, Serge Quadruppani)
  • Aarto Paasilinna - Le lièvre de Vatanen. Beau roman écolo et philosophique.
  • Aarto Paasilinna - Le fils du Dieu de l'Orage. Plus amusant, moins profond, mais quelques idées à mettre en perspective de mes (futurs) articles sur le bonheur.
  • Philip K. Dick (et Ray Nelson) - Les machines à illusion. Dick, c'est souvent à plusieurs niveaux, et je ne comprends pas tout. Là, j'ai pas compris grand chose, c'est frustrant.
  • Andrea Camilleri - L'opéra de Vigata. Dans le genre de La concession du téléphone, roman historique, avec histoire mélangée, c'est du Waltenberg, mais en plus compréhensible... et méditerranéen. Un côté "je saisis le prétexte d'une histoire pour brosser le panorama d'une époque".
  • Jean-Philippe Toussaint - Fuir. Avec les années qui passent, il garde sa distance, mais ses écrits perdent de l'humour des premiers livres (La salle de bains, La télévision, L'appareil-photo). Cela donne des textes plus angoissés, ou angoissants. Mais bien travaillés, très bien écrits, bien sûr. Cela ne correspond plus trop à mon envie de légèreté.
  • Dennis Lehane - Coronado. Des nouvelles noires, une d'entre elles (En observation) ressemblant à du Paul Auster, les autres ressemblant à du Dennis Lehane, et aussi, ah oui, James Crumley dans Un pour marquer la cadence.
  • Hermann Hesse - Siddhartha. Très beau livre, à multiples interprétations. J'ai enfin compris la réincarnation, et le mécanisme qu'il y a derrière, en lisant ce livre. A relier avec Mathieu Ricard et le bouddhisme, bien sûr.
  • René Girard - Celui par qui le scandale arrive. Essais très intelligents, un peu trop pour moi. Le bouc émissaire et sa sacralisation. Cela m'a inspiré une idée de thibillet, non encore pondu : René Girard et Rocky. Tout un programme :-) Michael Connelly - Le cadavre dans la Rolls. Intéressant, bien écrit, mais loin derrière Le Poète ou Créance de sang, je trouve. J'attends Les égoûts de Los Angeles. Henri Queffelec - Un recteur de l'île de Sein. Très beau roman écrit par le Giono de la Bretagne, c'est âpre et poétique. Vladimir Nabokov - Chambre obscure. Encore une nymphette, une passion hors mariage, de la manipulation, tout cela écrit de manière très classique. Bref, une répétition (au sens, un première préparation) sur le thème de Lolita.
Livres relus
  • Dennis Lehane - Mystic River (et film re-regardé quelques semaines après)
  • Fred Vargas - Coule la Seine
  • Fred Bargas et Baudoin - Les quatre fleuves. (et toujours l'envie de dessiner Danglard...)
  • Manuel Vasquez Montalbàn - Le petit frère.

lundi 24 septembre 2007

500 pages

Pour ce 500ème billet, je vais faire ce que je n'avais pas fait pour le 400ème : rédiger un thibillet à géométrie variable, qui s'enrichira au fil des mois.
Le 100ème thibillet n'était pas du type "rapport d'étape", mais tout bien réfléchi, il était - et reste toujours - d'actualité. Le 200ème thibillet faisait le point sur les Batanas et Ubuntus collectés, glânés, inventoriés, par tous et toutes (et c'est pô fini). Le 300ème thibillet regroupait (et c'est pô fini) les pages de mon roman en ligne, que je ferais bien de reprendre un de ces jours (mais je bloque sur une illustration musicale, vous saurez tout...).
Le 400ème thibillet a eu lieu, mais n'a pas été un thibillet "récapitulatif", je l'ai regretté après coup, mais bon, hein, ho.

Donc, de quoi qu'on cause maintenant, hein ? De livres. Un peu de synthèse, que diable, parce qu'il y a livres et livres. Et c'est donc parti pour une liste à géométrie variable.
Enfin, et c'est le plus important : je m'étais dit qu'il fallait que je recense quelque part les recommandations qu'on m'avait faites dans ce bleug (car j'avais demandé de l'aide). Voici donc la liste, par essence évolutive, de tout ce que l'on m'a recommandé (avec, si j'ai lu depuis, une critique lapidaire et consternante dudit ouvrage recommandé) :
  • Kazuo Ishiguro, Never Let me Go
  • Jonathan Coe, Le Testament à L'Anglaise ou La Maison du Sommeil
  • Damien Owens, Les trottoirs de Dublin
  • Jay Mc Inerney, Le dernier des Savages
  • Robert Mc Liam Wilson, Euréka Street - lu. Pas mal, des bonnes idées, mais je n'ai pas accroché plus que ça. Il y a de l'humour, c'est détendant, mais je ne sors pas en me disant "bon sang, quel bon livre"
  • Maxence Fermine, Billard blues (ou Neige ?)
  • Une vie francaise - Jean-Paul Dubois
  • Les cerfs volants de Kaboul - Hosseini
  • Dalva - Jim Harrison - dans ma bibliothèque depuis des années, vanté par quelques uns, il attend toujours mon bon vouloir...
  • Histoire de Pi. - Yann Martel
  • La maîtresse des épices - Chitra Banerjee Divakaruni
  • A marche forcée - Slavomir Rawicz
  • Le Grand Cahier - Agota Kristof
  • La tache - Philippe Roth. Lu, pas jusqu'au bout. M'est un peu tombé des mains.
  • Waltenberg d'Hedi Kaddour - imbitable. Ce genre d'écriture syncopée me perd totalement. Je suis pas assez multichrone, je comprends rien.
  • Selby Jr. Hubert Le démon
  • Samuel Beckett, Molloy
  • Paco Ignacio Taïbo II - A quatre mains, ou Nous revenons parmi les ombres
Les polars
  • Michael Connelly - Les Egouts de Los Angeles, Le Dernier Coyote, Le Cadavre dans la Rolls (lu, apprécié, mais beaucoup moins inquiétant que Le Poète), Deuil Interdit
Pour les lieux particuliers,
  • "Passing time in the Loo", auteur à trouver
Et puis les "incontournables" de Cuné :
  • Pat Conroy Le prince des marées
  • Richard Powers Le temps où nous chantions
  • Harry Mulisch La découverte du ciel
  • Martin Winckler La maladie de Sachs
  • Ian Levison Un petit boulot
  • David Adams Richard La malédiction Henderson
  • Laars Saabye Christensen Le demi-frère
  • Au moins un de leurs romans, n’importe lequel :Russel Banks, André Brink, Richard Russo, Christopher Priest, Ernest Hemingway,
  • Les québécois : Michel Tremblay, Gabrielle Roy, Francine Noël, Mordecaï Richler, Yves Thériault,
  • Les rigolos :
    • Will Ferguson Bonheur, marque déposée
    • Helen Hanff 84, Charing Cross road - oui, très joli, et poignant, finalement.
    • Philippe Jaenada - j'avais bien apprécié son "Chameau sauvage" mais le début était trop prometteur, et la fin trop classique.
    • Mathew Beaumont E-mail story
Enfin, les BDs (merci à l'inconnu du 3ème étage), et mes commentaires, sont (encore un thibillet à faire évoluer).

mardi 24 juillet 2007

ça sent le book...

Achetés neufs
  • Andrea Camilleri - La première enquête de Montalbano (je suis en train de lire, du même, Le tour de la bouée, et je relis, le soir, Dans les bois éternels, de Fred Vargas)
  • Arto Paasilinna - Le fils du dieu de l'Orage
  • John Steinbeck - Lune noire
  • Jack London - La piste des soleils
  • Hermann Hesse - Siddharta
Achetés d'occasion chez mon bouquiniste
  • Conan Doyle - Souvenirs de Sherlock
  • Jean Rouaud - Le monde à peu près
  • Henri Queffelec - Un recteur de l'île de Sein
Offert par mon bouquiniste (je dois être sa plus grosse part de marché)
  • Jean Rouaud - les champs d'honneur
Un hamac, du soleil, et far niente...

vendredi 18 mai 2007

Livre lu - Hervé Kempf : Comment les riches détruisent la planète

J'ai arrêté de commenter les livres que je lisais, par manque de temps. C'est dommage, mais comme par ailleurs, certains amis blogueurs m'avaient dit qu'ils zappaient systématiquement mes analyses de livres, je vous demande un peu à quoi ça servait que je me décarcasse.
Cela dit, j'ai beaucoup aimé récemment Le lièvre de Vatanen, d'Arto Paasilina, mais chut, je ne vous ai rien dit.

Donc, si je m'y remets cette fois, c'est parce que la Grande Loulou m'a fouetté. Et comme j'aime ça, je m'exécute.

Haha, c'est excellent : j'avais rédigé une trentaine de lignes argumentées, pof, coupure de courant, mon ordinateur passe sur batterie, je me dis "fieffé rusé que tu es, sauvegarde donc avant d'aller rétablir le courant". Je clique donc sur "Enregistrer", le petit bouton qui envoie le texte à mon bleug. Sauf quand la Freebox est coupée, pour cause de disjoncteur fébrile. Moi tout perdu.
Bon, ça m'apprendra à trouver un moyen de faire des sauvegardes sous mon éditeur de texte, encore un truc à mettre dans ma rubrique Productivité.
En attendant, salut mon vieux, la critique du bouquin de Kempf, ce sera pour plus tard (ou jamais), je vais pas me refarcir tout ça maintenant.