jeudi 21 septembre 2006
Pensée d'après-vacances 3 - embouteillages et efficience des marchés
Par Docthib, jeudi 21 septembre 2006 à 16:05 :: Finance Mots-clés : Finance, Réflexions
Il y a un siècle de cela, j'avais commis quelques thibillets sur l'efficience des marchés financiers . Non pas tant pour convaincre (les cours que je donne à des cadres me montrent bien que personne n'y croit vraiment) que pour fixer les idées dans un texte. Il reste, dans la série, quelques billets à écrire. Mais en voici un court, sous forme d'analogie.
Celui qui croit que les marchés sont efficients, pense que :
Celui qui croit que les marchés ne sont pas efficients pense que :
La quête du deuxième est une quête d'eldorado, et tel le turfiste moyen (rappel : grande discussion avec Nerik), l'investisseur cherche fiévreusement les tuyaux, achète tiercé bourse magazine, et salit beaucoup de chemises.
Il en va de même sur les autoroutes, mon frère, allelouia, allez Louya !
Il y a celui qui croit que les files d'embouteillage sont efficientes, et qui écoute Sanseverino et Tom Waits en jouant à "devine quel animal fait roumph" avec ses enfants. Et puis il y a les nombreux qui, dans un embouteillage, déboitent, s'insèrent, changent de file, et rusent comme des fennecks du désert. C'est un ballet incessant, que ça déboite à gauche (et un autre rusé en profite pour se mettre dans la file de gauche), à droite (idem), c'est beau comme une Lambada. Les embouteillages, ce sont les marchés financiers du pauvre.
Et donc, quelques images, issues de cette analogie :
Mais tout ce que je dis là , Charles Bukowski l'avait déjà dit ...
Celui qui croit que les marchés sont efficients, pense que :
- ça ne sert à rien de s'agiter pour trouver LA valeur qui va faire +127%
- il faut se diversifier
- tous ceux qui cherchent LA valeur font, 4 fois sur 5, moins bien que ceux qui ont acheté 40 valeurs pépères (ou encore mieux, un tracker), et sont allés dormir
Celui qui croit que les marchés ne sont pas efficients pense que :
- les autres sont des cons (y compris, et surtout, les analystes, les investisseurs institutionnels, et les fonds de pension)
- il existe une valeur que personne n'a repéré, ou qui a été mal analysée par les autres (c'est normal, ils sont cons)
- le tout est de savoir prendre des risques, lire la presse, et se renseigner auprès de son chauffeur de taxi
La quête du deuxième est une quête d'eldorado, et tel le turfiste moyen (rappel : grande discussion avec Nerik), l'investisseur cherche fiévreusement les tuyaux, achète tiercé bourse magazine, et salit beaucoup de chemises.
Il en va de même sur les autoroutes, mon frère, allelouia, allez Louya !
Il y a celui qui croit que les files d'embouteillage sont efficientes, et qui écoute Sanseverino et Tom Waits en jouant à "devine quel animal fait roumph" avec ses enfants. Et puis il y a les nombreux qui, dans un embouteillage, déboitent, s'insèrent, changent de file, et rusent comme des fennecks du désert. C'est un ballet incessant, que ça déboite à gauche (et un autre rusé en profite pour se mettre dans la file de gauche), à droite (idem), c'est beau comme une Lambada. Les embouteillages, ce sont les marchés financiers du pauvre.
Et donc, quelques images, issues de cette analogie :
- aucune file ne gagne, même pas celle de gauche, pfou, non, non, il suffit que l'accident soit sur la voie de gauche, ou, encore pire, que l'accident ait eu lieu en face, pour que tous les bourrins ralentissent pour regarder s'il y a du sang, et la voie de gauche est aussi coincée qu'un agouti dans les toilettes, tandis que la file de droite dévide son chapelet de voitures comme la machine à saucisse dévide des petits boudins.
- celui qui ruse et s'échine, dépense plus d'essence (accélération, pilage, accélération), de gomme (vous savez combien coûte un train de pneus d'une Kangoo ?!) et utilise plus souvent du déodorant salit plus sa chemise. En net, il aura peut-être gagné quelques centaines de mètres, mais si l'on défalque ses coûts de transaction, ça n'en vaut plus la peine.
- Tous les calculs, toutes les optimisations possibles, toutes les stratégies : tout le monde les voit en même temps. Par exemple, une file se libère, hop, les plus rapides déboitent, crissement de pneus, insultes, et tchoc, la file se retrouve bloquée (hausse de la demande) tandis que les autres files se fluidifient. Vite, replacement, re-crissement, l'air sent le caoutchouc brûlé et les actions Michelin montent en Bourse.
- Déboiter vite, c'est risquer l'accident. Or, face à cette augmentation du risque, il ne semble pas qu'il y ait une augmentation de rentabilité : dans un embouteillage donné, regardez les voitures autour de vous, et faites le point après 1km : ils sont tous là , à côté de vous. Certes, Jojo le Fenneck a grappillé deux voitures d'avance, belle affaire, et Legnîdu la tortue est trois voitures derrière. Mais en résumé : Jojo a pris plus de risques (rétro dézingué par un Baron noir sur sa moto), en encouru plus de coûts (l'existence précède l'essence), et n'a gagné que deux misérables voitures. Vas-y, je te les donne, va faire joujou.
Mais tout ce que je dis là , Charles Bukowski l'avait déjà dit ...