vendredi 19 juin 2009
En Vrac
Par Docthib, vendredi 19 juin 2009 à 09:23 :: En vrac Mots-clés :
- Recherche en finance, logiciels libres et yaourt. Une bonne recherche (académique) est réplicable, c'est-à-dire que le chercheur a donné la recette. Je me souviens d'une intervention de deux supposés grands chercheurs en finance français, il y a de cela quelques années. Le commentateur du papier de recherche, un sud-africain, avait commencé son intervention en disant "vous avez utilisé un échantillon bâti et collecté par vos soins, sans le détail de sa construction ou sa composition (c'était une base de données propriétaire que les chercheurs gardaient jalousement), votre modéle n'est pas détaillé, ce qui veut dire qu'en l'état, je ne pourrais donc pas refaire votre étude pour la compléter ou la contester, ce n'est donc pas un article scientifique". Ce qui me frappe, c'est le parallèle avec les logiciels libres : si vous donnez la recette, vous autorisez les autres personnes à remettre en cause vos ingrédients (dans le but d'améliorer la recette) et surtout, c'est la condition de votre légitimité, car vous montrez exactement ce que vous avez fait. Nous atteignons ici les limites des modèles de concurrence : au paradigme initial, qui était que la meilleure condition pour réussir, c'est la confidentialité et le brevet (notre recette est secrète, ou protégée), on superpose désormais un autre modèle plus transparent. Cela touche tous les rangs de la société. Aujourd'hui, de plus en plus de personnes sont gênées de voir que la composition d'un produit de consommation courante mentionne des choses aussi vagues que "extraits végétaux, arômes, épaississants, exhausteur de goût" etc. Dévoiler sa recette permettrait un travail collaboratif d'amélioration, et donc un succès prolongé. Par exemple, comme le rappelle aujourd'hui Tristan Nitot, "Sans logiciel Libre, Internet n'existerait pas !"
- Le gyroscope du planteur. J'ai fait un saladier de planteur (jus de mangue, de goyave, d'ananas, rhum agricole, citrons verts) pour les petites soifs vers 3h du matin. En déplaçant ce saladier dans un escalier en colimaçon (protocole expérimental, vous voyez, je donne la recette), j'ai constaté que lorsque l'on fait pivoter le saladier, les citrons verts restent à la verticale du même point. Un peu comme quand on tourne un bocal de poissons rouges, sauf que là, ça peut être biaisé, car les poissons rouges nagent, alors que les citrons verts font la planche. Et je me demande pourquoi, quand on fait pivoter un saladier de planteur de 30°, les citrons ne pivotent pas de Pi/6 ? Je ne pense pas que ce soit dû à la Force de Coriolis, alors quoi ?
- Point barre.
Je n'aime pas ignorer l'étymologie ou la provenance d'une expression.
Dans le cas de "point barre" (traductible par "un point c'est tout"),
je pensais que cela avait à voir avec l'alphabet Morse. Mais point
barre, en Morse, c'est la lettre A. Je ne vois pas pourquoi on
terminerait un message en Morse par "A" (d'autant
plus qu'on termine par
···-·-). L'explication la plus couramment avancée est que cela correspond à une utilisation du clavier : point, barre (d'espacement), donc terminé. Mais comme souvent souligné, le vrai point final, ce n'est paspoint barre d'espacement, c'estpoint retour chariot, pour rester conforme à l'expression synonyme "point à la ligne". J'ai lu aussi une explication délirante, comme quoi point barre, c'est " ! ". Bref. Il semble que point barre vienne soit du Telex, soit des correspondances ministérielles (et plus globalement, administratives). Dans ces deux cas, on avait coutume de terminer un paragraphe ou un texte par "./" (point barre oblique) pour, dans le cas du Telex, signifier que le message était bien arrivé à sa fin, sans coupure de transmission (l'équivalent de "terminé" ou "over"), et dans le cas des correspondances ministérielles, éviter que quelqu'un ne rajoute des phrases après. Un peu comme, quand on rédige un chèque, on tire un trait après le texte, pour que l'ordre ne puisse pas être changé de Trésor Public en Trésor Publicité... Voilà donc la vraie explication de cette expression. Point barre. - Lecture active. Je suis bien accroché au roman Les Falsificateurs, d'Antoine Bello (Folio, 4727, 2008), et au début du chapitre 13 (id. p. 162), un protagoniste demande "[...] pourquoi croit-on à une histoire ? On distingue généralement quatre ressorts essentiels, mais je préfèrerais les entendre de votre bouche [...]". Je me suis surpris à arrêter ma lecture, et à y réfléchir pour trouver mes éléments de réponse, avant de voir ce que le roman donnait comme solutions. J'étais passé d'une lecture passive d'un roman (comme un vase qu'on remplit) à une lecture active (comme un feu qu'on allume). J'aimerais bien écrire un (des) livres qui favorise cette lecture active, avec si possible des injonctions un peu moins simplistes que "arrêtez-vous maintenant de lire, et réfléchissez à telle question, avant d'aller voir les réponses page suivante".