Blogthib, ou thibierge.flou

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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

vendredi 19 février 2010

Track record

Mardi : 8,6 km
Mercredi : 10,9 km
Vendredi : 7,6 km
Dimanche : 19,8 km
Total semaine 1 = 46.9 km

Mardi : 9,5 km
Mercredi : 8,6 km
Vendredi : 7,9 km
Dimanche : 17,7 km
Total semaine 2 = 43.7 km

Mardi : 9,3 km
Mercredi : 10,8 km
Vendredi : 7,9 km
Dimanche : 18 km ?
Total semaine 3 = 46 km ?

"essayez d'aller jusqu'à 60 km par semaine", qu'il me disait, mon médecin du sport. Déjà que là, j'ai l'impression que mes rotules s'effritent...
Allez, on va essayer de passer tous les mercredis à 10 km (3 tours des Buttes-Chaumont) et le vendredi à 10 aussi.

mardi 9 février 2010

Cracher ses poumons

06h15 ce matin. Il fait froid, mais pas encore en dessous de 0°C.

Le planning d'entraînement dit : 10 fois 1mn30 à 95% de la FCMax ( = à fond les ballons) suivis de 1mn de retour au calme. 10 fois.

L'horreur.

En regardant le graphique ci-contre, je constate que :
  • censément "à fond les ballons", je n'atteins même pas 14 km/h
  • plus le temps passe, plus les "retour au calme" deviennent des "je me traîne pour mourir"
  • 1mn30 de course, c'est très long ; 1mn de retour au calme, c'est très court
Retour à 07h15.
Restait à enchaîner sur une journée de travail.



Sinon, je trouve que ça fait très Nazca, ce type de graphique...

samedi 30 janvier 2010

Run à 1800 m

Fin de journée de ski, je n'aspirais qu'à me liquéfier sur le canapé.
Et puis là, mon archange tentateur, mon alter ego (en mieux) lâche juste comme ça "pour ma part je vais courir".
Deux secondes de réflexion, un peu plus de temps pour oublier ma fatigue et mon manque de motivation, et nous voilà partis sur la route enneigée.

Le soleil nappe encore les montagnes de quelques milliards de Lux, mais la nuit tombe sur les sapins, les voitures ont allumé leurs phares. On se range au passage des navettes, l'air est glacé.
Après la descente, une remontée qui assèche les poumons, on commence à entendre les respirations laborieuses.
On fait un tour par le village. Petites boutiques illuminées qui envoient de la lumière sur la neige bleue, zig-zags entre groupes familiaux et groupes de copains. J'entends plusieurs fois "ils sont fous", mais aussi, une fois "Si ça c'est pas de la motivation..."
Sourire intérieur.
Et puis le baroud : un chemin dans la neige qui descend dans la nuit. Le bruit des foulées qui crisse dans la neige. C'est d'abord la descente, où il faut faire attention à ses chevilles. Et puis c'est le retour, la montée. Au bruit froufroutant de la neige se superpose le bruit des respirations qui souffrent, soufflets de forge dans la nuit silencieuse.
Retour sur la route, pour la dernière partie. Jorge m'encourage, au moment où je commençais à lâcher. Je remonte à son niveau. Quelques centaines de mètres plus loin, il me dit qu'il va marcher : je le relance à mon tour. Nous finissons dans la souffrance, mais aussi dans le plaisir : allez, encore un entraînement accompli, une petite victoire pour le mental et la motivation.
50 minutes, 7 km (mais avec des dénivelées), -15° C.
Et après, 20 mn de Hammam, repos des guerriers.
La vie est dure.

lundi 25 janvier 2010

Et c'est reparti pour l'entraînement...

Depuis la semaine dernière, le projet 5 campus 5 marathons est reparti :
  • réunion de présentation + préparation
  • contact avec les coureurs (une équipe de 65 coureurs, ça se coordonne...)
  • contact et papotage avec Stéphane Diagana, notre parrain historique
  • quelques entraînements pour re-démarrer le cycle : 1h vendredi, 1h30 dimanche, 1h ce matin dans la nuit...
... avec comme objectif, si possible, d'améliorer encore mon temps. Vaste sujet, grandes incertitudes. Histoire de ne pas se sentir vieux ou ramollo :-)


jeudi 5 novembre 2009

Marathon de New York - un autre compte-rendu


Mon ami Laurent avait lui aussi rédigé un compte-rendu. C'est différent, dans la mesure où lui court plutôt en 3h15 (mais il ne prend pas de photos, voilà, ça explique la différence).
Son récit est ici.

mercredi 4 novembre 2009

New York, New York... (Part Two)

Nous nous sommes quittés au début du marathon de New York, juste après le Pont du Verrazzano, sur cette phrase :

"J'essaie de maintenir un rythme à 5:15 au km (11,5 km/h), ce qui, si je le tiens toute la course, me mènera vers un nouveau record."

La course commence à peine, mais je suis chaud. Le ciel est gris, l'air est frais et humide, mais en quelques miles, je suis en T shirt et short. Le rythme est bon, le moral aussi, on arrive au premier ravitaillement (Mile 3, presque 5 km). Enfer, ce sont des gobelets en carton. Jeune impétueux que je suis, j'essaie de boire le gobelet en courant. Après m'être aspergé d'eau glacée, vieil imbécile que je suis, je décide de m'arrêter pour boire. C'est mieux. J'en profite pour prendre une photo de situation.

Nous sommes dans Brooklyn, direction Park Slope. Il y a déjà du monde dans les rues, mais il est encore tôt, il fait frais, donc l'ambiance est sympa, sans être hystérique.

Les petits immeubles, associés au ciel gris, ne font pas ressentir l'effet "New York", mais plutôt l'effet "banlieue de ville américaine".  Cela pourrait être assez déprimant, mais j'ai d'autres choses sur lesquelles me concentrer, et même si je ne vais pas très vite, les bords de rue défilent régulièrement.

Mile 5 (km 8), premier gel, avec un gobelet d'eau. J'ai vu que certains coureurs pincent le haut du gobelet pour boire tout en courant. Je teste. OK, aspergé à nouveau, moi je dis, quand on a deux mains gauches, on ne joue pas au cacou et on s'arrête au bord du trottoir pour boire.

Et c'est reparti. Nous sommes sur Bedford Avenue, qui va durer pendant des kilomètres. Brooklyn commence à devenir plus attachant : des arbres, des petites boutiques, on sent que le quartier chic de Park Slope se rapproche.
Un rétrécissement de chaussée nous ralentit un peu, rien de grave, de toute façon il y a une côte, alors on ralentit. C'est très agréable de monter sous les arbres, même si ça monte...

Comme pour le Marathon de Londres, et contrairement aux marathons méditerranéens (Italie, Espagne, France), les coureurs affichent une cause pour laquelle ils courent. Leucémie, cancer, enfants handicapés, un parent malade : rares sont les T shirts qui ne portent pas de mention humanitaire. Quant à nous, nous courons pour la même cause que sur les 5 marathons : le syndrome de Williams-Beuren, dans sa version américaine (Williams Syndrom Association, WSA).

Dans le cadre de cette course, je verrai plusieurs handicapés. D'abord des "coureurs" handisport dans leur fauteuil roulant qui ont dû avoir un problème. En effet, les handisport partent toujours 20 à 30 mn avant les coureurs 'sur jambes", et ils ont une vitesse qui assure habituellement qu'ils ne seront pas rattrapés. Sauf problème.
On passe ainsi des fauteuils roulants escortés par des bénévoles qui leur facilitent le passage. Et puis il y a une association de sportifs handicapés, Achiles. Ces coureurs sont escortés par des guides en T shirt rouge qui flanquent le coureur et le protègent. Je verrai ainsi un aveugle, et surtout, un homme amputé des deux jambes. Il a - j'apprendrai le nom dans le New York Times -  des Cheetah feet, c'est-à-dire des pilons se terminant par une lame flexible, comme un patin de ski, et il sautille pour courir, dans un geste assez gracieux, mais qui doit être véritablement épuisant. L'homme est baraqué, il a JESUS marqué dans le dos, et quand je le dépasse, vers le Mile 8, il a l'air en pleine forme. Je n'ose pas l'encourager, c'est idiot.

Il y a aussi des déguisements, mais de manière très exceptionnelle, beaucoup moins qu'à Londres, où les super-héros se comptent par dizaines. Je croise néanmoins un Flash et un Marquis de Lafayette. Quand je le prends en photo en me retournant, un coureur voit les drapeaux français sur mon visage et me lance un "allez les bleus !" avec un bon accent américain, c'est sympa.

L'ambiance est donc bonne, on entend toutes les langues, on voit des prénoms de toutes les nationalités, et la foule est désormais bien compacte, bien chauffée. Les encouragements fusent, les orchestres poussent la sono à fond, on est dedans.

Mile 10 (km 16), deuxième gel. Le rythme est bon, j'oscille entre 5mn et 5mn30 au km, mais je tiens la moyenne. Mon bracelet "3h45 au marathon" m'indique que j'ai 1 minute d'avance sur l'horaire prévu, je continue en espérant pouvoir maintenir la même cadence.

Bedford Avenue. On a pris un virage à l'ouest, Manhattan se voit au fond, ça fait du bien de voir des gratte-ciels au loin. Je continue, et j'arrive ainsi au semi marathon, 13,1 miles soit 21,1 km en 1h51 minutes. C'est plutôt bon signe, car - je m'en rendrai compte après - c'est mon meilleur temps sur cette distance. Mon record au semi-marathon de Paris était de 1h56, et je n'avais eu "que" 21,1 km. Là, j'ai été plus rapide, mais j'ai encore la même distance à couvrir...

C'est le moment où traditionnellement, je commence à écouter de la musique, pour m'encourager sur la deuxième partie du parcours. Je place mes écouteurs, j'allume le baladeur. Et là, par hasard, je tombe sur la BO de Rocky, la musique du thème (gonna fly now). L'intro à la trompette, le rythme qui monte, génial, je suis dans mon élément, la vie est belle !

Et puis un truc étonnant : la clameur de la foule est telle que, même en montant le volume de mon baladeur à fond, le plus souvent, je n'entends pas bien ma musique, tant l'ambiance est assourdissante. Tout Brooklyn est dans la rue.

Hasard de la lecture aléatoire, j'entends plusieurs morceaux de Rocky, et cela me fait toujours un bel effet. On quitte enfin Brooklyn, et on passe dans le Queens par un petit pont quelconque. C'est plus calme, car on est dans la partie juive traditionnelle, et la plupart des passants ignorent délibérement les coureurs. J'arrive au Mile 15, 3ème gel que j'essaie d'avaler en même temps que je tiens mon gobelet, bref, jamais deux sans trois, je m'asperge copieusement le torse, c'est glacé, bravo, là je dis bravo...
 
J'ai pourtant intérêt à rester frais. On arrive au Pont de Queensboro, un des points chauds du parcours. Faisant plusieurs miles, reliant le Queens à Manhattan, c'est un énorme pont couvert, favorable à la claustrophobie.

3 miles de pont, avec au moins 2 miles de montée, c'est long. Chacun s'accroche comme il peut, on essaie de gérer correctement ce paradoxe : ne pas ralentir trop, mais ne pas trop brûler d'énergie non plus, car il y aura encore 10 miles à s'avaler après.

Je sens des courbatures, mes abdos et mes épaules me tirent, le corps commence à souffrir. Je n'ai jamais été très bon en côte, ça se confirme, il faut s'accrocher et attendre que ça passe.

Cet endroit, c'est paradoxal, parce que Queensboro Bridge aboutit la 59ème rue, à Manhattan, c'est donc "le pont de la 59ème rue" de la chanson de Simon et Garfunkel (The 59th street bridge song, que beaucoup connaissent sous le titre Feelin' groovy). Et cette chanson, elle est charmante, sautillante, fraiche. Et le pont est très beau, vu de l'extérieur. Mais là, j'en aurai désormais une autre vision : celle d'un oesophage en côte, des vertèbres d'acier qui nous entourent, nous surplombent, nous étouffent, et nous, fourmis trottinantes, crampies, moulues, qui nous accrochons dans la pénombre.

Nous surplombons enfin l'Hudson River, Manhattan est superbe sur le côté gauche, la côte est enfin terminée, le pont commence à descendre vers Manhattan, nous allons entrer dans le coeur de l'action. Nous avions été prévenus : il paraît que la clameur de la foule, massée à la sortie du pont, est assourdissante. Et je l'entends avant de la voir : un grand tumulte de cris, d'encouragements, une vague sonore impressionnante. On y arrive, on les voit : des flots de personnes massées sur les côtés, qui crient, applaudissent, claquent leurs ballons ou criquettent leurs crécelles. C'est énorme. Je n'ai vu ça nulle part, jamais entendu ça, c'est une vague d'énergie qui nous pousse tous vers l'avant. (La vidéo ici aide à peine à se rendre compte).

Le trajet fait un virage complet, retourne sur ses pas ce qui permet d'admirer le pont qui nous a tant fait souffrir. Et là, pendant quelques centaines de mètres, grosse angoisse. Tout à coup, ma cheville droite (celle qui a eu une entorse il y a un an) se met à me lâcher. Elle me fait mal, et je la sens fragile, prête à craquer. Je boitille, je déporte tout mon poids sur l'autre jambe, j'en suis presque réduit à sautiller à cloche-pied.
Grosse angoisse : ça me fait mal, je suis en train de me déséquilibrer, et je ne vais pas pouvoir continuer à cloche-pied pendant 10 miles !
Je continue ainsi pendant plusieurs dizaines de mètres, et puis je décide d'inverser le propos, un peu à la manière de l'école de Palo Alto : au lieu de protéger la cheville en réduisant mon effort sur elle, au lieu de m'angoisser, je décide de la mettre à contribution. Je me rééquilibre, je la sollicite à nouveau, mais cette fois complètement, en déroulant bien le pied et la jambe. Je continue pendant quelque temps en respirant... jusqu'à ce que je me rende compte, quelques centaines de mètres plus loin, que je m'étais mis à penser à autre chose et que ma cheville ne me fait plus mal... 

On aborde la 1ère avenue. La 1ère avenue. Une étendue mythique, parce que presque aussi large que les Champs-Elysées, alors imaginez ce que ça donne sans une seule voiture, une gigantesque largeur d'asphalte, des coureurs au milieu, et une foule déchaînée sur les côtés.

L'ambiance est folle. Un exemple parmi des milliers : je vois une grosse fille qui brandit deux pancartes avec énergie. La première dit "Keeping on running is your only fucking option !" et la seconde dit "It's OK to cry". Tous les types d'encouragements possibles sont à New York.
Des drapeaux français, norvégiens, péruviens, texans, chinois.
Des pancartes, des slogans, des bannières, des mots d'amour.
Des gars qui encouragent gentiment ceux qui marchent ("allez, recommence à courir, vas-y !").
Un gars qui s'est détaché de la foule, il n'a pas l'air content, et il engueule copieusement un marcheur (j'espère qu'il le connaît), du genre "Mais bouge-toi, pauvre tache, bon sang, allez, redémarre, et vite !!"
C'est de la folie, c'est New York.

Je sais que les amis de WSA nous attendent à la 96ème rue. C'est tout l'avantage des quadrillages des cités américaines : je compte les rues une à une, 62ème, 63ème, c'est plus rythmé et plus fréquent que d'attendre le prochain mile, ça permet de maintenir sa motivation.

J'arrive à la 80. Puis à la 90.
La 95. La 96.
Je cherche, et vite, je repère le groupe WSA, des T shirts verts pour les adultes, dorés pour les enfants. Stephanie et Mary me voient et piaillent des Oh My God !!! (j'apprendrai plus tard qu'elles brandissaient une pancarte "Vivre Christophe !!!" constellée de marques de rouge à lèvres...). Je vais vers le groupe WSA, je voudrais m'arrêter un peu, ou leur dire quelques mots, mais un gars robuste en T shirt vert me met d'autorité une bouteille d'eau dans la main, me pousse en me disant "go, go, go !!" et je repars dans la course.

Je passe le Mile 19 (km 30). Je l'ai déjà mentionné pour Londres, "la course commence au km 30". C'est là où on est fatigué, où le corps commence à refuser, où c'est difficile de maintenir le même rythme. Et il reste encore 7 miles, 12 bornes, c'est-à-dire une distance risible quand on est frais du matin, mais difficile quand on a déjà 30 bornes et trois ponts dans les pattes.
D'autant plus qu'on passe East Harlem et qu'on arrive dans le Bronx.
Moins de personnes, beaucoup, beaucoup moins d'ambiance, des paysages plus gris. On nous avait prévenus, c'est la partie moralement difficile, celle où l'on aurait besoin du support de la foule, mais hélas, hasard du parcours, cela va être le tronçon le moins vivant. Et  pour couronner le tout, un méchant petit pont tapissé de moquette détrempée, et allez donc, encore une petite côte. Rien de grave, certes, mais désormais, chaque sollicitation nouvelle, chaque variation du relief, fut-elle faible, se paye cher.
D'ailleurs, pendant un bon moment, je ne vais plus prendre de photo, je n'y pense plus, ou je n'ai plus envie.

Je n'ai plus trop de souvenir du Bronx. J'essayais de maintenir mon rythme de 5mn15 au km, je m'abreuvais à un ravitaillement sur 2, j'ai pris mon gel du 20ème mile, et pour le reste, c'était mettre un pied devant l'autre et recommencer.

La boucle, le grand virage, on comprend qu'on est en train de retourner, de redescendre à Manhattan. Sentiment de libération. Mile 21, Harlem, on commence à retrouver de la foule, de l'ambiance.

Et la 5ème avenue. L'avenue chic, celle qui descend vers Central Park, là où se terminera le marathon.
L'avenue traître. Celle qu'on descend sur la carte, car elle orientée nord-sud. Mais en fait, la 5th, c'est un grand, méchant, persistant, vicieux faux-plat. Des miles et des miles de montée. Pas une côte, non, plus démoralisant encore : un dénivelé constant qui grignote les genoux, l'énergie et le moral.
Le coup de grâce, quoi. Le truc inattendu. Comme le dit Georges Arnaud à la fin du Salaire de la peur "tu as fait ce que tu devais, mais là, c'est le croupier qui a triché".
L'avenue s'étend sur une distance infinie. Ma vitesse baisse à 5mn30, 6mn, je donne des coups d'accélérateur, mais ça ne sent plus la jeunesse, je repasse péniblement à 5mn40, parfois 5mn30, il faut se battre pour ces poignées de secondes.
Heureusement, la foule est là, plus présente, plus bruyante, mais c'est comme pour la musique que j'écoute : j'ai la sensation d'être émoussé, plus rien ne me motive, je cherche l'énergie d'accélérer, mais en fait, je n'ai qu'une envie. Que ça s'arrête. Que je m'allonge pour dormir et oublier tout.

Mais je n'ai pas attendu 4 ans, je n'ai pas bâti ce rêve pour en rester là. Ce n'est pas un sursaut d'orgueil, parce que je ne suis plus dans l'état d'avoir un sursaut. On ne peut pas parler de flambée, d'énervement, ou de feu aux poudres, j'en suis bien loin. C'est juste un entêtement tenace. "Keeping on running is your only fucking option".
Alors je ne vais pas m'arrêter, et personne ne va m'empêcher de terminer. À ma vitesse, à ma manière, je grignote péniblement cette côte avec mes genoux émoussés, mes mollets durs, mes cuisses crispées et douloureuses.

La suite se raconte en peu de mots. L'avenue est très longue, nous nous mettons à longer Central Park, la foule est de plus en plus dense, de plus en plus excitée et proche. Même si je n'ai plus la même vitesse, j'arrive à limiter les dégâts : je ne dégringole pas à des 8 ou 9mn au km comme dans d'autres marathons, j'arrive à me maintenir à un rythme de 6 mn au km (10 km/h) malgré tout ce que je ressens dans les pattes. 
Et puis je vois soudain deux tours au loin, la foule nous crie que ça y est, on va y arriver.
Tout au bout de cette avenue, la foule est excitée, il y a un virage un peu sec, se pourrait-il que ce soit l'arrivée ? Je décide de couper ma musique et de me laisser porter par l'ambiance.
Un panneau que je vois, mais que je n'enregistre pas bien : Mile 23 (km 37).
Il reste 3 miles, 5 km, mais je n'arrive plus à visualiser, je crois que c'est tout proche, que c'est réglé. Alors que ce sont 3 longs miles, les plus longs du parcours.

Je mets ce qui me paraît être un temps infini à atteindre la banderole Mile 24. À tel point qu'il vient un moment où je me dis que ce n'est pas possible, que je l'ai ratée, que la prochaine banderole sera une bonne surprise, ce sera déjà le Mile 25.
Et au bout d'un temps très long, je vois une banderole au loin. Mile 24. Je soupire. Je ne suis pas prêt de voir le Mile 25. La foule nous encourage tous, j'entends des dizaines de fois "Allez la France !", nous sommes tous à souffrir, les coureurs devant, derrière, à mes côtés, nous sommes tous cuits, mais la foule ne se lasse pas de nous encourager, nous pousser, nous soutenir. Des côtes. Des descentes. Des montées.

Mile 25, enfin.
Plus qu'un mile.
Enfin, c'est ce que je crois.
Des familles, des enfants, des buissons, des arbres, des plans d'eau, et mes talons qui rentrent dans mes genoux, mes genoux qui rentrent dans mes hanches.
Descente. Montée. Virage. Descente.

Mile 26.
Almost there.
Plus que 0,2 à parcourir, ça y est, on y croît.
Mais 0,2 ne signifient pas 200 mètres.
C'est 0,2 miles.
320 mètres.

Là, enfin, je consulte à nouveau ma montre. Je la consultais régulièrement pour mon allure, mais je n'avais pas regardé mon chrono depuis le semi-marathon. Elle m'indique 3h52.
Et là, ultime coup de fouet : mon record, pour l'instant, c'est 3h54 à Londres. Je suis à 2 mn en dessous, à 300 mètres de l'arrivée.
J'accélère.
Je voudrais passer la ligne avant le temps que j'avais fait à Londres.
C'est super dur d'accélerer, c'est tout sauf un sprint. Comme le dit le cow-boy à Buzz l'éclair, "je n'appelle pas ça voler, j'appelle ça tomber avec grâce".
Bref, je mets dans la balance les quelques réserves que je ne croyais plus avoir, et j'envoie le tout.
300 mètres, c'est très long.
Je regarde ma montre régulièrement.
3h53.
Je respire, je souffle, j'allonge la foulée en essayant d'éviter de tomber.
3h54.
Un dernier coup d'énergie.
Je passe la ligne, j'arrête mon chrono.
Cela ne sert à rien de le regarder, je ne sais pas 3h54 et combien de secondes j'avais fait à Londres.
Ce ne sera que le soir-même que je découvrirai que j'ai réalisé un nouveau record, battant de 3 secondes seulement mon temps de Londres.
Ça me fait sourire, ce petit grignotage.

"If I can make it there, I'll make it anywhere"

Après la ligne d'arrivée, je me suis senti bien mal pendant plusieurs dizaines de minutes. Vidé, titubant, n'ayant qu'une envie, m'allonger. Et puis j'ai bu. J'ai marché. J'ai mangé. Et peu à peu, très lentement, je suis revenu à la vie.

Et je peux maintenant commenter et conclure ce long récit (j'ai pris les 7h de vol retour pour le rédiger).
  • La comparaison entre Londres et New York ne tient pas. Mon temps à New York est bien meilleur que mon temps à Londres, pour les raisons suivantes :
    • New York a des variations de relief bien supérieures (Pont du Verrazzano, Pont de Queensboro, 5th avenue, Central Park).
    • Le gagnant de New York met 2h09. Celui de Londres met 2h05. Cette différence, rapportée à mon allure, ce n'est plus un différentiel de 4 mn, mais probablement de 10 mn, peut-être plus.
    • Je me suis arrêté pour prendre des photos.
  • New York est un marathon génial pour
    • l'ambiance, exceptionnelle
    • les vues de tous les quartiers et la découverte de cette superbe cité
  • New York est un marathon assez contraignant car, même en regardant à l'avance le relief du parcours, on ne se rend absolument pas compte des difficultés à venir. C'est vraiment une course où le terme gérer sa course prend tout son sens. Et c'est difficile à faire quand on fait le parcours pour la première fois.
En conclusion : 5mn15 au km, sur 42 km, est un objectif ambitieux, mais probablement tenable sur un marathon plus plat.

Par exemple, au hasard, Paris en avril 2010...
:-)

lundi 2 novembre 2009

New York, New York... (Part One)

Première partie de mon compte rendu du Marathon de New York

C'est un projet depuis plus de 4 ans. Et hier, j'ai réalisé mon rêve. Voici mon récit du Marathon de New York (qui fêtait son 40ème anniversaire, un peu plus jeune que moi, le marathon...)

(Toutes les photos en haute définition ici).

"Start spreading the news, I’m leaving today"


1er novembre 2009. Réveil à 4:49, Laurent déjà parti depuis 3/4h, j'ai tout mon temps, je me suis réveillé avant mon réveil (5:30). Thé, céréales, préparation de l'équipement de cosmonaute (2-3 couches de vêtements, gels de glucose, électronique de jogging, walkman, appareil photo, piles, clés, ...)

Je sors dans la rue vers 6:00, et je trouve tout de suite un taxi sur 1st avenue. Il prend la Highway vers le terminal des ferrys, New York est encore dans la nuit. Il pluviote un peu.

Le terminal ressemble à Ellis Island à l'époque des immigrations massives vers les US, il y a une foule assise,
debout,
qui déambule,
qui dort,
va aux toilettes,
mange,
boit du café au gobelet,
se déshabille,
s'habille,
s'interpelle,
ça parle anglais français italien allemand suédois swahili...

Je prends le ferry de 6:30, 1/2h à traverser ce petit bras de mer et à faire un coucou à la Statue de la Liberté, avant d'aborder à Staten Island.
Puis la queue pour prendre un bus,
encore 1/2h de trajet,
à nouveau la queue pour entrer dans Wadsworth Fort, 
en tout, il m'aura fallu plus d'1h30 pour rejoindre la zone de départ.
Et là, c'est un peu Woodstock sous la pluie :
des tentes,
des coureurs étalés partout sur l'herbe dans le froid,
des enfilades de cabines de chiottes avec des gens qui font la queue,
des camions UPS,
des annonces en 5 langues,
des pancartes, des panneaux
des drapeaux de toutes les nationalités...

Je me trouve un coin un peu tranquille et je m'installe, tel un mini-bouddha moderne, emmitouflé dans ma couverture de survie.
Je lis quelques pages de Steinbeck sur ce gène de l'espèce humaine qui la pousse périodiquement à (se) détruire, puis sur le début de son expédition dans la Mer de Cortès.
La couverture de survie est une bénédiction, car il y a du vent et le sol est mouillé. Je vois des coureurs qui sont en short et en T shirt, bon sang, on est 2h avant le départ et il doit faire 11° C... Gros contraste entre certains coureurs vêtus d'une simple couche de tissu, et mon empilement de couches de polaire. Je suis à 37°, juste bien :-)

"These vagabond shoes are longing to stray"

Je vais me placer à l'entrée de mon corral, il y a comme d'habitude l'énervement positif, les échanges de plaisanteries avec les bénévoles, l'attente impatiente.
Les gars qui négocient pour passer, qui expliquent, qui se fâchent.
Ceux qui essaient de franchir la clôture grillagée (2 m) en sont quittes pour quelques contusions + une engueulade. Tout ça pour franchir la ligne 30 secondes plus tôt, c'est attendrissant. Pour ma part, j'attends, centré sur ma respiration, mon temps viendra.

On attend, on attend, on attend, d'abord à l'entrée du corral, puis dans le sas.

9h40, j'ai une pensée pour Laurent, qui doit être en train de prendre le départ sur le Pont du Verrazzano.
Ultime pipi, j'abandonne mon pantalon en polaire, mais je garde toutes mes autres couches, y compris la couverture de survie.

Nous avançons vers la ligne, beaucoup de personnes courent, comme si elles ne savaient pas qu'elles vont en prendre pour plusieurs heures de course, et que CHAQUE molécule de glycogène économisée peut faire une différence.
Tassement du peloton immobile avant le départ. La modestie américaine des commentaires au micro : "Welcome to the most important event in the universe !" (véridique)
Je quitte ma fidèle couverture de survie, j'abandonne aussi les gants (trop difficile de manipuler l'appareil photo avec).
Une chanson qui glorifie l'Amérique, et c'est parti !

"Right through the very heart of it, New York, New York"

Et c'est la montée du Pont du Verrazzano. 
Ça grimpe honnêtement, l'asphalte est humide, l'air est frais, chacun mouline des gambettes à son rythme.
Des hélicoptères tournoient dans le ciel, ou restent en stationnaire pour filmer, il y a des énormes Sikorsky qui passent, on se croirait dans Apocalypse Now.
À gauche, les gratte-ciels de Manhattan, superbe vue pour démarrer... mais à une distance si lointaine ! On y croit, on y va...

Le pont dure longtemps, plus d'un mile, on a le temps d'ajuster sa vitesse. Je commence à avoir bien chaud, je me débarrasse peu à peu de mes couches, mais avec parcimonie, je ne veux pas brûler des calories juste pour me réchauffer, elles seront mieux employées ailleurs.

Le pont se termine et on rentre dans l'énorme Borrow de Brooklyn, où nous allons passer la première moitié du marathon. Des maisons qui ne font pas plus d'un étage, des rues déjà bien remplies, et toujours un ciel gris au-dessus de nos têtes.

J'essaie de maintenir un rythme à 5:15 au km (11,5 km/h), ce qui, si je le tiens toute la course, me mènera vers un nouveau record.

La suite ici

dimanche 1 novembre 2009

Record battu

3h54mn43s.

Soit 3 secondes de mieux qu'à Londres, mon précédent record.

Ouais, Ok, peut-être, mais c'est un record BATTU quand même ! Et puis si t'es pas content, je t'attends sur la prochaine ligne de départ ;-)

Comme d'hab, analyse détaillée et récit larmoyant dans les prochains jours, mais là, je vais à l'After Party...

samedi 31 octobre 2009

From London to New-York

Il est temps de revenir sur ces instants riants où je courais, insouciant, le Marathon de Londres avec ma nouvelle femme, Gudrun.

Demain, c'est New York. Ce sont toujours 26,2 miles, mais chaque course est un recommencement, et la ville n'est pas la même. La question n'est plus de terminer le marathon : sauf accident, je franchirai la ligne d'arrivée. Cette question, elle est simple pour un marathon classique ; mais pour New York, la réflexion sera pimentée d'un biais supplémentaire.

Pour un marathon classique, question simple :

Quel compromis adopter entre la vitesse et l'endurance ? C'est comme en photographie : soit on prend vite en sacrifiant la lumière, mais on perd en détails à l'arrière-plan ; soit on veut une photo précise, ce qui signifie de fermer le diaphragme, et donc de prendre à une vitesse plus lente, quitte à ce que le sujet bouge.

En marathon (et pour toute autre course), la question se pose dans ces termes :
- soit je cours lentement, ce qui économise mes forces, et me garantit d'avoir de l'endurance jusqu'au bout. Mais cela signifie courir plus longtemps...
- soit je cours vite, pour abréger mon temps de souffrance. Mais cela signifie brûler plus d'énergie... au risque de ne pas pouvoir terminer.

Il n'y a pas, à ma connaissance, de modèle d'optimisation. En effet, en photo, il y a un compromis vitesse-ouverture qui permet de choisir toujours la combinaison optimale. C'est la base du mode "programme". Mais en course à pied, c'est plus compliqué, parce que les paramètres changent au fil du temps : type d'entraînement avant la course, météo du jour, mental, playlist de musique... C'est un peu comme l'optimum d'endettement pour les sociétés : on sait qu'il existe, mais on ne peut pas tout arrêter, "toutes choses égales par ailleurs", pour tester diférents niveaux d'endettement et finalement choisir l'optimum.

Je me fonde par exemple sur mon Marathon de Londres (avril 2009). Comme le montre le graphe ci-contre, j'ai fait une course idéale : le même rythme maintenu pendant 42 km (et 195 mètres...) Certes, on voit un léger ralentissement sur la seconde partie de la course, mais il est dépassé, le temps où je croyais aux bienfaits du negative split.

Sur Londres, j'ai réussi à maintenir une vitesse de 5min33 au km, soit approximativement 11 km/h. Alors que faire demain ?

Je vais viser 5mn15 au km (11,5 km/h), en espérant maintenir la régularité tout du long. Il y a deux ponts un peu difficiles à passer (le Verrazzano au début, et le pont de la 59ème rue), et sutout, la fin dans Central Park, qui se termine par 3 miles avec des montées...

Le biais de New York

Le parcours est plus difficile que Londres ou Paris, à cause de ces ponts et ce relief dans Central Park.
Certes, quand on a vécu les marathons difficiles de Madrid, Turin ou Athènes, c'est gérable. Mais voilà le biais : je veux profiter de la course. Tout le monde me l'a dit : c'est un marathon exceptionnel, avec une ambiance à nulle autre pareille. Alors je ne vais probablement pas essayer de battre mon record à tout prix. J'emporte un appareil photo, et je vais essayer de fixer quelques scènes et paysages, soit sur papier argentique numérique, soit dans "l'ordinateur neurophile qui me tient lieu de cerveau".
Demain, j'aurai - j'espère - la récompense de nombreuses semaines d'entraînement, de gestion de mon temps et de mes efforts.
Nous verrons si le résultat est à la hauteur de mes espérances.


jeudi 29 octobre 2009

New York, New York...

Pour préparer le Marathon de New York, je reprends ma check-list du Marathon de Londres et je l'améliore. Je vais modifier ce thibillet en live jusqu'à mon départ (vers 7h30 AM)

Avant de partir pour New York :
  • Billets d'avion - check
  • coordonnées sur place - check
  • Passeport - check
  • Mouchoirs en papiers - check
  • Playlist pour le lecteur MP3 - à faire dans l'avion
  • Téléphone rechargé + chargeur - check
  • MacBook + chargeur (sauvegardes faites) - check
  • adaptateur prise US - check
  • Boules quiès + masque - check
  • Ibuprofène + huile de massage à l'arnica - oublié
  • Citrate de bétaïne pour digérer les onion rings - check
  • Mon carnet de notes et de croquis - nan
  • Mon carnet de pouèmes - check
  • Mon journal - check
  • recommander mon âme à Dieu - nan
  • Mélatonine + somnifère léger - check
Nécessaire pour le jour de la course :
  • Réveil matin (en fait, c'est ma montre cardio-fréquencemètre) - check
  • Faire des courses (alimentaires) à NY pour petit-déjeuner
  • Short moule-à-gaufres - check
  • T-shirt respirant du Williams Syndrom Association - check
  • Imprimer le portrait des deux petites filles à la mémoire desquelles nous courons - check
  • Chaussures, chaussettes (propres), semelles orthopédiques, slip sans coutures (propre) - check
  • Brassard pour mettre les gels pendant la course - check
  • Sparadrap pour mettre sur les tétons !! - check
  • Crème pour les pieds et les parties délicates (Nok) - check
  • 8 doses de gel au glucose pour les kilomètres 20, 30 et 40 miles 3 ; 5,6 ; 7,43 ; 8,931 ; ah merde avec ce système à la con !!!
  • 4 épingles de sureté pour le dossard - check
  • Cardio-fréquencemètre et accéléromètre - check
  • Lecteur MP3 + écouteurs Sennheiser qui vont bien ! + casque intra-auriculaire - check
  • piles chargées - check
  • Tenue pour l'attente dans le froid et la traversée du Pont du Verrazzano : polaire, coupe-vent, bonnet, gants, pantalon en polaire, couverture de survie - check
  • Petit sac à laisser au vestiaire - check
Conseils pour avant la course :
  • Boire beaucoup (de l'eau), 2-3 litres par jour avant (Si pipi pas transparent, Toi boire encore des torrents) - thé vert, thé rouge Rooibos, eau, pastis sans alcool - check
  • Manger des pâtes, des pâtes, des pâtes (et d'autres sucres lents) - check
  • Faire le régime dissocié scandinave - check
  • Ne pas boire d'alcool (quelques semaines avant ?) - 6 semaines, check
  • Prendre la température des copains qui courent, échanger conseils et insultes - check permanent
  • Jeter un oeil au relief de la course, et réfléchir - à suivre
  • Calculer mon temps moyen au kilomètre, en fonction du chrono - pas encore totalement fixé
  • Livre inspirant - Steinbeck
  • Bien dormir - check (minuit 23, quand même)
  • Ecouter la B.O. de Rocky en me préparant
Retour mercredi matin. Pas sûr d'avoir de la connexion pendant ces quelques jours.

mercredi 7 octobre 2009

Flapi-Flapo vont à New-York

D'ici 3 semaines et quelques, je traverserai en courant le Pont du Verrazzano, accomplissant ainsi les foulées mythiques du Marathon de New York (un projet de longue haleine, qui a commencé il y a quatre ans). C'est donc la période idéale pour faire le point sur les entraînements, et commencer à réfléchir à une stratégie de course. Mais avant tout, c'est la période classique du flapi. Le flapi, que j'ai déjà éprouvé un mois avant le Marathon de Londres (ce qui a permis un bel aparté sur les oeufs crus), c'est le "y en a marre de s'entraîner, ça fait deux mois que je fais 3 sorties par semaine, ça me sort par les yeux".
C'est un flapi du corps et un flapi de l'esprit.
 


  • L'esprit, on le comprend, se lasse de cette routine : toujours les mêmes chemins, les mêmes musiques, les mêmes chronos. Et pour faire varier la routine, il faut y consacrer du temps, dans un emploi du temps déjà serré : un entraînement de marathon, c'est, tout compris, au minimum 5 à 6 heures par semaine.
  • C'est aussi un flapi du corps. Même si les performances s'améliorent (c'est pas dommage...), même si j'ai atteint mon poids de forme et que tout le monde me dit que j'ai maigri et que ça se voit, le corps, il y a une semaine, disait Stop. Pas envie d'aller courir, aucune motivation, et à la fin de l'entraînement, une vilaine crampe au mollet qui a duré plusieurs jours. OK, mi cuerpo, reçu fort et clair.
Donc j'ai fait sauter deux entraînements, et j'ai accordé des vacances au corps et à l'esprit. Et puis c'est reparti ce dimanche, 1h45 à bon rythme (dont 57' avec des jeunes pleins de sève et de fougue), et aujourd'hui.

De toute façon, à 3 semaines du coup de pistolet, ça veut dire encore deux semaines d'entraînement, soit 6 sorties. Juste le temps d'améliorer mon accent sur des phrases comme "I'm desperately hurt, I need a cab" ou encore "I'm glad to have won this race in 2 hours sharp, thereby establishing a new world record".
Bref, juste les bidouillages de dernière minute.









mardi 28 avril 2009

La course commence au 30ème km...

Voici donc le compte-rendu de mon Marathon de Londres, couru hier.

L'histoire a commencé par de la peur et de l'appréhension. Je le rappelle pour ceux qui ne sont pas familiers de ces pages, notamment la rubrique Courir : sur les 6 marathons que j'ai courus, 4 se sont terminés dans une grande souffrance. Pour des récits détaillés, voyez par exemple ici ou .
Depuis que je cours 2 marathons par an, je vois la différence. Mes marathons d'automne (Berlin, Athènes 1 et 2) sont arrivés après un entraînement d'été, au soleil, et ce sont les deux marathons où je n'ai pas eu trop de difficultés. Par opposition, mes marathons de printemps arrivaient après un entraînement de janvier à mars. Imaginez début janvier, la nuit, le froid, et la nécessité de se motiver pour caler des entraînements. Ajoutez à cela le travail et son stress. J'arrive souvent aux marathons de printemps en ayant eu un entraînement allégé.
C'était donc ma perception vendredi : les mois d'hiver avaient été durs, j'avais sauté des entraînements. Mais à l'opposé, j'étais aiguillonné par une certitude : plus jamais la souffrance des marathons où je finissais détruit, en trottinant péniblement au gré de mes douleurs.
C'est assez comme intro, passons à la course de dimanche.

L'aube

Réveil dimanche matin avant que le réveil ne sonne, Laurent et moi avons préparé toutes nos affaire la veille, mais nous descendons d'abord petit déjeuner. Surprise très agréable : le ciel est bleu, il y a un rayon de soleil. Pour une météo qui annonçait du gris et de la pluie, nous y voyons un signe : à part Berlin, tous les marathons que nous avons courus ont été baignés de soleil. Du thé, du pain complet, du jambon. Retour à la chambre, douche, préparation. La préparation vestimentaire s'apparente à celle du toréador ou du samouraï : plusieurs rituels correspondant au torse, aux pieds, aux parties sensibles, le souci de tous les détails (piles de rechange dans la poche du short, gels au glucose sur l'avant bras, pommade sur les pieds, bracelet avec les temps de passage au poignet, pansements et crème là où ça frotte, casque de baladeur autour du cou...).
Nous nous retrouvons tous dans le hall, départ en métro, il suffit de montrer notre dossard pour que les préposés nous ouvrent les portillons.
Trajet ensemble, à plaisanter en riant un peu jaune, je respire profondément, le stress est là mais je le maintiens à distance à grands coups d'inspirations.

Le départ

Nous arrivons et marchons au soleil avec les milliers d'autres coureurs. Nous débouchons sur une énorme étendue de pelouse, allons déposer nos affaires au vestiaire, puis c'est l'ultime pipi pour ceux qui en avaient besoin, et on se retrouve dans le peloton. 36 000 coureurs qui attendent, ça parle, ça se tait, ça visualise, ça écoute les hélicoptères qui tournent, les haut-parleurs qui crachent leurs encouragements. Le départ a été donné devant, le temps que le mouvement arrive jusqu'à nous, je prends mon premier gel au glucose. Nous marchons, un dernier coup d'oeil, un encouragement, et ça commence à trottiner. Je vois la ligne de départ qui se rapproche, j'ai l'impression de flotter dans une chaussure : je m'arrête sur le bas-côté, je relace la chaussure posément, mieux vaut le faire avant de passer la ligne de départ qui déclenchera mon chrono officiel.
Départ. La foule est très dense, on n'arrive pas à prendre son rythme. Plusieurs fois de suite, le peloton s'arrête et on est obligés de marcher. Frustration : comment se mettre dans le rythme de la course, si on en est réduits à marcher. Mais après quelques arrêts, ça démarre doucement. La voie est étroite, il faut faire attention à ne pas se faire bousculer, le rythme de course n'est pas du tout idéal, tout le monde est ralenti. Un ou deux miles s'écoulent comme ça, on regarde le dos du gars devant, on s'essaie aux zig-zags. Pour ma part, je respire profondément, j'attends le bon moment sans stress.
Peu à peu, le peloton s'étire, et même si la foule de coureurs reste dense, on commence à pouvoir courir. Au bout de 2-3 miles, je suis à mon allure fixée, 5'30" au kilomètre. Je sais que c'est ambitieux, j'ai vraiment la trouille que ça me fasse exploser en vol vers le km 25 ou 30, mais j'ai décidé ça vendredi soir, je vais tenter cette allure.

Le déroulé

Nous sommes dans une banlieue de petits cottages, le soleil brille, et la foule est déjà amassée sur les côtés, c'est très différent des autres marathons que j'ai courus, où l'on démarrait dans une indifférence totale.
Je découvre l'intérêt de courir en miles : il y en a moins, on n'est pas dans l'impatience de voir le prochain panneau. Nous arrivons bientôt au Mile 3, c'est le moment de prendre mon deuxième gel. Le stand de boissons n'est pas loin derrière, je dilue tout ce sucre sans m'arrêter, tout va bien. Il y a beaucoup de foule, il faut signaler quand on double, c'est dense. Je jette de temps en temps un oeil sur ma montre, histoire de corriger l'allure. Rien de grave : de temps en temps une petite pointe de vitesse, par moments un ralentissement, allez, on n'est pas des machines, je peux tolérer un certain flou autour de l'objectif. On passe les miles 4, puis 5. Je consulte régulièrement mon bracelet de temps de passage : je suis en avance sur l'objectif de 4h (rappel : mon record date de Berlin 2007, 4h18 sur un marathon réputé très plat) mais je sais par expérience que l'enthousiasme du début peut se transformer en souffrance à la fin. Je me cantonne à mes 5'30" au km, ça durera ce que ça durera. Il y a des ravitaillements en eau tous les miles, c'est trop, je décide de ne boire que tous les 2 miles. Le tout sans m'arrêter.
Il y a des orchestres, des coureurs déguisés, ou des vrais professionnels. Je passe un pompier qui court, un vrai pompier, avec son manteau de cuir épais, son casque d'intervention, sa bouteille d'oxygène attachée dans le dos et - détail qui tue - ses grosses chaussures en cuir, on dirait des chaussures de chantier, pas vraiment ce qui est recommandé pour courir 42 km. Un coureur l'interpelle "You're not serious ?!" Il répond sans douter "Oh yes I am !"
Grande ambiance populaire.

La foule

Nous ne sommes jamais seuls. Quel que soit le moment, il y a des vingtaines de personnes de chaque côté, pressées sur plusieurs rangs, pour nous voir passer et nous encourager. Et tout ça à 10h du matin, un dimanche, dans un quartier éloigné de Londres. Que sera le centre ? L'ambiance est en même temps bon enfant et passionnée : la foule interpelle ceux qui avaient leur prénom imprimé sur le T shirt, les spectateurs brandissent leur bière (à 10h du matin...), les orchestres jouent à plein volume. J'arrive au Mile 9, je prends mon troisième gel. Les petites rues sont tortueuses, je lis les dos des T shirts devant moi : quasiment tous courent pour une cause, une charity. Du coup, je me sens à l'aise : avec nos 18 300 € de dons levés uniquement sur ce marathon, nous faisons partie intégrante de ce mouvement. Le soleil tape, l'asphalte est dur, mais pour l'instant, tout cela fonctionne bien. Je suis toujours en avance sur le programme de 4h, je décide de ne plus regarder mon bracelet, je connais trop bien les effets de l'enthousiasme, et la somme qu'il faudra payer cash après coup, au moment où les forces m'abandonneront.

La moitié

Nous subissons quelques petites côtes, où, conforme à ma stratégie d'Athènes apprise après l'échec cuisant de Turin, je ralentis l'allure. Je me fais doubler sans angoisse, cela m'aide à conserver cette énergie qui me sera indispensable à partir du Km 30. Aux ravitaillements, il faut vraiment être attentif. Certains coureurs passent en force en bousculant. D'autres laissent tomber leur bouteille derrière eux, juste dans les pieds des suivants. Tout est une question de vigilance. Et je sais que la vigilance baissera avec la fatigue.
Je continue à mouliner des gambettes, à l'économie, les pieds rasant le sol, le torse qui ne bouge quasiment pas. Régulièrement, je convoque le Regard Qui Tue, le regard qui fixe l'horizon, et surtout, au-delà de l'horizon, le regard qui dit : bientôt, je serai Là-Bas, et rien ne m'arrêtera. Gel au Mile 12 + eau.
Tower Bridge. Cette vue me remplit de joie, c'est superbe, ce pont suspendu qui nous attend. Certes, ça monte, mais la foule vibrionnante des deux côtés, la Tamise et tous les monuments que l'on aperçoit, font que cette traversée du pont est un grand moment. Il y aurait eu 5 000 spectateurs sur ce pont que cela ne m'étonnerait pas.
Sortie du pont, retour à la vie, retour à la course.
J'approche du Mile 13, presque la moitié du parcours. Je vois un T-shirt "5marathons" devant, je me rapproche progressivement, c'est Marcin, le copain de Maciej. Je le rejoins, on échange quelques encouragements, puis je continue à avancer. J'arrive au 13, j'attends encore quelques centaines de mètres, jusqu'à être sûr d'avoir passé le semi-marathon, puis je mets mon casque : c'est la seconde partie de la course, ça va se faire en  musique. J'ai une inquiétude : je me sens fatigué des jambes. Au semi-marathon, c'est préoccupant. Le premier morceau que j'entends est Sting, "Brand new day".
You can turn the clock to zero, honey
I'll sell the stock, we'll spend all the money
We're starting up a brand new day

Face aux champions

À partir du Mile 13, le parcours fait une boucle. Cela signifie que l'on voit, de l'autre côté de l'avenue, ceux qui reviennent de la boucle. Ce sont les rapides, ceux qui vont courir en 2h30. Ils sont peu nombreux, très distants les uns des autres, et - mirage oculaire - ils ne me semblent pas courir plus vite que nous (alors qu'il courent à 20 km/h. Eux.)
Là, on rentre dans le trou noir. Pendant 2 miles (c'est-à-dire très longtemps), je ne vois plus les panneaux de miles, et je ne sais plus où j'en suis. J'attends le prochain panneau pour faire le point, en attendant, je prends les tournants, je surveille mes vis-à-vis, je double ou je ralentis quand il le faut. C'est dingue, on en est au Mile 15, plus de la moitié de la course, et on ne peut toujours pas courir librement, il faut zig-zaguer, éviter, ralentir, passer de côté...
Le poteau arrive enfin : Mile 16, ouf.
Je me rends compte que c'est le moment de prendre mon gel du Mile 16, j'attends le prochain ravitaillement, et hop, c'est fait.
Je zappe toutes les musiques qui me gonflent, ou qui ne sont pas adaptées (Paul Personne, Me laisse pas tout seul, c'est super, mais qu'est-ce que ça fout sur ma playlist de marathon ?), ma vitesse tombe souvent à 5'40" au km, je respire, je consulte ma fréquence cardiaque : comme je l'ai souvent observé, il suffit que je me focalise sur ma respiration pour faire redescendre mes battements de coeur. Émotif que je suis.

"La course commence au Km 30"

On arrive au Mile 19. Celui-là, je l'attendais plus que le semi-marathon. Car comme dit Pierre Couvreur, notre gourou, l'homme aux 40 marathons, le record à 2h42, "La course commence au 30ème km". Par là, il ne veut pas dire qu'avant le 30ème, on n'a rien fait. Il veut juste souligner que c'est là que ça va devenir sérieux, et difficile.
Je prends mon gel du Mile 19, je respire, je reviens à 5'30", j'écoute Eric Clapton, je fixe un regard au laser sur l'horizon, putain, va pas falloir me faire chier, je suis là pour aller jusqu'au bout, et sans mollir.
La foule est partout. J'écoute ma musique à fort volume, mais j'entends bien les acclamations : la foule est une vraie foule de supporters, c'est un vrai plaisir de courir au milieu de ces personnes qui rendent vraiment hommage à notre effort. Plusieurs fois, je me détache du milieu de la route et je cours le long des barrières en tendant la main : tous les enfants tendent la main pour je tape dedans, ça me booste, je finis régulièrement à 5'00 au km, jusqu'à ce que je me calme en me disant que je ne vais pas arriver à tenir ce rythme jusqu'au bout, et je ralentis.
Et puis arrive le morceau de musique.
À Berlin, je me souviens, ça avait été Men in black, j'avais commencé à doubler tout le monde en zig-zaguant.
Là c'est Why Aye Man (Mark Knopfler). Le morceau démarre avec son intro et ses premiers couplets un peu soft, on sent bien qu'on attend l'implosion. Et puis le refrain. Bon sang, là je démarre au quart de tour, je me mets à accélérer, mes semelles sont sur un coussin d'air, je pulse comme un vent du Colorado.
Je crois que je reverrai toujours cette avenue du Mile 20, et la foule, le soleil et les ombres, et Why Aye Man dans les oreilles.
Mais tout à une fin, et un autre morceau passe (je le zappe) puis un autre (je le zappe) et Clapton à nouveau.

La jonction

La boucle se termine, je repasse de l'autre côté, et comme tout à l'heure je voyais les rapides qui couraient en 2h30, je suis désormais à leur place et je vois en face tous ceux qui sont derrière moi (8 miles derrière...), il y a des vieux, des jeunes, des marcheurs, des gros, des grands, des femmes, des déguisés, et je me dis "mais comment vont-ils faire, quelle horreur" et je continue à courir, je repense juste à Hemingway :
"Qu'est-ce que je raconte ? pensa-t-il. Voilà que je déraille. Faut garder la tête froide. Garde la tête froide et endure ton mal comme un homme. Ou comme un poisson."
(Le vieil homme et la mer, Ernest Hemingway, 1952).

La famille de Laurent et la mienne nous attendent "au Mile 24, mais regardez à partir du Mile 22". Alors je regarde. Je passe des milliers de visages, rivé sur le côté droit, en me disant "je vais les rater, c'est pas possible, dans toute cette foule, c'est impossible de reconnaître quelqu'un." Je prends l'avant-dernier gel, celui qui contient des excréments d'abeille et de la poudre du Sahara, et je continue à courir. C'est la première fois que je me suis arrêté pour marcher, prendre mon gel et boire de l'eau. Nous traversons de longs tunnels d'obscurité, la foule est éblouissante quand on ressort, et toujours la musique dans mes oreilles.
Mile 23. Je n'arrête pas de regarder la foule du côté droit, il y a trop de monde, trop de bruit.
Mile 24. Je n'ai vu personne. Je passe dans un long tunnel sombre. Je me dis "S'ils sont devant, je ferais mieux d'arrêter la musique". J'enlève mon casque et je me baigne dans les bruits de la foule. 300 m plus loin, je sors du tunnel, un peu ivre, un peu ébloui. Je continue vers la barrière devant moi. J'entends "Christophe !" Je me retourne et là, à la perpendiculaire, dans un renfoncement que je n'avais pas vu, ma famille, celle de Laurent, avec des drapeaux, des T shirts. On a fait la jonction. Je vais tous les embrasser, et eux me disent "Mais vas-y, continue à courir, vas-y". Alors j'y vais, j'y retourne, il reste juste... 2 miles.

When we were Kings

Nous courons le long de la Tamise. En face, loin, Westminster. La foule, toujours amassée contre les barrières, nous encourage avec un enthousiasme que je n'ai vu qu'à Madrid. Mais là, il y a dix fois plus de monde.
Cela fait longtemps que j'ai abandonné ma vitesse de croisière de 5'30". Je suis à 6'00, souvent 6'30" au km. Mais il suffit d'une chanson, ou d'un détour par les barrière pour taper dans des mains, pour que j'accélère à nouveau à 5'40", voire 5'30" au km. Ce n'est plus très important : je me donne à fond dans cette course, mais je profite aussi. Je sais, je sens, que je suis en dessous des 4h. Je veux juste maintenir cet avantage, mais pas au point d'exploser et de ne plus pouvoir finir.
Mile 25. Je passe devant Westminster, les arbres sont verdoyants, la foule fait du bruit, la chaleur est omniprésente, il y a des portions de parcours qui ne font pas plus de 3 mètres de large, et nous passons tous, en sueur, épuisés, moulinant inlassablement le même rythme de nos jambes fatiguées. Je prends mon dernier gel, celui qui est un coup de fouet, qui contient de l'uranium enrichi, du venin de scorpion, de la poussière d'étoiles. Plus besoin de ravitaillement en eau, ça ne sert plus à rien à ce niveau de la course, je continue à travailler des jambes, je pousse le volume de ma musique, zappant impitoyablement tous les morceaux trop mous. Et puis arrive ce morceau, en même temps très classique et toujours plein de souffle. Je monte le volume à nouveau, et j'accélère.
Mile 26. Je ne le vois pas, car il n'est pas indiqué. Mais je vois d'abord un panneau qui dit "400 m". Je vais taper dans des mains, les spectateurs ont l'air aussi fatigués que moi, j'ai du mal à obtenir des mains qui se tendent, mais j'en ai besoin. Et puis je vois un panneau, juste avant une arche d'acier. 385 yards. Ça veut dire que l'arche est au Mile 26. Je passe sous l'arche, je tourne à droite, et là :
Au loin, très loin, trois arches jaunes, avec le chronomètre officiel. Je vois 03h58'49" et je commence à accélérer. Je sais que j'ai passé la ligne avec du retard sur le chrono officiel, donc mon temps réel est en-dessous de ce qui est affiché. Mais 385 yards, c'est long, surtout après 42 km. Je sens que je ne peux pas sprinter sur la distance. Je régule. Je me déporte sur la gauche et je vais taper dans des mains . Puis je me recentre, allez, encore quelques foulées, et je passe la ligne. Pas du tout comme Athènes, et j'étais arrivé en criant mon cri de guerre. Mais finalement, une fin de course à l'image de cette ville : j'ai fini en tapant dans les mains de ceux qui m'avaient soutenu sur toute la course.

3 heure 54 minutes 46 secondes.
23 minutes de mieux que mon meilleur temps (Berlin, septembre 2007, 4h18).
Mon 7ème marathon.
Mon 3ème marathon sans "mur", sans effondrement, sans souffrance terribles. J'apprends, peu à peu.

Et surtout, la chose la plus importante : 19 000 euros de dons récoltés pour la recherche génétique sur le syndrome de Williams-Beuren.
19 000 euros. Je sais pourquoi je cours.
Merci à tous.











PS : et que s'est-il passé dimanche soir ?
Tonight we'll drink the old town dry
Keep our spirit levels high
Mark Knopfler, Why Aye Man








PPS : pour les vrais aficionados, il y a 3 versions différentes de Why aye man dans ce thibillet.












vendredi 24 avril 2009

London Baby

Athenes Pour préparer le Marathon de Londres, je reprends ma check-list du Marathon d'Athènes et je l'améliore. Je vais modifier ce thibillet en live jusqu'à mon départ (vers 19h30 ?) [edit] 20h04 en fait. I'm gone, baby, gone.[edit]

Avant de partir pour Londres :
  • Billets de train, coordonnées de l'hôtel - check
  • Passeport - check
  • Mouchoirs en papiers - check
  • Playlist pour le lecteur MP3 - pas changée
  • Téléphone rechargé - check
  • Boules quiès pour l'hôtel + masque - check
  • Ibuprofène + huile de massage à l'arnica - check
  • Citrate de bétaïne pour digérer la choucroute de la veille au soir - check
  • Mon carnet de notes et de croquis - check
  • Copies à corriger
  • Mon carnet de pouèmes - nan
  • Mon journal - check
  • Sunglasses - nan
  • carte européenne d'assurance-maladie - check
  • recommander mon âme à Dieu - plus tard, coco...
  • prendre le petit coeur en bois que je n'emporte pas assez souvent - check
  • Faire un dernier point sur les donations et poster sur www.5 marathons.com
  • Prévenir sur www.5 marathons.com que silence radio entre ce soir et lundi soir
Nécessaire pour le jour de la course :
  • Réveil matin - check (en fait, c'est ma montre cardio-fréquencemètre)
  • Faire des courses (alimentaires) à Londres pour petit-déjeuner
  • Short moule-à-gaufres - check
  • T-shirt respirant bleu-du-site-web aux couleurs de l'école (et propre!) - check
  • Chaussures, chaussettes (propres), semelles orthopédiques, slip sans coutures (propre) - check
  • Brassard pour mettre les gels pendant la course - check
  • Sparadrap pour mettre sur les tétons !! - check
  • Crème pour les pieds et les parties délicates (Nok) - check
  • 8 doses de gel au glucose pour les kilomètres 20, 30 et 40 miles 3 ; 5,6 ; 7,43 ; 8,931 ; ah merde avec ce système à la con !!! - check
  • 4 épingles de sureté pour le dossard - check
  • Cardio-fréquencemètre et accéléromètre - check
  • Lecteur MP3 + écouteurs Sennheiser qui vont bien ! - check
  • piles chargées - check
  • Sac poubelle pour m'enrober avant la course (super pour la motivation, "je suis une ordure, un résidu, un déchet"), éventuellement vêtements pour la pluie - check : mieux que ça : couverture de survie
  • Vêtements + petit sac à laisser au vestiaire, pour la caillante avant le départ - check, prévu par les organisateurs
Conseils pour avant la course :
  • Boire beaucoup (de l'eau), 2-3 litres par jour avant (Si pipi pas transparent, Toi boire encore des torrents) - thé vert, thé rouge Rooibos, eau, pastis sans alcool :-(
  • Manger des pâtes, des pâtes, des pâtes (et d'autres sucres lents) - check
  • Faire le régime dissocié scandinave - check
  • Ne pas boire d'alcool (quelques semaines avant ?) - 15 jours - check
  • Prendre la température des copains qui courent, échanger conseils et insultes - neverending, ça va chauffer dans l'Eurostar demain
  • Jeter un oeil au relief de la course, et réfléchir - check, et à suivre
  • Calculer mon temps moyen au kilomètre, en fonction du chrono - pas encore totalement fixé
  • Me coucher avec un bon livre sur le Zen, ou des poésies - mathieu ricard +  jean-claude izzo + haruki murakami
  • Bien dormir - check
  • Ecouter la B.O. de Rocky en me préparant
Retour lundi soir tard. Pas sûr d'avoir de la connexion pendant le WE.

jeudi 23 avril 2009

Joe La Pasta



L'autre jour, j'entendais un analyste dire que sur certains titres boursiers, il fallait bourrer la cabane.

Voilà une expression qui me plaît bien, tiens, "bourrer la cabane".

Alors voyons : 500 g de spaghettis secs, ça fait... ah ouais, je me suis enfilé 1,5 kg de pâtes cuites. Tu m'étonnes que j'en sois à prendre une tisane maintenant. Et après avoir bossé un peu, hop, je vais me boire mes nouilles liquides (mon sperm bull, comme disent mes amis (?) coureurs) dont l'étiquette me précise obligeamment que 150 g de poudre blanche diluée dans 1 litre d'eau et ingurgitée progressivement, c'est l'équivalent de 650 g de pâtes.

Bourrer la cabane...









2h plus tard...



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