Blogthib, ou thibierge.flou

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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

vendredi 23 mai 2008

Citation - À quoi tu penses ?

Mon éditeuse, qui n'a pas daigné venir me voir hier alors que je sortais de 30h de cours en 4 jours (futile excuse de problème de Vélib' un jour de grève, pfff, tous des feignasses dans l'édition) m'a offert un livre pour cabinets. Mais je l'ai lu dans le métro. Un de ces bréviaires façon "les miscellanées de Mr. Schott" ou "Je me souviens" de Perec. Ici, il s'agit de 1 000 réponses à la question "À quoi tu penses ?". Réponses personnelles, absurdes, énervées, autobiographiques, obsessionnelles, humaines, traits de génie du langage, délires.

Si je ne devais en citer qu'une parmi mes favorites :
À quoi tu penses ?
Je pense que Dieu n'a jamais eu le temps de finir complètement l'ornithorynque, parce qu'il lui manque des ailes et une hélice.
Hervé le Tellier, Les amnésiques n'ont rien vécu d'inoubliable, Le Castor Astral, p. 47.
Livre indisponible sur Amazon (edit : si, il y est, mais - honte à moi - j'écrivais Le Tellier sans L majuscule..), qui propose tout de même aussi l'Encyclopaedia inutilis, du même auteur, ainsi que les Sonates de bar, que j'avais bien aimées (tu m'étonnes...)

mardi 6 novembre 2007

Saint Lazare, priez pour nous 1 - Citation

Ils passèrent dans le hall, Georges s'engagea sur un quai, marcha jusqu'à sa fin. Les rails pointaient tout droit vers l'inconnu, graissés par le soleil.
René Fallet, Les Pas Perdus, Livre de Poche n° 3230, (1971, première édition 1954), p. 156
Le problème, avec René Fallet, c'est qu'il vous ressert des images poétiques quasiment à chaque phrase. Soit ça lasse, soit on lit du bout des yeux. Mais il y a des belles choses populaires, c'est sûr. Et puis la lettre de rupture p. 172, c'est un vieux coup de tendresse / coup de poignard, ça fait pardonner bien des choses (et se souvenir de bien d'autres qu'on aurait préféré oublier...)

jeudi 1 novembre 2007

Citation - Jack London, L'imprévu

Edith Whittlesey était de ces individus. Elle était née dans un district rural d'Angleterre où la vie s'écoule, arrangée d'avance, et où l'imprévu est tellement inattendu que lorsqu'il arrive, il est considéré comme quelque chose d'immoral.

Jack London, L'imprévu, in La piste des soleils, Folio n° 4320, p. 46.
... ou du caractère moral ou immoral de la gestion du risque.

mardi 16 octobre 2007

En prévision de la grève générale

Dans la rue du matin où se bousculaient en grappes les employés de tout poil qu'éjectait Saint Lazare avec une régularité de fusil mitrailleur, Georges regretta vite maussade, l'absence de tout printemps.

René Fallet, Les pas perdus, Livre de poche n° 3230, 1971, p. 91-92.

lundi 24 septembre 2007

Citation - Riesling Connection, par Christophe Vergnaud

"On reconnaît souvent un intellectuel en cette capacité de déclarer noble et supérieure la solution qu'il est de toute manière obligé de suivre."

Christophe Vergnaud, Riesling Connection, La table ronde, 2003, p. 72.

lundi 17 septembre 2007

Le prof de..., étiquette sociale

"Picard s'était servi un nouveau verre. Il n'aimait pas parler de lui, surtout pour entendre les mêmes anecdotes, les mêmes sarcasmes sur la typologie du professeur de philosophie. Car c'était toujours la même ritournelle depuis quinze ans. Il suffisait qu'il révélât sa profession pour que ses interlocuteurs se remémorent leurs années-lycée. [...] aux yeux d'autrui, il y a des professions qui vampirisent la vie privée, la rendant exsangue de toute autonomie. Le professeur de philosophie fait partie de ces professions-vampires. On n'imagine pas un professeur de philosophie faire autre chose que de la philosophie, même dans des moments intimes de sa vie. On imagine au contraire un homme sans cesse absorbé par ses pensées, grignotant ses tartines beurrées en lisant fiévreusement du Nietzsche et poussant son caddie dans les rayons blafards du supermarché en songeant à l'obscurité de la caverne de Platon."

Christophe Vergnaud, Riesling Connection, La table ronde, 2003, p. 55.
Outre le fait que ce roman - que je relis avec délectation - est un pur ovni jubilatoire, mêlant philosophie, méditations sur les mouches ou les garagistes, et style mordant, cette citation a aussi le mérite de faire sonner quelques cloches familières.
  • On n'est pas loin du bovinage, cette tentative d'étiqueter les personnes à une seule dimension (c'est aussi le début de Transluxion, je sais, je me répète).
  • Il y a certaines catégories sociales qui sont étiquetées, avec quantité d'a prioris. "Les journalistes écrivent n'importe quoi", "Les agents de la SNCF sont toujours en grève", "Les employés d'état-civil sont désagréables", "Les routiers sont sympas" (bon, ça date...). Je manque d'exemples, mais il y en a d'autres, probablement. Certains métiers sont des fardeaux, car quand on se présente, on sait qu'on va avoir droit à la même litanie, les mêmes questions (ma première question, à moi, est toujours : "Et tu donnes combien d'heures de cours par semaine ?").
  • Il y a, comme souvent, confusion entre le métier et le domaine. Je suis professeur de finance (mais pas que...), et même chez mes collègues professeurs de marketing, je suis "un financier". J'ai beau expliquer que dans "professeur de finance", le mot le plus important, c'est professeur, ça n'a pas l'air de rentrer...
(Non, Mamz'elle, ce n'est pas une jérémiade. Et s'il ne fallait retenir qu'une chose : lisez donc cet excellent livre de Christophe Vergnaud - je me rends compte qu'il en a écrit un autre depuis, hop, Amazon, 3 clics, ce sera dans ma boite aux lettres dans une semaine).

lundi 21 mai 2007

Corrélation and Causalité illustrated

- C'est comme ça, mon vieux. Il se trouve que ce type est là. Les deux choses sont emmêlées.
- Forcément, c'est emmêlé, dit brutalement Danglard. Ce sont les seuls événements notables qui se soient produits depuis le début de l'été. Mais ce n'est pas parce qu'ils existent ensemble qu'ils fonctionnent ensemble. Bon sang, on ne peut pas toujours tout confondre.

Fred Vargas, Coule la Seine, J'ai Lu Policier n° 6994, p. 24-25.

lundi 5 mars 2007

Bulle Dessinée

Petit thibillet rapide au milieu du retour au boulot (soupir... 320 mails à traiter).
C'est de la pub gratuite, vu que je ne touche rien, et que je ne connais même pas le dessinateur, mais je trouve que certains dessins du Boulet sont particulièrement lénifiants pour un lundi de rentrée, je pense à Control-Z et Mécanic Fantasy. (et aussi ce Sans titre, particulièrement bien vu, mais qui ne me concerne pas actuellement).

vendredi 13 octobre 2006

Frère Océan

"The seashore always works. Believe me, in my book, a walk on a beach is worth five hours on a psychiatrist couch... though I'm probably the only doctor in this city who would tell you that."

"Le bord de mer marche toujours. Croyez-moi, d'après mon expérience, une promenade en bord de mer vaut cinq heures passées sur un divan de psychiatre... même si je suis probablement le seul docteur de cette ville qui vous dira cela."

Douglas Kennedy, The pursuit of happiness, Arrow books, 2002, p. 163.
(merci à Lulu pour la photo)

mardi 4 juillet 2006

Petits bonheurs

J'avais mentionné dans un précédent billet (2ème paragraphe) le fait que, nonobstant les sujets sérieux sur lesquels j'écris, je prends plaisir à émailler mes doctes ouvrages d'une pointe de poésie.
Allant déposer un de mes ouvrages dans de blanches mains, j'ai pris à partie quelques auditeurs débonnaires et compatissants pour leur asséner le conseil de la page 235 :
Surtout n'essayez pas d'utiliser le CMPC à des fins pratiques avant le chapitre 17, sinon vous partirez dans le mur comme des poulpes survitaminés.
Moi ça me fait rire. N'est-ce pas la preuve de l'autarcie la plus complète ? Pour un peu, le bonheur ne serait pas loin...

lundi 3 juillet 2006

Blaise et l'obèse sont à l'aise dans un bâteau

Mon éditeuse favorite me proposait d'écrire un jour un billet sur les dictionnaires. Je l'avais appelée donzelle, elle en avait retenu la connotation péjorative et de là, elle me conseilla de vérifier dans différents types de dictionnaires. Hélas, je n'ai qu'un type de dictionnaire à la maison, le Littré. Heureusement, il existe le Trésor de la Langue Française Informatisé.
Le premier nous dit :

Donzelle :
  1. Fille ou femme de distinction (cet emploi est tombé en désuétude) ;
  2. Fille ou femme dont on parle très familièrement ;
  3. Fille ou femme dont on parle légèrement, d'un ton de mépris ;
  4. Nom vulgaire d'un poisson, l'ophidie barbue, dite aussi demoiselle.
Le second parle ainsi :

Donzelle :
  1. Rare et vieilli
    • Sans nuance péj. Jeune fille.
    • P. ext. Fille ou femme à l'allure ou à la tenue équivoque, de mœurs légères.
    • Usuel, fam. et par dénigrement. Jeune fille ou femme prétentieuse et ridicule.
    • En partic., souvent pour indiquer péjorativement un comportement naïf dans le domaine sentimental.
Les deux dictionnaires ne se contredisent pas, ils ont même des sens communs, mais on ne peut parler d'identité de sens. Certes, mon Littré date de 1873, et la langue évolue, mais la différence est notable.

Un autre domaine où l'ancien est battu par le neuf : les ouvrages de grands auteurs. En réaction à un commentaire de l'Obèse ascète, je suis allé chercher dans Les Pensées de Pascal l'origine d'une pensée. Hélas, dans mes deux exemplaires (Firmin-Didot, 1873, et Garnier Frères, sans date, mais après 1844), impossible de la retrouver. Je fais confiance à mon obèse contradicteur, d'autant plus qu'une recherche gougueule me donne le numéro « moderne » de la pensée (593), tel qu'il me l'avait indiqué. J'ai beau me fonder sur différents sites web, indiquant différentes parties de l'ouvrage, je ne trouve pas. J'en déduis que mes deux éditions sont
  1. incomplètes, ou
  2. ordonnées différemment.
Ce n'est pas dramatique, c'est juste fastidieux. Par exemple, dans le Garnier Frères, la pensée qui commence par « César étoit trop vieux, ce me semble, pour s'aller amuser à conquérir le monde » est numérotée 29, au chapitre IX, tandis qu'elle porte le numéro 47, chapitre XXV, dans le Firmin-Didot. Vous me direz : qu'importe l'ordre des billes, du moment que le sac est plein. Certes, mais j'intuite grave qu'en sus d'un classement différent, chaque éditeur a aussi sombrement coupé dans son édition.
A qui faire confiance, donc, si des margoulins massicotent à tout-va dans les pensées des auteurs ?
Mise à jour : tous les éditeurs ne sont pas des margoulins. Mon éditeuse est érudite (enfin, elle sait se servir de Glougl...) et me signale que ce problème des éditions des Pensées est récurrent, et connu, tout ça à cause de ce fichu Pascal qui savait pas utiliser une agrapheuse. Plus d'infos ici. Fin de Mise à jour.

Enfin, quelques consolations : cette recherche nocturne et opiniâtre m'a permis de découvrir quelques pensées, et l'envie de lire l'ouvrage entier pour y glâner des trucs que je mettrai en exergue de mes prochains livres (ça fait vendre à mort, le pékin se dit « wahou, il a trouvé sur Goog'l , c'est un techno-beauf »).
J'ai notamment trouvé l'origine d'une expression que j'attribuais – à tort – à Victorugo :
Condition de l'homme : inconstance, ennui, inquiétude. Qui voudra connaître à plein la vanité de l'homme, n'a qu'à considérer les causes et effets de l'amour. La cause en est un je ne sais quoi (Corneille) ; et les effets en sont effroyables. Ce je ne sais quoi, si peu de choses qu'on ne saurait le reconnaître, remue toute la terre, les princes, les armées, le monde entier. Si le nez de Cléopâtre eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé.
Pascal, Pensées, Première partie, article IX, XLVI, Firmin-Didot, 1873, p. 105.

mercredi 3 mai 2006

Cela faisait déjà quelques jours...

... que je voulais citer Nougaro, qui est - une fois de plus - d'actualité.
Les poumons du printemps exhalaient leur première haleine de peste paradisiaque.

Claude Nougaro, dans Plume d'ange, musique de J.-C. Vannier, 1977.

vendredi 31 mars 2006

Entendu dans un bar

J'aime bien le(s) livre(s) de Jean-Marie Gourio, Brèves de comptoir. Jeudi, j'étais dans un bar, et les consommateurs, qui avaient l'air d'être là depuis des heures, rigolaient entre eux, les phrases fusaient, il y avait une belle ambiance, chaleureuse et déconnante, faite de réparties, la conversation rebondissait sans jamais retomber.

- Elle, tu l'aurais vue, quand elle avait 17 ans, elle s'habillait, pah pah pah, une bombe atomique, qu'elle était !
- Oué, mais c'est normal, à 17 ans, elle se rendait pas compte...
- Non, mais c'était un vrai avion de chasse !
- Eh ouais, à 17 ans, elles sont des avions de chasse, et après, elles deviennent des porte-avions...

Comment voulez-vous que je corrige les épreuves du Briley Mailleurz dans cette ambiance ?

jeudi 9 février 2006

Citation - Le risque et le temps

J'aime beaucoup les écrits de Paul Valéry, mais je dois confesser que certaines pensées me dépassent. Le matin, après la douche et deux cafés, bien concentré et alerte dans mon métro matutinal, je capte beaucoup de choses, et je me dis "Ce Valéry, c'est un cador". Le soir, après des heures passées dans mon bureau, à supporter des collègues à l'humeur volatile, des flots d'e-mails, et des amphis d'étudiants - la crème de la crème, mais il y en a certaines qui ont tourné - bref, dans mon métro vespéral, j'ai plus de mal à appréhender la profondeur des raisonnements du génial penseur.
Je viens de finir un livre commencé il y a... 9 mois, abandonné, repris, ça ne fait pas trop de mal, puisque c'est une collection de différents écrits (articles, lettres, conférences) de Paul Valéry. Intitulé Variété 1 et 2 (Idées, Gallimard, n° 394), l'ouvrage commence par cette fameuse phrase (issue d'une lettre écrite en 1919) :
Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.
Au fil des pages et du rythme des rails, j'ai glané quelques passages à couleur financière (enfin, c'est moi qui trouve une résonance financière à ces passages) :
Nous espérons vaguement, nous redoutons précisément ; nos craintes sont infiniment plus précises que nos espérances.
p. 31.
Comment ne pas penser au couple espérance - variance, où la variance, c'est la fluctuation que l'on redoute ? ;-)
Dans le même esprit :
Le mesurable a conquis presque toute la science et en a discrédité toutes les parties où il n'a pas pu s'introduire. La pratique presque tout entière lui est soumise. La vie, déjà à demi asservie, circonscrite ou alignée ou assujettie, se défend difficilement contre les horaires, les statistiques, les mensurations et les précisions quantitatives, dont le développement en réduit de plus en plus la diversité, en diminue l'incertitude, en améliore le fonctionnement d'ensemble, en rend le cours plus sûr, plus long, plus machinal.
p. 159.
En parlant d'Henri Beyle, c'est-à-dire de Stendhal :
Il avait remarqué que ces hommes importants, si nécessairement associés à la bonne marche des affaires, sont nuls et muets devant l'imprévu. Un Etat qui n'a pas quelques improvisateurs en réserve est un Etat sans nerfs. Tout ce qui marche vite le menace. Ce qui tombe des nues l'anéantit.
p. 193.
Ce "tout mesurable" m'inquiète. J'y vois un dessèchement des facultés d'imagination et d'improvisation, et une forme de religion aveugle vis-à-vis des machines.

mardi 31 janvier 2006

Citation - police de caractère

J'ai terminé Les naufragés de l'autocar (Steinbeck) et commencé Les choses de la vie, de Paul Guimard. Je trouve cela bien écrit, je me demande si ce n'est pas un style "quadra désenchanté" qui était typique de ces années (fin des années 60), j'approfondirai à l'occasion.
Bon, le passage qui me plaît :
- Sérieusement, dira Mortreux, c'est une question de volonté.
C'est son mot favori. Il construit sa vie sur l'exercice patient de volontés mineures, ce qui ne lui laisse guère le temps d'avoir du caractère.
Paul Guimard, Les choses de la vie, Folio n° 315, p. 31.

Et toc.