Fait divers
Par Docthib, dimanche 22 novembre 2009 à 10:00 :: Perso :: #960 :: rss Mots-clefs :
Hier soir, j'ai été agressé physiquement. Comme dit Woody Allen, "je me suis défendu vaillamment, et je les ai mis en fuite, en leur tapant sur les poings avec mon nez". En fait, j'en suis quitte pour une joue qui a doublé de volume et une mâchoire douloureuse. (j'ai même rêvé cette nuit que j'avais perdu une dent).
Je suis partagé entre deux envies : je ne veux pas en parler ; je veux en parler.
Pour la première, c'est plutôt : je ne veux pas qu'on m'en parle. Parce que je dois raconter à nouveau toute la scène, répondre aux questions et que cela m'est pénible : l'analyse, je l'ai déjà faite, et peu me chaut que mes interlocuteurs comprennent là où j'en suis arrivé en terme de conclusions.
Pour la deuxième, c'est parce que, comme toujours dans ces cas-là (j'avais vécu ce genre de chose, sans agression physique, il y a quelques années), cela me tourne dans la tête les heures et les jours (et les nuits qui suivent). Et qu'une manière de dégonfler le ballon, de vider le cerveau, c'est d'en parler. Mon analyse, la voilà . Il y en avait trois, mais il y en avait juste un qui voulait se battre. Peu importe la raison, il cherchait toute occasion. Et je lui en ai donné très peu, ne répondant quasiment pas à ses provocations et insultes et continuant à avancer. Je pense que c'était la seule solution, car la dialectique de ce genre de personne, à ce moment-là , c'est "je t'insulte, tu réagis, je m'énerve, tu me pousses, je t'agresse, la preuve, j'étais en état de légitime défense puisque tu m'avais poussé". René Girard n'est pas loin, c'est l'escalade de la violence. Et ce que j'ai donné, au contraire (par instinct ? par réflexe intellectuel sans que l'intellect ne soit sollicité ?), c'était l'inverse : le refus de rentrer dans ce schéma pré-établi. Mais lui, en face, il ne connaissait que cette manière de communiquer sous forme de conflit, d'action-réaction. Il en est venu, pendant un moment, à avoir une posture beaucoup plus humble, il voulait savoir pourquoi je refusais de lui parler, et sa voix était, sinon suppliante, du moins demandeuse, sincère. Et puis le déchaînement de violence après, quand il a vu que je restais dans un schéma qu'il ne comprenait pas.
Deux réflexions :
- cela fait des années que je pense aux possibilités d'agression, et aux réactions que je pourrais "préparer". C'est assez illusoire, parce que sur le coup, probablement comme beaucoup de personnes, j'ai eu un grand blanc. Le cerveau ne réagit plus rationnellement, on n'est plus capable de raisonner ou de se souvenir de la to-do liste de l'agressé ;-) En même temps, c'est intéressant, parce que je pense que toutes ces années de réflexions et de discussions sur l'être humain m'ont donné quelques réflexes intégrés, des manières de se comporter dans ce genre de crise qui ne sont peut-être pas optimales, mais qui limitent la casse.
- ce gars cherchait en fait du dialogue. Mais dans certaines existences, on n'a plus que le conflit et l'opposition pour "dialoguer". Il était dans son monde, dans son système de "dialogue", mais évidemment, il n'en est pas du tout satisfait. Il dira "je m'en foutais de ce gars" alors que pas du tout, même s'il a obtenu apparemment ce qu'il voulait (une bagarre), il a dû être frustré de ne pas obtenir ce qu'il cherchait vraiment (un échange). Un échange, fut-il de coups de poings, c'est un succédané fruste de l'échange de mots, qui lui-même peut être souvent un succédané fruste de l'échange de sentiments ou de l'échange de confiance. Mais c'est toujours un échange.
Je suis partagé entre deux envies : je ne veux pas en parler ; je veux en parler.
Pour la première, c'est plutôt : je ne veux pas qu'on m'en parle. Parce que je dois raconter à nouveau toute la scène, répondre aux questions et que cela m'est pénible : l'analyse, je l'ai déjà faite, et peu me chaut que mes interlocuteurs comprennent là où j'en suis arrivé en terme de conclusions.
Pour la deuxième, c'est parce que, comme toujours dans ces cas-là (j'avais vécu ce genre de chose, sans agression physique, il y a quelques années), cela me tourne dans la tête les heures et les jours (et les nuits qui suivent). Et qu'une manière de dégonfler le ballon, de vider le cerveau, c'est d'en parler. Mon analyse, la voilà . Il y en avait trois, mais il y en avait juste un qui voulait se battre. Peu importe la raison, il cherchait toute occasion. Et je lui en ai donné très peu, ne répondant quasiment pas à ses provocations et insultes et continuant à avancer. Je pense que c'était la seule solution, car la dialectique de ce genre de personne, à ce moment-là , c'est "je t'insulte, tu réagis, je m'énerve, tu me pousses, je t'agresse, la preuve, j'étais en état de légitime défense puisque tu m'avais poussé". René Girard n'est pas loin, c'est l'escalade de la violence. Et ce que j'ai donné, au contraire (par instinct ? par réflexe intellectuel sans que l'intellect ne soit sollicité ?), c'était l'inverse : le refus de rentrer dans ce schéma pré-établi. Mais lui, en face, il ne connaissait que cette manière de communiquer sous forme de conflit, d'action-réaction. Il en est venu, pendant un moment, à avoir une posture beaucoup plus humble, il voulait savoir pourquoi je refusais de lui parler, et sa voix était, sinon suppliante, du moins demandeuse, sincère. Et puis le déchaînement de violence après, quand il a vu que je restais dans un schéma qu'il ne comprenait pas.
Deux réflexions :
- cela fait des années que je pense aux possibilités d'agression, et aux réactions que je pourrais "préparer". C'est assez illusoire, parce que sur le coup, probablement comme beaucoup de personnes, j'ai eu un grand blanc. Le cerveau ne réagit plus rationnellement, on n'est plus capable de raisonner ou de se souvenir de la to-do liste de l'agressé ;-) En même temps, c'est intéressant, parce que je pense que toutes ces années de réflexions et de discussions sur l'être humain m'ont donné quelques réflexes intégrés, des manières de se comporter dans ce genre de crise qui ne sont peut-être pas optimales, mais qui limitent la casse.
- ce gars cherchait en fait du dialogue. Mais dans certaines existences, on n'a plus que le conflit et l'opposition pour "dialoguer". Il était dans son monde, dans son système de "dialogue", mais évidemment, il n'en est pas du tout satisfait. Il dira "je m'en foutais de ce gars" alors que pas du tout, même s'il a obtenu apparemment ce qu'il voulait (une bagarre), il a dû être frustré de ne pas obtenir ce qu'il cherchait vraiment (un échange). Un échange, fut-il de coups de poings, c'est un succédané fruste de l'échange de mots, qui lui-même peut être souvent un succédané fruste de l'échange de sentiments ou de l'échange de confiance. Mais c'est toujours un échange.
Commentaires flous
1. Le dimanche 22 novembre 2009 à 11:54, par Kate
2. Le mercredi 25 novembre 2009 à 16:33, par Docthib
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