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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

dimanche 27 juillet 2008

Tu sais que tu es en vacances...

... Quand il y a des fourmis sur le tapis de douche.

... Quand la nuit, tu peux voir des centaines d'étoiles.

... Quand tu peux nager plus de 25 m sans devoir faire demi-tour.

vendredi 25 juillet 2008

Gone Baby Gone

Magnolia Express - 4ème partie - # 14

Ceci est une citation à des fins d'illustration musicale (détails ici). Il s'agit d'un extrait, en mono, de Traces, par JJ Cale, sur le CD Number 10, Silvertone, 1992. Le disque est en vente ici.
Traces
 
Depuis que Conrad et Eileen nous avaient quittés, nous voyagions silencieusement, Aline rêvait à ces choses que je ne comprenais pas, que j'avais du mal à imaginer. Elle m'avait dit qu'elle ne savait pas très bien elle-même ce qui lui arrivait, elle continuait à chercher ... quoi ?
Un pickup nous avait pris en stop et nous roulions toute la journée, assis sur la plate-forme arrière, nos pensées s'effilochant dans le vent. Un matin, le pickup s'arrêta dans un village poussiéreux, il y avait un drugstore-librairie-limonadier où nous entrâmes en faisant sonner nos éperons.
(C'est une image).

Tandis que je commandais la limonade, Aline partit fureter dans les rayonnages, elle chantonnait en penchant la tête pour lire les titres, elle pianotait sur l'étagère en fredonnant "Toi t'es beau, toi t'es pas beau, toi t'es pas beau, toi t'es beau" et à chaque fois que le livre était beau, elle le sortait du rayonnage et le posait à côté d'elle sur l'étagère, ils s'empilaient sagement tandis qu'Aline faisait ses emplettes. Le drugstorien-libraire-limonadier la regardait avec des yeux un peu écarquillés, alors je lui expliquai :

- elle lit les livres comme un chat joue avec une ficelle.

Il me regarda en clignant des yeux derrière ses lunettes, Aline revenait vers nous en fredonnant et posait ses beaux livres sur le comptoir.

- Comment vous appelez-vous, Mademoiselle ? demanda le libraire en la regardant.

Par la porte entrouverte, on entendait les bruits de la petite rue, une radio qui crachotait une musique de la Louisiane quelque part dans une maison, un de ces airs qui viennent de si loin qu'on a l'impression qu'ils nous appartiennent à tous, qu'ils nous concernent tous, qu'ils parlent de la seule chose importante pour nous. Je me souviens, je l'avais entendu pour la première fois il y a fort longtemps, dans un petit village nommé Oak Grove, et j'avais été saisi par une impression de douceur et de tendresse, un apaisement tout simple, le sentiment que tout ce qui est important est à portée de la main. Depuis, je l'avais entendu de temps en temps, toujours avec une petite nostalgie attendrie, il me surprenait à des moments différents, avec des états d'esprit variés, et je me souvenais des mots du vieil homme qui me l'avait joué, cet air m'accompagnait, m'apaisait et me réchauffait, comme la présence d'une personne qui me serait en même temps semblable et complémentaire...
Je regardai le libraire-limonadier-drugstore :
- On l'appelle Magnolia, répondis-je.
 
Comme on lance une bouteille à la mer.




Ceci est une citation à des fins d'illustration musicale (détails ici). Il s'agit d'un extrait, en mono, de Magnolia, par JJ Cale, sur le CD Naturally, Mercury, 1971. Le disque est en vente ici.









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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l'ordre, est
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jeudi 24 juillet 2008

Tronches de kékés

Voilà quelques étudiant(e)s que j'ai dessinés pendant des épreuves d'oraux. Ce qui est amusant, c'est qu'il y a un effet d'anamorphose : étant donné que je dessine sur une table horizontale, et que plus le temps passe, plus je m'avachis, je dessine avec un angle (mon papier n'est pas parallèle à mon corps) qui se retrouve sur les dessins. Le dessin de gauche est pris en photo face au papier, tandis que le dessin de droite est pris en respectant l'angle de vue que j'avais. Le dernier dessin ne rend vraiment pas justice à la jeune fille, qui était jolie comme un coeur.
(Non, ça n'a pas influé sur la note).

       

mercredi 23 juillet 2008

Magnolia Express - 4ème partie - # 13

Ceci est une citation à des fins d'illustration musicale (détails ici). Il s'agit d'un extrait, en mono, de If you're ever in Oklahoma, par JJ Cale, sur le CD Really, Mercury, 1972. Le disque est en vente ici.
Si tu passes un jour en Oklahoma
 
Conrad grattait le sol du pied, il nous regardait par en-dessous Aline et moi, visiblement il ne savait point par quoi commencer.

- on s'est dit ...
- (Aline) que vous aviez bien envie d'accompagner Bob Brozman ?
- ben oui et ...
- (moi) Vous voudriez faire un bout de chemin ensemble, comme des joueurs de blues aventureux, advienne que pourra ?
- ben oui, c'est à dire ...
- (Aline)... éventuellement vous occuper d'un bar ou d'une boutique de brocante d'instruments avec Bob et Eileen ? Enfin quelque chose qui tourne autour de la musique ?
- mais comment ...
- (moi) ... fait-on pour savoir tout ça ?
- ben oui, enfin ...
- (Aline et moi, souriant) ça-se-lit-sur-ton-vi-sage !
- ... ?! ... Mmmgreummm... Pfffvisagenonmaispffff...
 
Aline l'a dépêtré de là :

- Allez Conrad, fais pas cette tête-là. Je vous laisse, je vais dire au revoir à Eileen...

Nous l'avons regardée tous les deux, Conrad fronçait le sourcil en la fixant, puis en me jetant des coups d'oeil en coin.

- Qu'est-ce qu'elle a, la petite ?
- Je crois qu'elle n'a pas encore trouvé ce qu'elle cherche. Et ça n'est facile pour personne...

Conrad s'approcha de moi, m'attrapa par la nuque. Je me retrouvai face à son visage souriant, à ses yeux plantés dans les miens. Il me dit, en détachant bien ses mots :

- Un loup normalement constitué attrape sa proie une fois sur dix. Prétendrais-tu être meilleur que le loup ?

Puis il ajouta en grimaçant :

- Toi et moi, on a beau faire des efforts, on leur arrivera jamais à la cheville...

Je passai mon bras autour de ses épaules, ils allaient bientôt partir ensemble, je n'avais pas imaginé une fin comme celle-là. Ils allaient me manquer. Conrad se dégagea doucement, et se dirigea vers le petit groupe de pèlerins. Il se retourna :

- ... et quoi qu'il advienne, ajouta-t-il, bénis toujours le jour où tu l'as rencontrée...









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Le roman, dans l'ordre, est
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Caillou - Y

Je suis le pélerin sur le chemin,
Perdu, évidemment, comme tout homme limité.
Tu es le gong dans le brouillard,
La lumière derrière le papier de soie
Dans la nuit.

Kung Fu Yoda, une réflexion sur le film

Je suis allé voir Kung Fu Panda, en toute séductitude. J'ai débriefé avec mes enfants, et nous sommes arrivés aux quelques idées suivantes, pour les adeptes du Zen, les Script doctors et autres personnes qui recherchent ce qui est Caché derrière (merci Laurent Voulzy).

Donc, dans le film Kung Fu Panda :
  • Le grand maître, Oogway, est une tortue. Mais il est rapide quand il veut. Donc la carapace, c'est dans ta tête. Un parallèle évident avec maître Yoda, et sa canne, jusqu'à ce qu'il se batte avec le Comte Dokuu (je ne sais jamais le nombre de oo et de uu). Ou, pour reprendre Jean-Philippe Toussaint avec sa théorie de l'olive et de la fourchette, l'important, c'est d'attendrir l'olive doucement, patiemment, et quand vient le moment, TCHAC, le zen est là, et tu parles avec la foudre.
  • Le maître Shifu apprend à ses élèves. Mais Shifu se fait battre par Taï Lung, son élève. Et Po, son élève (à Shifu), bat Taï Lung (l'élève de Shifu), qui avait pourtant battu Shifu (son maître). La conclusion est évidente : on peut toujours apprendre de ses élèves. C'est à méditer.
  • Po n'est jamais meilleur que quand il ne réfléchit pas à ce qu'il fait. C'est une référence évidente au "No mind" du Dernier Samouraï. Donc : c'est notre cerveau qui fait des noeuds, laissons le corps s'exprimer.
  • Po est gentil, il n'est pas très intelligent, mais il est motivé. Quand il se fait tabasser / attendrir (au sens de la viande qu'on attendrit) / rejeter / brûler / attaquer, il revient, toujours. Parce qu'il est enthousiaste, il a tellement visualisé tout qu'il est heureux de faire partie de ce film. Donc : la vraie valeur, c'est l'enthousiasme. La technique est importante, on le voit bien, mais la vision reste au centre de la motivation.
Sur la technique du doigt mouché, je ne sais que penser. On n'est pas loin d'Anakin qui décapite le Comte Dooku. Je pense que c'est la signature américaine de ce film à vocation asiatique : au final, il faut que le méchant disparaisse. Cela n'est pas très Zen.

Paradoxe aphoristique à la mords-moi-le-noeud

Ranger ses papiers est une des activités les plus déprimantes que je connaisse ;
Ranger ses papiers est une des activités les plus satisfaisantes que je connaisse.
(à dire vite, et sans trop y réfléchir).

Magnolia Express - 4ème partie - # 12

Union Station
 
Nous sommes arrivés au soleil couchant, le train ne reprenait sa magie qu'à la nuit tombée, quand le silence est descendu sur le monde. Le Solitaire est venu nous rejoindre tandis que Conrad finissait de charger à nouveau nos bagages dans le taxi. Bob Brozman fredonnait doucement un air, à part ça le paysage était attentif alentour. Conrad revint vers nous, sortit un petit cigare de sa poche de poitrine, et le tendit au Solitaire.

- Merci, Solitaire, je suis content d'avoir parlé avec toi...

Le Solitaire prit le petit cigare en souriant d'un air entendu, ça oui, il comprenait la plaisanterie. Il donna une petite tape sur l'épaule de Conrad, nous fit un signe de tête, puis repartit vers sa locomotive essentielle, son grand manteau battant ses longues jambes.
Et nous ne le revîmes plus jamais.




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Le roman, dans l'ordre, est
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Cinétique du pékin - 1bis et 2bis : erratum et addendum

Visiblement, il n'y en a pas beaucoup qui prennent le métro, dans les lecteurs de ce blog. Je me suis gouréje : contrairement à mes précédents crobards, il n'y a pas UN, mais DEUXE poteaux dans les rames traditionnelles. Entre les deux poteaux, le no man's land, l'espace intersticiel abominé, mais en même temps, la sécurité car sur les 4 degrés de liberté (cf. à nouveau le Jeu de Go), deux sont protégés par les poteaux. Bref, il s'agit juste de se remémorer "Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche !"

Cela mérite donc un erratum sur les stratégies de placement, même si vous m'aviez compris :
(1) Placement en montée de rame, pour laisser s'écouler le flot de droite et de gauche ;
(1bis) Transition éventuelle par le No Man's Land, position protégée mais sensible aux traverseurs de rame ;
(2) Symétrie de (1), face au poteau, prêt à reculer ;
(3) le paradis perdu, idéalement au centre, mais par défaut sur un côté, en attendant de se rabattre, le dos bien calé, les pieds plantés en triangle isomorphe, de là vous défiez les pékins.


Voilà pour l'erratum, reste l'addendum.

Je disais, jeune fou que j'étais, que la position (9) était pour les risque-tout, étant donné qu'elle était dans le passage, donc dramatiquement sous-optimale. J'y crois toujours, mais ma prof d'espagnol (holà Magdalena !) m'a signalé que c'est un placement idéal pour une personne souhaitant s'asseoir sur une banquette : dès qu'une personne se lève, hop, la personne en (9) est la plus proche, elle n'a plus qu'à exercer son option.

lundi 21 juillet 2008

Magnolia Express - 4ème partie - # 11

Ceci est une citation à des fins d'illustration musicale (détails ici). Il s'agit d'un extrait, en mono, de Riding home, par JJ Cale, sur le CD Really, Mercury, 1972. Le disque est en vente ici.
Assis sur ce train
 
Malgré la vitesse du Fantôme, la nuit nous distança peu à peu et le soleil commença à établir ses droits sur ce train fantasmagorique. Nous voguions maintenant au milieu de champs de céréales, où de temps en temps un arbre solitaire figurait l'intrus. Quelques granges disséminées, une ou deux routes et à peine un nuage au ciel. Vers le milieu de la matinée, je secouai les dormeurs et nous sortîmes du compartiment : juste derrière, il y avait un wagon plate-forme sur laquelle on charge habituellement les moissonneuses ou les rouleaux-compresseurs. Étant le premier, j'inspectai longuement la plate-forme avant de m'avancer, des fois qu'un rouleau-compresseur camouflé s'y cacherait, prêt à bondir sur nous pour nous transformer en tortillas.
 
- La voie est libre, annonçai-je, et je sautai sur la plate-forme. Me retournant, je reçus Aline dans mes bras, puis Eileen, quant à Conrad et Bob, ils pouvaient bien se débrouiller tout seuls.
 
Installés en rond au soleil, nous commençâmes à déballer les victuailles, rien que des bonnes choses bénies par le soleil, pleines de lumière naturelle, des tomates rouges, des poivrons bien verts, craquant sous la dent, du pain blanc mousseux et léger, des tranches de jambon salé, un peu humide, du café dans un Thermos argenté, et du fromage, de la viande séchée, des fruits. Assis au soleil, à manger entre nous, sur un train qui continuait son chemin, coupant la campagne en deux jusqu'à l'horizon. Bob Brozman avait sorti une guitare métallique et sollicitait les cordes en fredonnant "Payoup Payoup" ou "Tum dee dum dum" en rythme. Peu à peu, une mélodie émergea, reprenant le rythme débonnaire du train, une mélodie qui tangue et suit le mouvement des flots, c'était la chanson du bateau de rivière.









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Le roman, dans l'ordre, est .

Sun Tzu Panda

Je sors d'une AG de société dans laquelle je suis (très) minoritaire. Il y a les AGs classiques, où le Procès-Verbal a été rédigé par avance, et ça roule, il y a quelques questions, et puis on vote les résolutions dans la foulée et c'est plié. Et puis il y a les AGs comme ce soir. J'ai envie de relire L'art de la guerre, de Sun Tzu. Notamment pour :
  • L'importance du terrain de bataille. Reconnaître les lieux avant (là, c'était impossible), choisir sa place sur le terrain (très important).
  • L'importance de l'élément de surprise. Comme dans le dernier samouraï. Montrer ce que l'on veut que l'autre voie, planquer ses renforts.
  • L'importance du temps. Laisser certaines discussions s'enliser, certains esprits brûler leurs cartouches. Garder l'oeil sur son chemin, respirer intérieurement, et quand il s'agit de s'avancer, le faire précisément, posément, poser des jalons, et ne rien lâcher. Et au besoin, frapper comme la foudre. Mais comme le dit le Dragon dans Fone Bone : "ne joue pas un as là où une paire de deux peut suffire".
  • L'importance du moral des troupes, donc l'importance des troupes. Être plusieurs, marcher de conserve, et rallier des soldats isolés. En imposer par ce côté "je sais où je vais, je ne parle pas à tort et à travers".
Mon contentement ce soir (mais tout cela n'est pas fini) est à l'aune de ma préparation, et de mes angoisses, des derniers jours.

samedi 19 juillet 2008

Magnolia Express - 4ème partie - # 10

Train fantôme (2)
 
Le Solitaire avança vers nous, on ne voyait pas ses yeux derrière les épaisses lunettes de conducteur, il était grand et souple, le visage aminci par les vents ferroviaires. Il s'arrêta à côté d'un fourgon en bois et grimpa sur le marchepied pour débloquer la porte coulissante. Il la fit glisser, sauta à bas du fourgon et me fit signe, je le suivis et empoignai avec lui la lourde passerelle en bois, l'amenai juste devant la porte béante du fourgon. Alors il fit un hochement de tête vers Conrad, en désignant l'ouverture du pouce, toujours sans un mot. Conrad partit chercher son taxi.
Il nous indiqua un wagon à côté et je chargeai nos sacs dedans : des banquettes de cuir étaient installées tout du long, et l'intérieur du compartiment était tapissé de panneaux de bois et de parements en cuivre. Tandis que je déposai les sacs sur les porte-bagages, les phares du taxi balayèrent la paroi du train, allumant des reflets dorés dans le wagon. Dehors, le Solitaire guidait Conrad par gestes. Bientôt, le taxi fût embarqué dans le fourgon et la porte refermée.
Eileen tendit un petit cigare au Solitaire, il l'accepta d'un signe de tête, le mit dans sa poche de poitrine, puis d'un coup d'oeil, nous fit signe de monter. Nous ouvrîmes les fenêtres du côté du quai, tandis qu'il repartait vers la locomotive. On entendit le train craquer, expirer un coup, puis le convoi démarra doucement, tandis que derrière les carreaux de son bureau, le guichetier nous regardait partir comme un spectre de deuxième classe, et que la nuit fuyait avec nous.



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vendredi 18 juillet 2008

Laisser-allers

Paradoxalement, je me positionne en défenseur de la langue française, assez tatillon, et je me surprends à utiliser des expressions prohibées. Dans ma tête, il y a des choses permises et d'autres pas. La distinction est subtile pour un oeil extérieur, je suppose. Ainsi,
  • Je dis "en revanche" au lieu de "par contre", car Littré réserve ce dernier usage au vocabulaire commercial.
  • Tout en étant conscient que j'utilise "en revanche" là où souvent, je devrais dire plutôt "par opposition" ou "néanmoins".
  • J'ai une sainte horreur des anglicismes, parce que je trouve qu'il existe souvent un terme français équivalent. Et pourtant, par facilité, j'use de "je vais revenir vers vous" et je parle de "délivrable", tout simplement parce que "résultat à livrer" ne me paraît pas satisfaisant. Ne parlons pas des cash-flows, qu'on peut légitimement considérer comme faisant désormais partie du jargon toléré.
  • Là où cela m'amuse, c'est d'avoir une position plus rigide que celle de l'académie française. Eux ont viré leur cuti - à raison, semble-t-il - et tolèrent désormais qu'on écrive évènement avec un accent aigu puis un accent grave, là où je restais cantonné à mes deux accents aigus (merci à Ulysse pour ce lien que j'ai trouvé sur son blog).
  • En revanche (bien employé ici), je suis assez content de mon "au temps pour moi", qui a la faveur - certes très légère - de l'académie.
Il faudrait peut-être que je consulte autre chose que mon Littré de 1772, j'apprendrais à parler djeune.

jeudi 17 juillet 2008

Magnolia Express - 4ème partie - # 9

Ceci est une citation à des fins d'illustration musicale (détails ici). Il s'agit d'un extrait, en mono, de Ghost Train, par Spencer Bohren, sur le CD Full Moon, Virgin, 1992. Le disque est en vente ici.
Train Fantôme
 
Ce ne fut d'abord qu'un changement d'air dans la nuit, les grillons continuaient à crisser méthodiquement, au loin on entendait un chien rêveur qui aboyait. Puis les herbes folles commencèrent à chuinter doucement, la façade de la gare, les rails polis se mirent à bruire doucement sous la lune, les grillons s'arrêtèrent de crisser peu à peu, méthodiquement. Nous nous penchions à tour de rôle, scrutant la nuit dans la nuit, espérant un phare là-bas à l'est, tandis que le chuintement devenait murmure, le murmure évoluait en frôlement, un bruit de feuillage sur un toit, puis le souffle de l'océan, cela s'approchait et enflait comme une vague, et toujours rien, pas le moindre signe sur l'horizon violet. Dans l'aurore qui bleuissait le ciel, nous entendîmes alors une corne de brume, l'appel rauque d'un loup solitaire, comme un message pour les vivants et les morts, un message qui répéterait "Je suis le Fantôme, je fuis le soleil, j'arrive, je suis le Fantôme", répété à l'infini par le rythme des roues d'acier. Il n'y avait pas de phare, pas de lumières : c'était une masse sombre sur la nuit, un vaisseau charbonneux qui approchait sans contours clairs. Les rails cliquetaient, claquaient, et la façade de la gare renvoyait ces bruits métalliques en écho à la campagne environnante. On aurait dit des nains forgerons qui frappent en cadence le métal au sein d'une montagne solitaire, façonnant un métal maudit aux reflets bleutés.
Nous vîmes enfin le train. Il grossissait, s'approchait en crachant une fumée épaisse, et sa corne lugubre lâcha encore un avertissement qui fit trembler les vitres de la petite gare. Il y eut un crissement de métal, et des étincelles jaillirent le long des flancs du monstre tandis que les roues d'acier s'immobilisaient. Il glissa encore sur une dizaine de mètres, s'immobilisant enfin le long du quai dans un crachement de fumées lourdes comme du plomb. Le soleil n'était pas encore levé et nous restions immobiles, face à cette machine qui expirait puissamment dans la nuit.
A l'avant, du côté de la locomotive, une silhouette sortit de la brume, un homme vêtu d'un grand manteau noir, des lunettes de conducteur sur son visage de suie.









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mercredi 16 juillet 2008

Cinétique du pékin - 3

J'ai déjà écrit sur la cinétique du pékin, et je vais continuer. Mais la vie est courte, et je ne fais pas tout ce que je voudrais. Mes idées sur la cinétique du pékin sont notées dans un petit carnet noir, j'en livre ici quelques extraits :
  • Il y a la cinétique, et il y a la statique. Ce que j'ai publié (2 thibillets), par référence au jeu de go, concerne la statique. Les thibillets suivants concerneront la cinétique, qui prendra pour référence la mécanique des fluides, ou la cinétique des gaz
  • Dans la cinétique proprement dite, la mécanique des fluides (visqueux ou pas) gagne en profondeur quand on rajoute de la sociologie. Autant une particule n'obéit qu'à la mécanique des fluides (et encore), autant un individu obéit à cette même mécanique, mâtinée d'une conscience sociale, qui interagit avec le phénomène. En résumé pédagogique, pour les neuneus du dernier rang : un individu dans une foule se meut un peu différemment d'une molécule dans un gaz, car il a une psychologie (ce que n'a pas une molécule).
  • J'en ai déduit quelques observations, qui feront l'objet de quelques thibillets, nous en reparlerons.

Magnolia Express - 4ème partie - # 8

Cailloux blancs
 
Le guichetier nous regardait alternativement, Conrad et moi, l'air incrédule.

- Vous voulez prendre un train à partir d'ici ?
- Oui, a répondu Conrad, c'est ce que je fais habituellement dans une gare.
- et ... vous voulez embarquer votre taxi sur le train ?
- C'est bien une gare, non ?! Et il passe bien des trains par cette gare, non ?! Et sur ces trains, on peut embarquer des taxis, non ?! a grincé Conrad.
- ... ben, techniquement parlant, c'est une gare, vous avez raison ...

Conrad se tourna vers moi en faisant "Aaaaah, tu vois, petit, Monsieur est compétent, on est sauvés".

- ... mais il n'y a qu'un train qui peut faire ça, je veux dire, il n'y a qu'un train qui s'arrête ici : c'est le Fantôme.
- C'est bon, a dit Conrad.
- Il passe ici juste avant l'aube, et après ça, il ne s'arrête plus pendant cinq cents miles ...
- Ça nous va, on vous dit, vous pouvez l'emballer.
- ... mais bon, c'est un peu spécial ...
 
Conrad l'a regardé d'un œil mauvais, a enfoncé sa casquette sur ses yeux. Le guichetier m'a jeté un coup d’œil éperdu, ses yeux clignotaient S.O.S. en morse, il m'appelait à l'aide, c'était manifeste.
Je souris, il me rendit mon sourire avec un rictus un peu nerveux, et je lui demandais gentiment :

- Les toilettes, c'est par où ?
- ... (... !) ... au fond à droite ...

Il m'a lancé un dernier regard suppliant tandis que je m'éloignais. Avant de quitter la salle, je vis Conrad qui s'était penché en avant, les doigts tambourinant un petit rythme sec sur le comptoir, les yeux dans les yeux avec le guichetier qui parlait nerveusement.

Comme je n'avais rien, mais alors rien à faire du tout aux toilettes, je sortis et m'assis sur les marchés en bois usé. Pourquoi donc avoir abandonné ce guichetier clignotant à la vindicte d'un Conrad grognon ? Pourquoi n'avoir point volé à son secours, afin qu'il me remerciât désormais chaque soir, en faisant sa prière au pied de son lit ? Parce que c'était pour son bien, la vie est faite de petits cailloux blancs que l'on se prend sur le nez, et je n'y peux rien.




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mardi 15 juillet 2008

Magnolia Express - 4ème partie - # 7

Grande pensée (5)
 
Par moments, de façon fugace, je me dis qu'on ne peut pas vivre avec autant d'insouciance que moi, et que les esprits chagrins, les fâcheux m'auront un jour au tournant. Je les vois arriver, traînant le fardeau de leurs défaites à venir, rien ne va, ils passent à côté de la vie, de toute façon, pour eux, c'est pas une vie, je les vois arriver avec émerveillement tant ils se démènent pour se compliquer, s'assombrir, se déliter, tandis que mon œil voltige par-dessus leur épaule, à l'affût d'un rayon de soleil sur les nuages. Ils m'expliquent pesamment qu'on ne peut pas vivre comme cela, qu'il faut être responsable et sourcilleux, alors je prends l'air sourcilleux pour une minute, hochant gravement la tête tout en pensant aux truites arc-en-ciel qu'on peut pêcher à la mouche, ou bien je me demande si le miel sera bon cette année, et quand je relève la tête, les fâcheux ont disparu dans une odeur de soufre, ou bien ils sont encore là à me regarder de leurs yeux globuleux, interrogateurs, si désireux de me convaincre.
Et j'essaie d'apaiser leurs angoisses en leur promettant que désormais, je sourirai moins, et ils s'en vont (un peu) rassérénés. C'est comme cela que je conçois mon rôle : aider ceux qui sont plus démunis que moi.




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mercredi 9 juillet 2008

Magnolia Express - 4ème partie - # 6

Grande pensée (4)
 
Il y a fort longtemps, j'ai décidé d'être un témoin. Aujourd'hui chacun veut être acteur, c'est la course pour briller plus que les autres, mais il n'y a plus vraiment de place sur scène, et il n'y a plus de spectateurs, ça déséquilibre tout, le monde n'est plus qu'un concert discordant de voix isolées. Quand j'ai décidé d'être témoin, c'était pour leur donner quelqu'un qui les écoute (ils en avaient tellement besoin), je voulais être le dernier spectateur.
Mais c'était aussi pour que quelqu'un se souvienne. C'est comme cela que je vois ma mission : je me souviens.




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Batana - Arnaude

Arnaude : n. f. Quand tu es bien, vraiment bien, le temps s'écoule mais tu ne regardes pas ta montre, et puis arrive le Réel, inopiné, même pas crédible, et avant même de t'en rendre compte, tu te retrouve seul, avec un grand vide triste.
Autre version : le moment où l'après-midi bien entamée transforme les façades en happy hours, le moment où tu ne comptes plus les additions empilées, et où surgit le pénible, au milieu d'un concert de klaxons et de moteurs.
Encore un essai : avant l'Arnaude, tu croyais que tu pouvais prendre cet espace de liberté, et tu le méritais, et tu en profitais. Après l'Arnaude, les choix sont individuels, les grandes idées ne peuvent rien contre la tyrannie du quotidien, alors tu rentres.
Par extension : tout ce qui te bloque, et te ramène méchamment, sans volonté de te comprendre, à ta vie et à tes choix (ou l'absence d'iceux).
En bref : la batana par excellence, la méta-batana, l'hydre.

Rappel : les batanas et les ubuntus passé(e)s sont . Et la genèse, toujours utile aux nouveaux/zelles venu(ze)s est .

mardi 8 juillet 2008

Magnolia Express - 4ème partie - # 5

Grande pensée (3)
 
J'aimerais tourner un film (ou écrire une histoire ou composer des chansons) où rien ne serait un problème : il n'y aurait pas de tristesse, pas de drame, juste des doutes, parce que le doute est moteur. Il n'y aurait pas de problème qui ne soit pas résolvable pour peu qu'on y mette un peu de bonne volonté, un peu d'amour des autres, un peu d'empathie. Je ne veux pas dire que je rêve à un monde futile, ou un monde idéal. Je souhaiterais démontrer, à travers un film (ou une histoire ou des chansons), que ce monde n'est pas si irréel que ça, et que nos vies sont essentiellement jalonnées de problèmes mineurs. Ces problèmes mineurs, il faut savoir les identifier, puis les regarder en face et leur dire "Non mon gars, tu ne m'inquiètes pas vraiment, tu n'es qu'un problème mineur" et le problème s'en irait tout penaud et voilà pour lui.
Bien sûr, il y a aussi, plus rarement qu'on ne le croit, des problèmes majeurs. Ceux-là, on ne peut pas les supprimer, de toute façon ils font partie de ce processus d'amélioration continue qu'on appelle nos vies, et c'est ainsi qu'il faut les accueillir.
Le titre du film ? Boh, c'est un problème mineur... On pourrait l'appeler "Réservoirs de bonheur", ou bien "Nous sommes tous des lacs de montagne", ou encore "Ne te casse pas la tête, Vieux".




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Le roman, dans l'ordre, est
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Caillou - Blanche

Elle monte l'escalier devant moi
J'aime bien ses fesses rondouillardes.

lundi 7 juillet 2008

Magnolia Express - 4ème partie - # 4

Grande pensée (2)
 
Pendant longtemps, je me suis cherché des symboles que je pourrais dessiner sur les murs, des héros dont je pourrais m'inspirer. J'y trouvais les justifications de mes actes passés, je découvrais (toujours après coup) que j'étais fataliste, ou hédoniste, ou stoïque, ou bouddhiste-zen-du-petit-véhicule, ou n'importe quelle étiquette pour peu qu'elle sonne bien. Aujourd'hui, j'ai trouvé mon école philosophique, mon karma à moi : je fais partie des gratteurs de tête. Et pas n'importe quelle tête, non les amis, la mienne. A chaque fois que l'on souhaite ardemment, passionnément, me convaincre, à chaque fois qu'on m'explique que ce monde est injuste ou mal fait, ou effroyable, et que c'était mieux avant, alors je baisse les yeux et je me gratte le sommet du crâne, et je dis "ben oui, ben oui" tout en pensant ben non ben non, ou bien je me dis que je n'en sais rien, j'admire la citerne d'incertitude que je représente. Je n'essaie pas de changer le monde, non, ça n'est pas pour moi, il y a des gens qui se font élire pour changer le monde, j'essaie juste de me dire que l'âge d'or n'est pas derrière nous, c'est maintenant.




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Gold nugget

Comme un orpailleur, je passe mes e-mails au tamis. Au lieu d'aller courir, je remonte le flot des mails. Ce week-end, j'ai acheté un CD rom de dactylo, je vise à être le Jimi Hendrix du clavier.

samedi 5 juillet 2008

Magnolia Express - 4ème partie - # 3

Grande pensée (1)
 
L'homme n'a pas encore assez évolué. Aujourd'hui, dans nos villes, l'homme ne sait plus qui il est : de temps en temps, il est piéton, et maudit les voitures ; en d'autres temps, il est automobiliste, et maudit les piétons. Sans s'en rendre compte, l'homme souffre de cette double identité. En vérité, je vous le dis, il viendra un temps où tous les hommes seront des piétons, et tous les conducteurs de taxi seront bénis, et représenteront une caste à part. C'est comme cela que je vois ma mission : je contribue à améliorer le genre humain. Par le petit bout.




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jeudi 3 juillet 2008

Magnolia Express - 4ème partie - # 2

Ceci est une citation à des fins d'illustration musicale (détails ici). Il s'agit d'un extrait, en mono, de Tamalpais High (at about 3), par David Crosby, sur le CD If I could only remember my name, Atco, 1991 (sortie initiale 1971). Le disque est en vente ici.
Hauteurs du Tamalpais, 3h du matin
 
La montée était sinueuse, à peine éclairée par un croissant de lune, on avait l'impression de n'en pas finir et qu'après le sommet, le taxi continuerait à monter dans la nuit. Mais après un dernier virage, les phares du taxi débouchèrent sur une étendue de gravier. Conrad laissa glisser sur quelques mètres, coupa le contact, les phares, puis nous descendîmes. On devinait les arbres qui entouraient cette clairière abandonnée, la nuit était sans nuages. Levant les yeux, nous vîmes un tapis d'étoiles, comme si une multitude de tigres nous fixait dans le noir.
Lumineux et féroces.
Inaccessibles et calmes.
 
Conrad s'était dirigé vers ce qui semblait être une trouée dans les buissons, un début de sentier. Nous nous faufilâmes à la queue leu leu, environnés de feuillage chuintant, de feuilles luisant sous la lune comme des lames d'acier, et tous ces petits bruits (criquets craquement lapins lupin lutins) qui forment la rumeur de la nuit, auxquels se mêlaient nos pas furtifs, débonnaires, sensibles, amoureux.
Une ouverture dans les buissons nous révéla la baie tout en bas. Les lumières tremblotaient dans l'air nocturne, on voyait un phare qui clignotait tendrement au loin. Conrad s'arrêta, je sentais les ombres des pèlerins à côté de moi.

- C'est le moment d'avoir de grandes pensées. C'est le moment de pardonner au monde, dit Conrad.









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Tous ces thibillets perdus

J'ai depuis plus d'une semaine des dessins que je voudrais mettre en ligne. Mais il faut que je branche le scanner, ou que je les prenne en photo numérique puis que je récupère les fichiers, les retraite, les réduise, pfouhh.
Magnolia, c'est pareil. Les illustrations musicales demandent du temps, ce qui nuit à la spontanéité du truc.
Sans parler de tout ce que je note dans mes Carnets Noirs, et que je publierai... quand j'aurai rédigé.
Je trouve ça frustrant. Je n'ai pas de solution, mais c'est vrai qu'une tablette graphique avec scanner intégré et logiciel de dictée vocale, ça commencerait à ressembler à un environnement agréable.
Donc, nième idée de startup : après les portables ultramobiles, faire des stations de blog. Un truc tout en un qui permette de publier photos, dessins, textes, avec le minimum d'effort. Un dictaphone cyber, quoi. Une idée, un billet.
On peut rêver...

I lost my faith

Cet après-midi (oui, c'est comme météore, cela accepte le genre masculin ou féminin), vers 16h , j'ai perdu la foi. Ce que j'enseignais était nul, et était enseigné de manière nulle. J'en étais désolé pour mon public. Ce soir, vers 19h50, après une bière et un Long Island Iced Tea, je me suis retrouvé.
Cocon, Chrysalide, Papillon, je n'en suis pas encore à déployer mes ailes, mais j'ai vu l'ouverture du cocon.
Je fais un métier d'artiste, je suis la version très modeste, très humble, d'une artiste comme Fabienne Verdier.
A des éons de distance, je parcours un chemin parallèle : arriver à transmettre quelque chose.
Et le groupe que j'avais aujourd'hui le méritait. Je veux dire, il y a des fois, je fais mon métier, mais je ne suis pas sûr d'être utile, je délivre la performance attendue, celle qui était inscrite au cahier des charges. C'est rare, mais ça arrive, c'est comme le chirurgien qui essaie de ne pas s'impliquer émotionnellement, sinon cela va perturber ses gestes.
Mais il y a d'autres fois, je sens qu'il faut que je fasse un effort particulier, tout simplement. Une manière de se réinventer, pour être meilleur.
Et évidemment, il n'y a pas de limite. Montrez-moi une personne qui dit "j'ai atteint le top de mon art" et je rigolerai. Ou, plus souvent, j'aurai pitié.

mercredi 2 juillet 2008

Magnolia Express - 4ème partie - # 1

Quelque part au sud
 
J'achevai de mettre nos affaires dans le taxi quand Conrad est venu me voir :

- Alors, petit, on va où ?

Je refermai le coffre, et regardai par la lunette arrière. Vieux Bill et Conrad avaient fait un travail de chirurgiens, le taxi était à nouveau flambant neuf, et près du tableau de bord, je voyais le compteur qui était toujours en marche.
Je me redressai, fixai Conrad avec une moue d'impuissance. Je ne savais pas si c'était une bonne idée de rebrousser chemin, de parcourir à nouveau le même trajet, et j'avais un sentiment d'échec, nous n'avions pas trouvé. J'allais lui dire ça quand je vis Bob Brozman qui se faisait déposer par une camionnette sur la route. Il s'avança vers nous portant trois étuis sombres et un sac, et dit :

- Vieux Bill m'a prévenu que vous partiez aujourd'hui. J'ai décidé d'avoir la bougeotte : il paraît qu'on ne déteste pas ce genre de musique vers le sud. Alors si c'est sur votre route ...

Conrad et moi échangeâmes un regard, puis nous répondîmes que par un coup de chance, une coïncidence étonnante, oui, c'était sur notre route.

- La vie est bien faite, constata Bob en souriant, tandis que nous hochions la tête.

Vieux Bill nous avait offert une machine à écrire antique, ainsi qu'un bracelet indien pour Eileen et une pipe en écume de mer pour Conrad. Nous partîmes donc à cinq vers le sud, un peu plus chargés, un peu plus légers, ça dépendait.




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Le scoop, la joie, et aussi la gravité

Merci à Yog, grâce à lui, j'apprends la nouvelle.
Je me permets de paraphraser John Donne : "chaque vie humaine emprisonnée me diminue".
Je me réjouis donc de la libération d'Ingrid Betancourt (et j'assume mes écrits historiques, j'évolue tous les jours).
Je voudrais juste dire, en psycho-historicien que je rêverais d'être (pour ceux qui ne comprennent pas, ça fait référence à une oeuvre d'Isaac Asimov, appelée Fondation) :
  • cela va commencer par un relai d'information dans la blogosphère
  • puis il va y avoir un grand enthousiasme populaire
  • assorti d'une tentative de tirer la couverture à soi : qui a contribué, et de quelle manière, et depuis combien de temps, à cette libération
  • mais nous sommes en France, donc il va y avoir des réactions du genre "mais non pas du tout, c'est un argument électoral !"
  • Pendant ce temps, le sort d'autres otages, et la tyrannie des grands nombres, feront que l'on se rejouira de la libération de 15 personnes, mais qu'on oubliera les massacres de 70 000 personnes, qui sont moins médiatiques.
Je reviens au début de ce thibillet : je me réjouis de cette libération.
Mais nous sommes tous, de manière bien moins cruelle, mais plus permanente, prisonniers des médias.
Qui a dit que la télévision était l'opium du peuple ? (troll on, en langage de geek)