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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

samedi 31 mai 2008

Idée de startup # 25

Dans les années 70 existait le Reader's Digest : comment lire en résumé les livres qu'on n'avait pas lus, pour parler comme si on avait lu les livres qu'on avait pas lus (sauf le résumé).
Depuis des années, j'ai envie de mettre en diapositives (n'hésitez pas à utiliser le sémillant Open Office Impress) les livres que je lis, tout simplement parce que c'est une manière alternative de prendre des notes, et qu'on ne va se fader 300 pages à nouveau pour se rafraîchir les pensées.
Normalement, ça devrait être réservé aux manuels, genre Comment réussir une négociation ou Mincir sur mesure ou encore Getting Things Done. Mais ce concept ne sert à rien s'il n'est pas applicable à tout. Par exemple, résumer La consolante (Anna Gavalda) en 10 diapos.
Je ne dis pas que c'est utile, je dis que c'est une contrainte amusante, façon Oulipo.

vendredi 30 mai 2008

Céramique réfractaire

Quand on descend du métro, quelques personnes partent dans la mauvaise direction, il n'y a pas de sortie de ce côté-là, alors elles font demi-tour. C'est leur droit, j'aime bien cet arbitraire, les usagers habitués connaissent par coeur la disposition de la station et millimétrent leurs déplacements, et les autres, les explorateurs, tentent le coup à pile ou face, ah crotte, mauvaise direction. Mais je suis toujours un peu frustré quand je les vois faire demi-tour. J'aimerais que quelqu'un, un jour, continue vers le mur, d'un pas normal, et le traverse, comme ça. Il y a tellement de vide dans la matière, j'aimerais bien que quelqu'un fasse cet effort.

jeudi 29 mai 2008

Novela - Qua Sono (5/5)

Je revis Nessu plusieurs fois. Il vivait seul. Son appartement était tout petit, impeccable. Sa vie était toute intérieure, et je cherchais le moyen de rentrer dans cette histoire, de comprendre cette vie. La plupart du temps, nous buvions en silence, je prenais des notes ou je travaillais sur mon ordinateur tandis que Nessu bricolait. Un jour il me dit « Vous voyez, ce clou. Il est tordu, il est rouillé, mais il est digne d'estime. Je peux en faire quelque chose. Il a sa place. Â»
Il le redressa avec quelques coups de marteau soigneux, puis il sortit du papier de verre, et l'affûta jusqu'à ce qu'il brille comme un clou neuf. Tout ça comme s'il n'avait pas pu se payer un boisseau de clous, ceux-là mêmes qui se vendaient pour rien dans la boutique d'en face.
Et Nessu me dit :
- C'est difficile de trouver sa place. Moi même, j'ai pris du temps pour me retrouver.
- Vous voulez dire, après que vous avez quitté votre poste de directeur ?
- Oui. Je me suis perdu pendant des mois, d'abord à vouloir faire la même chose, puis à vouloir tout changer. Je cherchais un travail, et puis je finissais dans des bars, chaque soir. Je n'ai plus beaucoup de souvenirs de cette période. Je me suis retrouvé un matin, englué de sang, dans une ruelle détrempée, sans mon portefeuille. J'ai marché dans la brume, c'était l'aube. J'aurais voulu en finir, et l'eau sombre du port m'appelait, il n'y avait que les mouettes et moi, et mon angoisse, je souffrais comme un damné. Mais l'eau du port était huileuse, grasse, sale. Je préférais encore marcher. Je suis arrivé à l'usine, une poignée de miséreux était devant la porte, je savais que c'était les temporaires, les immigrés, ceux qui n'ont plus rien qu'un caleçon sale et des doigts noueux. Je me suis mis dans la file, comme une bravade, en me disant qu'on allait me reconnaître, et que l'on me jetterait dehors. Mais il était encore tôt, le temps a passé dans la file, un pauvre m'a offert une cigarette, et la porte de fer s'est finalement ouverte. Le soleil était invisible dans la brume, le matin était froid. Personne ne m'a posé de question. J'ai pris un tablier, un couteau, et la cargaison est arrivée. J'ai fait mes huit heures et j'ai touché quelques billets.
- Et alors ?
- J'ai donné tout l'argent. J'en ai donné à l'homme qui m'avait passé une cigarette. Et à la femme seule. Et au vieux dont la main tremblait. Et au gros porc qui faisait des blagues racistes. J'ai tout donné. Je suis parti dans le soleil, avec mes vêtements qui sentaient le poisson, sans rien en poche, et sans rien dans le ventre. Et je suis revenu le lendemain matin. Et le jour d'après. Avec ma souffrance. Je voulais mourir sur place, je voulais démontrer à tous que j'allais mourir dans la souffrance. Mais personne ne me voyait, parce que tous avaient leurs soucis. J'ai continué.
- Vous vouliez quoi, exactement ? être reconnu comme un  martyr, par ceux-là même que vous aviez pressurés ?

Il resta un moment à réfléchir. Il souriait. Je l'avais touché au point sensible, mais il ne se fâchait pas, il souriait.

- C'est probablement à ce moment que j'ai senti quelle était ma place. Toutes les nuits, je me retournais sur mon lit de misère, je rôtissais sur les flammes de l'enfer, et toujours, l'étoile noire me regardait et se moquait de moi. Je n'étais rien, et elle riait de me voir me tordre dans la souffrance. Et puis un matin, dans la file d'attente devant la porte de fer, j'ai compris. J'avais trouvé ma place. Et je me suis employé, depuis, à honorer cette place.
- Attendez, vous allez me faire le coup de la rédemption christique, vous avez eu une illumination ?

Je ne peux pas décrire son regard à ce moment-là. Il n'était pas moqueur, ni péremptoire. Je ne saurais dire ce que ce regard signifiait. Mais je me suis senti rougir, avec mon magnétophone numérique, mon téléphone portable, et mon reflex digital.
J'ai posé mon sac, je me suis assis, il a rempli mon verre. Quand nous avons trinqué, j'aurais pu pleurer.

Voici maintenant la fin de cette histoire. Je continue à voir Nessu. Il est ignoré, il est seul, mais beaucoup de personnes viennent le voir. Il ne leur dit rien, ou bien il leur tient la main, son écoute est inépuisable.
Je lui ai offert un stylo-plume, en lui disant que les mots sont une manière d'exprimer les choses. J'ai ajouté, en plaisantant, que le stylo peut être rempli aussi avec de l'encre de seiche.
Depuis, une fois par an, il m'envoie un petit dessin traçé à l'encre. Jamais plus de cinq traits, souvent moins. Et l'encre sent l'odeur de la mer.
Je reviens parfois le voir, quand je me sens seul, ou triste. Il a commencé à m'expliquer comment découper un poisson.
Je me sens revivre.





Dédié à Laurent C. et Sardar H. - 29-05-08


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Cette nouvelle, comme tout sur ce blog, est publiée sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

La nouvelle, dans l'ordre, est là : 1/5 2/5 3/5 4/5 5/5.

Caillou - Saint Sébastien

Mes neurones qui s'agitent
Sans répit
Cercle supraconducteur,
Anneau électrique
Souvent une couronne d'épines
Parfois une auréole
Mais toujours une Passion.

lundi 26 mai 2008

Magnolia Express - 3ème Partie - # 25

Et ta peine sera lavée dans les eaux d'un fleuve boueux
 
La route du retour était toute longiligne, Eileen menait le vaisseau sereinement (comme elle avait mené les courses sereinement, me laissant le rôle du porteur) et le vent transformait ses cheveux en drapeau, en étoffe ondulante, illustrant sa liberté d'aventurière qui ne se laisse peigner par personne, sinon par le vent issu des montagnes rocheuses. Le soleil était haut dans le ciel, la route tremblotait sous la chaleur, Eileen me parlait sans que j'entende rien, le vent du large me sifflait aux oreilles, entrait dans l'habitacle, tourbillonnait, bourdonnait et Eileen chantonnait et je n'entendais rien, sinon le sifflement soutenu du vent dans mes oreilles.
Le vent qui me prouvait que nous étions en mouvement, petite tache jaune qui filait sur une route toute droite. Vivants quoi.
 
Nous arrivâmes, Eileen gara le taxi, l'air retombait autour de nous, le silence probablement aussi, mais je n'entendais rien, simplement "Pschhhhhh" dans mes oreilles, j'avais encore du vent sous le crâne et il cherchait la sortie, chuintait comme du satin qui glisse ou comme une assemblée d'abeilles en train de prier.
Aline venait vers nous, vers moi, elle parlait, je n'entendais rien, je voyais juste son visage, j'essayais de deviner si elle était soucieuse, rieuse, anxieuse, lucide, calme, chagrinée, légère. Elle leva les sourcils, comprit que je n'avais rien entendu, et recommença à parler, toujours avec cet air indéfinissable :

- (Pschhhhh)
- Je n'entends point, dis-je (pourtant, j'entendais bien ma voix. Mais de l'intérieur, par résonance intime). Et pour accompagner mon propos, je montrai mon oreille.
- (Pschhhhh) ...ou... (Pschhhhh) ...rouana... (Pschhhhh)
- Hein, comment, quoi ? disais-je distraitement, tout en sortant la machine à écrire du taxi (ne sachant où la mettre, je l'avais emportée pour faire les courses).
- Nous n'irons pas à Tijuana, dit Aline.





Fin de la troisième partie.



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Le roman, dans l'ordre, est
là.

Mini-Ubuntus

Chachouchiner : v.i. Recevoir une lettre qui a été postée à Conches-En-Ouche. Ou Pournay-La-Chétive. Ou Bouze-Les-Beaune.

Sproumer : v.i. Recevoir un ouvrage de grands pontes, dédicacé par lesdits, qui disent "à Christophe Thibierge, à qui nous avons emprunté sa magistrale démonstration (p. 36)" et retrouver (p. 36) sa jeunesse.

Rappel : la genèse des Batanas et Ubuntus se trouve là.

vendredi 23 mai 2008

Ubuntu - Réplumer

Réplumer (forme désuète : péplumer) : v.i. Apprendre quelques jours avant que tel rendez-vous gonflant a été annulé par le gonfleur. Que la réunion n'aura finalement pas lieu. Que tel cours pénible est supprimé. Contempler ce vide qui apparaît dans l'agenda, et sabler mentalement le champagne.
Par extension : passer quelques jours seul, tout seul.

Magnolia Express - 3ème Partie - # 24

Gloire à nos courageux pilotes
 
Ma machine toujours sur les bras, j'allai voir du côté de chez Conrad et Eileen. Vieux Bill avait vaguement idée de l'endroit où il pourrait trouver un pare-brise, mais c'était dans un coin reculé du parc, et pour y accéder il fallait soulever au moins deux tonnes de ferrailles. Conrad y avait travaillé depuis quelques jours avec Vieux Bill, et il restait encore une bonne pile à déblayer. Quand je tournai au coin de l'allée, Vieux Bill était en haut d'une pile et guidait Conrad qui attrapait les ferrailles avec une petite grue.
 
Eileen était en train de venir vers moi. Elle me dit :

- Je vais acheter quelques victuailles, vous voulez venir ?

J'hésitai un moment.

- Aline est occupée. Je vais venir.

Eileen répondit Mmmm tout en marchant, elle avait sa liste de commissions en tête, et n'écoutait pas vraiment, elle était toute à ses préoccupations alimentaires. C'était bien.
Nous arrivâmes au taxi, et j'eus une sorte de doute, dont je fis part à Eileen :

- Hey ...
- Mmmm ?
- Il n'y a plus de pare-brise au taxi...
 
Elle s'arrêta, me regarda, elle avait l'air de me découvrir. Puis elle me sourit, et me dit qu'elle aussi l'avait remarqué, et qu'elle contrôlait la situation. Je m'installai donc sur le siège du passager, claquai la portière, levai les yeux : pas de doute, on voyait bien le capot, la route là-bas, et à moins de rouler à 10 miles à l'heure, nous allions pleurer comme des crocodiles enfumés dans une valise. Je m'abandonnai au désespoir : Eileen venait de s'asseoir, comment lui annoncer la Réalité, comment lui annoncer que ce monde cruel ne pardonnait rien à ceux qui n'avaient point de pare-brise ?

Je me lançai :

- Eileen, avant que tu démarres, il faut que je te parle ...
- Bien, dit-elle, mais que cela ne t'empêche point de mettre tes lunettes.

Je me tournai vers elle : elle avait revêtu des lunettes d'aviateur, ces lunettes de verre-cuir-acier que portent tous les aviateurs de légende, et elle m'en tendait une paire. Je les revêtis : j'avais désormais un pare-brise personnel. On pouvait y aller.

- Alors ? me demande Eileen
- On peut y aller, dis-je. Le monde a eu pitié.



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Le roman, dans l'ordre, est
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Citation - À quoi tu penses ?

Mon éditeuse, qui n'a pas daigné venir me voir hier alors que je sortais de 30h de cours en 4 jours (futile excuse de problème de Vélib' un jour de grève, pfff, tous des feignasses dans l'édition) m'a offert un livre pour cabinets. Mais je l'ai lu dans le métro. Un de ces bréviaires façon "les miscellanées de Mr. Schott" ou "Je me souviens" de Perec. Ici, il s'agit de 1 000 réponses à la question "À quoi tu penses ?". Réponses personnelles, absurdes, énervées, autobiographiques, obsessionnelles, humaines, traits de génie du langage, délires.

Si je ne devais en citer qu'une parmi mes favorites :
À quoi tu penses ?
Je pense que Dieu n'a jamais eu le temps de finir complètement l'ornithorynque, parce qu'il lui manque des ailes et une hélice.
Hervé le Tellier, Les amnésiques n'ont rien vécu d'inoubliable, Le Castor Astral, p. 47.
Livre indisponible sur Amazon (edit : si, il y est, mais - honte à moi - j'écrivais Le Tellier sans L majuscule..), qui propose tout de même aussi l'Encyclopaedia inutilis, du même auteur, ainsi que les Sonates de bar, que j'avais bien aimées (tu m'étonnes...)

mercredi 21 mai 2008

Magnolia Express - 3ème Partie - # 23

Ça marche (?)
 
Au fil des réparations, j'avais acquis un petit coup de main, j'y arrivais désormais assez rapidement. D'ailleurs, ça amusait aussi Aline, elle cherchait des variations sur la-phrase-contenant-les-vingt-six-lettres-de-l'alphabet. J'arrivai avec la dernière machine alors qu'Aline testait encore la précédente.

- Tu n'as pas fini ?
- ... Non, dit-elle sans relever la tête.

J'attendis un moment, debout à tenir la dernière machine, tandis qu'Aline tapait régulièrement, allait à la ligne (gling !), puis continuait à taper, retournait à la ligne (gling), puis un nouveau gling, et encore gling ... et gling encore ...

- Tu n'as pas tapé les 26 lettres ?
- Si, dit-elle, les yeux fixés sur son papier.

J'hésitai. Pour la première fois depuis que nous nous connaissions, j'avais l'impression de la gêner, debout sur le seuil de cette porte, une machine sur les bras. J'essayai malgré tout :

- Alors la machine est testée, tu peux ...
- Non, pas encore, dit-elle.

Je me tus.

- Je n'ai pas fini, dit-elle.
 
Quand tu ne comprends pas, inutile de t'échiner. Marche un peu sous la nuit, essaie juste de mettre un pied devant l'autre. Je quittai la cabane, et tandis que je m'éloignai, le tic-tic-tic de sa machine me suivait m'enveloppait m'inquiétait.



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Caillou - Matin

Les hirondelles
Laveurs de carreaux du ciel
Tsui tsui !

mardi 20 mai 2008

Magnolia Express - 3ème Partie - # 22

Âmes en peine
 
Je détournai les yeux vers Aline, je surpris le regard qu'elle fixait sur Bob, sans pouvoir y lire quoi que ce soit. C'est difficile à expliquer, mais ce regard était annonciateur de changements, plus encore que la douce rêverie qu'elle avait eue et qui nous avait lancés dans cette épopée.
Pourquoi allions-nous là-bas ? Pour trouver un livre hypothétique ? Ce soir, je vis qu'Aline changeait doucement, je ne pouvais rien faire pour l'empêcher, je ne savais même pas ce que cela devait signifier.

Vieux Bill me toucha l'épaule :

- Dis-moi, fils, tu peux venir m'aider à démarrer ma camionnette ?

Il me regardait avec douceur, me pressait un peu l'épaule, histoire de dire "Allez viens, mon gars, tu ne peux rien faire, tu ne sais même pas de quoi il retourne...".
Je me levai, le suivis. En quittant la grange, je vis qu'Aline parlait avec Bob, et Conrad et Eileen écoutaient en hochant la tête d'un air grave. La nuit était pure et froide, une de ces nuits à aurores boréales, je glissai mes mains dans mes poches à la recherche de chaleur.



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Ce qui m'énerve #17

Les micros des téléphones portables sont trop sensibles. On entend la voix de l'interlocutrice (je n'ai que des interlocutrices, c'est comme ça), mais aussi, en arrière plan : des enfants qui piaillent ; des oiseaux qui piaillent ; des boeings qui atterrissent (en piaillant) ; Jean Piat, à la télé.
M'énerve.
D'autant plus que je ne peux pas dire : "euh, pourrais-tu t'enfermer dans un caisson insonorisé pour me parler ?"

lundi 19 mai 2008

Projet Thanatos

J'aimerais bien écrire mon épitaphe, ou plutôt, mon discours d'adieu, le truc qu'on pourrait lire quand je serai mort. C'est pas tant que je me méfie de ce que mes proches diront de moi, mais comme ils livreront des versions différentes (toutes vraies en partie), j'aimerais juste rajouter ma version, une touche de peinture de plus sur le tableau.

Aphorisme # 40

Lors de mes soirées d'anniversaire, je ne sens jamais mon âge. En revanche, le lendemain...

vendredi 16 mai 2008

Métro

La plupart d'entre eux sont laids, alors que moi, je suis juste gris.

jeudi 15 mai 2008

Magnolia Express - 3ème Partie - # 21

Les îles enchantées
 
Après son tour de chant, après qu'il eut joué du yukulélé debout sur une table en tapant du pied, qu'il eut été porté en triomphe dans toute la grange et à l'extérieur, Bob passa entre les tables, les hommes lui donnaient des bourrades affectueuses, les femmes lui parlaient en le regardant un peu par en-dessous, mais lui gardait l'air de celui qui ne voit rien, rêveur détaché du monde. Enfin il arriva vers notre table, où Vieux Bill lui faisait de grands signes. Il s'installa à côté de Conrad, qui commanda une bière et la lui servit.
- ça a l'air de sacrément dessécher le gosier ...
- C'est rien de le dire, partner, c'est rien de le dire.
 
Il se tourna vers Vieux Bill :
- Comment va Théa ?
- Toujours le grand amour, je suppose. En tout cas, elle reste avec lui.
- C'est bien, sourit Bob.
Vieux Bill nous présenta collectivement ("Des pèlerins, Bob, des pèlerins") et l'on trinqua. Conrad n'avait d'yeux que pour la guitare que Bob tenait doucement entre ses jambes :
- Sacré instrument, dit-il avec une moue admirative, la dernière que j'ai vue, c'était il y a une dizaine d'années, chez un vieux polonais brocanteur, à Petaluma, lui même la tenait d'un chercheur d'or ...
Bob redressa la tête, l'oeil allumé :
- C'est celle-là même, partner. Je l'ai échangée contre le yukulélé de mon grand-père, il y a neuf ans.
- Pour une coïncidence, grommela Conrad d'un air amusé. Il se grattait le crâne en regardant cette guitare, un peu attendri de ces retrouvailles, comme un ours sentimental qui retrouverait un vieux copain. Bob et lui se mirent à parler musique, survolant le delta du Mississippi, les bayous de Louisiane, et Conrad évoqua ces pays lointains :
- Tu devrais aller jouer là-bas, vieux, ils ont besoin de toi ...
Bob soupira, fit glisser rêveusement une main sur la partie métallique de sa guitare.

- Tu sais, il y a peu de gens qui apprécient ce type de musique... J'en ai fait ma vie (je me demande parfois si la nuit, je ne joue pas pour mes compagnons de rêve), mais, par moments, j'ai l'impression ... d'être un homme analogique dans un monde numérique. De ne plus vraiment avoir de place.
Et en disant cela, il tenait un pan de sa jaquette, le regardait d'un air songeur, le laissait retomber.
 
Allons bon, me dis-je, une âme en peine.

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Le roman, dans l'ordre, est
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mercredi 14 mai 2008

Magnolia Express - 3ème Partie - # 20

Ceci est une citation à des fins d'illustration musicale (détails ici). Il s'agit d'un extrait, en mono, de Dead cat on the line, par Bob Brozman, sur le CD Blues Reflex, Ruf, 2005. Le disque est en vente ici.
Marée humaine
 
Au moins une fois dans ma vie, je le dis, j'aurai vu une assemblée se soulever comme la mer, avec un grand appel, une foule animée, chaleureuse, lançant des vivats à un petit musicien de cambrousse qui faisait résonner sa guitare sur scène.

Bob Brozman jouait des valses twistées,
des chants tahitiens langoureux,
des blues purs,
ça racontait des exploits de John Henry, le colosse qui bâtissait des voies ferrées tout seul,
ça parlait d'un fantôme qu'il avait rencontré dans le moteur d'un autocar Greyhound, "coincé là comme un génie dans une bouteille de bourbon",
et le jour où l'on avait voulu attaquer sa guitare à l'ouvre-boîtes (mais l'ouvre-boîtes s'y était cassé les dents),
et les îles enchantées où-les-paupières-des-femmes-sont-des-rideaux-d'amour,
tout cela nous remuait les zygomatiques, la salle ronronnait doucement entre les vivats, on était comme en famille, allez, l'Homme n'est pas foncièrement méchant.








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mardi 13 mai 2008

Magnolia Express - 3ème partie - # 19

Ceci est une citation à des fins d'illustration musicale (détails ici). Il s'agit d'un extrait, en mono, de One steady roll, par Bob Brozman, sur le CD Blues Reflex, Ruf, 2005. Le disque est en vente ici.
Ballade
 
Au fond de la salle, une lumière s'alluma, dévoilant une petite estrade de bois. La rumeur s'adoucit brusquement, on entendait encore un ronronnement de conversations, les bouteilles de bière qui tintaient, le bruit des chaises sur le plancher de bois. Puis un jeune gars arriva en costume, avec une jaquette sombre et une chemise immaculée, comme une gravure de mode des temps anciens. Il portait deux étuis noirs, brillants, un grand et un petit. Il s'installa sur l'estrade, à califourchon sur une chaise, et sortit de son grand étui une guitare d'acier étincelante, une de ces antiquités sonores issues du delta du Mississippi.
- National Style N... 1931, souffla Conrad avec respect, et Vieux Bill hocha la tête.
 
Le gars-gravure gratta un ou deux accords, puis commença à jouer un blues javanais, une musique d'accompagnement sautillante et glissante sur laquelle il chantait avec une voix de basse ronde et chaude :
 
Quand j'ai acheté ce vieux frigo
Bon sang y faisait si chaud, si chaud
Que du Kentucky à L'Ohio ou-oh
Les bières me demandaient à boire, à boire
 
Oh mon frigo ou-oh
Mon vieux copain, mon vieux poteau
J'te porterai dessus mon dos ou-oh
Du Kentucky à l'Ohio
 
Tu sais nous on est des cheminots
Jamais d'maison jamais d'repos
Juste une galette jambon-fayots ou-oh
Dégustée su'l bord d'un trottoir, trottoir
 
Oh mon frigo ou-oh
Mon vieux copain, mon vieux poteau
J'te porterai dessus mon dos ou-oh
Du Kentucky à l'Ohio

Puis un solo époustouflant, où le gars utilisait la caisse de résonance comme une percussion tandis que ses doigts couraient avec vélocité sur le manche, ça faisait dzing dzing TAC toing tong BOUM TAC et la salle chahutait joyeusement en rythme, le plancher en vibrait.

Quand s'ra venue l'heure du tombeau
Ne pleurez pas, pas de sanglots
Enterrez-moi 'vec mon frigo ou-ho
rempli ras-bord de bières à boire, à boire ...
Oh mon frigo ou-oooooh...
 
Arriva un second solo pas piqué des hannetons, et tout en jouant, le gars-gravure se balançait légèrement, on voyait les pans de sa jaquette qui battaient la mesure. Et tandis que ses doigts glissaient le long des cordes, tandis qu'il était environné de cette musique tintinnabulante, il fredonnait pour lui tout seul, hors du temps, il lâchait juste de temps en temps un Wouap Wouap rocailleux, la musique était sa rivière de chercheur d'or.








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Mine de crayon

On nous rebat les oreilles de développement durable, et je suis comme tout le monde, je fais mes petits efforts, je remplis le lavabo d'eau chaude quand je me rase au lieu de laisser couler l'eau, je trie mes déchets, je n'imprime que le strict nécessaire.
Mais il y a des choses qui me trouent.
J'ai un crayon à papier, fourni par mon institution, avec le logo qui va bien. J'ai récupéré un taille-crayons aux fournitures, le modèle de base, une lame, corps doré, c'est l'utilisateur qui tourne d'un mouvement vif du poignet.
Eh ben merdre. La mine du crayon casse à chaque fois. Alors Zuip zuip zuip, je retaille, et snap, ça re-casse, je me retrouve avec un bout de graphite en degré de liberté.
Donc, je souligne une chose évidente : le temps où nous aurons tous une conscience environnementale, sera le le temps où nous aurons tous une conscience environnementale. Depuis le fabricant de crayons à papiers jusqu'à l'utilisateur final, en passant par le responsable des achats (à ce propos, un lien utile, hop).
Parce que ce serait tellement facile de me ruer sur les porte-mines en plastique made in china qu'on n'a pas besoin de recharger, on les jette, ils sont incinérés et deviennent des jolies petites particules dans les poumons de nos enfants. Mais moi je veux pas. Au risque de réduire ma sacro-sainte productivité.

Caillou - Messiaen

Un vol d'étourneaux
Les ailes en hyperfréquence
Au-dessus du banc de sable.

Spam

Après un temps de silence (qui pourrait se renouveler), devperso.fr a accouché d'un billet. Comme quoi, ça valait la peine, d'acheter un (trois) nom(s) de domaine. Je suis un financier, je m'engage dans des trucs à coup sûr !

jeudi 8 mai 2008

Magnolia Express - 3ème Partie - # 18

Anecdotes
 
Le soir venu, Vieux Bill nous proposa d'aller voir Bob Brozman, un gars du cru qui jouait de la guitare acoustique dans une vieille grange, à quelques miles. Il nous y emmena en camionnette, un vestige de l'histoire automobile qui démarrait à condition qu'au moins deux personnes s'occupent du moteur, mais une fois que l'engin avait démarré, on pouvait s'installer sur la plate-forme arrière et regarder la campagne défiler.
Quand nous entrâmes, la salle était bondée, chaleureuse, les bières brunes circulaient, les hommes se tapaient sur l'épaule ou bien s'accoudaient dos au comptoir pour juger de l'ambiance, quand on entrait là-dedans ça faisait comme une vague tiède qui vous enveloppait. Vieux Bill se frayait un chemin en distribuant des tapes dans le dos et des coups de coude, il nous installa d'office au bar et commanda des bières. Repoussant son chapeau en arrière, il nous raconta quelques anecdotes, la grande épidémie de '32, et le temps où il était journalier dans les fermes céréalières, là où il n'y avait qu'à accrocher son chapeau à la porte pour s'installer, de toute façon y avait toujours besoin de main d'oeuvre. Il nous parla aussi de sa tentative pour être cultivateur "mais tu vois, j'avais pas choisi le bon cheval... La charrue, le lopin de terre, ça, y avait pas de problème, mais le cheval ! Ah Seigneur, il lui fallait boire un seau de vin avant de pouvoir commencer à travailler, et je partageais toutes mes bières avec lui. Je l'avais appelé l'Eponge, tellement il sirotait. Certains soirs, il s'arrêtait tout net au milieu d'un sillon et se mettait à ronfler, debout, tout en lâchant un pet de temps en temps, et si par malheur je le réveillais, il me regardait avec ses yeux fatigués, désabusés, laisse-moi dormir nom de dieu et puis il soupirait un coup et repartait dans ses rêves.
Finalement, le jour où je me suis rendu compte qu'il me coûtait plus cher qu'un tracteur, je l'ai donné au pasteur. Depuis, il ne boit plus que de l'eau, et il tire dignement la charrette de la paroisse".

Vieux Bill s'adossa au bar, le regard dans le vague, moitié rêveur moitié regret. "Il n'y a plus que moi qui l'appelle l'Eponge maintenant, puisque le pasteur l'a rebaptisé. Ishmaël le Racheté, voilà comment il s'appelle maintenant..."




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mardi 6 mai 2008

Magnolia Express - 3ème partie - # 17

Ça marche
 
- Aline, dis-je.
- Mmm..., dit-elle, le nez plongé dans un journal de 1896 qu'elle a trouvé dans une malle.
- J'ai fini de réparer la première Corona.
- Mmm ?..
- Cela ne t'embête-t-il point de la tester de tes doigts agiles ? D'inaugurer sa nouvelle vie mécanique ?
- ... ? ... Qu'est-ce que j'écris ?
- Ben, je ne sais point. Essaie d'utiliser les 26 lettres de l'alphabet, comme avec la phrase "Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume".

Aline repose son journal de 1896, se lève de sa chaise à bascule et vient avec moi dans la cabane. Elle s'installe devant la machine, insère une feuille blanche, et tape :

Bring - very quickly - this old whisky to the fair judge, yep, the one who'z smoxing.
 
Sur le papier, il y a marqué :

Bring - very quickly - this old whisky to the fair judge, yep, the one who'z smoxing.
 
Ça marche.




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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l'ordre, est
là.

Epistémologie ontologique du sabre laser


Quand mon grand-père avait vu "la guerre des étoiles" (on ne disait pas encore Staroirz), dès le début (attaque du vaisseau diplomatique de la Princesse Leïa par les forces de l'Empire), il avait tiqué.
On voyait des braves soldats se faire dézinguer à coups de pistolasers, et ça faisait Piou Piou tandis que des éclairs lumineux et brefs jaillissaient de la bouche fumante des pistolasers.
Mon grand-père, qui n'était pas Polytechnicien pour rien : "Ce ne sont pas des pistolasers ! Un laser, c'est comme une lampe-torche, tu l'allumes et la lumière en sort, et si on n'éteint pas, le faisceau lumineux s'allonge sans rupture. Là, ce sont des balles traçantes."
Mon grand-père avait laissé son âme d'enfant quelque part, il raisonnait en froid polytechnicien. Personne n'est parfait.
D'où mon interrogation du jour, dont la profondeur égale la question sur le demi-tour d'Actarus dans Goldorak :

comment fonctionne un sabre laser ?

Prolégomène :
un sabre laser produit un laser qui
  • est limité en hauteur
  • est analogue à une épée, qui peut couper de taille (avec son tranchant) ou d'estoc (avec sa pointe). Par exemple, quand Krung Grop Tep, le mentor d'Obi Wan, se fait trouer par Dark Maul, c'est un coup d'estoc.
Interrogation suite au prolégomène :
un vrai laser, version 2008, et pas version "il y a très très longtemps, dans une galaxie très très lointaine", est un rayon lumineux qui troue et coupe, mais qui n'est pas limité en longueur. Donc ma question, c'est "qu'est-ce qui stoppe le laser du sabre laser à 1m20 du fourreau pour lui donner cette ergonomie d'épée archéo-futuriste ?"

La première idée est : un miroir. J'y ai beaucoup réfléchi dans le métro, et j'aboutis au dessin ci-joint. Alors tu vois, le manche bleu pâle, c'est le manche, celui qu'on tient à la main et que R2D2 envoie à Luke dans "Le retour du Jedi" pour abattre l'infâme Jabba. On pousse sur un bouton, et hop, le générateur de laser (carré rouge) envoie le laser (trait rouge). Ce laser passe à travers un miroir sans tain (noir pointillé) et va taper dans un miroir (noir plein), hop, le laser bondit vers le haut, et à 1m20 de hauteur, un autre miroir biface décomplexé (triangle noir en haut) renvoie le laser vers le bas, ad vitam aeternam. Ainsi, on a un laser limité en longueur, mais qui coupe bien, avec en plus un raffinement : plus le sabre laser est allumé longtemps, plus le rayon est concentré (multiplication des allers-retours), plus il est puissant. On pourrait appeler ça "La concentration de préchauffe de Thibierge", en toute modestie.

Mais argh, je ne serai jamais prix Nobel :
  1. Il n'y a pas de miroir en haut (ou alors, on ne voit pas comment il tiendrait tout seul dans l'air)
  2. Si on se débrouillait pour en installer un ("on dirait que quand on allume le sabre, un miroir se matérialise en haut"), il n'y aurait plus d'effet d'estoc, et Krup Gong Couic n'aurait pas pu être troué par Dark Maul.
Nous voilà - presque - revenus au point de départ. Et là, j'ai une idée, mais j'ai besoin de physiciens, éventuellement 'Pataphysiciens, ce serait plus fun. On va dire qu'il y a un champ de force qui est créé quand on allume le sabre, et que c'est ce champ de force qui repousse le laser à partir de 1m20, jouant le rôle du miroir distant.
Cf. la figure suivante, où le champ de force - appelons-le "Field Castro" - est figuré sous forme d'un mignon nuage moutarde. Mais reste le problème de l'estoc : un champ de force capable de repousser un laser, il ne va pas permettre de toucher son ennemi, le dit ennemi sera lui-même expulsé de la zone de combat par le champ de force (effet blocus de Field Castro).
Je ne m'en sors plus. Des idées, quelqu'un(e) ?





lundi 5 mai 2008

Caillou - Phénix

Un rayon de soleil effleure ma coquille
Cela fait si longtemps.
Timide rayon, timide réponse
Juste une petite fêlure
Pour une lumière ténue
Comme dans une chapelle romane.

Trop tôt pour décider d'éclore,
Pour choisir qui je veux être.
Je sais que le temps apporte des nuages
J'ai appris à me méfier des premiers rayons.

Mais je sens la force dans mes ailes
Et je fixe cette petite source de lumière
Prêt à faire craquer ma vie.

En attente.