Le Jardin secret des profs - Thibillet par procuration
Par Docthib, samedi 22 décembre 2007 à 10:19 :: Prof :: #578 :: rss Mots-clefs :
Le (long) texte qui suit, entre guillemets, n'est pas de moi, mais d'Atchoum. Les accros aux flux RSS l'auront vu apparaître en commentaire d'un thibillet qui, outre son contexte musicalo-seventies, parlait de pédagogie, et comme le sujet me semble très intéressant, je cite intégralement Atchoum (texte entre guillemets), puis je livre quelques idées personnelles (si j'ai le temps maintenant, sinon, ce sera pour plus tard, y a des trompettes de la mort à aller acheter).
"L'autre jour à la radio, Alexandre Jardin développait une idée que j'aime bien. On n'est pas obligé d'apprécier Alexandre Jardin, comme auteur ; perso j'aime bien, surtout le bouquin sur la méthode Eriksson, mais passons. Là, son idée était la suivante.
Les profs sont - presque toujours - de bons élèves. Ou d'anciens bons élèves, si vous voulez. Ils se sont rarement trouvés eux-mêmes en situation d'échec scolaire. Il suffit de voir comme il est difficile de passer le CAPES, et je te parle même pas de l'Agrég.
Non seulement ce sont de bons élèves, mais en plus ils ont certainement choisi d'enseigner la matière qu'ils préféraient, celle qu'ils maîtrisaient le mieux, dans laquelle ils éprouvaient à la fois du plaisir et de la facilité (ce qui va souvent de pair). Par exemple, moi qui ai toujours été nul en dessin, si j'enseigne un jour, ce qu arrivera sûrement, je vous garantis que ça ne sera pas le dessin. Les maths, tant que tu veux. Le français ou l'anglais, admettons. La finance... bon, on verra. Le dessin, je crois que ça va pas être possible. En même temps, me direz-vous, tant mieux pour les élèves ! Ouais.
La conséquence de cela, c'est que les profs ont tendance à perdre contact avec leur public. Comment quelqu'un qui a toujours été "doué" en mathématiques pourrait-il réellement comprendre un élève incapable de résoudre une équation à une inconnue ? S'il n'a pas vécu dans sa chair la frustration de ne rien piger à ce que dit le prof, d'essayer pourtant mais de n'arriver à rien, et d'avoir en face de lui quelqu'un qui lui dit : "Mais enfin, c'est évident ! Qu'est-ce que t'as dans le crâne ?", comment éviter de reproduire précisément ce comportement ?
J'ai un ami qui est un peu dans ce cas. Universitaire. Brillant, thésard, spécialiste de la civilisation américaine. Jeune prof d'anglais dans un collège ; pas facile, le collège. Il ne comprend pas que ses élèves puissent être "aussi nuls" en anglais. C'est normal ! Depuis des années, il ne côtoie que des étudiants aussi brillants que lui et des professeurs qui l'étaient déjà avant lui ! Et on bombarde ce pauvre gars pour enseigner l'anglais à des troisièmes en difficulté. Dialogue quasi-impossible. Blocage. Il les déteste, et ils le lui rendent plutôt bien.
La solution ? L'idée de Jardin, c'est d'encourager les profs à se souvenir de leurs propres situations d'échec. Même si ce sont de bons élèves, ils ont bien dû à un moment subir cet échec, peut-être dans une autre matière, celle qu'ils n'auraient jamais choisi d'enseigner. Se replonger dans ces souvenirs-là. Se rappeler, peut-être, comment ils s'en sont sortis. Utiliser cette situation pour se mettre à la place de leurs élèves. Souffir avec eux. Com-pâtir. Et, peut-être, se souvenir que les maths, c'est facile, pour eux, mais pas pour tout le monde. Comme les échecs, le tennis, l'écriture, ou le dessin.
J'aime bien cette idée parce qu'elle est ancrée dans la réalité. La plupart des profs que je connais sont comme ça. Déconnectés. Ce n'est pas qu'ils ont oublié comment ils étaient comme élèves, au contraire, c'est qu'ils s'en souviennent trop bien."
Ma première idée, très rapide, parce que je n'ai pas le temps de développer les autres pour l'instant : ne pas sur-réagir, Atchoum parle d'Alexandre Jardin qui parle des profs (plutôt du secondaire) en général. Donc ne pas se sentir directement concerné ou attaqué (je pense aux profs qui peuvent lire ce texte), mais essayer de garder un ton raisonneur "tiens, voilà une hypothèse intéressante, creusons-la de manière dépassionnée".
Je vais donc essayer de parler de manière dépassionnée, mais forcément, je ne vais parler que de moi. C'est un biais, mais la discussion reste ouverte, viendez viendez.
"L'autre jour à la radio, Alexandre Jardin développait une idée que j'aime bien. On n'est pas obligé d'apprécier Alexandre Jardin, comme auteur ; perso j'aime bien, surtout le bouquin sur la méthode Eriksson, mais passons. Là, son idée était la suivante.
Les profs sont - presque toujours - de bons élèves. Ou d'anciens bons élèves, si vous voulez. Ils se sont rarement trouvés eux-mêmes en situation d'échec scolaire. Il suffit de voir comme il est difficile de passer le CAPES, et je te parle même pas de l'Agrég.
Non seulement ce sont de bons élèves, mais en plus ils ont certainement choisi d'enseigner la matière qu'ils préféraient, celle qu'ils maîtrisaient le mieux, dans laquelle ils éprouvaient à la fois du plaisir et de la facilité (ce qui va souvent de pair). Par exemple, moi qui ai toujours été nul en dessin, si j'enseigne un jour, ce qu arrivera sûrement, je vous garantis que ça ne sera pas le dessin. Les maths, tant que tu veux. Le français ou l'anglais, admettons. La finance... bon, on verra. Le dessin, je crois que ça va pas être possible. En même temps, me direz-vous, tant mieux pour les élèves ! Ouais.
La conséquence de cela, c'est que les profs ont tendance à perdre contact avec leur public. Comment quelqu'un qui a toujours été "doué" en mathématiques pourrait-il réellement comprendre un élève incapable de résoudre une équation à une inconnue ? S'il n'a pas vécu dans sa chair la frustration de ne rien piger à ce que dit le prof, d'essayer pourtant mais de n'arriver à rien, et d'avoir en face de lui quelqu'un qui lui dit : "Mais enfin, c'est évident ! Qu'est-ce que t'as dans le crâne ?", comment éviter de reproduire précisément ce comportement ?
J'ai un ami qui est un peu dans ce cas. Universitaire. Brillant, thésard, spécialiste de la civilisation américaine. Jeune prof d'anglais dans un collège ; pas facile, le collège. Il ne comprend pas que ses élèves puissent être "aussi nuls" en anglais. C'est normal ! Depuis des années, il ne côtoie que des étudiants aussi brillants que lui et des professeurs qui l'étaient déjà avant lui ! Et on bombarde ce pauvre gars pour enseigner l'anglais à des troisièmes en difficulté. Dialogue quasi-impossible. Blocage. Il les déteste, et ils le lui rendent plutôt bien.
La solution ? L'idée de Jardin, c'est d'encourager les profs à se souvenir de leurs propres situations d'échec. Même si ce sont de bons élèves, ils ont bien dû à un moment subir cet échec, peut-être dans une autre matière, celle qu'ils n'auraient jamais choisi d'enseigner. Se replonger dans ces souvenirs-là. Se rappeler, peut-être, comment ils s'en sont sortis. Utiliser cette situation pour se mettre à la place de leurs élèves. Souffir avec eux. Com-pâtir. Et, peut-être, se souvenir que les maths, c'est facile, pour eux, mais pas pour tout le monde. Comme les échecs, le tennis, l'écriture, ou le dessin.
J'aime bien cette idée parce qu'elle est ancrée dans la réalité. La plupart des profs que je connais sont comme ça. Déconnectés. Ce n'est pas qu'ils ont oublié comment ils étaient comme élèves, au contraire, c'est qu'ils s'en souviennent trop bien."
Ma première idée, très rapide, parce que je n'ai pas le temps de développer les autres pour l'instant : ne pas sur-réagir, Atchoum parle d'Alexandre Jardin qui parle des profs (plutôt du secondaire) en général. Donc ne pas se sentir directement concerné ou attaqué (je pense aux profs qui peuvent lire ce texte), mais essayer de garder un ton raisonneur "tiens, voilà une hypothèse intéressante, creusons-la de manière dépassionnée".
Je vais donc essayer de parler de manière dépassionnée, mais forcément, je ne vais parler que de moi. C'est un biais, mais la discussion reste ouverte, viendez viendez.
- Personnellement, je suis venu à l'enseignement, non pas parce que je savais, mais parce que je savais expliquer. Et je suppose que je ne suis pas le seul. Un de mes collègues, quand on lui demandait "vous êtes prof de quoi ?", répondait "prof d'une séance d'avance sur les étudiants". Je ne crois pas qu'il avait tort, ni qu'il était si péjoratif que ça : il soulignait que sa valeur ajoutée ne venait pas de la connaissance (dont on peut toujours se remplir), mais de la forme d'enseignement (le flux d'écoulement qu'on déverse). C'est aussi l'origine de mon combat, quand je dis "je suis prof de finance, et le mot important , là-dedans, c'est prof", même si la plupart des gens m'étiquettent comme "financier" ou "économiste" (si seulement...).
- Il y a probablement quelque chose de pourri dans le système de formation des profs. Mais là il faut dissocier : je ne vais parler que de ce que je connais, le supérieur, ce qui limite mon propos, car Alexandre Jardin parlait des profs du secondaire probablement. Dans le supérieur, pour devenir prof, il faut être docteur, donc avoir soutenu une thèse, donc avoir démontré qu'on était un chercheur. D'où l'équation, hélas peu mathématique "bon enseignant = bon chercheur". Eh ben c'est faux coco, et c'est là où Jardin et Atchoum ont parfaitement raison. Dans la majorité des cas, il n'y a jamais un seul cours de pédagogie dans les formations doctorales. On y apprend l'épistémologie, la méthodologie, l'économétrie... mais pas comment parler en public. D'où des générations de jeunes chercheurs brillants qui (1) ont énormément de mal à s'adapter à un public exigeant (2) frustrés de faire du B.-A. BA, alors qu'ils voudraient disserter des dernières avancées de la recherche.
- Je pense personnellement qu'un bon prof pourrait expliquer n'importe quel sujet. C'est sa fonction. Et même si je comprends la finance, je n'ai jamais été un excellent élève en finance. J'ai planté mon cours de finance deuxième année. Je me souviens
Commentaires flous
1. Le samedi 22 décembre 2007 à 11:30, par Yves Duel
2. Le samedi 22 décembre 2007 à 14:27, par Atchoum
3. Le samedi 22 décembre 2007 à 15:31, par mamz"elle
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