Bon, David Allen a vendu des millions d'exemplaires de son livre, et je suis d'accord, il le mérite. Maintenant que ce rapide encensement me dédouane, je peux filer quelques coups de griffe. Ou plutôt, je laisse la parole à Scott Adams, le concepteur et dessinateur de Dilbert, une de mes références régulières, dans son introduction de son livre, première page (traduction rapide par mes soins) :
Vous vous sentirez un peu désarçonné si vous achetez un gros livre bien épais et si tout ce qu'il y a à l'intérieur, c'est une liste de douze conseils, et notamment si certains d'entre eux ont l'air d'être des bouche-trous. Aussi, mon "projet d'excellence" sera de me répéter souvent, pour occuper les pages. En marketing, cela s'appelle "ajouter de la valeur". Et pour augmenter votre plaisir, j'ajouterai de nombreuses métaphores colorées mais inutiles. En fait, les métaphores dans ce livre sont aussi inutiles qu'un furet en costume de carnaval.
Scott Adams, The Dilbert Principle, Harper Businesse, 1996, p. ix ("Big opening").
Même si mon propos - et celui de Scott Adams - est exagéré, je dois avouer que :
  • Je me méfie toujours des livres qui ont des petits textes dans la marge, soi-disant pour capturer l'idée importante du paragraphe. Si une idée peut être exprimée en une phrase, à quoi bon lire le paragraphe ?
  • Ce livre sonne comme "voyons, j'ai un séminaire de deux jours qui se tient bien, j'ai une centaine de diapositives, donc je peux en faire un livre". Mais l'erreur vient probablement d'essayer de faire 200 pages là où 30 à 80 pages bien senties auraient suffi. Mais 80 pages, ce n'est pas un livre.
  • Cela devient énervant, quand on commence à compter les "Comme je l'ai déjà dit", "Comme nous le reverrons dans la partie...", "N'oubliez pas...", c'est sûr, c'est pédagogique, mais on s'en lasse. De même que les bons conseils, du genre "videz votre esprit, mais videz-le dans un endroit bien rangé, sinon, hein, ça sert à rien, je vous aurai prévenu (plusieurs fois). J'insiste, ça doit être ordonné, propre, il ne doit pas y avoir de poussière par terre, je vais vous donner (p. 67) des conseils pour nettoyer cet endroit, mais en attendant, souvenez-vous : cet endroit ne doit avoir ni moutons, ni traces suspectes sur les murs, il doit être à la bonne température, le papier-peint doit être neutre, (etc.)".
  • Enfin, à défaut de "métaphores colorées" (car il n'y en a pas dans ce livre), on a le droit à des mises en situation. "Ne vous êtes vous pas retrouvé devant un tiroir rempli de chaussettes célibataires ? Ou face à une pile de linge sale qui ne vous appartenait pas ? Ou dans une réunion d'alcooliques anonymes ? Et ne vous êtes-vous pas dit à chaque fois "mais pourquoi moi ?" Eh bien la méthode de rationalisation Ultimate Allen Principle (tm) est faite pour ces situations." (Vingt pages plus loin :) "C'est le cas, par exemple, quand vous prenez un caddie au Shopi du coin, et qu'il n'y a plus de caddie. Ou quand le papier toilette est trop rêche. J'ai aussi connu un homme à qui il manquait des vers pour aller à la pêche. Tous ces exemples illustrent la nécessité d'un système comme la méthode de rationalisation Ultimate Allen Principle (tm).
Derrière cette critique, il y a la difficulté de faire un livre simple. Qui dit simple, dit court, et qui dit court, dit "ce ne sera pas un livre". Donc on se répète, en se disant que la répétition est pédagogique. Mais si on apprenait dans un livre comme on apprend en cours, il n'y aurait plus de cours.