Ceci est un brouillon d'un réflexion plus générale, qui nécessitera plusieurs thibillets, à parution évidemment aléatoire (voire improbable).
En fait, il y a deux idées, apparemment dissociées, mais que je pense être liées à terme.

1. La crise écologique, et les actes réalisés

  • La grande Loulou m'a prêté un livre qui essaie d'analyser le phénomène actuel. J'en ferai une analyse plus détaillée quand je l'aurai terminé, mais si l'on passe son titre à mon avis mal choisi ("comment les riches détruisent la planète") on trouve quelques idées que je vous résume :
    1. Notre planète connaît actuellement la 6ème grande extinction animalière de toute son histoire. La cinquième a eu lieu il y a 65 millions d'années (disparition des dinosaures).
    2. Depuis le XIXème siècle, les entreprises et les pays ont émis quantité de gaz dans l'atmosphère, la particularité de ces gaz (dont le CO2) étant de rester longtemps dans l'atmosphère terrestre, et d'empêcher que la terre renvoie les rayonnements du soleil. Donc la terre se réchauffe.
    3. Un réchauffement apparemment bénin (quelques degrés) peut déclencher des catastrophes majeures : thermiques bien sûr, mais aussi maritimes (fonte des glaces), épidémiologiques (les moustiques du palu venant s'implanter en Europe), humaines (déplacements majeurs de population) et évidemment climatologiques (canicules, ouragans).
  • Cela n'est pas très éloigné de l'analyse de Tristan Nitot, qui souligne que cela tient essentiellement à une augmentation régulière de la consommation, érigée en valeur culturelle (j'achète un 4x4 donc j'existe).
  • Quels sont les acteurs qui tentent d'enrayer ce processus ? Quantité de personnes. Des individus, des associations, des scientifiques qui essaient d'expliquer pédagogiquement les enjeux, et des entreprises. J'en ai deux exemples en tête. Yvon Chouinard, dont je viens de finir le livre, contribue depuis 1985 au club "1% pour la planète", qui regroupe les entreprises qui donnent 1% de leurs ventes (ou plus) à des causes environnementales. Par ailleurs, dans La Tribune du 8 mars 2007, on apprend que Bank of America va consacrer 20 milliards de dollars à un fond vert d'aide aux projets personnels favorables à l'environnement (géothermie, énergie alternatives, isolation etc.).
Je reviendrai sur ces différents éléments, notamment en citant différents passages du livre d'Yvon Chouinard, dans ma rubrique Verts de Terre.

2. Le court-termisme financier, ou après moi le déluge
  • Ce n'est pas parce que je suis professeur de finance que je dois adhérer à tout ce qui fait la sphère financière. Il y a des bons comportements, des comportements rationnels (ce ne sont pas forcément les mêmes) et des comportements pervers.
  • Un des thèmes sur lesquels je me suis déjà exprimé, c'est la mutualisation des coûts : une entreprise qui licencie renvoie le coût à la communauté (agences ANPE, prestations sociales) ; une entreprise qui pollue mutualise les coûts sur la communauté (augmentation de l'asthme des enfants, des angines, des allergies, augmentation des coûts de retraitement, réchauffement global, cancers de la peau, etc.). Or, qu'est-ce qui favorise ces comportements ? Certes, il s'agit d'abord d'une dissociation entre les gains (privés) et les coûts (publics), d'où la volonté de certains législateurs d'imposer une notion de pollueur-payeur. Mais il y a aussi un problème de relation au temps.
  • Quand on dit développement durable, on utilise un terme trompeur. Sustainable development, c'est le développement tenable, comme on parle de croissance tenable en finance (par opposition à une croissance intenable). L'analogie en course à pied, c'est le rythme anaérobie lactique, où l'on produit plus d'acide lactique qu'on ne peut en éliminer, donc on a des crampes, on ralentit, on s'écroule (exemple ici, notamment le graphique)... Le problème, c'est que les dirigeants de sociétés cotées ont une "durée de vie" trop courte dans leur fonction pour avoir des incitations à des politiques durables, ou tenables. Les papiers de recherche ne donnent pas tous les mêmes chiffres, mais en moyenne, 15% des dirigeants changent chaque année. Et ces 15% peuvent concerner uniquement certaines entreprises : plus d'un quart des dirigeants "remerciés" étaient en poste depuis moins de 3 ans. Rien d'étonnant à ce que les directeurs financiers raccourcissent les délais de retour à la rentabilité imposés aux projets, pour que ceux-ci soient en ligne avec leur propre durée de vie dans la société (via FinanceProfessor). Exit la politique de long terme, les grandes visions stratégiques, la volonté de léguer la terre à nos enfants...
Je sais, je l'ai déjà dit... mais la répétition est pédagogique !