Blogthib, ou thibierge.flou

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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

mercredi 31 janvier 2007

Ubuntu - perdroler

Ces temps nécessitent un peu d'optimisme, et rien de tel qu'un ubuntu fraichement éclos de la machine à faire des pâtes pour se requinquer. Inspiré par deux aventures, deux soirs successifs, au ski.

Perdroler : v.i. Remporter une petite victoire sur un restaurateur.
Par exemple : arguer que c'est à cause de la déficience du gel inflammable que la fondue a croustiné, et suggérer qu'une autre portion de fondue (offerte grâcieusement) serait bienvenue. Attendre avec un intérêt tempéré de patience. Voir enfin le loufiat remonter l'escalier avec un poëlon surnuméraire, et le remercier copieusement, en termes fleuris.
Autre exemple : suggérer que le prix prohibitif de la pierrade frise l'escroquerie, compte-tenu de la faible densité de viande dans l'assiette. Accueillir les excuses désolées du garçon en mettant tout sur le dos du patron. Attendre avec un intérêt tempéré de patience. Voir revenir le garçon avec une autre assiette remplie, le remercier abondamment tandis qu'il fait "chut" par gestes. Lui laisser un pourboire royal, alors qu'on a payé la note sans arrondir au centime supérieur.

Petits conseils pour avoir des chances de perdroler : ne pas sombrer dans le registre typiquement français de l'insulte et des menaces, du regard de haut et du mépris. Être courtois, l'humour marchant très souvent, le but étant de créer une connivence rigolarde à coup de termes coruscants.
Et surtout... ne pas s'entêter si on n'a pas réussi à perdroler. Mais péter la vitrine en sortant, hahaha.

Rien du tout

307 mails dans ma boite ce matin.
256 mails ce soir.
307 - 256 = 51 mails, diras-tu, c'est pas dur de répondre à 51 mails en 10 heures.
Ben non, parce qu'il y a les 20 (30 ? (40 ? (1239 ?))) mails que j'ai traités, pour lesquels j'ai reçu des réponses dans la journée, et que j'ai classés.
Donc ça fait 51 + Réponses + XX classés. Arriver à zéro zéro zéro...
Plus personne à mes basques...
Dormir.
Ou me mettre une escalope sur mon oeil au beurre noir.

mardi 30 janvier 2007

Caillou - Blizz-Bliss

Un vent de neige
descend le long
de la crête ensoleillée.

Cascade immatérielle
Où nagent
Des truites arc-en-ciel.

Caillou - Titan-ice

Du paquebot-montagne
Sortent des nuages
Par la cheminée.

lundi 29 janvier 2007

Film vu - Pars vite et reviens tard

J'ai donc vu ce film dont j'attendais avec impatience la lecture, étant donné qu'il est adapté d'un roman de Fred Vargas, déjà abondamment analysée, et citée, voire encensée, en ce lieu.

Quelques idées, et une esquisse :

Les points forts (à mon sens)
  • Une bonne adaptation, très fidèle au texte, qui réussit l'exploit de résumer un livre de plusieurs centaines de pages en 2h. Merci Régis Wargnier.
  • Un Paris bien capté, nocturne et angoissant.
  • Une musique qui colle au film et à la tension. Merci Patrick Doyle.
Les points plus discutables, mais clairement subjectifs
  • Danglard n'est pas Danglard, mais il est très bien capté, et finalement, il est parfaitement et totalement plausible. J'aurais quand même aimé pouvoir me dire "C'est lui ! Bon sang, c'est génial !"
  • Retancourt n'est pas Retancourt, pour des raisons évidentes (pour ceux qui ont lu les livres), mais qui importent peu (on verra si c'est la même actrice pour "Sous les vents de Neptune", ça m'étonnerait fort...)
  • Camille n'est certainement pas Camille.
Le point le plus discutable, et farouchement non subjectif
  • Adamsberg n'est pas Adamsberg.
  • José Garcia joue très bien, comme souvent, mais il campe un personnage à mi-chemin entre José Garcia (mais qui est José Garcia ? haha) et Jean-Baptiste Adamsberg
  • C'est évident pour toute personne qui a lu un des livres où le commissaire Adamsberg apparaît : il y a des traits physiques tellement marqués qu'ils s'impriment dans la mémoire, et puis, aussi, un caractère éminement particulier
Mais pour appuyer mon propos, rien de tel qu'un petit croquis : sortant du cinéma, j'étais en même temps très satisfait du film (cf. points positifs) et gêné (cf. ultime point). J'ai donc dessiné ce que je pense être le visage d'Adamsberg.



Deux commentaires sur ce dessin, et j'en ai fini :
- on se rend compte que, sans que je l'aie fait exprès, Charles Denner aurait probablement fait un très bon commissaire Adamsberg
- je ne suis pas entièrement satisfait du dessin, mais j'ai fait au mieux. Mon Adamsberg de pensée a des sourcils plus fins, pas broussailleux, et un visage plus large. Je suis content du nez, des pommettes, des cheveux, de l'oreille. Je ne suis pas content de la perspective, qui montre tous les progrès restant encore à faire... Eh quoi, je débute, mon bon monsieur, je débute...

Equaskion

PS : Pour ceux qui essaieraient de résoudre l'équation, ou au moins d'en préciser une inconnue, je rajouterai : "il n'y avait pas qu'un seul arc".
PPS : en revanche, le lumbago est quasiment guéri.

jeudi 25 janvier 2007

Ah, ptit beurre, Zdé

On peut toujours ergoter sur sa date de naissance, mais ce blog a connu son premier thibillet il y a maintenant un an. Ouéééé.
Ce thibillet étant le 322ème, je vous laisse calculer la moyenne hebdomadaire. N'oubliez pas que :
  • je ne poste jamais le week-end (ou alors très rarement, par exemple les matins de marathon...)
  • j'ai énormément de vacances
Ce qui me permet, par une transition diaboliquement subtile, de vous annoncer que ce bleug prend quelques jours de vacances, et moi itou. Mettez cela sur le compte du lumbago (qui se résorbe doucement, merci), de la fin de la première partie de Magnolia Express, et de l'angoisse de nouveaux cours qui vont commencer lundi prochain.
Je remercie mes 1500 visiteurs uniques quotidiens, et mes 372 000 visiteurs uniques sur un an (auxquels on doit défalquer quelques 170 000 qui venaient pour se goinfrer des morceaux musicaux, reste un gros 200 000, et là dedans, combien sont d'opiniâtres vendeurs de viagra et d'assurance auto ?).
Mais là je vais dormir.

mercredi 24 janvier 2007

Magnolia Express - 1ère partie - # 19

Jack Kerouac, et quelques paysages
 
- Alors c'est vrai, vous allez fermer ?
- Temporairement, ne vous inquiétez pas.

Et Aline ajoutait : "ça lui fait autant de mal qu'à vous, vous ne voyez pas ?". Elle venait se blottir contre moi, elle savait que je faisais ça pour elle, mais comment eût-elle pu savoir que cette Librairie, c'était toute ma vie, comme si j'étais le capitaine d'un bateau un peu rafistolé, avec lequel j'avais parcouru les mers du globe si longtemps que désormais, je ne savais plus rien faire d'autre, j'étais juste bon à scruter loin devant en prévision des typhons, car je savais que nous coulerions ensemble, que les fonds marins nous accueilleraient dans un feu d'artifice de bulles dorées.
Mais comment eût-elle pu deviner que cette maison, cette rivière, ce renard qui passait étaient les seuls garants pour moi d'un monde qui tournait aussi vite que les pales d'un ventilateur, j'étais passé une fois à travers sans me blesser, il ne faut pas tenter le sort plus d'une fois.
Comment eût-elle pu deviner que sous ce masque insouciant, mon esprit déjà tourné vers le départ comme un ours qui se prépare à hiberner, mon âme enfermait un ouragan de passions, une flamme qui me disait "Attrape chaque objet, chaque paysage, regarde-les jusqu'à satiété, tu pars au pays des rêves brisés."
Mais comment eût-elle pu deviner, dans ces tourments, que cela ne représentait rien à côté de partir avec elle, à me dire que chaque matin, après avoir dormi ensemble, rêvé ensemble, partagé ce qu'il y a de plus intime, nous nous réveillerions face à un paysage différent, un paysage de poussières ocres et de soleil vertical, un paysage de déserts où la route s'étend en tremblant dans la chaleur, un paysage de nuit avec le bruit des herbes saguaro qui roulent vers l'infini.
 
En fermant la librairie cet soir là, j'ai eu comme un doute. Aline m'attendait sur le trottoir, silencieuse, j'avais déjà donné un tour de clé, mais je suis rentré à nouveau, ai grimpé à l'échelle, ai pris Sur la route de Jack Kerouac. C'était dans les premiers chapitres, j'ai relu les quelques lignes, c'était bien ça.
Je me retournai vers la porte, Aline était dans l'embrasure, un petit sourire consolateur aux lèvres, et la lune nouvellement levée projetait l'ombre de la pancarte "Fermé pour un peu plus de trois jours" sur le plancher de la librairie. J'ai su que nous étions déjà partis.
"Somewhere along the line, I knew there'd be girls, visions, everything ; somewhere along the line the pearl would be handed to me".


Fin de la première partie.


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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l'ordre, est
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Défi, fa, sol

Atchoum s'y est collé, suite à une de mes tentatives illusoires de cerner le plaisir.
A mon tour donc, en essayant de réintroduire du radioblogclub dans ces pages. (rappel : si vous aimez ces morceaux, achetez-les).

Liste d'intros à cappella (ou presque) que j'aime bien : (sans ordre)
  • Kiss from a rose - Seal

    (et Violet, unplugged)
  • I will rise - Ben Harper
  • Les parfums de sa vie - Art Mengo

  • Que reste-t-il de nos amours ? - Charles Trenet, reprise d'Eddy Mitchell (ben oui, il la commence a cappella et j'aime bien Monsieur Eddy)
  • Louie Louie - Beach Boys, version de Pow Wow
  • Barbara Ann - Beach Boys

  • Don't worry be happy - Bobby Mc Ferrin (déjà atchoumé)

  • I want it all - Queen (presque atchoumé)

  • Why don't you do right - Jessica Rabbit (en fait, Amy Irving), dans Qui veut la peau de Roger Rabbit ?.

    C'est la version la plus sexy qui soit de cette chanson, un peu comme le "Happy Birthday Mr. President" de Marylin Manson Monroe (plutôt le début...).

  • Merci France Telecom - Tryo

    (ou l'hymne de nos campagnes, atchoumé)
  • Moon over Bourbon Street - Sting (ok, je triche un peu, mais c'est essentiellement à capella)

  • Down to the river - Alison Kraus, B.O. de O'Brother where are thou

  • Lean on me - Hootie and the blowfish

  • Slip slidin' away - Paul Simon
  • Asimbonanga - Johnny Clegg
  • Classic - Adrian Gurvitz (bon, pareil, un peu exagéré...)

  • If we ever - Take Six (impossible à trouver, je vous en mettrai un extrait audio de 19 secondes en mono si vous insistez)
Et puis une qui a ma préférence, vous comprendrez peut-être pourquoi (c'est très subliminal) :
  • Vive le vin - Chanson Plus Bifluorée

  • et des mêmes, pour nous rajeunir : Petit Pasqua Noël - Chanson Plus Bifluorée
Et enfin, ça ne qualifie pas tout à fait, mais ça m'aurait fait mal (aïeuh) de ne pas les mettre :
  • Sugar Baby Love - The Rubettes

  • Good vibrations - Beach Boys

lundi 22 janvier 2007

Magnolia Express - 1ère partie - # 18

De pancartes jalonner notre vie
 

Ça c'était vraiment un problème. Ça n'est pas facile d'abandonner quelques lecteurs fidèles, qui viennent vous voir régulièrement, avec dans les yeux une petite attente. Ils vous posent des questions, expliquent leur recherche, et puis on se retrouve penchés ensemble à réfléchir, on tâtonne un peu, c'est très délicat, à la fin on tombe d'accord sur un livre et ils l'emportent, un peu rassurés, un peu anxieux. Certaines fois ils reviennent souriants "Oh oui vraiment, il était bien, je n'ai pas fermé l’œil de la nuit pour le finir". Ou bien ils ne disent rien, ou bien, avec un petit ton désolé "Non, je n'ai pas tellement aimé, je suis peut-être un peu difficile, j'imaginais autre chose". Souvent, ils réinventent le livre qui leur aurait plu, puis on cherche à nouveau ensemble.
Alors c'était vraiment un problème de savoir quoi leur dire sur la pancarte. Nous sommes rentrés à la maison, et on discutait, nous n'avions pas les mêmes idées.
 
Voilà ce qu'Aline proposait :

Fermé pour un mois
Fermé pour cause de recherche d'identité
Fermé pour travaux intérieurs
Fermé pour cause d'inventaire
Fermé pendant la mousson (elle aimait bien celui-là, et ses yeux pétillaient quand elle me l'avait dit)
Fermé
 
Pour ma part, je pensais plutôt à :

Fermé pour un mois, peut-être moins
Fermé pour cause de mission
Nous ne sommes pas partis définitivement
Fermé temporairement
Fermé pendant les vacances libraires

Nous étions au moins d'accord sur un point : le point justement. Il ne fallait pas mettre de point après l'inscription, même pas trois petits points. Juste une pancarte ouverte sur l'avenir.





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Le roman, dans l'ordre, est
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Aïeuh

Il y a deux types de personnes dans la vie : ceux qui ont déjà couru un marathon, et les autres ; il y a aussi ceux qui ont déjà eu une crise de calculs (rénaux, hein, pas financiers) et ceux qui ne savent pas ce que c'est ; il y a aussi ceux qui ont déjà eu un lumbago, et les autres. Je fais partie de ce Grand Chelem tant envié, de connaître / avoir connu les 3 situations.
Les points communs, évidemment, sont :
  • la douleur
  • l'impotence / l'incapacité à se mouvoir
  • la douleur
  • l'impression que ça n'en finira jamais
  • avoir mal à des endroits qu'on oubliait tous les jours, qu'on savait même pas qu'il y avait des veines des artères des globules qui pulsaient dans ces coins-là du corps
(et ai-je mentionné la douleur ?)
Je me disais "chic, chic, je suis comme Gurney Halleck dans Dune, jamais à court d'une citation appropriée" et paf, je me rends compte que j'ai prêté Echine (de Philippe Djian) et que je n'ai donc pas accès à ce passage sur le lumbago du narrateur.
Le plus marrant (oui, je suis joueur), c'est l'ensemble des postures :
  1. allongé sur le canapé, 112 coussins sous les jambes, ça va, royal, sauf quand il faut changer le CD
  2. pivotation tel le cloporte moyen, jambes repliées, basculer sur le côté
  3. instant délicat où on reste à l'affût de son corps, tout en se disant "faut pas que je reste trop longtemps dans cette position". Le grand paradoxe. Par exemple, ce matin, j'ai eu droit 4 fois au Glong, ça mériterait une batana, mais c'est trop compliqué à expliquer.
  4. se relever raide comme une planche à pain inclinée à 20°
  5. marcher comme un petit (vraiment petit) vieux (vraiment vieux)
  6. de temps en temps je croise mon reflet dans un miroir, j'hésite entre m'apitoyer et me foutre de ma gueule. Mais si je rigole de moi, ça va me déprimer, ou me reprimer, je ne sais plus. Paradoxe de nouveau.
Glong : n.m. lors d'un lumbago, sentir tout à coup un muscle dans le bas du dos qui se déplace brutalement (idéalement, en laissant une sensation de brûlure), et ressentir comme si une corde à piano avait donné un bon coup dans la vertèbre S2. Vivre un moment qui semble éternel, une infinité de temps compactée en un seul atome. Avoir le sentiment que si on éternue, les vertèbres vont dégringoler sur le plancher. Illusion d'être un squelette de Brachyosaure dans la Grande Galerie du Jardin des Plantes.
Se fendre d'un "Ayeuh" propitiatoire (à défaut d'adopter une attitude hiératique, j'essaie d'attendrir les dieux avec quelques rites).

Et puis tout ça, c'est sauter de la poële pour retomber dans le feu : je vais enfin avoir le temps de répondre à mes mails (plus de 260 au compteur), ayeuh, et de mettre à jour le livre numéro 1 (ayeuh), en attendant de m'attaquer au passage du livre numéro 2, vingt pages, une paille (ayeuh), une payayeuh.

'Reusement que j'avais eu une frénésie d'achat de CDs : Chris Réa, Arthur H, Higelin, Bill Deraime, les Notting Hillbillies, Jamiroquai (bon, pas tout, il est un peu énervant), Paul Personne, Coco Robicheaux...

samedi 20 janvier 2007

C'était couru

Somatisation depuis des mois, tentatives d'évasion, grosse grosse déprime, toutes les conditions étaient bien réunies, elles avaient tenu leur conseil de guerre, échangé leurs codes façon commando, et puis, au moment où je m'y attendais le moins, probablement aussi, le moment où ça devait m'embêter le plus :
Lumbago.

Un vrai, un méchant, le père des lumbagos de la terre.
Piqûre de Voltarène, annulation probable du ski, et je ne parle pas du Marathon de Madrid (avril 2007).
Je n'en suis évidemment pas à planifier la suite mais qui sait, peut-être que depuis un canapé, le portable sur les genoux, je pourrai écrire un peu ?
Toujours voir le côté positif, mon frère...

vendredi 19 janvier 2007

Désolitude

Je commence à être inquiet.
Au milieu de tous,
supposément bien ajusté,
Je m'enfonce dans une grande solitude.
De moins en moins de contacts,
beaucoup de futile, d'évanescent.
J'appréhende les prochaines années avec inquiétude.

Magnolia Express - 1ère partie - # 17

Nouvelles de la région
 
"Comme chaque année depuis maintenant plus d'un siècle, la Fiesta va animer la ville de Tijuana pendant quelques jours. Des processions, des spectacles en plein rue, mais aussi des forains, des gens du cirque qui reviennent chaque année pour le plus grand plaisir des habitants. Enfin, cette année, en sus du traditionnel marché de la brocante, un gigantesque marché aux livres permettra aux amateurs de mettre la main sur l'exemplaire qu'ils cherchaient depuis des années. Trois jours sans dormir, pour bien passer l'année."
Je savais qu'en lui tendant cet article, je n'avais pas vraiment le choix : nous allions partir vers ce pays des rêves brisés, à la recherche de son Eldorado, sans savoir vraiment ce qu'il y avait au bout. Mais j'étais content, sûr de moi, sûr d'elle, c'était un voyage qu'il fallait faire parce qu'elle en avait besoin, mon petit chat aventureux.
 
Elle inclina sa tête vers moi, je voyais ses cils qui battaient un peu sur sa joue, son regard clair et sa petite fossette qui se préparait à sourire. Il était temps de parler, de lui montrer que j'avais tout prévu, arrangé, calculé, pesé, soupesé à la balance de l'existence :
- si tu veux, on y va. Je n'ai rien prévu, arrangé, calculé, pesé ou soupesé, parce que tout est simple : on ferme la maison, on charge Libellule, et on s'envole dans le soleil couchant.

Elle sourit en me regardant en coin :
- et la librairie ? et les oiseaux ?

Silence songeur. Je savais bien que j'oubliais quelque chose.





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Le roman, dans l'ordre, est
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jeudi 18 janvier 2007

Magnolia Express - 1ère partie - # 16

Ceci est une citation à des fins d'illustration musicale (détails ici). Il s'agit d'un extrait, en mono, de Preludin Fugue, par Eric Clapton, sur le CD Rush (B.O. du film), Warner Bros, 1992. Le disque est en vente ici.

Prélude en fugue (2)
 
Un soir, nous étions assis sur les marches de la terrasse, on voyait le vent qui courbait un peu les grandes herbes, emportant un petit nuage de poussière dans le soleil. J'avais un bras autour de son épaule, sa tête reposait sur la mienne et nous regardions les martinets qui cerclaient dans le ciel.
 
- Tu sais, quand ils veulent dormir, il leur suffit de monter à plusieurs milliers de mètres, et puis de se laisser planer toute la nuit, dans le vent. Et au petit matin, ils sont réveillés les premiers, le soleil s'occupe d'eux avant de s'occuper de nous.
- ...Mmm.
 
On était bien, joue contre joue, la joue d'Aline c'est comme une douceur tiède, une sensation de Floride contre ma peau, mais bon il fallait bouger, de ce Geste dépendait - qui sait - le bonheur d'Aline et son Apaisement. Je me tortillai un peu et sortis un bout de journal de ma poche, je l'avais trouvé ce matin, l'avais soigneusement découpé, et l'avais porté avec ma jubilation durant toute la journée, en me disant que j'avais trouvé ce qui ferait plaisir à ma rêveuse. Maintenant j'avais un peu peur, alors je lui ai tendu comme ça, en regardant le champ d'herbes dorées pendant qu'elle le prenait, le lisait, le retournait.
Puis me souriait. Un sourire d'Aline c'est comme une certitude qu'il ne peut rien nous arriver, assis sur les marches face au soleil déclinant, tandis que les grillons attaquent le Prélude en Fugue.



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Le roman, dans l'ordre, est
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Et allez donc, un coup d'oeil sous le capot...

C'est reparti pour les misères blogiques. Hier, comme un petit apprenti sorcier, j'avions viré des plugins (brrr que ce terme est odieux, disons des cramplogiciels) de mon DotClear, car je ne m'en servais pas (comback) ou que je souhaitais tester ma bravitude sans eux (spamplemousse. Mieux vaut un blog sans spamplemousse, mais avec les commentaires de Lili et la Grande Loulou, que l'inverse).
Las, Monsieur Jean revenu des morts, et Lili, ne peuvent plus visualiser mon bleug. La faute doit en être à un bidouillage aphteux dans un des fichiers PHP de config du bouzin, il fallait mettre des lignes abstruses dans des paragraphes abscons, et maintenant, ces lignes sont orphelines de leur cramplogiciel, alors elles plantent tout le bleug.
C'est assez perso, comme comportement.
Le plus poilant, c'est que je ne suis pas affecté par tout ça. Le bleug tourne toujours, pour moi, sous Opera, Firefox, et même, surprise, sous Internet Explorer.
Néanmoins, comme je tiens à la présence électronique de Monsieur Jean et Lili, je rétablis le cramplogiciel comback. Tenez-moi au courant, mes soeurs Anne : ne voyez-vous rien venir ?
Edit, mise-à-jour et autres pestouilles : Je n'ai pas réussi à réinstaller ComBack, car le site du concepteur est dans les nouilles. M'en fous, j'ai supprimé la ligne 95 de post.php dans DocTheme, j'espère que ça rétablit les compteurs. D'autant plus que Camille est aussi tombée dans la marmite à malices. Rah !

Livres lus - Dennis Lehane : Shutter Island et Prières pour la pluie

Je n'ai jamais fait qu'effleurer mon plaisir à lire Dennis Lehane. J'ai rencontré l'individu à deux reprises, avec deux media différents. D'abord, je suis allé voir au cinéma Mystic River, réalisé par Clint Eastwood, avec Sean Penn et Tim Robbins. Le film était une tragédie antique, qui aurait pu dériver d'une chanson de Bruce Springsteen (je pense à The Indian Runner). Or, sans que je le sache à l'époque, le film était tiré d'un roman de Dennis Lehane.
Ma seconde rencontre avec Dennis Lehane a eu lieu avec un roman. J'étais en vacances (?) à un endroit où j'essaie souvent de fuir certaines personnes, par exemple en me réfugiant aux goguenots. Dans cet endroit, j'avais non pas une de mes lectures habituelles (celles-ci sont plutôt réservées aux gogues de mon lieu de travail), mais Ténèbres prenez-moi la main (Rivages, 2005, 512 p.).
J'aime bien les romans noirs, c'est une évasion somme toute assez commune, partagée par tous les voyageurs de trains de banlieue. Mais là j'ai eu peur. Ce qu'écrit Dennis Lehane est troublant, inquiétant, ça laisse des images en tête. Et j'avoue que cela m'a bien plu, avec un cocktail que je serais infoutu de décomposer : ce sont des images frappantes, des situations de poursuite ou d'attente angoissée, mais rien de racoleur, rien de gratuit. Je déteste, par exemple, les outrances, que ce soit du sexe ou de la violence, cette complaisance à décrire de manière malsaine des compulsions négatives. Ici, rien de celà, il s'agit le plus souvent d'un ennemi inconnu, dangereux (vraiment dangereux), insaisissable, face au détective privé et sa collègue.
De même que j'avais dit d'Erri De Luca qu'il me nettoyait la tête, je dirais la même chose de Dennis Lehane, mais dans un sens différent évidemment : Dennis Lehane, c'est le bain d'eau glacée après le sauna.
Depuis, j'ai lu Un dernier verre avant la guerre (Rivages, 2005, 343 p.), qui est en fait le premier de la série, puis Sacré (Rivages, 2005, 410 p.) - les esprits sagaces auront remarqué que l'auteur a publié 3 romans en 2005, meuh non, c'est l'éditeur français qui les sort en salves.
J'arrive aux deux derniers. Shutter Island, à l'instar de Mystic River, délaisse le tandem Patrick Kenzie - Angela Gennaro, pour se focaliser sur une autre histoire, d'autres personnages. Shutter Island (Rivages, 2006, 392 p.) est inquiétant au possible. Très peu de violence comme dans les autres romans, mais toute une analyse intérieure. L'enquête d'un agent du gouvernement dans un hôpital psychiâtrique coincé sur une île devient un parcours obsédant vers la vérité. Tout est chausse-trappe, tout est mensonge, et l'ambiance est franchement inquiétante. Un de ces livres qui m'a fait rater ma station plus d'une fois (et pourtant, le coucou dans ma tête est habituellement réglé à l'heure atomique). Et le dénouement en vaut vraiment la peine.
Que dire après de Prières pour la pluie (Rivages, 2006, 477 p.) ? On retrouve avec plaisir le tandem Kenzie-Gennaro, avec en sus ce psychotique de Bubba, pour une histoire encore une fois très inquiétante, qui met mal à l'aise, et ne laisse personne indemne. Du vrai polar bien noir. Et puis, une fois n'est pas coutume, j'y ai déniché une citation :
"Les bestioles nous en voulaient. C'était encore une journée humide, suffocante ; l'eau s'évaporait sous la chaleur à la surface du marécage et les canneberges sentaient plus que jamais les fruits pourris. le soleil cognait fort et les moustiques attirés par notre odeur devenaient fous. [...]
Pendant un moment, j'ai moi-même opté pour une attitude zen consistant à les ignorer, à faire comme si mon corps ne présentait aucun intérêt pour eux. Mais au bout d'une centaine de piqûres environ, j'ai renoncé. Confucius n'avait jamais connu de journées à trente-cinq degrés présentant un taux d'humidité de quatre-vingt-dix-huit pour cent. Dans le cas contraire, il aurait probablement coupé quelques têtes et dit à l'empereur qu'il ne lui offrirait plus de petites phrases bien tournées tant qu'on n'aurait pas installé la clim' dans le palais."

Dennis Lehane, Prières pour la pluie, Rivages, 2006, p. 435-436.
Correspondance : sans grande originalité, je dirais que cela m'évoque Michael Connelly, dont je n'ai lu pour l'instant que Le Poète (Seuil, Points policiers, 2004, 541 p.).

mercredi 17 janvier 2007

Magnolia Express - 1ère partie - # 15

Ceci est une citation à des fins d'illustration musicale (détails ici). Il s'agit d'un extrait, en mono, de Preludin Fugue, par Eric Clapton, sur le CD Rush (B.O. du film), Warner Bros, 1992. Le disque est en vente ici.

Prélude en fugue

Ça faisait longtemps que je cherchais, je commençais à désespérer : je savais qu'il existait quelque part, ce livre, ça faisait si longtemps que je le cherchais. De temps en temps, je tombais sur une phrase, un paragraphe qui me plaisait, quand j'étais petite je les notais dans un cahier, et puis je les relisais le soir dans mon lit, cachée sous la couverture avec juste une petite lampe de poche.

Un soir, nous étions sur la terrasse, avec la prairie pleine d'herbes folles devant nous, et le soleil qui se couchait dans les arbres, loin derrière la rivière.




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Le roman, dans l'ordre, est
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mardi 16 janvier 2007

Magnolia Express - 1ère partie - # 14

Des nuages et des chats
 
Depuis quelques jours, je sentais qu'Aline ruminait quelque chose. Elle restait de temps en temps les yeux dans le vague, ni gaie ni triste, un peu pensive, et puis soudain elle s'ébrouait et je la retrouvais, un peu comme si un petit nuage floconneux était passé dans sa tête. Ça n'est pas très facile, quand on est un peu pataud, de savoir comment réagir avec ce genre de nuages, s'il faut attendre tout simplement, ou bien quoi.
Je me souviens d'une petite dame au yeux clairs, elle avait eu un chat comme ça, elle me disait : "Vous comprenez, il était bien chez nous, et pourtant, de temps à autre, il partait dans les bois, on ne le revoyait pas pendant une semaine, il ne pouvait pas s'en empêcher. Pourtant, il avait tout chez nous, il aurait pu être heureux comme ça... ".
Puis sa voix s'était un peu brisée : "Et quand il revenait, il était si affectueux...".
Elle restait les yeux dans le vague, avec une petite ombre de larme au bord des cils, parce qu'elle l'aimait trop pour l'enfermer, elle comprenait qu'il avait malgré tout besoin de sa liberté, et qu'il ne lui appartiendrait jamais entièrement.

- Aline ?
- ... moui ?
- Tu es libre. Je ne te tiens pas.

Elle a souri, puis elle m'a ébouriffé les cheveux en riant, elle fronçait son petit nez en me regardant, en riant toujours. On peut toujours poser des questions, les mots les plus importants sont ceux qu'on ne dit pas.
Si, si.




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Le roman, dans l'ordre, est .

Vide

Gros sentiment de vide.
J'ai envie de dire :
itou.

lundi 15 janvier 2007

Magnolia Express - 1ère partie - # 13

Conrad et son taxi
 
Comme tous les matins, Conrad arrive et donne un petit coup de Klaxon avant de descendre de son taxi. Conrad, c'est notre deuxième lever de soleil, avec son taxi jaune vif, briqué, lavé, bichonné, toujours brillant même après une nuit de travail.
Il arrive en faisant sonner la porte, il cligne un peu des yeux, il dit bonjour à Aline (Comment ça va Aline, Bonjour Conrad, venez prendre un p'tit truc chaud avant d'aller dormir). Et on reste tous les deux, Conrad et moi, à regarder Aline qui va vers le réchaud, et qui prépare un p'tit truc chaud.
 
Un jour, j'avais demandé à Conrad pourquoi il faisait le taxi de nuit, ça n'était pas vraiment par curiosité : j'imaginais souvent des raisons diverses, et c'était suffisant.
Il a hoché la tête, les yeux un peu dans le vague tandis qu'il faisait tourner la cuillère dans sa tasse.
- Tu sais, il n'y a pas vraiment de raison.

C'était une chose à laquelle je n'avais pas pensé.
A la réflexion, c'était la seule réponse.




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Caillou - Histoire de fantômes

(comme il s'en passe dans le Montana)

C'était une vieille maison abandonnée.
Un jour, passa un fanthomme qui n'aurait pas dû passer.
Il y trouva une fantfemme qui n'aurait pas dû être là.
Il était un pur esprit,
Elle était un pur esprit :
Ils s'embrassèrent.

Un baiser de fantômes,
C'est un pétillement magnétique,
Une bulle d'étincelles,
C'est doux comme de la fumée froide,
Comme une haleine dans le brouillard.

Ils revenaient de temps en temps dans la maison abandonnée.
Parfois, il venait seul, et flottait en l'air, indécis.
Souvent, elle le rejoignait
Et ils dansaient un ballet aquatique.
Mais le lever du soleil interrompait toujours trop tôt leur rencontre.

Un an après s'être rencontrés,
Ils se quittèrent,
Pour aller vivre leurs vies fantômatiques
Ailleurs.

Nulle trace sur le sol, nulle profondeur dans les canapés
Ou sur les lits poussiéreux.
La vieille maison abandonnée fit comme si
Rien ne s'était passé.

vendredi 12 janvier 2007

Magnolia Express - 1ère partie - # 12

Deux auditeurs souriants

  Je suis retournée au magasin quelques jours après, je ne savais pas très bien quoi lui dire. J'étais sûre que ça n'était pas le livre que je cherchais, mais...
Enfin, j'avais beaucoup aimé "Les loups et les hommes", une suite d'histoires où l'on retrouvait souvent les mêmes personnages, sous des éclairages différents, tantôt loup tantôt homme, tantôt sympathique tantôt dangereux. L'autre livre, c'était un recueil de poèmes, "Broken leaves across the cliff".

  - et le demi-livre ?
- Ben, vous savez, c'est un livre pour enfants...
- Oui (il sourit). Mais c'est un bon livre pour enfants, un qui finit bien.

  Je regardai un peu le magasin autour, ça n'était pas une de ces librairies avec néons blancs qui mettent les livres en prison, il y avait même deux fauteuils en vieux cuir. Il suivait mon regard :

  - C'est pour que les gens goûtent sur place avant d'acheter.
- Mais vous n'avez jamais de vols ?
- ... Beaucoup de gens aiment mes livres.

  Il souriait bien, on voyait des petits plis tout autour de ses yeux, de sa bouche et ses yeux avaient l'air de beaucoup s'amuser. Un peu comme s'il se racontait des bonnes histoires, et que ses yeux s'amusent à l'écouter.
Finalement, on n'a jamais besoin d'un grand auditoire.

Tronches de cake

Voilà le fruit de ma réunion avec huit collègues.



Il y a encore du chemin à parcourir...



ça n'est pas pour me déplaire.

Sérénorbitude

C'est une semaine un peu étrange, et une fin de semaine discutable. Je sors de 2h30 de réunion, ce qui aurait normalement le don de m'anéantir totalement. Mais j'en ai profité pour faire des dessins (enfin, des esquisses) en essayant de mettre en pratique les premiers conseils que j'ai lus dans les deux livres de dessin que j'ai reçus pour Noël.
Je viens de décider de ne pas aller à l'aïkido ce soir.
Le texte réclamé par la grande Loulou met du temps à être écrit, car il en dit finalement beaucoup sur moi.
Il fait nuit, je tombe - sur Pandora.com - sur une vieille chanson de David Crosby.
J'aurais été étonné, si on m'avait dit "ce soir, à 17h20, tu te diras 'allez, je vais encore faire 40 mn de calculs financiers pour la mise à jour de ce livre', et tu l'envisageras calmement, sans frustration ni envie d'être ailleurs".
Les secondes sont des petits caillous posés sur ma sérénorbitude.

jeudi 11 janvier 2007

Squelette

J'avais été invité à dîner chez lui. Nous passâmes à table : il y avait six squelettes assis à table, plus nous deux, soit huit convives. Il m'expliqua que les Romains dînaient toujours avec un squelette à table, pour se rappeler la présence de la mort.
Pour lui, c'était l'inverse : il invitait de temps en temps un convive pour essayer de se convaincre qu'au milieu de toute cette mort qui nous entourait, il existait peut-être encore un peu de vie.

mercredi 10 janvier 2007

Magnolia Express - 1ère Partie - # 11

Ceci est une citation à des fins d'illustration musicale (détails ici). Il s'agit d'un extrait, en mono, de Mississippi River, par J. J. Cale, sur le CD Grasshopper, Mercury, 1982. Le disque est en vente ici.

Mississippi River
 
Quand on arrive à la librairie, il est encore assez tôt, le soleil découpe des triangles de lumière sur les façades et les rues sont plutôt vides. Mais le temps que j'ouvre la porte, que je sorte les étalages et qu'on passe un coup de balai, on dirait que les gens se sont donné un signal, ils sortent tous dans la lumière et passent devant la vitrine, comme un fleuve. La rue était une rivière calme dans le matin, le brouillard y flottait encore quand le soleil s'est levé, on entendait des oiseaux chanter. Tout à coup, elle se colore, s'anime, et s'emplit d'une rumeur bourdonnante, elle devient fleuve animé, charriant des sentiments, des problèmes, des préoccupations, certains passants trottinent, d'autres remontent lentement le courant, le sourcil froncé et le regard fixé au ras de l'eau.
Aline et moi, on a choisi de rester sur la berge.




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mardi 9 janvier 2007

Batana - Blö (et quelques autres)

Blö : n.m. Personne qui marche sans regarder où elle va. Ex : qui regarde les vitrines de Noël ; qui regarde les étagères Ikéa ; qui consulte son portable.
Par extension : véhicule de la voirie qui arrose le trottoir avec un jet puissant destiné à catapulter les crottes dans toutes les directions, déclenchant une sensation de brumisateur merdeux sur le visage et les mollets du quidam (et de la Qui-Dame) qui passe.

Et voici les contributions récentes d'Atchoum :
  • Batana - Stymphaler : v.i. Enumérer une liste bien connue, par exemple les 7 Merveilles du Monde, les 9 planètes du système solaire (encore que la 9ème fasse débat), les 12 Travaux d'Hercule, ... s'apercevoir qu'il nous en manque un. S'énerver. "J'ai encore stymphalé sur les 7 Nains".
  • Ubuntu - Ensolminé(e) : adj. "Une journée ensolminée". Se dit d'une journée où, s'éveillant dans un train, on ouvre les yeux et découvre un paysage particulièrement enchanteur, comme le soleil levant sur la Loire par un matin d'hiver. Voir cette boule d'un rouge ardent et graver dans sa mémoire les couleurs insensées du ciel et de l'eau qui se confondent. Se dire que le dormeur en face de soi ne verra jamais cela. Croire qu'on a compris Monet.
  • Batana - Sépojuste : n.m. Sentiment de frustration qu'on éprouve devant une machine ou un appareil quelconque, lorsque les mêmes causes, reproduites plusieurs fois, ne semblent pas avoir les mêmes effets. Typiquement ressenti dans la file d'attente d'un magasin, alors que votre carte de crédit a été refusée pour la troisième fois, et que les 17 personnes derrière vous montrent des signes d'impatience (les 14 personnes devant vous, elles s'en fichent, car elles ont déjà quitté le magasin). "Sépojuste, elle a très bien marché au distributeur de billets y'a 1/2 heure..." "Ah, ben alors vous pouvez payer en liquide".
Tout cela a évidemment été enregistré dans l'Encyclopedia Batanica.

lundi 8 janvier 2007

300ème thibillet - Magnolia Express

Pour marquer d'une pierre blanche ce 300ème thibillet, je constitue un thibillet modifiable, à l'instar du 200ème billet.

Le projet Magnolia, d'abord hum hum évoqué (presque) fuligineusement, a repris du souffle, puis s'est allumé le 14 décembre, 5 mn avant que je ne descende fêter ça en offrant une heure open bar dans le lieu de mes perditions.

Voici donc la table des matières, que je complèterai régulièrement, de telle sorte que l'internaute nouvellement arrivé(e) puisse lire les chapitres dans le bon ordre.

Titre et début de la première partie : Prélude en fugue

Le vieil homme et la rivière
Café brûlé
Bob
Repas d'affaires chez les oiseaux
Tout sauf Joe Schlabotnik
Caletown
Deux livres et demie d'inconnu
Libellule
L'aigle de la route
Les loups et les hommes
Mississippi River
Deux auditeurs souriants
Conrad et son taxi
Des nuages et des chats
Prélude en fugue
Prélude en fugue (2)
Nouvelles de la région
De pancartes jalonner notre vie
Jack Kerouac, et quelques paysages

Deuxième partie : En glissant doucement au loin

La victoire des ours barbus
In the night, par Edward Hopper
Et ta nuit sera illuminée comme la mienne
Paquebot Taxi
Joe le bûcheron et les bouches d'incendie
Il faudrait que j'en parle à la NASA
Petit guide à l'usage des durs d'oreille
Papillons de nuit
La quête (1)
La quête (2)
Fort Zinderneuf
Breakfast dans l'air surchauffé
Maîtriser sa vie
Plongée sous-marine
Déchirement
Rhapsody in wood
Rendez-vous au paddock
Eileen
Rêve nocturne au milieu de l'été
Wells Fargo Inc.
Etape de nuit
Stuffy Beans
Repos
Tribunal de lapins
Lac
Gros Bêta
Vénus
Big Salmon Inc. (1)
Big Salmon Inc. (2)
Pas de mots pour ça

Troisième partie - Tijuana

Lait et crème fouettée
Pluie d'argent dans la vallée
Vieux Bill Horseshoe
Le convoi de la Rivière Sanguine
Mouvements syndicaux chez les lettres
Vieux Bill Horseshoe (2)
Vieux Bill Horseshoe (3)
Cargo cabane
George et Théa
Dîner des Grands de ce Monde
Dîner des grands de ce monde (2)
Pensées de Conrad
Dîner des Grands de ce Monde (3)
Un rêve d'Aline
Cahutes
Cahutes (2)
Ça marche
Anecdotes
Ballade
Marée humaine
Les îles enchantées
Âmes en peine
Ça marche (?)
Gloire à nos courageux pilotes
Et ta peine sera lavée dans les eaux d'un fleuve boueux

Quatrième partie - Magnolia

Quelque part au sud
Hauteurs du Tamalpais, 3h du matin
Grande pensée (1)
Grande pensée (2)
Grande pensée (3)
Grande pensée (4)
Grande pensée (5)
Cailloux blancs
Train fantôme
Train fantôme (2)
Assis sur ce train
Union Station
Si tu passes un jour en Oklahoma
Traces
Sautillons sautillons
Expectative
Haïku du vide
Grande pensée ?
Pas plus qu'un autre

Epilogue


La chanson du bateau de rivière


14 poèmes pour Aline

I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV.

Voilà, c'est fini. Un thibillet final se trouve là.




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Prise de poids... numérique

Je suis en train de ranger mes photos argentiques. Toutes mes photos argentiques. Cela fait des mètres et des mètres linéaires de photos. Une folie, bien plus que je n'aurais cru. Je vous régalerai du calcul, mais à vue de nez, ça ne peut pas être inférieur à 20 000 photos.
J'en viens à mon propos du jour. Je suis, comme tout le monde, passé au numérique. Certes, j'ai encore mes Nikon argentiques et les Leica (hin, hin, voui, voui !) argentiques de feu mon oncle, mais désormais, le numérique a pris le pas.
Ceux qui ne réfléchissent pas (mais je sais que mes lecteurs et lecteuses ne sont pas du nombre) diraient "très bien, ce passage au numérique, ça évitera de rajouter des cartons de photos". Las, les photos numériques prennent de la place... numérique. Pour l'année 2005, 1,33 Go. Pour 2006, 15,4 Go (car changement d'appareil). 15 milliards 400 millions d'octets, soit plus de 120 milliards de bits. Certes, les disques durs se font tout petits, et une carte flash contient désormais l'équivalent d'un millier de disquettes 3" 1/2 (3 000 disquettes 5" 1/4).
Mais les capteurs des appareils augmentent en capacité. Une photo "pèse" 3 mégas actuellement dans mon Nikon, mais le même type de photo pèsera plus lourd dans les générations futures d'appareils. Quant aux vidéos numériques (format DV), elles pèsent 200 Mo pour une minute, 1 Go pour 5 minutes... Je vous laisse imaginer quelqu'un qui filme, non-stop, l'anniversaire de son fils.
Aussi, tandis que certains auteurs sympathiques réfléchissent sur les problèmes d'identité numérique, je m'inquiète pour ma part de l'espace numérique occupé dans la vie de chacun. De même que, il y a quelques années, on a commencé à voir des loueurs de boxes (espace physique) pour désengorger les garages, greniers, caves (pour les maisons individuelles), verra-t-on des désengorgeurs numériques ? Après Weight Watchers, data watchers ?

vendredi 5 janvier 2007

Fulgurance

En écoutant des B.O. de films, notamment de westerns, notamment "Eldorado" :

Cyrano de Bergerac au siège d'Arras, c'est un peu John Wayne (et Richard Widmark) au siège d'Alamo. Certes, pour le premier, on pourrait dire qu'on lui a forcé la main ("vous aurez la bonté de vous faire tuer"), mais ce diable d'homme de Cyrano aurait refusé si cela avait été contraire à son sens de l'honneur. Dans les deux cas, il s'agit de cela : "les caves parlent d'un cas de conscience, nous on dit : un point d'honneur" (Pascal, dans Les Tontons Flingueurs). Voilà, ces hommes admirables se font tuer (ou blesser) à cause d'un point d'honneur. Ou est-ce à cause de ce point d'honneur qu'ils sont admirables ?

Je retourne à mon Souvaroff de steak haché. (mais bon sang, il faut que j'apprenne à peler les tomates, ça gâche tout, ces petites peaux).

Magnolia Express - 1ère partie - # 10

Les loups et les hommes
 
Alors je suis rentrée avec ces deux livres et demi sous le bras, j'étais plutôt embêtée, j'aurais préféré acheter un livre et puis voilà. Quand je suis sortie de la librairie il souriait toujours gentiment, puis il s'est penché à nouveau vers l'étagère du bas.
 
Quelques blocs plus loin on voyait une devanture avec des étalages de fruits, je me suis acheté une pomme verte et une pomme rouge, et je me suis assise sur un banc à côté. Il y avait juste un petit souffle de vent, et on entendait un peu de musique dans une maison en face, là où un rideau bleu ciel bougeait doucement à une fenêtre. J'ai croqué dans la pomme verte en ouvrant le premier livre et j'ai commencé à lire, dans ces cas-là on ne sait pas du tout ce que ça va être, et puis après on ne se souvient plus de rien, on se laisse juste entraîner, il y a des livres bien, et puis il y a les autres, jusqu'à la dernière page on attend ou on espère.
Le livre s'intitulait "Les loups et les hommes" (j'aime bien les loups) et il commençait comme ça : "Dans un système écologique, les prédateurs ne peuvent jamais être plus nombreux que leurs proies, sous peine de mourir de faim rapidement. La régulation cyclique des espèces (un être naissant prend la place d'un être mort) assure la survie harmonieuse de chaque groupe : dès qu'un point d'équilibre est rompu entre prédateurs et proies, on assiste à un mécanisme de régulation. L'une des espèces se développe jusqu'à un nouveau seuil d'équilibre, ou bien se réduit, faute de nourriture. L'observation d'une pyramide alimentaire permet de comprendre qu'il existe un équilibre naturel entre chasseurs et proies".
En fait, je devais m'en apercevoir, ça n'était pas un livre sur les loups, enfin pas ceux auxquels je pensais.





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jeudi 4 janvier 2007

Magnolia Express - 1ère partie - # 9


L'aigle de la route
 
J'ai toujours aimé rouler, en voiture, en camionnette, à moto. Je me souviens, quand j'avais quatorze ans j'avais acheté une mobylette avec mes économies, évidemment c'était pas le dernier modèle, et tous les garçons du quartier, ils me prenaient cent mètres dès le feu vert, et puis ils se croyaient en sécurité, ils ne savaient pas que l'Aigle de la Route était derrière eux. Dès qu'on avait une ligne droite un peu longue, je n'avais même pas besoin de la pousser, ma mob les rattrapait doucement, ils ne se doutaient de rien avec leurs pétrolettes couleur rose bonbon. Et puis tout à coup, leurs cheveux se hérissaient, et ils se courbaient vite sur le guidon, espérant m'échapper. Mais on n'échappe pas à l'Aigle de la Route sur son Speedster Compensé, voilà ce qu'il en coûte de se croire infini. Je les dépassais l'air dégagé, les yeux fixés loin devant, sur une trajectoire enfin digne de moi et bientôt je n'entendais plus que le ronflement du Speedster, tandis que leurs plaintes s'envolaient dans le vent, tout ça c'était déjà du passé.
 
Je me souviens avoir téléphoné chez moi, le jour où on m'a volé mon Speedster, j'avais couru partout autour du collège, il ne restait plus que l'antivol rouge vif.
- Manman...
- Qu'est-ce qu'il y a, tu vas bien ? Dis-moi, il ne t'est rien arrivé ?
- Manman...
- Pourquoi as-tu cette voix, ô mon dieu, mais dis-moi ce qui s'est passé, est-ce que tu es encore entier ?!
- on m'a volé le Speedster...
- le quoi ?
- ... ma mobylette...
 
Je n'y peux rien, je m'attache très vite. J'aurais aimé présenter le Speedster à Libellule, ils se seraient bien entendus, et Aline en aurait fait un copain.
Alors je regarde souvent dans la rue, si je ne le vois pas. Un jour, peut-être, je le retrouverai. J'espère.





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