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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

vendredi 22 décembre 2006

Trêve des confiseurs

Je prends des vacances, ce blog prend des vacances, il n'y a que les spammeurs qui sont actifs 24h/24.
Rendez-vous en 2007, profitez des nuits bleutées de fin d'année.

Caillou - Résolution

J'ai décidé d'arrêter de subir la pression
je suis désormais l'oeil à l'intérieur de l'oeil.

A chaque battement de paupière,
le monde extérieur se réinvente,
mes priorités se réajustent.

la saveur d'une gorgée de café pourra valoir plus que dix années de travail,
si la gorgée arrive au bon moment.
Le tout est d'être disponible,
ce qui n'est pas facile.

Je vis et je respire,
je cligne souvent des yeux,
et le monde se fixe
comme une photographie.

Désormais, je suis l'apostrophe du mot Aujourd'hui.

Livre lu - Eric-Emmanuel Schmitt : L'évangile selon Pilate

Au retour du semi- et du marathon d'Amsterdam, discussion nocturne dans la voiture qui nous ramenait à Paris. Je parlais du Judas de Marcel Pagnol, une pièce sur laquelle le sort s'est acharné (interprète principal tombé gravement malade, réactions des chrétiens et juifs, difficultés à atteindre l'équilibre financier), mais qui avait une thèse audacieuse.
Judas, le disciple préféré, le plus cultivé, celui qui gérait les ressources financières des apôtres, aurait trahi le Christ sur sa demande ("L'un de vous doit me trahir") (c'est moi qui souligne). A cette occasion, nous avons eu une grande discussion à 5 : un juif pratiquant, un catholique pratiquant, et 3 non alignés (entre athée et agnostique). L'un des participants m'a alors conseillé de lire L'évangile selon Pilate (par Eric-Emmanuel Schmitt, Livre de Poche n° 30 514, 2005, 286 p.)
C'est fait.

Ecce HomoCe livre est composé de deux parties, et d'un supplément :
  • Une première partie (intitulée prologue, mais longue), où Jésus, dans le Jardin des Oliviers, parle et se remémore ce qui l'a amené là.
  • Une seconde partie où c'est Pilate qui parle, et qui enquête.
  • Un supplément, le Journal d'un roman volé, qui est lui-même un petit roman racontant la sortie du livre.
J'ai beaucoup évolué au fil de ma lecture.

  • Phase 1 : oui, c'est une écriture simple, voire simpliste, on y retrouve la thèse de Judas qui trahit par obéissance, mais c'est moins creusé que dans la pièce de Pagnol, tout cela se lit confortablement, se lit vite, ce n'est ni désagréable, ni transcendant.
  • Phase 2 : Pilate est quand même étonnant, il est rationnel comme un romain, et il cherche des explications plausibles à l'inexplicable. Son enquête est une enquête policière, et il est étonnant de ressources, d'imagination, pour chercher le(s) coupable(s) du vol du corps du Christ dans son tombeau. Plus les pages passent, plus le Pilate sanglé dans sa fonction devient un humain, peut-être même (mais l'histoire s'arrête avant) un germe de chrétien.
  • Phase 3 : Ce roman finit sur une phrase majestueuse, et l'on poursuit dans son plaisir avec cette partie rajoutée, ce journal d'un roman volé, où Eric-Emmanuel Schmitt livre ses pensées pendant les derniers mois de rédaction, et les premiers mois de ventes du livre. Là encore, la dernière phrase est étonnante.
Que dire de ce roman (je tiens au terme, autant qu'Eric-Emmanuel Schmitt) ?
Son apparente simplicité n'arrive pas à occulter l'énorme travail, intellectuel et spirituel, de l'auteur. Le lecteur est constamment respecté dans ses convictions, Eric-Emmanuel Schmitt ne démontre pas, il illustre, alternant les données d'enquête (comment crucifiait-on ?) aux pages sensibles, ou drôles, ou profondes. Le tout, je me répête, sous un discours extrêmement simple, qui a presque valeur de parabole.
Je ne sors pas de ce livre en étant (re ?) devenu chrétien, mais voilà un roman que je conseillerais à toute personne ayant un minimum d'ouverture d'esprit, et d'intérêt pour les religions.

Magnolia Express - 1ère partie - # 8

Libellule

Pendant qu'Aline s'installe, je nettoie vite le pare-brise de Libellule, c'est ma camionnette. Je le fais rapidement, en surveillant Aline parce que temps en temps elle me pique ma place et j'ai perdu mon tour de conduire. Non, ce matin, elle farfouille juste dans la boite à gants, et elle pêche sa paire de lunettes fumées, un truc qui lui cache tous les yeux, on se demande comment elle fait pour voir à travers. Elle a mis un T-shirt clair et on voit ses bras bronzés et elle me regarde et je souris, allez c'est bon, il est propre ce pare-brise, de toute façon on connaît bien la route, Libellule et moi.

Comme d'habitude, Libellule refuse de démarrer d'abord, on dirait qu'on la réveille, et je sens qu'Aline sourit, parce qu'elle, elle n'a jamais de problème, elle est bonne copine avec Libellule. Dans ces cas-là, je prends un air sérieux en donnant des petits coups d'accélérateur, allons allons, dépêchons-nous, voyons, pas d'enfantillages.

VROUM, VROUUUUM, Vroummmmm...

La main d'Aline vient juste se poser sur ma nuque comme un petit animal, et je fais attention aux cahots, pour ne pas effrayer cet oiseau-mouche que je sens tout chaud, palpitant. Pourquoi aller chercher plus loin ?







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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

à Chou

Je marche comme un coureur, c'est la nuit, c'est l'hiver
Les frimas estampillent d'une nuée blanchâtre
Les trottoirs fatigués, leur poussière grisâtre,
Sous mes pieds assoiffés en quête d'un mystère.

Les astres n'étaient pas dans la bonne atmosphère.
J'ai dû combattre ainsi avanies et tracas.
Voyez-moi maintenant, j'étais piégé là-bas,
Par ma femme, par ma gorge, surtout par mes sphincters.

Mais la nuit est glaciale, et  l'étoile polaire.
Il fallait que je bouge le sang qui est en moi
Pour réveiller la bête, qu'elle ressente l'émoi
De venir à une fête, à cet anniversaire.

Je dois donc le rejoindre, ce Laurent trentenaire
Il n'est pas beau, ah non, et pour que Vanessa
L'ait accepté enfin, c'est qu'il ressemble à moi
En moins bien peut-être, mais quand même mon frère.

Poilu, barbu, fourchu, expulsé des enfers,
Il pratique un sabbat odieux et satanique
Entouré de ses femmes, ses sbires et de sa clique
Dans son temple vaudou, nommé Petit Keller.

Repentez-vous chrétiens, le vin est délétère !
La joie est dangereuse, elle détourne de Dieu.
Oubliez ce pêcheur et ses genoux cagneux
Ses enfants corrompus, son épouse adultère !

Laurent, mon pauvre ami, ne fais donc plus le fier,
36 ans ont sonné, tu n'es plus qu'une épave
Un Titanic rouillé de la poupe à l'étrave
Vieux laboureur de flots, jadis séminifère.

Il est tard, et tout sombre, éléphant solitaire.
Les plaisirs ont vécu, les souvenirs nous restent.
Souviens-toi bien longtemps de ce soir, de cette feste.
Le monde était à toi, et à nous, forts et fiers.

En cette soirée glorieuse, au profond de l'hiver,
Où de tes 36 ans, tu narguas la planète
Et elle nous attirait, ta force centripète
Faisant étinceler tout ton anniversaire.

jeudi 21 décembre 2006

Magnolia Express - 1ère partie - # 7

Deux livres et demie d'inconnu

- Bonjour Monsieur, voilà je cherche un livre.
- Ça tombe bien, parce que j'en vends. Si on a de la chance, j'ai peut-être votre livre ?
- Ben oui, j'espère, parce que je l'ai souvent cherché, mais à chaque fois on m'en donne un autre...
- Ah bon...
- ... Mais je ne veux pas le dernier livre de Joe Schlabotnik, parce que ça n'est pas celui-là.
- Ah bon...

Il me regardait en souriant, et puis il s'est relevé en fermant son cahier, il était un peu plus grand que moi. Il continuait à sourire alors j'ai dit Je veux un livre à lire vous comprenez, et tous les libraires me posent des questions et à la fin ils me vendent un livre qui n'est pas du tout ce que je cherchais.

Il hochait la tête d'un air sérieux, il faisait une petite moue, il avait l'air de chercher.

- Bon, me dit-il, c'est un peu embêtant...
- Vous n'avez pas ce genre de livre ? (Déjà, je me préparais à partir, c'est quand même énervant).
- Si, si, mais j'en ai plusieurs différents, alors je ne sais pas...
- Ah...
- Écoutez, je peux vous les prêter, et puis vous m'achèterez celui qui vous plaît ? Je suis désolé, normalement je donne des conseils et les gens sont contents. Ça ne vous embête pas que je vous les prête ?
- Non pas du tout, mais ... (il souriait) ... Qu'est-ce qui vous dit, enfin, je veux dire, je pourrais ... (il souriait) ...

Il se tourna légèrement, attrapa deux ou trois livres sur l'étagère du haut. Enfin, deux livres normaux et puis un petit qui n'avait pas encore fini de grandir. Deux livres et demi.







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Magnolia Express - 1ère partie - #6


Caletown

Après le petit déjeuner, il faut se préparer pour aller en ville, parce que la librairie doit ouvrir comme tous les matins, sinon les gens s'inquiéteraient. Les fois où je n'ai pas ouvert la librairie le matin, il y en a qui viennent me voir le lendemain, et ils ont l'air ennuyé : "Vous n'avez pas ouvert, hier matin ?". Alors j'essaie de les rassurer, parce que c'est vrai que c'est gênant, il ne faut pas causer de mauvaises surprises aux gens qui aiment les livres.
Aussi ce matin je pousse un peu Aline qui se brosse les dents, et je dis C'est sûr que ce serait mieux si on habitait au-dessus de la librairie, comme ça on pourrait l'ouvrir et puis retourner petit-déjeuner, et puis on installerait une sonnette et il y aurait marqué "Si vous voulez un livre, vous n'avez qu'à sonner". Mais Aline me répond en secouant la tête (elle a encore de la mousse dans la bouche), puis elle dit A Caletown, on ne verra plus Bob, et puis c'est bien ici, et les oiseaux qu'est-ce qu'ils mangeront ?
Oui, c'est vrai. Aline a souvent raison, parce qu'elle voit des choses que je ne vois pas, comme Bob ou les oiseaux. J'aime bien Aline, on tombe toujours d'accord.
Alors je vais faire chauffer la camionnette, et puis on part. Ce matin, c'est à moi de conduire.







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Magnolia - passage au multimédia

Dès le départ, ce roman était conçu comme "devant être écouté avec certains morceaux de musique". Ou, pour être plus précis, certaines pages - mais pas toutes, loin de là - sont associées à un morceau de musique, l'ensemble des morceaux constituant la "Bande Originale" du roman.
Je viens donc de mettre en place le premier morceau, et cela nécessite un discours juridique et moral (ce qui n'exclut pas le plaisir) :
  • Je suis propriétaire de tous les CDs sur lesquels se trouvent les morceaux que je cite.
  • Je ne prends au maximum que 19 secondes de chaque morceau, encodé en MP3 et en mono, pour indiquer clairement le caractère de citation courte d'une oeuvre, dans le respect de la jurisprudence actuelle.
  • Je mentionne à chaque fois le titre de l'oeuvre, de(s) auteur(s), le distributeur, et pointe vers un site de vente du CD.
  • Je mets ces citation pour vous encourager à acheter légalement ces morceaux, et rémunérer les artistes. Si vous êtes étudiant(e) désargenté(e), je vous signale que ces titres se vendent aussi à l'unité sur les sites de musique en ligne, et qu'il existe des sites de vente de CDs d'occasion.
  • Je retirerai ces morceaux sur simple demande de la part des auteurs ou de leurs représentants.

mercredi 20 décembre 2006

Insondables abîmes bureaucratiques

Ce matin, démarche pour m'inscrire sur les listes électorales. (car je veux pouvoir voter pour le président Salengro en avril 2007).

- Bonjour, je veux m'inscrire sur les listes électorales.
- Y faut votre carte d'identité.
- Voilà.
- Y faut un certificat de domicile.
- Voilà une facture EDF.
- Ah aaaah ! Mais elle date de juillet ! Il faut une facture de moins de 3 mois !
- Oui, mais je suis mensualisé. Regardez, ma prochaine facture arrivera en juillet 2007...
- Pas de problème, donnez-nous une facture GDF.
- La voilà : je suis aussi mensualisé.
- Une facture France Telecom.
- Je ne suis plus abonné FT, j'ai une Freebox.
- Ah ben alors c'est tout simple, demandez une quittance de loyer.
- Je suis propriétaire.


(long silence)

- une facture de téléphone portable !
- Ah oui, ça j'ai.


Moralité : la ligne EDF, elle est physique, elle atteste bien de ma présence dans un lieu donné. Les tuyaux de gaz, ils arrivent chez moi, donc ils valent un certificat de domicile. Les fils de France Telecom sont connectés à ma maison, donc valident ma présence. Mais finalement, qu'est-ce qui est retenu pour attester de mon domicile ? Un téléphone portable, le plus nomade des équipements.
L'administration française est total en avance. A quand la taxation des revenus dans les mondes virtuels ?

Caillou - Noël

Premières gelées.
Le soleil d'hiver
est une chandelle qui transforme
le givre en sucre cristal
sur les trottoirs.

Magnolia Express - 1ère partie - # 5

Tout sauf Joe Schlabotnik

Je m'appelle Aline, et il y a un mois je voulais acheter un livre, mais je n'avais pas d'idée, je voulais juste lire un livre. C'est toujours très difficile de trouver ce genre de livre, on a l'impression qu'on embête les libraires, ils ne savent pas du tout quoi vous proposer. Alors je suis descendue vers le centre ville, en essayant de trouver une librairie que je n'avais pas encore essayée, mais je ne me faisais pas d'illusions : on allait encore me poser plein de questions, tout ça pour se retrouver avec le dernier roman de Joe Schlabotnik, "tout le monde m'en dit du bien, vous verrez vous allez aimer". Alors moi je veux bien, je prends le livre, je le paye et je le lis, mais ça n'est jamais le livre que je cherchais.
J'attendais le signal lumineux pour traverser la rue, quand j'ai vu une petite librairie un peu plus loin sur la droite, de l'autre côté de la rue, il y avait marqué LIBRAIRIE en jaune au dessus de la devanture, et quelques étalages devant, avec des livres rangés sagement. J'essayai de voir à l'intérieur, mais il ne semblait y avoir personne. Pourtant quand j'entrai, je le vis, accroupi devant une étagère, en train de noter quelque chose sur un cahier.







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mardi 19 décembre 2006

Actor's studio

Tronche de cakeJ'ai été contacté par un étudiant du MBA dans lequel je sévis, pour une interview en vidéo. Je me disais "OK, pas de problème, il pose des questions, tu réponds des conneries trucs de prof".
Or, le sympathique étudiant m'a détrompé : point n'était-ce une interview, mais plutôt un monologue filmé.

- mais de quoi je parle ?
- de ce que vous voulez...
- mais je vais dire des trucs inintéressants
- mais non, mais non...
- mais je vais pas y arriver sans tableau ni diapos
- mais si, mais si...
- mais ma cravate est tachée
- mais non, mais non...

Il y a encore des progrès à faire (diction, body language of the star wars), mais il paraît que je suis tel qu'à l'ordinaire.

Avertissement 1 : ceux qui ne me connaissent pas, vous avez encore le choix de reculer, de laisser s'exprimer vos fantasmes sur l'être idéal que je pourrais être, et de vous affranchir de la réalité crue d'une vidéo peu flatteuse dans un bureau pourrave.

Avertissement 2 : le monologue dure plus de 8 minutes, ce qui est très long. Je vous conseille de télécharger toute la vidéo avant de la regarder (en appuyant vite sur pause et en attendant que le petit curseur gris aie rempli la ligne blanche, attention, ça fait sauter deux points au permis), ça évitera les sautes d'image ou de son.

Bon, vous êtes sûr(e) ? C'est ici.

La Grande Faille d'Utopie

Les mondes virtuels et leur économie parallèle, j'en ai déjà parlé. Dans la même veine, je lis que des hackers vendent aux enchères des failles de sécurité non encore patchées dans Windows Vista.

J'apprends avec les techno-beaufs : une faille de sécurité, c'est une brèche dans les bits. Certains hackers découvrent que, en réalisant une séquence d'opérations données (ex : j'envoie une requête en AnarchicBasic dans une table MySQL en même temps que je fais Alt-Z-O-R-R-O sur le clavier), on peut déclencher des choses non prévues, qui permettent par exemple de "rentrer" dans le système d'exploitation pour, just for fun, reformater un disque dur à distance, envoyer des miyards de spams, ou faire en sorte que l'ordinateur acquière une conscience supérieure.
Il existe des dizaines de failles de sécurité non corrigées dans Internet Explorer ou dans Windows.

Cela devient extrêmement gloussatoire. Que des gens vendent aux enchères une faille de sécurité (un actif hautement immatériel) sur un système d'exploitation non finalisé (Windows Vista n'est pas encore sorti - et à mon avis, une version non bugguée ne verra même jamais le jour), c'est de la virtualisation de virtuel. Et que d'autres personnes achètent cette information pour des dizaines de milliers de dollars, ouloulou, ça promet une dévaluation du dollar. Ou de l'action Microsoft. Ou de la place boursière virtuelle des mondes en ligne comme Second Life. Ou du sous-jacent électronique des écritures de bourse passées dans les chambres de compensation.
En finance, on a les options. Option d'acheter une action. Option de vendre du cacao à terme. On a aussi les options d'options (option d'acheter une option de vente de blé à 3 mois), les options d'options d'options etc. Cette mise en abyme devient vertigineuse : à quand des hackers virtuels, vivant uniquement comme avatars sous Second Life, qui attaqueront le système informatique de la Bourse de Second Life, bref, des informaticiens d'informaticiens d'informaticiens attaquant la Bourse d'un jeu d'une société.
Une seule certitude : les ventes d'aspirine vont flamber.

Magnolia Express - 1ère partie - # 4

Repas d'affaires chez les oiseaux

Chaque matin, quand nous avons fini de boire le café, Aline s'étire sur sa chaise, se lève et met les grandes tasses dans l'évier, puis fait couler dessus de l'eau chaude, un petit nuage de vapeur monte vers la fenêtre.
Les oiseaux connaissent bien l'heure, et quand je sors pour secouer la nappe, ils atterrissent juste sur les dalles de la terrasse. Certains se posent à la fin d'un long vol plané, en battant rapidement des ailes, puis sautillent vers moi d'un air affairé. J'aime bien ce moment là, à déchaîner une petite fête avec ma nappe de coton à carreaux. Par derrière, j'entends les cling cling d'Aline qui finit, le soleil commence à fabriquer des ombres, et la rivière se devine derrière une rangée d'arbres, un peu plus bas. Quelquefois, je reste avec ma nappe qui pendouille, à écouter et regarder. Au bout d'un moment, j'entends qu'on pousse le battant de la porte derrière moi, et deux bras doux se nouent autour de ma taille. Je sens son visage appuyé contre mon dos, elle écoute aussi et je n'ose plus bouger.
Ça fait déjà longtemps que les oiseaux sont partis travailler.







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lundi 18 décembre 2006

Magnolia Express - 1ère partie - # 3

Bob


Quand nous descendons enfin, les champs commencent à être ensoleillés, et une fumée de vapeur monte de la terre, les arbres sont encore endormis, on entend juste quelques oiseaux. De temps en temps, quand on a de la chance, on voit un renard qui traverse l'herbe en trottinant et qui rejoint vite la haie dans l'ombre. Je l'ai appelé Bob.


Je me souviens de la première fois qu'Aline a vu Bob. C'était au petit matin, je ne la connaissais que depuis la veille et je ne savais pas encore comment elle dormait, ce qu'elle aimait comme café, ce qu'elle pensait du Président Nixon, enfin tout quoi. Nous dégustions notre café brûlé, les yeux dans les yeux, je regardais les paillettes dorées dans les siens, et les petits plis de sourire autour. Je la regardais froncer le nez, plonger dans sa tasse à la recherche des dernières gouttes, et puis soudain elle s'est immobilisée, le regard fixé derrière moi, vers la fenêtre de la cuisine. Je me suis retourné juste pour voir le panache de Bob disparaître dans le fourré.

- c'est Bob, lui ai-je dit. Pour expliquer.







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Décimer les importuns

L'inconvénient, d'avoir une ligne téléphonique qui marche à nouveau, ce sont les démarcheurs qui appellent "pour m'informer des toutes nouvelles dispositions fiscales". J'ai une solution pour éviter ces fâcheux, qui m'est apparue cette nuit vers 4h du matin.
Cela part du syndrôme du bon skieur. Quand on est skieur débutant, on passe 15 minutes à remonter la pente (tire-fesse, télésiège, tire-fesse) et 2h à la descendre. Rapport plaisir-emmerdement : 8 pour 1. Quand on est bon skieur, on passe 15 mn à monter (non, les bons skieurs ne montent pas plus vite) et 5 mn à descendre. Rapport plaisir-emmerdement : 1 pour 3.
Au téléphone, qu'est-ce qui prend peu de temps au démarcheur ? Le temps de composer le numéro...
On a connu (j'ai connu) les numéros à 7 chiffres, puis à 8 chiffres, puis à 10 chiffres. L'inflation de la population nous conduit inéluctablement à des numéros avec plus de chiffres, ou avec des décimales. Au lieu de composer 01 42 52 62 72, il faudra composer, pour certains, le 01 14,72 26,743.
"Cela ne change rien", direz-vous. Que si.
Si vous voulez être mis en liste rouge, vous demanderez à avoir un numéro fraction.
Le démarcheur qui voudra m'appeler à mon numéro "2/3" sera obligé de composer "zéro virgule six six six six six six six (etc. à l'infini)". Même Rachmaninov, y pourra pas me joindre...

vendredi 15 décembre 2006

Magnolia Express - 1ère partie - # 2

Café brûlé

Quand on a échangé un signe, le vieil homme et moi, je remonte dans la chambre avec ma tasse de café. C'est du bon café brûlé, et l'odeur embaume tout l'escalier et la chambre. Je m'assieds dans le lit et j'attends que l'odeur chatouille les narines d'Aline, j'attends qu'elle se retourne en faisant Mmmmmgrmff vers ma grande tasse de café. J'adore la regarder qui se soulève, et qui me lance un regard peu amène, des cheveux dans la figure et le nez chiffonné. Moi je me contente de prendre un air détaché, et de humer mon café en regardant les rayons de lumière au plafond. Ça n'est pas de ma faute si j'aime bien me lever tôt le matin, et le café quand il a une chaude odeur de bois.






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Magnolia Express - 1ère partie - # 1

Ceci est une citation à des fins d'illustration musicale (détails ici). Il s'agit d'un extrait, en mono, de The Old Man and Me, par J. J. Cale, sur le CD Okie, Mercury, 1974. Le disque est en vente ici.

Le vieil homme et la rivière

Chaque matin, le vieil homme passe devant ma maison. La brume se lève à peine, la rivière est encore tranquille, glacée comme un miroir et transpercée ça et là par quelques roseaux pointus. Il suffit que je descende vers la berge, l'herbe me chatouille les pieds, que le ciel soit gris ou bleu, pour entendre le bruit de son vieux moteur, comme une horloge qui ferait Touk Touk Touk Touk. Quelquefois je me suis fait un café, et je descends avec ma grande tasse serrée dans les mains, d'autres fois j'ai juste les poings au fond des poches, les yeux plissés à attendre l'apparition de son vieux bateau au tournant de la rivière. Il passe chaque matin, pour aller pêcher plus bas, vers la mer, on se fait juste un signe, ça nous suffit pour la journée. Et quand la vie est triste, quand tout est lourd et sans saveur, j'aime bien le voir glisser doucement vers la mer. Il ne pourra rien m'arriver tant que le vieil homme passera chaque matin devant ma maison.

Aline me dit que ça ne sert à rien, elle ne comprend pas et souvent elle me jette un oreiller à la tête quand je me lève. Ça fait partie du rite, et même si elle me rate souvent, j'aime bien qu'elle m'envoie son oreiller à la tête. Les matins où elle reste à bouder, j'attrape un de ses pieds nus, et elle le retire sous la couette en faisant Ouuuuuh, et elle émerge doucement sous ses cheveux tout décoiffés.




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Free, Free, set me Free

(Note technique, et note d'humeur)

Non-Freenautes, passez votre chemin, ou continuez à lire, pour vous foutre de moi. Freenautes, ceci est un thibillet très long. Alors je teste les ancres :

Etat du problème

1ère réaction : « ça doit être de ma faute »

2ème réaction : « j'ai fait le boulot, que va me répondre Free »

3ème réaction : « foin des messageries, engueulons-nous avec un humain »

Conclusion : quelques conseils, qui me serviront aussi de pense-bête

Epilogue

Executive summary

Cette note sert à délayer mon exaspération, mais aussi servir d'aide-mémoire, pour moi, mais aussi pour mes petits camarades freenautes qui ont des problèmes de connexion. Accessoirement, cela servira, peut-être, à faire résoner le tam-tam de la jungle, à créer du fuzz, du buzz (non, pas de la beuze).

Etat du problème :

  • je suis abonné à Free, en dégroupage total (plus aucun abonnement France Télécom), je suis donc censé avoir de l'ADSL, de la téléphonie, de la télé (plus de 100 chaines)

  • je dépends du DSLAM de Charleville (CHA92), à 3400 m de mon domicile

  • j'ai une Freebox version 3 ou 4 (je ne sais plus) depuis 2005

  • depuis 4 semaines, je n'ai plus de téléphone (plus de tonalité, pas de possibilité d'appeler, pas de possibilité d'être appelé)

  • depuis plusieurs semaines, j'ai des déconnexions intempestives de la Freebox : 88:88, chenillard lent, chenillard rapide, et là, soit 88:88 à nouveau (et c'est reparti) soit rectangle cligno, rectangle fixe, et 88:88, et c'est reparti. Mais de temps en temps, ça connecte, quand même. (à 30 € par mois, vous me direz, ça peut).

1ère réaction : « ça doit être de ma faute »

  1. hard reboot de la Freebox : nada
  2. lecture de la FAQ Free : nada
  3. contact de Free par mail (dans la console d'administration) : réponse en 2 jours pour mon premier message, et j'attends toujours la réponse au deuxième message. C'est marrant, parce que j'ai commandé hier soir une alimentation de rechange, depuis la même console d'administration, et là, j'ai tout de suite eu un mail qui m'a dit que j'allais être débité du montant d'achat + frais de port...
  4. lecture des excellents forums de l'ADUF (association des utilisateurs de Free) : éléments de réponse, notamment sur le nettoyage d'une ligne de téléphone

2ème réaction : « j'ai fait le boulot, que va me répondre Free »

  1. envoi d'un premier mail, en substance « j'ai des déconnexions intempestives de la Freebox, quid ? »
  2. réponse en 48h (48h, quand même...) : « veuillez suivre la liste de tests suivants, et seulement quand vous avez fait tous les tests, et que c'est négatif, recontactez-nous ». On me propose notamment :
  • de faire un soft reboot (c'est fait, coco)
  • de faire un hard reboot (c'est fait, 12 fois)
  • de vérifier si tout est branché (hin hin hin)
et là, on commence à entrer dans le paranormal :
  • de tester ma Freebox avec une autre alimentation. Ah ouais, pas con, mais je la trouve où, l'autre alimentation ? Un voisin compatissant, semble-t-il, parce que Free, il veulent que je fasse le test avant de les rappeler.
  • Si ça marche pas, de tester ma connexion avec une autre Freebox que la mienne. Petites annonces de mon bled : « particulier échangiste, bien sous tous rapports, échangerait Freebox potentiellement naze contre Freebox qui marche, pour test de plusieurs jours ».
  • De tester une autre installation électrique que la mienne, dans une autre maison (non, là je déconne)

3ème réaction : « foin des messageries, engueulons-nous avec un humain »

J'appelle la hotline dédiée au dégroupage total. Là, que des points positifs (au début) : interlocuteur qui décroche tout de suite, poli, et bien équipé. Il teste à distance (depuis le Maroc, c'est là où est délocalisée la hotline, semble-t-il Edit : depuis Paris, comme me le signale un Freenaute respectueux et courtois) et me diagnostique une alimentation probablement défectueuse. Bon, on progresse. Il me recommande chaudement de trouver un voisin échangiste, car il ne peut pas m'envoyer d'alim de test. Bon, je fais un effort, je trouve (merci la solidarité de quartier, des inconnus m'ont répondu pour me dire qu'ils étaient chez Neuf, chez Cegetel, donc qu'ils ne pouvaient pas m'aider, mais c'est tout de même sympa de répondre...)

Je vais chez ce voisin que je ne connais pas, contact fort sympathique, il teste mon alim sur sa Freebox et me confirme qu'elle est naze (mon alim). Il est dans la partie (informaticien) et commence à me dessiller les yeux : moi, je suis à 3400 m du DSLAM et je n'ai jamais réussi à avoir les chaines de télé correctement. Lui est à 3500 m et reçoit les chaines parfaitement. Mais son voisin d'à côté, rien du tout.

Je rentre chez moi et recompose le numéro de la hotline au Maroc. Le gars me dit : « OK, c'est l'alim, il faut que vous en achetiez une autre ». Je tombe de haut, et lui explique que Free me rend un service, pour 30 € / mois, et ce service consiste à mettre à ma dispo une Freebox qui marche, une alim qui marche, et une connexion ADSL qui marche. Lui me répond « l'alim n'est plus sous garantie, donc c'est à vous de la payer ». Dialogue de sourds (moi : "ce que vous dites, c'est que Free ne garantit la qualité de ses alim que la première année, en bref, qu'elles ont une espérance de vie d'un an ?" Lui : "mais non, je n'ai pas dit ça"), dialogue que je coupe, car à 34 centimes la minute, le hotliner a tout intérêt à palabrer sans fin. Moi pas, car je suis un mec hyper important.

Pour conclure, quelques conseils, qui me serviront aussi de pense-bête :

  • à plus de 2500 m d'un DSLAM, il ne faut pas trop espérer avoir les chaines de télé. Dans ce cas, passer au cable (numericable) ou la fibre optique (erenis) et abandonner Free.
  • essayer de nettoyer sa ligne téléphonique comme indiqué ici : enlever les condensateurs des prises, déconnecter les fils inutiles, passer tous les fils de cuivre au Mirror, tirer un cable neuf depuis le DSLAM, demander de l'aide à E.T., frotter tous les électrons de l'air ambiant pour qu'ils conduisent l'électricité statique, faire appel à Pikachu...
  • Si Freebox déconnecter régulièrement, regarder l'alim d'un mauvais oeil.

Dans les différents moyens de s'en sortir, voici ma note (5/5 = très bien, 1/5 = d'un faible intérêt)

  • lire la FAQ Free : 3/5
  • envoyer un mail : 1/5 (quand je pense qu'il y a des personnes qui écrivent une lettre...)
  • appeler la hotline générale : 2/5
  • appeler la hotline dédiée : 4/5
  • se connecter sur les forums de l'ADUF : 5/5 (mais nécessite du temps de lecture...)

Et une ultime interrogation, qui entrera en résonance avec ma critique du livre d'Yvon Chouinard (d'ici quelques semaines...) :

Qu'est-ce que je pense acheter à Free, pour 30 € / mois ?

Qu'est-ce que Free estime me vendre pour 30 € / mois ?

jeudi 14 décembre 2006

Magnolia - Début (et license)






Magnolia Express

Roman

 






Première partie :

 

Prélude en Fugue






Creative Commons License
Ce roman est mis à disposition sous un contrat Creative Commons.. Ce roman, qui sera publié progressivement, est aussi sous licence Touchatougiciel.

Kop et Spinoza

Dans Libé du jour, un compte-rendu du match PSG-Panathinaïkos.

Cela m'évoque une correspondance. Vous voulez vivre la vie de supporters lobotomisés ? Vous voulez découvrir un monde post-nucléaire, entre Mad Max (qui connaît encore Mad max ?) et slogans ? Vous voulez découvrir la trilogie Guzzi-Kalachnikov-Spinoza ? Vous aimez les romans d'anticipation noire, genre Blade runner / Est-ce que les androïdes rêvent de moutons électriques (mais qui se souvient de Blade Runner, et qui a lu Philippe K. Dick ?) ? Vous avez raté la philo au bac ?
Jean-Bernard Pouy, auteur de série noire mais pas que, a écrit le jubilatoire Spinoza encule Hegel, puis, plusieurs années après, la suite : à sec !
Toujours dans l'air du temps...

Livre lu – Laurent Gaudé : Eldorado

Toujours plus loinJ'avais vu que Joséphine et Monsieur Jean lisaient au même moment Eldorado, et comme je suis un vieil ours rabougri sur ses livres de poche achetés d'occasion et ses monomanies littéraires, je me suis dit « sortons de l'ornière et goûtons à un livre fraîchement publié ». Chez le libraire, j'ai hésité devant « La mélancolie Zidane » de Jean-Philippe Toussaint, écrivain que je goûte fort, mais j'ai tenu bon, et j'ai acheté Eldorado (Laurent Gaudé, Eldorado, Actes Sud, 2006, 238 p.). Un peu à cause de la couverture, beaucoup à cause du titre, essentiellement grâce à Joséphine et Monsieur Jean. Et puis aussi, Actes Sud, c'est Paul Auster, c'est cette typographie, cette mise en page et ce papier, un vrai plaisir de lecture, aussi intact que lors de la première fois, quand ma tante m'avait dit : lis ça, c'est un jeune auteur américain assez étonnant. C'était Moon Palace.

Revenons à Eldorado. C'est un bon livre, que j'ai aimé. L'Eldorado, et la fuite, sont de toute façon des thèmes qui me sont très chers. (Je vous avais dit que j'avais essayé de traduire le poème d'Edgar Allan Poe ? Ben je vous le dis... Je le lisais à mes étudiants dans le cours de méthodologie de la recherche).

Correspondances : c'est un livre qui a des résonances fortes avec les écrits d'Erri De Luca. Même capacité à distiller des phrases qui sonnent comme des aphorismes humains, même chant de l'exil (des exils), même sensation de cotoyer des gens qui peuvent être des abîmes, tout en étant d'autant plus humains. Des abîmes d'humanité. Les phrases, elles sont enfoncées une à une comme des chevilles dans du bois tendre, chacune prend sa place, il n'y en a pas une de trop, tout cela sent la belle ouvrage, et l'écrivain qui a du métier.

Et puis il y a quelques correspondances avec des sentiments que j'avais à la lecture, que j'ai encore souvent :
... il était obligé de constater qu'il se détachait peu à peu de sa vie. Ces hommes, si familiers autrefois, lui étaient maintenant comme étrangers. Il les côtoyait avec distance. Il n'arrivait plus à rire avec eux, ne parvenait plus à s'intéresser vraiment à eux. [...] Combien de fois s'était-il senti comme quelqu'un qui vient de faire un pas en arrière de sa vie et constate que le monde continue sans lui, que son absence n'est même pas notée ? Oui, c'était cela. Il n'était plus tout à fait en lui, comme s'il se décollait de sa vie.

Laurent Gaudé, Eldorado, Actes Sud, 2006, p. 104.

Et question perso : à votre avis, pour moi, ça s'applique à qui ? À mes étudiants ? À mes collègues ? À mes amis ? À ma famille ?

Maitenant, à la lumière du commentaire de Christian, je mets de l'eau dans mon vin, ou plutôt, je comprends ce qu'il veut dire, mais je n'ai pas les mêmes mots. Facilité d'écriture ? Je dirais plutôt, écriture fluide, le livre est court (238 pages) et se lit vite. Intrigue convenue et prévisible ? Non, mais c'est vrai qu'une partie de la fin se laisse deviner par avance. Écriture cinématographique ? Certes, mais c'est un point très positif pour moi. Platitude ? Non, certainement pas.
Mais je comprends l'opinion de Christian, j'en vois les racines dans ce roman, même si je n'arrive pas à mettre les bons mots dessus. Des phrases peut-être trop polies, trop travaillées dans leur simplicité. Des sentiments forts, humains, mais sans grande surprise. Une petite impression de dilution. Je m'arrête, je n'en sais rien, c'est ténu.
D'autant plus qu'une autre correspondance, venue pourtant de bien loin en terme de style, me fait penser à Koltès (par exemple Quai Ouest). Et comparer un écrivain à Koltès, c'est quand même lui reconnaître un sens du langage et du travail des phrases.

Et puis, en note de fin : ce roman m'a donné envie de lancer l'impulsion pour le projet Magnolia. Je ne sais pas si cela apparaîtra sur ce blog avant fin décembre, ou s'il faudra attendre janvier, mais pour des raisons symboliques, j'aimerais que la nouvelle année, et le premier anniversaire de ce blog, ne passent pas sans que Magnolia n'aie commencé à paraître.

mercredi 13 décembre 2006

Spim Spam Spoum

Sans y passer des heures, la lecture des spams est instructive. D'abord parce qu'elle permet de savoir quels sont les secteurs dynamiques sur Internet, les business models qui marchent. Et là je vous réponds tout de suite, c'est l'assurance auto et la vente de médicaments de toute sorte, point, même les 3615 Ulla tendent à se raréfier, le big business model, le coeur de cible, c'est l'aumobiliste avec malus qui a besoin de médicaments (de toutes sortes...)
L'autre information qu'apportent les spams, c'est une meilleure compréhension de la langue anglaise, qui est en même temps imagée, poétique, mais surtout, parfaitement adaptée à des phrases courtes, percutantes (c'est-à-dire, l'idéal pour un sujet de message, ou de commentaire.)
Démonstration de cette puissance poétique :



Il n'y a pas à dire, je reste admiratif. Non pas tant devant la promesse, à laquelle je crois peu. Mais devant l'inventivité poétique. A tel point que j'ai du mal à traduire en termes aussi imagés. Je m'y essaie néanmoins, mais si quelqu'un peut m'aider (à traduire, hein, pour le reste, je me débrouillerai) :
  • nous pouvons doubler la taille de votre, ça c'est la partie facile, mais après :
    • bâton de bélier ?
    • manche de ramoneur ?
    • boute-en-train ?
    • tige de piston ?
Aidez-moi, je sens que ça va me titiller toute la nuit...

Goûts de chiottes

J'ai deux types de lectures dans ma vie :
  • les lectures de transport en commun (ou de plumard, mais le plumard peut aussi être un endroit de transports, idéalement en commun)
  • les lectures de chiottes
Les secondes doivent répondre à un cahier des charges précis :
  • ne pas être des romans, car
  • pouvoir être saucissonnables en x fois 5-10 mn
  • ce qui suppose un propos simple, facilement mémorisable (« où en étais-je ? Ah oui... »), et un ensemble de petites notions agglutinées, plutôt qu'un long développement linéaire. Pour donner un exemple, je pense qu'il est difficile de lire Proust aux chiottes. Ou Kundera, et même Giono.
  • La lecture de chiottes doit aussi tenir la distance, puisque, mettons, à deux fois par jour, 2-3 pages chaque fois, il faut entre 50 et 100 jours ouvrés pour finir un livre de 300 pages. (enfin, je ne sais pas, ça dépend des personnes. Par exemple, à mon travail, les chiottes de l'étage ont une porte qui est verrouillée depuis 3 jours. Soit c'est une personne qui lit Guerre et Paix, soit c'est le pire cas de constipation que j'aie jamais vu).
Quelles ont été mes dernières lectures de chiottes (au travail) ?
  • Fractales, hasard et finance, de Benoît Mandebrot, qui hélas est tombé dans la cuvette m'est tombé des mains (trop compliqué)
  • Le monde tel que je le vois, d'Albert Einstein
  • Introductory Finance Textbook, d'Ivo Welch, qui m'a pris presque 1 an
  • Crabe, de Marc Behm (OK, c'est un roman, mais tellement foutraque qu'il peut se lire - sans problème, et avec plaisir - en 50 fois)
et depuis quelques semaines :
  • Entrepreneur malgré moi, d'Yvon Chouinard
Ce dernier livre est une vraie bonne surprise. J'y ai participé, certes, mais de manière très limitée, même si je suis remercié (merci à mon éditeuse) : souvenez-vous, il s'agit de cette recherche sur Chateaubriand qui avait donné lieu au Grand Google Game et sa suite. Mon éditeuse m'avait offert Enfantines pour me remercier. Et quelques semaines après, j'ai reçu cet Entrepreneur malgré moi. Je dois avouer que je l'ai laissé de côté. Malgré d'évidentes qualités de forme (il est imprimé sur papier recyclé, c'est moins rêche pour l'usage que j'envisageais), le fond ne me parlait pas, je bloquais déjà au titre, ça sentait le créatif-cotch-entrepreneur qui écrit le nième livre sur « je suis pas allé à l'école, et c'est pour ça que je vais vous donner des leçons sur comment faire ».
De fait, cette lecture de chiottes m'enchante. Elle répond au cahier des charges. Elle m'inspire. Elle aura droit à sa critique... d'ici quelques semaines (mois ?), suivant les cycles de la nature.

mardi 12 décembre 2006

Lithiase - Saskatchewan

Tel le saumon migrateur
Je remonte le courant de mes e-mails
Revenant aux origines de mon existence numérique
J'exhume dans le limon glacé
Des traces de mon passé
J'entends enfin les échos de voix qui me réclamaient
Qui ne font plus que chuchoter
Au fond du torrent.
« A chaque vague qui le ramenait doucement vers la côte, il opposait un coup de rames têtu. »
Laurent Gaudé, Eldorado, Actes Sud, 2006, p. 145.

Oxymore, give me more

Je trouve le slogan « la rupture tranquille » d'une grande stupidité. Un oxymore est censé créer une surprise poétique (« un silence assourdissant » comme le propose wikipédia), et non pas une opposition de premier degré. Dans la veine de ce slogan, je propose :
  • l'incendie débonnaire
  • le changement stable
  • la progression conservatrice
  • le surmédiatisé pudique
Vous l'aurez compris, je me refuse à traiter de politique dans ces pages. En revanche, les aberrations de langage (pire : de sens), fût-ce au nom de la créativité, m'insupportent. J'y vois, dans ce cas, un mélange à parts égales entre une inculture chic, et la volonté démagogique de réconcilier tous les électeurs. Tiens, puisque le discours sécuritaire fait florès, et que d'autre part, tout(e) bon(ne) candidat(e) se doit d'avoir des idées sociales, je propose le slogan absolu (qui est bien entendu un oxymore) :
  • la sécurité sociale.

lundi 11 décembre 2006

Essayage

Etonnant comme les femmes, qui savent pourtant ce qu'elles veulent, peuvent être crédules devant une vendeuse. Une bonne vendeuse ne manquant jamais d'imagination quand il s'agit d'argumenter, disant tout et son contraire, le principal étant d'être d'accord avec la cliente. "Il peut se laver à 180° ce body ?" "Oui oui sans problème, il ne rétrécit pas, il s'agrandit même un peu".
Et une question abyssale : quand, en sortant de la cabine d'essayage, une femme vient se regarder dans une glace, elle a souvent un regard... un peu lointain... ou au contraire en dedans. Que voit-elle exactement ?

dimanche 10 décembre 2006

Tout doux liste

J'ai fait une razzia chez mon libraire. Je pense que du coup, je ne rattraperai pas le retard que j'ai pris sur les livres que j'ai lus, et que je n'ai point commentés. J'en fais quand même deux listes, on ne sait jamais.

Livres lus et non encore commentés sur ce bleug :
  • Jean Giono, Ennemonde et autres caractères
  • Erri De Luca, Acide, Arc-en-ciel
  • Stanislas Lem, L'invincible
  • Georges Simenon, La boule noire
  • Marcel Pagnol, Judas
  • Robert Silverberg, Les masques du temps
  • Dennis Lehane, Shutter island
  • (Edit) Anna Gavalda, Ensemble c'est tout
Si je devais choisir, je les commenterais tous. Si je devais choisir ceux sur lesquels j'ai le plus à dire, ce serait Simenon, Pagnol, Lehane. Et un peu de Lem et Gavalda.

Livres/BDs achetés et en instance de lecture :
  • Manu Larcenet, Le retour à la terre (BD), tomes 1 et 2. Déjà lus, tellement c'est bien.
  • Manu Larcenet, Guide de la survie en entreprise (BD), déjà lu. Une citation pour mon projet Prométhée.
  • Dennis Lehane, Prières pour la pluie
  • Andrea Camilleri, L'opéra de Vigàta
  • Eric-Emmanuel Schmitt, L'évangile selon Pilate (livre qui m'a été recommandé après une discussion épique sur le Judas de Marcel Pagnol, cf. supra)
  • Tonino Benacquista (et Tardi), Le serrurier volant
  • Laurent Gaudé, Eldorado (à cause de grâce à Joséphine et Monsieur Jean, je fais mon repentir suite à ce juste rappel à l'ordre - et non pas ce rappel à l'ordre juste)
Si vous avez des intérêts particuliers, demandez-moi une critique (ouvrage déjà lu, ou pas encore).

vendredi 8 décembre 2006

J'ai bien fait de m'habiller en noir...

Là, ça merde pas mal, ce matin. C'est pas la bonne journée, et pour paraphraser la chanson des Rembrandts (générique de Friends), c'est probablement pas la bonne semaine, pas plus que le bon mois.
Envie de me casser au Klondyke, tiens. Une bonne (?) nouvelle quand même : Linux Ubuntu 6.06 tourne sur mon portable depuis hier soir, en double boot avec Windows 2000 Pro. Petit sentiment de liberté.

jeudi 7 décembre 2006

Novela - Faria [2 / 2]

[...] Le changement advint d’une manière que je n’avais pas anticipée. Aucune pierre ne bougea, aucun bruit ne m’alerta, la nuit était avancée, et seul le lancinant bruit des vagues m’accompagnait. Le changement vint de moi. J’étais allongé sur le sol froid, observant, monomaniaque, mes papiers, quand je me sentis fondre. Ma peau, mes jambes, mon torse, essayaient tout-à-coup de répondre à l’appel du sol, je m’enfonçais dans la terre battue, m’amalgamant peu à peu à la terre, comme si je passais une porte. Je voyais mes papiers se fondre de même, être peu à peu recouverts d’une couche de poussière, puis de sable, enfin de terre solide, disparaître ainsi à mes yeux, tandis que mes mains et mes membres prenaient la teinte d’une composition de Rodin. Quand je fus enfoncé de moitié, quand l’appel froid atteignit mon cœur, j’eus un sursaut de conscience, un bond de carpe, et me retrouvai, le corps baigné de sueur, sur le sol de ma cellule. Je régulai doucement les battements fous de mon cœur, inspirai longuement, puis je me suspendis aux barreaux de la fenêtre. Quand le soleil se leva, quelques heures plus tard, je vis des traces blanches, dérisoires feuilles de papier, flotter le long des rochers de la forteresse, puis être emportées peu à peu vers le large.
De ce jour, je résolus de m’évader.


Je m’y entraînais chaque soir. Je m’allongeais sur le sol, dans la prière et la méditation, et j’essayais de ne pas combattre la houle tellurique qui allait m’emporter. Je ne réussissais jamais. A tout moment, une révulsion, un sursaut, me ramenaient au monde des vivants. Je ne pouvais me résoudre à m’enfoncer, cœur, ongles, poumons, dans la terre, sans promesse de ressusciter. J’essayai la respiration profonde, la projection d’images, la transubstantiation philosophique, je rebâtis une à une les cités perdues de l’or, j’alternai calcul différentiel et herméneutique, j’en vins même à tracer des pentacles de magie blanche sur les murs de ma cellule : cette porte m’était refusée, ou plutôt, je la refusais.
Une nuit, couché sur le sol froid, alternant entre la surface et les tréfonds, aspirant à descendre, et redoutant l’enterrement, je fis un rêve. J’étais au milieu des quatre entités, l’air, le feu, la terre, l’eau, et je bougeais, je courais, je dansais, tandis que la terre restait froide, le feu immobile, l’eau glacée, et l’air sans mouvement. Au bout d’un moment, conscient de mon échec, je m’assis, et englobai les quatre éléments. Peu à peu, ils vinrent à moi. D’abord la terre, vague de terreau, m’enveloppa de sa gangue ; puis vint le feu, des profondeurs, qui noircit jusqu’à mes os ; j’aspirai à la fraîcheur, au soulagement, et le vent vint souffler, attisant la combustion, l’activant, et la dissipant finalement, alors que je n’étais plus que poussière ; vint alors l’eau, qui rassembla mes poussières en argile, me modela, me fit revenir à la mer originelle. Dans mon rêve, je devins successivement larve, alevin, poisson, amphibie, mammifère, pré-adamique, puis j’émergeai. Celui que j’étais alors regarda celui qui rêvait, du fond de sa cellule, et me dit : « Viens ».
Le lendemain, je nouai une alliance avec mes héros. Je ne pouvais m’en sortir seul, je contractai donc un pacte avec eux, j’acceptais de ne plus être moi-même, d’abandonner ce que je croyais être ma personnalité, j’écoutai uniquement l’appel de la mer.
Vint la nuit. Je m’étendis sur le sol, plus ascétique que jamais, et je méditai. J’appelais à moi Antée, qui tirait ses forces de sa mère la Terre, et qu’Hercule n’avait pu défaire qu’en l’arrachant au sol. Je me sentis fondre, et acceptai le voyage que m’offrait le demi-dieu. Je vis passer une grille d’atomes, qui me déchira les entrailles, puis une seconde, le temps s’accéléra, et je fus dans la terre. J’étais Antée, et je descendais toujours plus profond dans la matrice originelle. La température montait, la sueur glissait le long de mon corps et je descendais, rigide, fuselé, comme un faisceau d’ivoire dans les profondeurs accueillantes. Mes yeux n’existaient plus, mais je sentis, je vis, la lumière insoutenable, le puits de fournaise vers lequel je plongeai. J’appelai Promothée, la version humaine de Loki, et lui demandai son aide. Nous comparâmes nos châtiments, et je le persuadai de m’aider. Il s’avança sur un tapis de braises, me faisant signe de le suivre, et je marchai, pieds nus, entre deux coulées de lave qui s’écartaient à notre passage. Le vent se leva, faisant rougeoyer mon enfer, et des brandons enflammés vinrent me frapper le corps. Je continuai à avancer, seul, la peau noircie, tandis que la chevelure rousse de Prométhée disparaissait loin devant moi. Le vent me glaça, je brûlai, puis devins morceau de charbon, pierre, minéral.
Mes membres se séparèrent, devinrent murs, couloirs, impasses. Mon cerveau devint solide, et je fus Labyrinthe. Mes pensées étaient piégées, perdues, mais je savais qu’il existait une voie, non pas la voie conventionnelle, qui consiste à marcher en cherchant la sortie, mais une voie latérale, une voie qui exige du génie. J’appelai Icare. Il me montra comment une fourmi, qui vit en deux dimensions, peut échapper à la fatalité si elle conçoit une troisième dimension. Avec les yeux d’Icare, je vis que le Labyrinthe n’était pas une succession de couloirs, mais un ensemble de motifs géométriques, un mandala, et que la vraie harmonie était de considérer le Labyrinthe dans son ensemble. Icare s’éleva, et je le suivis. Je vis des murs, des avenues, des gens perdus dans leur vie, courant après des illusions, je vis des cités imbriquées, des ambitions, des rêves. Je vis surtout beaucoup d’idéalistes, forcenés, qui passaient leur vie à chercher la Porte ultime, usant leurs semelles, leurs illusions, leurs âmes. Je volais au-dessus d’eux, et ils ne me voyaient pas.
Eaux foetalesIcare volait devant moi, il s’éloignait, j’avais le soleil dans les yeux, je ne le vis pas disparaître. Au dessous de moi, des flots, à perte de vue. Et la citadelle, petite, une scorie sur l’océan. J’appelai Calypso. Elle apparut, impérieuse, carnassière, à jamais inconsolable. « Pourquoi t’aiderais-je ? » demanda-t-elle. « Parce que tu ne peux supporter d’emprisonner quiconque », répondis-je. A ces mots, son regard vira au vert profond, et je plongeai comme une pierre.
Le choc avec l’océan fut une déflagration qui m’éparpilla. Je me retrouvai au fond, couvert d’algues et de coquillages, plus maritime qu’humain. Les poumons me brûlaient, je voyais le soleil, là-haut, à travers mes yeux brûlés de sel. Je donnai un coup de talon sur le sable, et tout mon corps ne fut plus qu’une gigantesque courbature. J’arrivai gauchement à la surface, aspirai l’air comme un veau, pataugeai comme un chien. Le ressac chantait la chanson que j’avais entendue pendant des années, mais le courant me poussait au large.
Couché sur le dos, flottant entre deux eaux, je vis ma petite fenêtre et un homme barbu, suspendu aux barreaux, qui me contemplait sans me voir. Je lui fis un signe triomphant, et il disparut.

Deux jours plus tard, un bateau de pêche me recueillit et me ramena à terre. J’ai consigné ces écrits depuis lors, et demain, je les jetterai dans l’océan, pour qu’ils aillent rejoindre mes précédents papiers, ceux qui m’ont montré le chemin de la liberté.







Cette nouvelle est sous licence Touchatougiciel. Par ailleurs, Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

mercredi 6 décembre 2006

Novela - Faria [1 / 2]

Mon cachot s’étend sur trois mètres de longueur, pour deux mètres de largeur. J’y ai été emprisonné il y a trop longtemps, pour une peine oubliée. Je me souviens de mon entrée dans cette prison : des cellules à flanc de rocher, affleurant la mer, une forte odeur saline, et le fracas incessant des vagues. Peut-être à cause de ce mouvement perpétuel des éléments, peut-être à cause de l’injustice de ma condition, je décidai de me battre : je marchais dans ma cellule, je ne restais pas en place. Je pris l’habitude de me hisser aux barreaux de ma fenêtre, à deux mètres du sol, et de là, je contemplais les flots perdus dans le brouillard, indéfiniment. Avec le temps, j’y restais des heures, des jours, en contemplation, comme les moines psychistes de Chandernagor.

The Wall

Ma première erreur fut de me sentir prisonnier. Pendant des mois, j’acceptai mon sort, sans le remettre en cause, me bornant à arpenter ma cellule comme un jaguar. Mais un jour, probablement à cause de l’isolement de ma condition, je frappai violemment la porte, hurlant pour obtenir des livres, et du papier pour écrire. Mon mouvement de folie porta ses fruits : dès le lendemain, je fus approvisionné en feuilles de papier, et je pus bénéficier de quelques livres, il est vrai fort arides. Je me souviens de ce soir où, allongé sur ma couche, je consignai fiévreusement les vicissitudes de ma captivité, dans l’espoir, un peu vain, qu’on me lirait un jour. Mais l’écriture me délassait, et mes peines s’entrelaçaient dans les lignes que je traçais. Epuisé par cet effort, je laissai tomber mes feuillets et sombrai dans un sommeil profond.

Le lendemain, je m’éveillai, reposé comme je ne l’avais guère été depuis des années. Je cherchai mon journal, et ne le trouvai pas au pied de mon lit. Je fis le tour de ma cellule : sans conteste, on m’avait volé mes écrits. Je pensai à la censure, je pensai à l’espionnage, et me ruai vers la porte de ma geôle. Je réclamai en hurlant mes feuilles de papier. Le temps d’attente ne fut pas long : le judas coulissa, et une nouvelle provision de feuilles blanches me fut transmise. Je compris le message : on ne m’interdisait pas d’écrire, mais toute pensée subversive me serait soustraite. Je m’appliquai donc à rédiger de longues pages où ne transparaissait aucune animosité, même si un esprit subtil aurait pu déceler un ton moqueur. Pour me délasser de ma posture assise (étant donné que je n’avais pas de table, j’écrivais assis sur ma couche, le dos au mur), je me hissai aux barreaux, et contemplai l’étendue grise devant mes yeux. Quelques taches blanches, probablement des déchets, flottaient devant les rochers de la forteresse, mais un fort courant les entraîna vers le large. Je continuai à rédiger jusque tard dans la nuit, et m’endormis comme une masse. Au petit matin, je fus surpris : non seulement mes écrits avaient disparu, mais aussi la plume que j’utilisais, ainsi qu’un livre que j’avais posé à côté de mon journal. Les autres livres, posés sur une étagère en face de mon lit, n’avaient pas été touchés. Je décidai de rester vigilant : je couvris quelques feuillets de pensées sans intérêt, et les laissai en évidence sur le sol, tandis que je feignais un sommeil profond. La nuit s’écoula sans que je dorme. Au petit matin, satisfait de ma veille, je me penchai pour récupérer mon bien : les papiers avaient disparu dans la nuit, alors que j’aurais juré qu’aucun être n’avait pénétré cet espace. J’arpentai la cellule, à l’affût de toute cachette, trappe, fente qui eût pu laisser passer quelqu’un, ne serait-ce qu’une main, sous mon lit, sans que je réagisse. Je ne trouvai rien, malgré ma vigilance et le temps que j’y passai (de toute mes possessions, le temps était le bien dont j’étais le plus riche). Je décidai de découvrir ce mystère, et dans ce but, je me couchai sur le sol, observant fixement les quelques papiers que j’avais laissés traîner. Je vis le soleil se coucher, ses rayons imprimant de nouveaux barreaux sur le mur de ma cellule. L’obscurité vint. Je respirais lentement, comme un homme endormi, mais j’étais en état de réceptivité totale.

Le changement advint d’une manière que je n’avais pas anticipée. Aucune pierre ne bougea, aucun bruit ne m’alerta, la nuit était avancée, et seul le lancinant bruit des vagues m’accompagnait. Le changement vint de moi. J’étais allongé sur le sol froid, observant, monomaniaque, mes papiers, quand je me sentis fondre. Ma peau, mes jambes, mon torse, essayaient tout-à-coup de répondre à l’appel du sol, je m’enfonçais dans la terre battue, m’amalgamant peu à peu à la terre, comme si je passais une porte. Je voyais mes papiers se fondre de même, être peu à peu recouverts d’une couche de poussière, puis de sable, enfin de terre solide, disparaître ainsi à mes yeux, tandis que mes mains et mes membres prenaient la teinte d’une composition de Rodin. Quand je fus enfoncé de moitié, quand l’appel froid atteignit mon cœur, j’eus un sursaut de conscience, un bond de carpe, et me retrouvai, le corps baigné de sueur, sur le sol de ma cellule. Je régulai doucement les battements fous de mon cœur, inspirai longuement, puis je me suspendis aux barreaux de la fenêtre. Quand le soleil se leva, quelques heures plus tard, je vis des traces blanches, dérisoires feuilles de papier, flotter le long des rochers de la forteresse, puis être emportées peu à peu vers le large.

De ce jour, je résolus de m’évader.

à suivre...

Caillou - Où es-tu ?

Aveugle
J'ai été saturé de tout :
saturé de chair, de boisson,
de nourriture, de pensées et d'écrits.

J'attends l'étincelle.

Fluctuat nec dormitur

Solitude standing Si je plaçais le temps que j'ai passé en insomnies, et que je capitalisais les gains sur un PEA, de telle sorte que je sois défiscalisé au bout de 5 ans (sauf CSG CRDS)
... quelles hibernations je pourrais me payer.

lundi 4 décembre 2006

CD écouté / DVD vu : Tryo fête ses 10 ans...

Je trouvais cela très paradoxal, pour ne pas dire complètement stupide, de regarder un concert de Tryo sur un DVD. Soit on est dans la salle, soit on écoute un CD, mais regarder un concert sur un écran de télé ou d'ordinateur portable, c'était comme de faire des palmes dans un bocal à poissons rouges.
Eh bé non, voilà une expérience qui est fort intéressante.
Tryo Le DVD (Tryo fête ses 10 ans..., Salut Ô productions, 2006) est en fait constitué de 2 DVDs (le concert, et les bonus) et d'un CD du concert.
Tout cela se regarde et s'écoute avec beaucoup de plaisir. J'avais d'abord peur de la confrontation "tryo petit groupe à petites salles" et "Zenith de Paris grande salle commerciale". Le début en est impressionnant. Une foule, que dis-je, une succession de vagues de bras qui, filmés par la caméra, donnent l'impression d'une mer aux rivages très très lointains. 1er effet kiss cool d'un film de concert : on est successivement au-dessus, en face, sur les côtés, bref, c'est du match de foot dans son fauteuil, avec tous les ralentis et les gros plans qui vont bien. Bon OK, il y a la foule, dense, remuante, on entend le groupe qui a commencé à jouer, mais où sont-ils ? La scène est vide...
En fait, Tryo commence ce concert par une mise en jambes, sorte de pot-pourri de leurs différentes chansons, en partant du fond de la salle. Diablement impressionnant, parce qu'ils progressent doucement, à 4, au milieu de la foule, égrenant différentes chansons, passant de l'une à l'autre tout en se rapprochant de la scène, avec tous les spectateurs qui les voient arriver, passer devant eux, sans aucun service d'ordre visible, du genre "pardon vieux, je passe". Superbe. Comment transformer une gigantesque salle de concert, remplie comme un oeuf, en happening humain.
Puis ils arrivent à la scène, et le concert démarre. Et là encore, je suis bluffé, probablement parce que je ne vais plus aux concerts depuis des années : il y a une vraie mise en scène, des éclairages, des décors, l'utilisation judicieuse des grands écrans (non pas pour dupliquer les visages des interprètes, mais pour passer des séquences, voire permettre au groupe de jouer avec les images). Il y a du Pink Floyd là dedans, quand l'expérience était autant visuelle que sonore, bref, psychédélique.
2ème effet kiss cool : un DVD de concert, c'est comme un CD : on peut sauter des chansons, revenir en arrière, et cela procure un grand confort. Je touche du doigt, pour la première fois, l'opposition "match de foot vu depuis le terrain" / "match de foot vu à la télé", mais là, avec une dimension supplémentaire : c'est moi qui décide quelle action de jeu je vais regarder à nouveau, je file directement au solo qui me plaît, je reviens à l'intro. Mon concert personnel, en quelque sorte.
Et la musique là-dedans ? C'est amusant, parce que l'on sent le groupe qui a beaucoup tourné, qui se sent à l'aise sur une scène, probablement même plus que dans un studio. Cela me rappelle tous ces groupes qui se sont formés sur le tas, directement dans des petites salles de concert, et la notoriété est venue progressivement, après : Les négresses vertes, La mano negra, et depuis plus longtemps encore, Bill Deraime ou Paul Personne. J'aime bien ce côté "on a 10 ans de galères, de petites salles et de routes de campagne derrière nous". Du coup, cela donne des chansons très fluides, avec toutes les ruptures qu'on peut souhaiter par rapport au studio, chaque chanson est réinventée.
J'arrête là le panégyrique, mais cela le méritait : le mariage improbable d'un support pro-cocooning (le DVD) et d'un événement qui ne peut être que public (le concert) ne m'aurait pas semblé aller de soi. Je me trompais. Bien joué les ptits gars.

vendredi 1 décembre 2006

Coin-coin cidence

Voici mon aéropage du jour. Je lis ce matin le passage suivant dans Cyrano de Bergerac, L'Autre Monde ou les Estats et Empires de la Lune :
A ces mots, je me levé et il me conduisit par la main derriere le jardin du logis, où l'un des enfants de l'hoste nous attendoit avec une arme à la main, presque semblable à nos fusilz. Il demanda à mon guide si je voulois une douzaine d'allouettes [...] A peine eus-je respondu ouy que le chasseur descharge en l'air un coup de feu, et vingt ou trente allouettes cheurent à nos piedz touttes cuittes. "Voilà, m'imaginés-je aussi tost, ce qu'on dit par proverbe en nostre monde d'un pays où les allouettes tombent toutes rostyes !"
Vous n'avés qu'à manger, me dit mon demon. Ilz ont l'industrie de mesler parmi la composition qui tue, plume et rostit le gibier, les ingrédiens dont il le fault assaisoner."

Cyrano de Bergerac, L'Autre Monde ou les Estats et Empires de la Lune, texte établi, présenté et annoté par Madeleine Alcover, Société des Textes Français Modernes, 1996, p. 85.
Cette invention correspond évidemment, à peu de choses près, à la Balle à carabine assaisonnée, sur l'excellent blog Etrange produit, dont j'avais déjà dit tout le bien que j'en pensais.