Livre lu - Michel Tournier - Le Roi des Aulnes
Par Docthib, lundi 20 novembre 2006 à 17:34 :: Livres :: #250 :: rss Mots-clefs : Citation, Livres, Photo
![]() |
Je ne lis pas beaucoup de livres récents
(par là, j'entends "en tête de gondole dans les
librairies"), ce qui a ses inconvénients et ses avantages.
Cela me permet de découvrir des "classiques" avec
l'ingénuité d'un premier communiant. J'avais donc acheté ce livre d'occasion (Michel Tournier, Le Roi des Aulnes, Gallimard, 1970, 398 p.) en attendant une situation propice, une envie. Il faut dire que je pratique l'alternance "un livre sérieux, un livre détente", et celui-là, ça sonnait sérieux... Correspondance : cela faisait penser, au début, au Golem de Meyrinck (déjà évoqué), par ses couleurs, où dominait le sombre, le gris, le terne. Ce sont des romans de novembre, pas des livres de mai. Mais très vite, la densité de réflexions m'a amené plutôt vers Kundera, ce côté "pensées quotidiennes auxquelles on donne de la profondeur". Car il est clair que la photographie est une pratique d'envoûtement qui vise à s'assurer la possession de l'être photographié. Quiconque craint d'être "pris" en photographie fait preuve du plus élémentaire bon sens [...]et cette référence du même sens à l'oeil graphique (le narrateur s'appelle Abel Tiffauges - tief auge, l'oeil profond) : Déjà mes yeux ne sont plus que des viseurs, cueillant des images possibles aux branches des arbres, sur les trottoirs, et même au fond des voitures que je côtoie. |
Très vite, on quitte ces correspondances pour entrer dans les signes ("Tout est signe", id., p. 13), les symboles que le narrateur traque, et qui l'enferment dans son destin tragique. Il y a une progression dramatique dans cet homme aveuglé, qui construit sa cathédrale de multiples sens, sur le fond d'une horreur historique (l'histoire se déroule entre 1938 et 1945, pour partie en France, pour partie en Allemagne). La fin est tellement symbolique qu'on en vient à se demander si, par un éternel retour, Abel Tiffauges ne sera pas condamné à revivre éternellement cette quête de sens. Le pire est probablement que cet homme, hors normes, ogresque, prédateur, arrive à rester ingénu aux yeux du lecteur (en tout cas, aux miens) dans l'horreur du nazisme et de la guerre des enfants.
Je serais très intéressé de voir quel film Volker Schlöndorff a pu en faire en 1996. Je pense que John Malkovitch était très bien choisi pour incarner le personnage, mais j'ai peur d'un film qui ne "commencerait" qu'à partir de l'exil du personnage, occultant le parcours du début de sa vie. Et puis comment rendre à l'écran un monde si puissamment intérieur ?

Commentaires flous
1. Le vendredi 24 novembre 2006 à 13:53, par Monsieur Jean
2. Le vendredi 24 novembre 2006 à 14:00, par Docthib
3. Le vendredi 24 novembre 2006 à 14:25, par Monsieur Jean, embêté...
4. Le vendredi 24 novembre 2006 à 14:36, par Docthib
5. Le samedi 20 janvier 2007 à 22:41, par Winnie
6. Le dimanche 21 janvier 2007 à 02:17, par Docthib
7. Le lundi 2 juillet 2007 à 10:27, par Alcofribas
Ajouter un commentaire flou