Blogthib, ou thibierge.flou

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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

vendredi 29 septembre 2006

Caillou - Pepita Hollywood

Tes yeux sont un théâtre
Dont le rideau est le spectacle
Quand il se lève, on voit une flamme
Qui danse en équilibre au bord de l'iris.

Quand je t'embrasse, le rideau tombe
(et c'est pour ça que je t'embrasse)
Puis se relève, infiniment doucement
Indolent et brumeux.

Tes yeux sont un théâtre
Dont le rideau est le spectacle
Il caresse tes yeux noyés
Dans un rêve ineffable.






Joyeux anniversaire.

jeudi 28 septembre 2006

Tartine et chaussettes

Je n'ai que 20 mn pour pondre un thibillet, ce n'est pas faute d'idées, mais de temps (air connu). Dans ma liste de pré-idées de thibillets, je sélectionne sans souci celui que j'ai intitulé Monsieur jean + chaussettes et tartine (c'est un nom de code de développeur interne - comme Longhorn - en attendant la version release candidate - comme Vista - qui elle même deviendra la version 1.0 - comme Mandriva ou Debian).

Je sens que ça va être long, j'essaie de synthétiser. Monsieur Jean a des états d'âme. Ou plutôt, il modélise la journée de merde, celle où tout rate. Bien. Après lecture, cela m'évoquait deux idées : Fred Vargas et la loi de Murphy.
  1. Fred Vargas. Dans Pars vite et reviens tard, l'auteur livre sa pensée dès le début du livre : quand ça merde, quand les choses se révoltent contre toi, sois humble, ne t'énerve pas, paie ton tribut. Oui, cela va te mettre en retard, mais c'est cela aussi, payer son tribut. Pour plus d'infos, lisez le livre, vous n'aurez pas perdu votre temps.
  2. La loi de Murphy. Yog en a parlé, et je voulais ajouter un commentaire, et puis vous savez ce que c'est , la loi de Murphy joue à plein, et hop, c'est oublié. Or, j'ai traduit, quand j'étais jeune, un article scientifique sur la loi de la tartine beurrée. Je vous livre l'adresse ici, c'est un bonheur de lecture. (oui, je sais, ma page a disparu entre temps, mais qui sommes-nous, pour nous proclamer au-dessus de la loi de Murphy ?)
Après, c'est une question de lien neuronal : le même auteur a aussi rédigé à l'époque, un article sur "Pourquoi a-t-on autant de chaussettes solitaires dans nos tiroirs ?". Ce qui fait sonner une autre cloche :
  1. Monsieur Jean en a parlé ici
  2. J'en vis moi-même les âffres, puisqu'au dernier recensement, mon tiroir contenait 18 chaussettes solitaires, pour 4 couples de chaussettes appariées
Bref, la philosophie de tout cela, c'est peut-être Joséphine qui la donne : jouer le détachement, seule manière d'atteindre le nirvâna. Et pour ceux qui se demanderaient comment j'ai réussi à lier les tartines et les chaussettes : en argot, un "coup de tartine", c'est un coup de pied...

mercredi 27 septembre 2006

Batana - Katooyer

Katooyer : v.i. Faire un rêve torride avec un(e) ex, et se réveiller à côté de son/sa conjoint(e).
Par ext. au restaurant, se faire servir autre chose que ce qu'on a commandé.

La liste des batanas-ubuntus-inclassables a été mise à jour, elle a des couleurs, c'est le Nirvanâ.

mardi 26 septembre 2006

Neuneuil

Il y en a qui célèbrent leur alliance contre nature avec des motocyclettes (mais n'est-ce pas ce que prône Robert Pirsig dans Zen and the art of motorcycle maintenance ?), je veux rendre hommage à mon investissement à moi : mes yeux.
Je vous la fais aussi courte que ma vue était basse :
  • Rendez-vous de ce matin avec mon ophtalmo, pour tirer les leçons de l'opération des yeux que j'ai subie il y a un an et quelque.
  • Moi : "Euh, rappelez-moi, quelle était ma vue, sans correction, avant l'opération ?" Lui, professionnel, donc informatisé : "Oeil droit (l'astigmate) : 1,5 / 10, oeil gauche (le myope) : 1 /10. Autant dire que vous étiez une taupe derrière le rideau de fer, comme dirait Ludlum !"
  • Moi : "Et maintenant, sympathique charcuteur, où en suis-je, toujours sans correction ?" Lui, professionnel, donc équipé de trucs qui balancent des lumières aveuglantes dans le fond de l'oeil : "Oeil droit (l'astigmate) : 9,5 / 10, oeil gauche (le myope) : 10,5 /10. C'est pas pour me vanter, mais t'as de beaux yeux, tu sais !"
Je sais que cette opération n'est que physique, et que ma clairvoyance sur les êtres humains, les jeunes filles et femmes en particulier, n'aura pas été améliorée. Je n'ai pas trop d'illusions sur ce point. Mais je suis bien content quand même.

Livre (re) lu - Erri De Luca : Montedidio

J'en ai déjà donné une citation, et en plus c'est un livre que je relis, alors que j'ai 4 livres lus à commenter, mais Montedidio, d'Erri De Luca (Gallimard, 2002, 208 p.) est une merveille.
L'auteur est étonnant : c'est un manuel, un ouvrier, qui a tour à tour été jardinier (son premier roman connu, Trois chevaux, contient probablement une part autobiographique), chauffeur routier, menuisier. Par ailleurs, c'est un homme profond, très sensible, qui rabote doucement ses phrases pour leur donner un poli intemporel. On n'est pas loin de la Bible. On n'en est tellement pas loin qu'il passe son temps (dans d'autres livres) à commenter des textes en hébreu ancien, langue qu'il apprend doucement, avec humilité et ténacité. C'est donc un homme étonnant, exceptionnel.
Montedidio, c'est un faubourg de Naples vu par les yeux d'un enfant qui devient un homme en 200 pages. Par les yeux, et l'écriture de l'enfant, on voit tout un monde, une famille, un immeuble, un quartier, une langue (l'italien) et un dialecte (le napolitain).
A midi, je m'aperçois qu'une plume est tombée sous la caisse de Rafaniello, je la ramasse, elle est légère, dans ma paume je ne la sens pas. Don Rafaniè, celle-là, je la "tiens" en souvenir de vous. "Tu as raison de dire tenir au lieu de garder. Garder est présomptueux, en revanche tenir sait bien qu'aujourd'hui il tient et demain qui sait s'il tiendra encore. Tiens la plume en souvenir".
Erri De Luca, Montedidio, Gallimard, 2002, p. 125.
Cette citation m'a fait penser à une citation de Rainer Maria Rilke. Si j'en ai le courage, je vous posterai une nouvelle autobiographique sur ce sujet.

Correspondances : j'avais déjà établi une correspondance avec Gustav Meyrink, il y a aussi du Jean Giono dans cet écrivain, ce côté poète ouvrier qui rend sa noblesse à l'ouvrier (encore mieux, l'artisan), le Giono glaiseux, âpre, face au vent, qui réserve ses mots pour mieux les cristalliser.

Et peut-être le plus beau compliment que je puisse faire à un écrivain : quand j'ai envie de me laver de ma journée, je lis du Erri De Luca.

lundi 25 septembre 2006

Le VirtualCAC 40 au-dessus des 12 000 points

Cela a commencé par un article que j'ai vu dans l'Ordinateur Individuel (n° 185, juillet-août 2006, p. 62). Consacré au jeux en ligne, cet article parle des transactions qui ont lieu sur E-Bay pour acheter des personnages de jeux de rôle. L'idée est la suivante : vous voulez jouer à World of Warcraft, mais ça vous embête de passer 100 heures (soit 5 jours) devant l'ordinateur pour faire progresser votre personnage, qui a démarré comme tout le monde, c'est-à-dire débutant. Plutôt que de vous abîmer les yeux, vous décidez alors d'écorner votre porte-monnaie, et d'acheter cet avatar sur E-Bay, où il est vendu par des professionnels de la gonflette de personnages. Pour quelques centaines d'euros (ce n'est rien, rapporté au temps "économisé" !), vous voilà nanti d'un colosse résistant aux sorts, capable de faire le salto arrière, et dotée d'une hache d'abordage hachement abordable. L'Ordinateur Individuel (OI) mentionne par exemple un Paladin qui coûte 800 euros sur E-Bay, ça fait cher l'électron téléchargé, et ça rend rêveur.
Passons à plus difficile.
Vous pouvez aussi acheter des pièces d'or. Non, pas des vraies, des virtuelles. Et à quoi ça sert, me demanderez-vous ? Ben voyons, à acheter une nuisette à votre Paladin, un casque lourd pour votre elfe ou une carriole 4 chevaux pour transbahuter votre princesse magicienne. La cotation change tous les jours, mais en juillet-août, et toujours d'après l'OI, 1 000 pièces d'or pour le jeu World of Warcraft (WoW) coûtent 146,32 euros sur E-Bay. Certes, ça ne vous servira que dans le jeu, mais franchement, une pièce d'or à 15 centimes d'euro, c'est donné. Vous avez tout de suite vu l'inconvénient majeur de ce type de transaction, car vous êtes diablement subtil(e)s : eh oui, c'est que le cours de l'or fluctue ! Par exemple, à l'heure tardive où je vous parle, 1 000 pièces d'or se vendent à moins de 49 €, ça fait 5 centimes la pièce, ou encore, -66% depuis août ! Bon sang, mieux vaut jouer en Bourse, on s'évite des coups de sang comme celui-là... Pour ceux que ça intéresse néanmoins, la bourse aux pièces d'or est par exemple .

De plous en plous difficile.

Sur le Blog de Nicolas Guyon, j'apprends que dans le jeu Second Life, on peut acheter des terrains (virtuels) avec des dollars (réels). Et Nicolas de  jouer le candide : cela vaut-il la peine d'acheter maintenant ? Les prix vont-ils monter ? Ma réponse : Nico, si tu penses que le RER virtuel va arriver pas loin de ton terrain virtuel, achète à mort, truste tout le quartier, et tu feras 10 fois la culbute (= tu auras 10 fois plus d'électrons).

De plous en plous débile.

Avant, quand on achetait un jeu vidéo de course de voitures, on avait les parcours, les voitures, il suffisait d'acheter une manette de jeu, et encore, ceux qui ont connu l'époque de la disquette souple de 5"1/4 faisaient tout au clavier, car à l'époque, on était des Hommes. Aujourd'hui, quand vous achetez un jeu vidéo de course de voitures (merci à Totalement Crétins pour le lien), vous avez juste quelques parcours défoncés, quelques épaves à faire rouler, et le reste, c'est en sus : achetez la voiture de vos rêves, payez vous le circuit de Monza ou d'Indianapolis, tant que vous avez de l'argent, vous pouvez vous faire plaisir. J'adore le passage sur la sortie de voitures (virtuelles) en série limitée.
Imaginez donc : ça va être le paradis de la contrefaçon. Là où seuls les gogos auront payé 2 euros pour une Ferrari Testarossa, les petits malins achèteront pour 0,20 euros une carosserie de Ferrari virtuelle montée sur un chassis virtuel de 2 CV virtuelle. Des hommes politiques virtuels qui habiteront dans le centre d'une ville virtuelle (les salauds ! ils savaient pour le RER !) essaieront de légiférer sur la contrefaçon, tandis que les contre-facteurs (une élite de la Poste) bricoleront à toute vitesse des Présidents de la République clonés, et tout cela passera à la télé virtuelle. J'en frémis d'impatience, ça nous changera...

vendredi 22 septembre 2006

Caillou - Embouteillage

Ce vol de moineaux
Qui se rassemble
Et vient fondre sur une antenne,
Comme un génie rentrant dans sa bouteille.

jeudi 21 septembre 2006

Pensée d'après-vacances 3 - embouteillages et efficience des marchés

Il y a un siècle de cela, j'avais commis quelques thibillets sur l'efficience des marchés financiers . Non pas tant pour convaincre (les cours que je donne à des cadres me montrent bien que personne n'y croit vraiment) que pour fixer les idées dans un texte. Il reste, dans la série, quelques billets à écrire. Mais en voici un court, sous forme d'analogie.

Celui qui croit que les marchés sont efficients, pense que :
  1. ça ne sert à rien de s'agiter pour trouver LA valeur qui va faire +127%
  2. il faut se diversifier
  3. tous ceux qui cherchent LA valeur font, 4 fois sur 5, moins bien que ceux qui ont acheté 40 valeurs pépères (ou encore mieux, un tracker), et sont allés dormir

Celui qui croit que les marchés ne sont pas efficients pense que :
  1. les autres sont des cons (y compris, et surtout, les analystes, les investisseurs institutionnels, et les fonds de pension)
  2. il existe une valeur que personne n'a repéré, ou qui a été mal analysée par les autres (c'est normal, ils sont cons)
  3. le tout est de savoir prendre des risques, lire la presse, et se renseigner auprès de son chauffeur de taxi

La quête du deuxième est une quête d'eldorado, et tel le turfiste moyen (rappel : grande discussion avec Nerik), l'investisseur cherche  fiévreusement les tuyaux, achète tiercé bourse magazine, et salit beaucoup de chemises.

Il en va de même sur les autoroutes, mon frère, allelouia, allez Louya !

Il y a celui qui croit que les files d'embouteillage sont efficientes, et qui écoute Sanseverino et Tom Waits en jouant à "devine quel animal fait roumph" avec ses enfants. Et puis il y a les nombreux qui, dans un embouteillage, déboitent, s'insèrent, changent de file, et rusent comme des fennecks du désert. C'est un ballet incessant, que ça déboite à gauche (et un autre rusé en profite pour se mettre dans la file de gauche), à droite (idem), c'est beau comme une Lambada. Les embouteillages, ce sont les marchés financiers du pauvre.

Et donc, quelques images, issues de cette analogie :
  • aucune file ne gagne, même pas celle de gauche, pfou, non, non, il suffit que l'accident soit sur la voie de gauche, ou, encore pire, que l'accident ait eu lieu en face, pour que tous les bourrins ralentissent pour regarder s'il y a du sang, et la voie de gauche est aussi coincée qu'un agouti dans les toilettes, tandis que la file de droite dévide son chapelet de voitures comme la machine à saucisse dévide des petits boudins.
  • celui qui ruse et s'échine, dépense plus d'essence (accélération, pilage, accélération), de gomme (vous savez combien coûte un train de pneus d'une Kangoo ?!) et utilise plus souvent du déodorant salit plus sa chemise. En net, il aura peut-être gagné quelques centaines de mètres, mais si l'on défalque ses coûts de transaction, ça n'en vaut plus la peine.
  • Tous les calculs, toutes les optimisations possibles, toutes les stratégies : tout le monde les voit en même temps. Par exemple, une file se libère, hop, les plus rapides déboitent, crissement de pneus, insultes, et tchoc, la file se retrouve bloquée (hausse de la demande) tandis que les autres files se fluidifient. Vite, replacement, re-crissement, l'air sent le caoutchouc brûlé et les actions Michelin montent en Bourse.
  • Déboiter vite, c'est risquer l'accident. Or, face à cette augmentation du risque, il ne semble pas qu'il y ait une augmentation de rentabilité : dans un embouteillage donné, regardez les voitures autour de vous, et faites le point après 1km : ils sont tous là, à côté de vous. Certes, Jojo le Fenneck a grappillé deux voitures d'avance, belle affaire, et Legnîdu la tortue est trois voitures derrière. Mais en résumé : Jojo a pris plus de risques (rétro dézingué par un Baron noir sur sa moto), en encouru plus de coûts (l'existence précède l'essence), et n'a gagné que deux misérables voitures. Vas-y, je te les donne, va faire joujou.

Mais tout ce que je dis là, Charles Bukowski l'avait déjà dit ...






mercredi 20 septembre 2006

Batana - Marceau Lilès

Attention, les batanas entrent dans une nouvelle ère : l'angoisse de ne plus être original, ou de ne pas être assez cultivé. En effet, si ça se trouve, les batanas que nous "inventons" sont déjà dans Le Baleinié (tome 1 ou 2).

Donc vigilance ! (et achetez Le Baleinié, les auteurs le méritent bien...)

Marceau Lilès : n. m. énervement que l'on ressent quand on lit que telle actrice, tel auteur, est né 2 ans, 5 ans, 10 ans après nous. Vague sentiment d'incomplétude, résumé par la question "et moi qu'ai-je fait ?"

mardi 19 septembre 2006

200ème billet - Batanas et Ubuntus

Pour fêter ce 200ème billet (et je ne compte plus vos commentaires, notamment tous ces sympathiques vendeurs de Viagra), voici un compte-rendu, je l'espère exhaustif, des batanas et ubuntus répertoriés à ce jour. C'est cliquable (cliquez sur les pitites croix grises), mis à jour régulièrement, et en méta lien dans la colonne de gauche. Bref, du web 2.0 (je ne sais pas ce que ça signifie, mais c'en est, c'est sûr !)
Les derniers ajouts sont en bleu.

Batanas et Ubuntus All + All -

Batanas et Ubuntus

lundi 18 septembre 2006

Blogana - Filoguer

Ce n'est pas vraiment une batana, mais assurément, elle peut appartenir à la catégorie "blogueurs".

Filoguer : v.t. Le fait de faire quelque chose nous fait penser qu'on devrait faire autre chose. Par exemple, quand on écrit un billet de blog, on pense à deux ou trois autres billets à écrire. Quant on fait une liste de courses, on pense qu'il faut étendre la lessive. Quand on se mêle de faire la cuisine, il faut d'abord ranger le lave-vaisselle.

On n'est pas loin du zapping.

Livre lu - Nick Nornby : Haute Fidélité

Je commence aujourd'hui le long trajet de mise à jour de mes critiques de livres / disques. Les mails viendront après, puisque je suis toujours en over-danaïdes.
Haute Fidélité (10/18, n°3056, 1999, 254 p.) fait partie de ces livres à listes, je trimbalais ce titre dans ma tête depuis plusieurs mois (années ?), car je l'avais coché dans mon petit guide Fnac des 200 livres des 10 dernières années. Au passage, c'est une merveille, ce petit guide Fnac (j'en avais parlé ici), avec son système de correspondances ("si vous avez aimé untel, vous aimerez untel").
Donc, qu'ai-je aimé dans Haute Fidélité, et quelles sont les correspondances spontanées qui me viennent à l'esprit ? C'est un livre à la première personne, qui, plus qu'une autobiographie, est une mise au point de la vie du héros, anti-héros trentenaire qui baigne dans la musique, étant donné qu'il a un magasin de disques. Le style est évidemment pince-sans-rire (tout cela est très anglais), avec de très bonnes observations, et puis une histoire qui, ma foi, balaie 30 ans de déconvenues personnelles sur fond de musique pop et R'n'B.
Cela me donne envie (tout livre bien écrit me donne envie de faire quelque chose) de refaire des listes, comme ce soir d'il y a quelques années, où sur le comptoir d'un bar estudiantin, j'avais fait la liste des plus grandes intros de rock...
De voir ce personnage se dépatouiller de ses histoires pourrait être uniquement drôle, mais il y a un fond plus profond, plus personnel : on hésite à rire de sentiments, de pensées, dont on se dit qu'on pourrait les avoir un jour, ou bien, qu'on en est pas passé loin... Je m'attendais aussi à ce que la musique soit plus présente, mais la vérité est que la musique est très présente dans ce livre, simplement, je ne connais pas tant de morceaux que cela, à mon grand dam. Avis aux musicophiles...
Les gens s'inquiètent de voir les gosses jouer avec des pistolets, les ados regarder des films violents ; on a peur qu'une espèce de culture du sang ne les domine. Personne ne s'inquiète d'entendre les gosses écouter par milliers - vraiment des milliers - de chansons qui parlent de coeurs brisés, de trahison, de douleur, de malheur et de perte. Les gens les plus malheureux que je connaisse, sentimentalement, sont ceux qui aiment la pop music par dessus tout.
Nick Hornby, Haute Fidélité, 10/18, n°3056, p. 25.
Correspondance : David Lodge, s'il s'était focalisé sur un gars qui aime bien la musique pop, aurait pu écrire ce genre de livre. De l'analogie avec David Lodge, je retiens aussi la pratique d'effets de style qui changent, c'est-à-dire, l'utilisation d'un style particulier à un moment donné, pour transmettre des sensations patriculières (par exemple, dans Thérapie, David Lodge utilisait à un moment des "rapports" (rapport de police, compte-rendu à une psy, etc.) pour retransmettre les points de vue des différents personnages.)

vendredi 15 septembre 2006

Don Quixote

Lever 6h30, zigzag vers la douche, pschhh, résurrection. Une chemise, sanglé dans un costard, étranglé dans une cravate, et un café pour décoincer la glotte.

Départ dans une voiture qui n'est pas la mienne, avec un ordinateur qui n'est pas le mien. Je vais évangéliser les foules, la route est brumeuse, le soleil se lève.

jeudi 14 septembre 2006

Azimuté, ou conversation entre moi et moi

- qu'est-ce que tu voudrais pour Noël ?
- un fil RSS qui permette de suivre les réponses à mes commentaires sur d'autres blogs.
- t'es complètement chtarbé, toi.
- oui.

Ubuntu - Septième vague

Septième vague : n. f. Englobe les termes Agorie, Murouli, et Lulu (à défaut de félixographie). Instant où l'on se dit "la vie est belle, je suis le plus fort, je vais tous les avoir" (pour ne pas dire autre chose).
Instant où l'on se sent vivant.

mercredi 13 septembre 2006

Pour changer de thème - test

Message de service

J'ai changé la structure des commentaires. Désormais, je réponds à chacun(e) directement en-dessous de son commentaire. Avantage : plus clair, plus linéaire. Inconvénient : mes commentaires ne sont plus signalés dans la liste des derniers commentaires. C'est gênant ?

Batana - Hachoirer

Antonyme du ubuntu "Biyarder", voici la batana suivante :

Hachoirer : n.m. Se taper tous les feux rouges. Démarrer, passer la seconde, et voir le feu à 200 m qui passe au rouge.
Par extension : voir quelqu'un qui carotte la file d'attente "parce qu'il a une bonne raison".

mardi 12 septembre 2006

Lithiase - Electrolyse

Il me dit "Tu comprends, là, il faut que je m'organise, il y a tous ces dossiers, je suis en retard sur le projet batana et par ailleurs, on ne me donne pas les moyens, et ma famille là-dedans, hein, et je ne te parle pas de ma famille seulement, j'existe aussi en temps que personne et"
BZZZZZZ.
Ses yeux deviennent vitreux. Une voix monocorde prend le relais. "Pause. Veuillez patienter." Sa main ouvre convulsivement un tiroir, elle en tire un cylindre gris, elle éjecte le même type de cylindre fumant dans son dos, le remplace par le neuf. Ses yeux se rallument et il dit
"Et je ne te parle pas de ma hiérarchie,tu sais, j'essaie de ménager tout le monde"

Je quitte son bureau, il continue à parler en fixant le mur gris.

Ubuntu - Biyarder

Voici un ubuntu citadin.

Biyarder : v.i. En voiture, ne pas avoir à freiner (ni accélerer), car les feux passent tous au vert quand on est encore à 200 m. Se laisser glisser sans à-coup.
Par extension : descendre le toboggan d'une piscine en tenant un enfant dans les bras.

Projet Ubuntu

Monsieur Jean en a été le co-fondateur, et le premier contributeur (premier nommage, première définition), sous les auspices de Yann ou Joséphine. Il s'agit donc de proposer un pendant aux batanas, et de définir, identifier, des petits plaisirs quotidiens.
Le ubuntu, c'est l'anti-batana.
(Liste des batanas ici, et aussi chez Yog, ici et ).

Question : le ubuntu doit-il être par essence champêtre, naturel, estival, ou peut-on avoir un ubuntu en ville ? Réponse (évidente) : étant l'anti-batana, il est l'anti-tracas quotidien. Donc, si une batana, c'est de se prendre la manche dans une poignée de porte, un ubuntu sera, par exemple, cette brise rafraichissante que l'on sent déjà dans le couloir d'un métro surchauffé. Donc le ubuntu peut (voire, doit) être présent en ville, hors vacances.

Voici la liste des premiers ubuntus :
  • Vespéridienne : n. f. Un jour de forte chaleur, heure à laquelle l'air du dehors devient plus frais que l'air du dedans, et on peut donc ouvrir les volets et fenêtres. (terme copyleft Monsieur Jean).
  • Petit-terrasser : v.i. prendre son petit déjeuner dehors au soleil, sans être bien réveillé, éventuellement pieds nus et en caleçon, avec des croissants chauds en feuilletant Libé.

lundi 11 septembre 2006

Caillou - Il y a 5 ans, dans une autre vie

Des tours s'écroulaient
pendant que nous faisions l'amour,
insouciants, enfantins.
la chambre était petite, la lumière rasante.
Elle découpait ton corps
Dans une odeur de chocolat chaud.
Nous n'étions nulle part, nous étions chez nous.

Donnez-nous une bulle, irisée, exigüe, mais
à nous.

Lazare revenu des morts

« Les enfants s'égaient à la sortie de l'école comme une volée de pinsons ».
N'importe quoi. À la sortie de l'école, les enfants se tiennent sur le seuil, cherchant le papa la maman la nounou la mère-grand, ou bien ils descendent sagement.
Et pour le train qui arrive en gare ? Les passagers ne s'égaient pas comme des pinsons, non, ce n'est pas vraiment la bonne expression. Ce sont plusieurs files qui s'écoulent sur le quai, ceux qui prennent l'extérieur, ceux qui suivent le flot, en ajustant inconsciemment leur allure par rapport au dos devant eux.
Devant moi, une nuque vraiment mal foutue. Les cheveux virent à gauche et se perdent dans une virgule grasse de Pétrole Hahn au niveau du col. Très mauvais implantation, jeune homme, ça part en vrille, et vos méchouilles gominées qui rebiquent, ça n'arrange pas le tableau. Tiens, changement de file, voilà une vraie nuque de petit soldat, propre, bien rasée, une nuque à relever la France de sa sinistrose. Hop, escalier, la foule dégouline plutôt qu'elle ne descend, magie de la viscosité des fluides. Mais un élément pertubateur dans mon paysage : bon sang, ça n'a même pas 25 ans, nuque rasée aussi, mais pas que la nuque, costard noir, petite serviette en cuir, et ça sautille comme un cabri d'une marche à l'autre. Bon, il va peut être pas relever la France avec son glaive et son bouclier, mais il va mettre une animation dynamique, c'est déjà ça.
Un gros homme avec un gros attaché-case d'auditeur, ce genre de petite valise très large en cuir noir. Probablement un boucher qui transporte deux gigots emballés dans des torchons, le tout camouflé sous une fausse respectabilité (?) de cadre sup. Dès qu'on détournera les yeux, il ira se siffler un petit blanc au comptoir ou bien, serviette à carreaux coincée dans le col, il se tapera une soupe à l'oignon.
C'est lundi matin, c'est Saint-Lazare.

vendredi 8 septembre 2006

Caillou - Traverse

Le quai,
Promontoire qui s'avance
Dans la chevelure des rails.

jeudi 7 septembre 2006

Rentrée à l'envers

C'est la rentrée, aussi pour nous, les profs, mais c'est la première année que cela me fait ça : c'est une rentrée qui commence par la fin.
Normalement, on rentre, on prépare ses cours, les cours commencent, on fait des contrôles continus ("partiels"), puis à la fin, on fait des contrôles terminaux, on tient les jurys, on plante certains étudiants, on en félicite d'autres, et hop, le cycle de Krebs continue.
Depuis quelques années, mes rentrées commencent par la fin : on fait un contrôle terminal (le 31 août) ou un contrôle de rattrapage, puis on corrige, puis on tient le jury, et enfin on décide qui va commencer l'année, et qui va repiquer. Je suis sûr qu'il y a des raisons administrativo-divines à cet état de fait, mais commencer par la fin, ça me grisaille la vie. Avant même d'avoir vu un étudiant en cours, il faut rédiger des sujets d'examens (en août) et corriger des copies, c'est comme commencer une soirée par la gueule de bois, et finir par l'apéro...

mercredi 6 septembre 2006

Pensées d'après-vacances 2 : location ou achat ?

Je vais vous parler de ma vie (« ooooh » murmure la foule dépitée), mais je vais aussi vous parler de finance (« aaaaaaah » reprend la foule, respirant comme quand on balance de l'oxygène pur dans les salles de casino à 3h du matin).
  • Cet été, j'ai pris des vacances. Voui. Et j'en avais aussi pris à Pâques. On ne se gêne pas, on a les moyens.
  • Étant donné que ma voiture tient plus de la Smart que de la 306, j'ai loué un monospace pour les vacances : 1 semaine à Pâques, 3 semaines l'été. (On ne se gêne pas, dans la haute finance la haute fonction publique le haut enseignement commercial la haute bourgeoisie chez moi).
  • Le coût total de location de ces 4 semaines, pour un monospace neuf, propre, avec lecteur de CD et plein de petits tiroirs et de trappes partout pour pouvoir planquer des Playmobil et des Polly Pocket, représentait la somme de #### (je dis cela pour ne pas choquer. C'est à peu près le prix d'une centaine de peaux de castor).
  • Or, voilà-t-y pas que j'entends à la radio, juste après Les Grosses Têtes, une publicité « Le monospace Renault Scenic à ## ### ! » Oui, je sais, ce chiffre m'a aussi semblé très alléchant. Mais ledit chiffre (## ###) représentait 11 fois ce que j'avais payé en location pour 4 semaines.
Le calcul est simple. Étant donné que je n'utilise une grosse voiture que 4 semaines par an, cela vaut-ce-t-il la peine de l'acheter ? Réponse : certainement pas, il faudrait 11 ans pour la rentabiliser, et c'est compter sans l'assurance, la maintenance, et la valeur temps de l'argent.

Lors d'une soirée estivale puissamment avinée, Jean-Christophe établissait une analogie avec le marché immobilier en Île-de-France : selon lui, l'écart entre les prix immobiliers et les loyers est tel qu'il vaut mieux revendre son appartement (si on en a un, sinon, il faut juste acheter un Monopoly) et se mettre à louer. Reste à inclure dans cette réflexion :
  • la valeur de revente (qui pourrait justifier quand même d'acheter dans l'immobilier)
  • les avantages non quantifiables, car non financiers : pouvoir, sur un coup de tête fou, dire « Allez, je vais me remplir 3 caddies chez Carouf », ça sonne comme un homme libre (si, si), tandis que « Allez, je vais aller chez Rent-A-Car pour prendre une chignole dont le coffre contienne plus qu'un I-pod, pour ensuite aller me remplir 3 caddies chez Carouf, puis j'irai rendre la chignole », ça fait moins homme-viril-qui-sait-visser-boulonner-faire-une-vidange-et-formater-le-disque-dur.
Moi je m'en fous, je ne suis pas viril, je fais mes courses en ligne.

mardi 5 septembre 2006

Samba et grammaire, c'est pas gagné

J'ai pensé pendant longtemps que dans l'expression et / ou, le " / " signifiait aussi et / ou. C'était vertigineux, une mise en abyme à la Borges, ça sonnait comme et / ou = et et / ou ou = et et et / ou ou ou, on aurait dit de la musique brésilienne avec ses accents de cuica. Hélas, ce n'est pas du tout récursif, et la mise en abyme, elle ira se faire voir chez Plumeau : " / " signifie "ou", c'est tout.
Eouou, oui, bon, c'est court comme morceau brésilien...

Caillou - Poème composé sur Atari

Tes yeux sont comme de la mousse au chocolat
Tes paupières sont comme un rideau de fer
Ta bouche est ronde comme un abricot
Tes cheveux flottent en l’air
Tu inspire chaque seconde
Et ton souffle sent l’air.

lundi 4 septembre 2006

Chanson triste... et positive

La journée n'est pas fantastique, mais se termine bien (en fait elle n'est pas terminée, j'en suis à la diapo 14 et il y en a 71...). Je me suis battu une bonne partie de la journée pour faire une présentation qui soit pédagogique (air connu, ça fait 14 ans que je retravaille les mêmes docs, ils sont plus polis que des galets, mais je rajoute, j'enlève, pffff).
J'en étais à me dire : "ordi de brenne, OpenOffice de chienlit, web excrémentiel" quand j'ai découvert (via le Standblog) ce vidéo clip.
La chanson est déjà plaisante à mes petites oreilles fatiguées, mais quand je vois qu'avec un bête appareil numérique, un minimum de talent artistique, et Internet, ce petit gars diffuse ses créations à tout le monde (enfin, le monde connecté...), je me dis "la révolution est en marche, camarade". Tout explose. Les notions de diffusion, valeur, business model, échange, développement, plus rien n'a la même signification. Je comprends que dans certaines entreprises, des gens tremblent, moi aussi je tremble, mais c'est d'excitation : quel beau monde ça pourrait faire...
Une de mes collègues me disait "avant, le développement durable, je n'y croyais pas, je me disais 'tout ce que je peux faire, c'est une goutte d'eau'. Aujourd'hui, j'agis à mon niveau, car l'océan n'est composé que de gouttes d'eau". J'aime bien ce vidéo-clip goutte d'eau.
Et je pense que ce que nous vivons est assez unique dans l'histoire de l'humanité (j'y vais franco, hein, c'est un thibillet court).
Donc voilà, comme d'hab j'ai plein de projets, de bonnes résolutions... Et encore une soixantaine de diapos à retravailler.

(Mise à jour, à 00h08 le lendemain : Ayé, fini, flappi. Me mangerais bien une choucroute, là...)

vendredi 1 septembre 2006

Livre lu : Valery Larbaud – Enfantines

Offert par mon éditeuse, ce livre (Valery Larbaud, Enfantines, L'imaginaire, Gallimard, 190 p.) rassemble 8 nouvelles écrites par des enfants, ou plutôt, vues par des yeux d'enfants. Et même si on se situe au début du XXème siècle (il y a des domestiques, des calèches), cette vision d'enfants est toujours transposable.
On venait de vider une boite de soldats tout neufs et on les avait alignés sur le trottoir, devant le ministère des Finances.
Valery Larbaud, Enfantines, L'imaginaire, Gallimard, p. 136.
J'ai énormément aimé ce livre, pour quelques raisons simples qui agissent comme des évidences (voire des conseils à toute une génération d'écrivains) :
  • C'est très bien écrit. Le style est celui d'un français soutenu, recherché, mais sans tomber dans le côté littérateur de certains académiciens (je pense par exemple à François Cheng, dont Le dit de Tianyi, qui est pourtant poignant, est à mon avis desservi par une écriture trop « je veux être académicien, je démontre cela dans mes phrases longues et équilibrées »). Quand je lis Valery Larbaud, j'ai une sensation de pureté et d'intelligence.

  • C'est poétique. Je me répète, mais quand un auteur arrive à conjuguer une grande sensibilité personnelle, une capacité à se mettre dans les sentiments de ses personnages, et une grande maîtrise de la langue, cela devient superbe.
  • Et Marcel sent le besoin d'aller raconter son triomphe à tout le jardin. Il sort dans la tiédeur dorée. Mais comme tout est drôle, ce soir ! On a dû jouer aussi là-haut, et on a laissé le ciel en désordre ; et il est ici, tout près, mélangé à la terre. Le ciel est rempli de montagnes jetées les unes sur les autres. Un promontoire, pareil à l'avant d'un grand cuirassé, crève un océan d'or. De hautes falaises sont percées d'interminables canons au bout desquels brille une mer toute mauve.
    Valery Larbaud, Enfantines, L'imaginaire, Gallimard, p. 116.
  • C'est puissamment observé. Il faut plus qu'un regard, ce sont des antennes supra-sensibles qui peuvent capturer, avec autant de justesse, les états d'âmes d'enfants, qui sont bien souvent plus graves que ceux d'adultes. Je ne veux pas en dire trop, car tout cela est très personnel, mais prenons par exemple la rentrée scolaire à la fin des vacances. C'est dans l'air du temps, on le sent dans certains billets de blog ou des commentaires, mais rappelez-vous, ce sentiment poignant quand on avait 8 ans, 10 ans, la première entrée au collège, au lycée, le côté qui nous apparaissait comme inhumain de ces grands lieux grisâtres, tous ces visages inconnus. Bien sûr, on savait qu'au bout d'une semaine, ces visages deviendraient des prénoms, des amis, et l'on essayait de s'en convaincre bravement. Mais c'était dur, on était trop jeunes, pas assez préparés. C'est tout cela que je retrouve, et encore plus, dans ces Enfantines.

  • Enfin, et surtout, ce livre donne la version des enfants, qui contient son lot de gravité et d'angoisses, mais aussi sa part d'optimisme. Plus que de l'optimisme : un esprit pur, conquérant, qui ne connaît, finalement, que très peu de limites. J'adore, et j'envie, cette pureté, et j'y ressource mon optimisme.
  • Un grand ciel de couchant, plein de longs nuages, l'invite à voyager parmi ses continents et ses îles. C'est le bon Dieu lui-même qui l'accueille et lui ouvre tout grand son grand dimanche. Et Marcel, sans se gêner, vient s'asseoir sur les genoux du bon Dieu, et regarde avec lui les images qu'il trace à mesure dans le ciel.
    - Mon bon Dieu, votre ciel est bien beau, et votre terre aussi n'est pas mal.
    Valery Larbaud, Enfantines, L'imaginaire, Gallimard, p. 120.
Et puis, enfin, une méditation permanente pour le professeur que je suis :
... cette nourriture intellectuelle qu'on nous présentait toute mâchée nous soulevait le coeur. Et puis, enfin, nous n'étions pas des anges pour tout concevoir sans l'aide des sens, pour descendre toujours de l'abstrait au concret. [...] Mais ce n'était pas seulement cela. Ce qui nous rebutait le plus dans nos études, c'était l'inutilité de nos travaux. Toujours s'exercer, et ne jamais rien faire.
Valery Larbaud, Enfantines, L'imaginaire, Gallimard, p. 152.
Correspondance : spontanément, je pense à Jules Romains. Normalien, poète, académicien, et contemporain de Larbaud, il écrit aussi avec fluidité, dans une belle langue, les états d'âme d'une population parisienne (Les hommes de bonne volonté, 27 volumes, superbe). Il va même jusqu'à se mettre, avec justesse me semble-t-il, dans la peau du chien Macaire pendant quelques pages. D'octobre 1908 à octobre 1933, on suit une foultitude de personnages, certains meurent (notamment dans l'horreur de Verdun), d'autres tombent en déchéance, certains disparaissent des romans puis réapparaissent, ou pas. Un grand chef d'oeuvre. (malgré ce qu'en dit le paragraphe "Critique" dans l'article de Wikipedia sur Jules Romains. Scrogneugneu, je m'en vais t'éditer ça rapido, moi) (MàJ : c'est fait)