Je suis dans Les naufragés de l'autocar, de Steinbeck, et un passage m'a amusé :
M. Pritchard avait besoin de péchés. Il n'y en avait aucun dans sa vie d'homme d'affaires, car dans ce secteur-là, les cruautés étaient étiquetées et classées sous la rubrique nécessité et responsabilité envers les actionnaires. M. Pritchard avait besoin de péchés personnels et de repentir personnel.
in John Steinbeck, Les naufragés de l'autocar, Folio n°861, p. 254.
Cela m'amuse parce que ces pauvres actionnaires - entité ô combien abstraite, mouvante, et difficilement appréhendable - on leur en fait voir des vertes et des pas mûres, ils sont d'autant plus menaçants qu'ils sont absents du tableau. Mais ce n'est pas vraiment mon propos, je ne souhaite pas défendre ici les actionnaires, ou les condamner, on en reparlera. Ce qui m'intéresse plus, c'est ce fameux intérêt des actionnaires, qui est brandi à tout propos, pour justifier tout et son contraire en terme de décisions stratégiques. Ce n'est pas vraiment une incantation, c'est plutôt une scie ressassée à tel point qu'elle en perd son sens. Mais cela sent à chaque fois la patate chaude qu'on se repasse : "je l'ai fait dans l'intérêt des actionnaires (qui n'en demandaient probablement pas tant), donc je ne suis plus responsable de mes actes, ou de mon éthique."
Je vais me faire des amis, c'est parfait.